CHAPITRE VI
l'abbé Dupanloup un désir noble et bien naturel, devant lequel le catéchiste des princes d'Orléans fit céder sans hésiter les considérations d'ordinaire prudence qui auraient pu l'en dissuader. 11 s'agissait aussi « d'en finir ecrivait-il à sa mère, avec les dix ou quinze années de mauvaise santé qu'il avait éprouvées ». Il partit donc au commencement de juin de l'année 1831, avec le jeune abbe Emmanuel de Borie, récemment ordonné prêtre et attaché aux catéchismes de la Madeleine, dans l'intention daller a Rome par la Suisse et la haute Italie. Deux beaux pèlerinages, l'un en Suisse, Einsiedeln, l'autre en Italie, Lorette, les plus célèbres de l'Europe, étaient les deux grandes douceurs d'âme qu'il se promettait avant Rome.
M* Borderies avait visité Einsiedeln, et tout récemment e cardinal de Rohan aussi : c'est ce qui avait inspiré à 1 abbe Dupanloup le désir d'y aller a son tour1. Tout le charma dans le vieux monastère : « son origine: il v avait mille ans qu'un saint ermite était venu là, au sommet de cette montagne, dans cette forêt noire, près de cette fontaine qui coule toujours, avec cette vieille image de la sainte Vierge que l'on y vénère encore aujourd'hui- la route qui y conduit: des bords du lac de Zurich, on cheminait, a travers les aspects les plus sauvages, sur le bord d un torrent tumultueux, qui roule et se précipite au fond d une sombre vallée; et tout à coup, au détour dune dernière montagne, on apercevait l'église et le monastère, au pied des noirs sapins ; la magnificence de cet édifice tout de marbre et d'or, et surtout la chapelle enclavée dans la grande église, et où se conserve la Vierge de saint Mamrad, et enfin les pèlerins que l'on rencontre- H en vient par an plus de 100 000, de toutes les nations;
r,Ln0cmr.U, traversait en b'We pour s'y rendre le lac des Quatre- Cantons ,1 s éleva, ainsi que cela arrive quelquefois, une soudaine et
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il y en a quelquefois plus de 15 000 ensemble ; » aujourd'hui, il y a des hôtels pour les recevoir: alors «ils campaient dans la foret, dans la vallée, sous des tentes. Avec quelle joie, dit-il, je les voyais gravir la montagne, le chapelet à la main, et chantant des cantiques, puis arrivés ô Notre-Dame-des-Ennites, se prosterner, hommes, femmes, enfants, autour de la sainte chapelle, priant et chantant tous ensemble! Quelle harmonie dans toutes les voix! La j'entendis prier et crier les âmes comme nulle part sur la terre l. »
Voilà ce qui explique le puissant attrait qui lui lit visiter tant de lois la vieille abbaye bénédictine, où il viendra presque mourir : il y fera du moins sa dernière et paisible préparation à la mort.
En quittant Einsiedeh), il s'enfonça, pendant huit jours, à pied, dans la région des neiges éternelles, <'t alla coucher au sommet du Grimsel, près des glaciers du Rhône : rien n'allait mieux que ces courses vaillantes a sa robuste constitution. Puis, il poussa jusqu'à Venise. Celte reine de l'Adriatique le ravit; mais au milieu de ces pérégrinations, il n'oubliait pas son cher catéchisme ; et de Venise il écrivit sur Einsiedeln une longue lettre que M. l'abbé Petélot devait lire aux enfants le jour de l'Assomption : il les portait ainsi dans son cœur pendant ses voyages, et de loin les enthousiasmait encore-. Son bonheur aussi était de chanter pendant ses courses les cantiques de son Manuel.
Le pèlerinage de Lorette fut aussi pour sa piété d'une douceur inexprimable.
Enfin, la veille de l'Assomption, 14 août 1831, il arrivait à Rome, et M. le cardinal de Piohan le reçut dans le palais qu'il occupait. Le lendemain il put voir pour la