‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 66 sur 326 · CHAPITRE Vf · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vf

reux et fidèle. » « Du reste, ajoutait-il, je suis encore plus content des enfants et de leurs instituteurs que l'année dernière ; on fait tout ce que je désire pour leur instruction chrétienne : on leur donne du temps. Mais que tout cela est triste avec tant de souvenirs qui viennent à la traverse ! » Et il n'en restait pas moins la pensée et le cœur tournés vers l'Angleterre. Que tùt-il advenu, si la Providence eût permis qu'il eût pu avoir une influence sérieuse sur l'éducation du jeune duc de Bordeaux? Eutil conçu et réalisé cette éducation comme Fénelon celle du duc de Bourgogne? Quant aux princes d'Orléans, voici comment les choses se passaient.

Bien que le duc d'Orléans fût devenu le roi Louis- Philippe, il habitait encore le Palais-Royal. On introduisait dans les commencements L'abbé Dupanloup par un petit escalier dérobé, et ce fut au milieu des émeutes qui se renouvelaient sans cesse, des manifestations qui avaient lieu jusque dans les cours du palais, que M. le prince de Joinville fut préparé à sa première communion, sans que ces terribles distractions aient nui à la piété avec laquelle il accomplit ce grand acte au printemps de l'an 1831. Puis, destiné à la marine, le jeune prince bientôt quitta Paris, dont ses fréquents voyages sur mer le tinrent souvent et longtemps éloigné, et son catéchiste ne le revit plus qu'en 1870, dans les terribles circonstances que nous dirons.

Son précepteur, M. Trognon, un ancien professeur fort distingué de l'Université, qui assistait à ces catéchismes, la première fois, lut pendant tout le temps son journal ; la seconde fois, interrompit souvent sa lecture; la troisième fois, mit le journal dans sa poche et ne l'apporta plus; quelque temps après, il était lui-même chrétien pratiquant et fervent, et il concevait pour celui qui lui avait fait retrouver la foi de son enfance une affection et une reconnaissance qui durèrent autant que sa vie.

Nul ne saurait dire le dégoût profond qu'inspiraient à l'abbe Dupanloup l'état des e-prits et les menât es de l'impiété. Quelle commotion ne dut-il pas éprouver encore le jour où, avec la complicité tacite du pouvoir, Saint-Ger-

IIS VIE DE MONSEIGNEUR DUPANLOl'P.

main-l'Auxerrois fut profané, l'archevêché de nouveau et de fond en comble saccagé ! « Oh î que de tristes choses ! écrivait-il à l'abbé de Moligny ; hier encore, à Issy, nous avons vu toutes les croix de Lorette et de toutes les chapelles renversées : cela fendait le cœur. » Jusqu'à l'inscription de la petite chapelleSaint-iïyaeinthe qui provoqua des ombrages! t Sancto Hyacinthof Une femme du peuple s'est écriée que cela voulait dire: Consacrée a ce coquin il archevêque. La traduction était libre. N'importe; la garde nationale, qui ne sait pas le latin, s'est hâtée de faire oter a coups de marteau ces factieuses paroles. Ce que tu ne sais pas, ce que tu ne peux pas savoir, parce qu'il n'y a pas de voix assez courageuse pour le dire tout haut, c"est l'infamie des plus lâches mensonges, c'est l'absurde crédulité de ce peuple, c'est l'impiété de tous. J'en ai été malade d'indignation ; je n'ai jamais ressenti un étoulïement pareil. Qu'arrivera-t-ir?»

Mais du moins son catéchisme allait à merveille. Le malheur des temps lui-même y aidait, c Nous commençons, écrivait-il, à devenir chrétiens et disciples de Jésus- Christ. Le malheur est bon à quelque chose. Oh! que la prospérité avait gale de gens! » Ces catéchismes l'absorbaient à un tel point que M. le curé songea a l'y appliquer exclusivement en le déchargeant de tout autre ministère dans la paroisse1.

Cependant des faits importants avaient eu lieu aussi à Home et en Italie : la mort du Pape, le soulèvement, promptement réprimé, des Romagnes, un conclave et l'élection de Grégoire XVI. Cet événement avait attiré dans la capitale de la chrétienté le cardinal de Rohan, et les ombrages du gouvernement l'y retenaient encore. Non moins suspect au nouveau régime M*1" de Forbin- Janson, évèque de Nancy, s'y trouvait également, ainsi que M.V Frayssinous. Voir ces vénérables exilés, ces amis de sa jeunesse, et sous leurs auspices Rome, qu'il ne connaissait pas encore, et le nouveau Pape, ce lut chez

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