‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 62 sur 326 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

son ministère! On peut dire que l'àme de Me? Borderies passa ainsi dans la sienne. Comme ses travaux lui causaient d'extrêmes fatigues et Jes plus vives douleurs de tète, les catéchismes terminés, il éprouvait un besoin impérieux de prendre quelque repos; et d'ordinaire ces vacances commençaient par une petite retraite de trois jours; M&r Borderies ne manquait pas alors de lui adresser quelques-unes de ces paroles affectueuses, dont il avait le secret, et qui étaient une véritable rosée du ciel sur son âme :

« Je vous félicite de tout mon cœur, mon très cher enfant, des bénédictions que Dieu vient de répandre sur vos travaux. C'est près de lui que vous en cherchez le délassement; et j'ai la confiance que dans les trois jours de votre petite retraite, il saura bien vous payer de vos trois mois de fatigues. Ne vous inquiétez pas avec excès de cette espèce d'étourdissement où vous ont jeté tant d'occupations et de sollicitudes Le calme va revenir, et vous retrouverez avec le bon Dieu la douceur de vos em retiens... »

S'il avait fait un vrai sacrifice de cœur en déclinant les offres de Mer Borderies et du cardinal de Rohan, il ne délibéra pas même, ni Msr Borderies non plus, en face d'une proposition, qui eût été séduisante peut-être pour ce qu'on appelle un ambitieux, et qui lui fut faite en 1829. C'était une haute position, assurément, que celle de secrétaire général du ministère des Affaires ecclésiastiques; le secrétaire général du ministère venait le premier après le ministre; ce poste fut offert à ce jeune homme de vingtsept ans. Mais il était trop prêtre et apôtre pour être tenté de s'ensevelir dans des fonctions administratives. Son refus fut formel et péremptoire; et voici sur quel ton, aimable et gai, il en écrivait à M. l'abbé de Moligny :

« Mon cher ami, je ne sais que devenir. Je ne demande qu'une chose, c'est d'être pendant huit ou quinze jours vicaire paisible de Courcelles,et voici qu'on veut me (aire secrétaire général du ministère des Affaires ecclésiastiques. Jeudi dernier, j'étais déjà monté en voiture pour aller passer quelques jours chez M. de Breteuil et me sauver de là à Courcelles : point du tout ; arrive un message

104 Vit DK MONSEIGNEUR MJPANLOUP.

supérieur qui m'oblige à rester pour la susdite affaire. Je ris, je me moque : pas le plus petit mot pour rire, c'est sérieux. 11 faut en prendre mon parti. Je commence par descendre de voiture, je vais au ministère. On me parle, je réponds; on insiste, je ris; je dis ensuite que je suis confus, désolé, mais que c'est impossible; on insiste encore; je pars pour Versailles», évidemment afin de consulter M?r Borderies, i et je reviens comme un trait pour dire que c'est fini et qu'il n'y faut pas compter. Je suis résolu irrévocablement à quitter Paris, car infailliblement, si j'y restais, je deviendrais ministre ou garçon de bureau : j'aime mieux être vicaire de Courcelles. »

D'autres honneurs, auxquels il ne lui était pas possible de se dérober, vinrent au même moment le chercher. M?r Borderies, qui n'avait pas voulu, et avec grande raison, le voir éteindre dans des fonctions administratives sa flamme apostolique, et M. l'abbé de Moligny lui-même, avec lequel il plaisantait si agréablement de ces premiers sourires de la fortune, s'entendirent, au contraire, pour le faire nommer à ces nouvelles fonctions. M?r Borderies était premier aumônier de Madame la Dauphine, fille de Louis XVI; il y avait deux autres aumôniers attachés à ce service, dont l'un l'abbé de Moligny : le second poste étant venu à vaquer, malgré des brigues considérables, et sans qu'il eut fait un pas pour cela, les démarches combinées de l'évêque de Versailles et de M. l'abbé de Moligny firent désigner pour ce poste, plus honorifique que laborieux, l'abbé Dupanloup : tout en le laissant, c'était la condition, à ses catéchismes.

Quel émouvant exemple de l'incertitude des choses humaines que cette princesse, précipitée des splendeurs de Versailles dans cette prison du Temple, puis, après un long exil, ramenée au palais de ses pères, pour en être arrachée encore par une nouvelle révolution ! On sait qu'elle fut à Hartwell un appui et une douceur pour le frère de Louis XVI; et elle éiaît à ses côtés dans cette triomphante rentrée de Louis XVIII à Paris, le3mai 1814; le peuple, ce jour-là, mêlait les cris de Vive Madame ! aux cris de Vire le Rqî ! Quand elle fut arrivée aux Tuile-

Page 1