CHAPITRE VI
L'abbé Dupanloup est nommé aumônier de Madame la Dauphine
Et catéchiste du duc de Bordeaux et des princes d'Orléans
Il reprend ces dernières fonctions après 1830
A la suite d'un voyage à Rome il les perd
Son intervention à cette occasion dans l'affaire de V Avenir
Ce bien, dont parlait l'abbé Dupanloup, que les enfants font à leurs catéchistes, en retour de celui qu'ils en reçoivent, c'est surtout la piété, inspiratrice à la fois et récompense de ce bien : action et réaction admirables. L'abbé Dupanloup en faisait l'expérience : sa ferveur allait chaque jour croissant : ces catéchismes en entretenaient chez lui la flamme. Tandis que, pour un jeune prêtre moins pieux, les relations mêmes que ce ministère entraînait avec ce qu'il y avait de plus brillant dans le monde d'alors eussent pu n'être pas sans péril, que le recueillement, l'union habituelle avec Dieu, l'esprit de prière eussent pu en souffrir, et la négligence, la tiédeur, la mondanité peut-être et ses suites s'insinuer peu à peu dans sa vie, lui au contraire trouvait dans le zèle ardent pour son œuvre, ainsi que dans son extrême délicatesse de conscience, une incessante excitation à ne négliger aucun moyen de se maintenir dans les vertus d'un bon prêtre. Ses ressources étaient, outre le travail assidu auquel il se livrait pour la préparation de ses catéchismes, une inviolable fidélité à tous les exercices qu'il s'était prescrits pour en faire l'aliment et le soutien de sa vie intime ; surtout le lever matinal, qui fut toute sa vie sa règle, et le point de sa règle auquel il tenait le plus; sa confession hebdomadaire, qu'il ne manquait jamais, ni alors, ni plus tard; on le voyait, ce prêtre déjà célèbre, et bientôt le plus en lumière de tout
Paris, arriver à Saint-Sulpice, à cinq heures et demie du matin, pendant l'oraison, et s'agenouiller, commeun simple séminariste, aux pieds du vénérable M. Mollevaut, homme de Dieu, directeur énergique; et enfin, sa retraite annuelle, où il scrutait à fond, la plume à la main, son àme et sa vie. Nous avons sous les yeux une note écrite en tête d'un de ces cahiers, et qui constate la fidélité avec laquelle il fit sa retraite dans les années 1826, 1827, 1828, 1821*, 1830, et ainsi le verrons-nous faire toujours.
Ses catéchismes étaient sa vie, son ambition unique; il se sentait si bien là dans sa voie que rien n'eût pu volontairement l'en séparer. M. l'abbé duc dé Rohan avait voulu tout d'abord, mais inutilement, se l'attacher, et quand cet abbé fut nommé, en 1829, archevêque d'Auch, et l'année d'après archevêque de Besançon et cardinal, il fit de nouveau à l'abbé Dupanloup les plus vives instances et les offres les plus flatteuses pour le décider à le suivre. Malgré sa profonde affection et reconnaissance pour cet ami de sa jeunesse, l'abbé Dupanloup ne put y consentir : « Je ne pouvais accepter, écrivait-il à sa mère, j'appartiens à M. Borderies. » Mais déjà M. Borderies lui-même, qui avait été nommé, par Mw Frayssinous, en 1827, évèque de Versailles, avait essayé auprès de lui les mêmes tentatives, et n'avait pu davantage le décider à quitter ses catéchismes. C'était assurément le plus grand sacrifice qu'il put leur faire, que de leur sacrifier M. Borderies.
Mais du moins Versailles n'était pas éloigné de Paris. Quelle douceur, pour ce jeune prêtre, quand il pouvait s'échapper un moment, que de courir auprès du vénérable évèque dans le sein duquel il aimait à verser son àme out entière! « Sa maison, sa table, à Versailles comme à Paris, a-t-il dit lui-même, nous étaient ouvertes toujours; cet évèque, si accablé, ne dédaignait pas de recevoir, même en confession, nos confidences1. » Pendant les promenades qu'ils faisaient ensemble dans les bois qui entourent cette ville, que de sages et affectueux conseils il en reçut, pour tout ce qui touchait à ses catéchismes et à