CHAPITRE VI
première fois le Pape à Sainte-Marie-Majeure. Puis, prévenu par le cardinal, le Souverain Pontife le reçut avec une bonté extrême, et lui dit gracieusement en latin : « Vous êtes l'apôtre de la jeunesse; » Tu es Apostolus juventutis. Rien, assurément, ne pouvait plus le loucher. Telle fut la première entrevue avec un Pape du futur défenseur de la Papauté. Mais pour voir Piome comme le souhaitait sa piété, ce lui fut un précieux secours qu'un Français, son condisciple et son ami, l'abbé, plus tard M-1 Lacroix1, pieux, sémillant, original, très érudit déjà. Rome saisit son àme. Les deux antiquités, païenne et chrétienne, qu'on y heurte à chaque pas, frappèrent vivement son imagination. Mais ce fut cet éblouissementque la première vue de Rome fait d'ordinaire éprouver au pèlerin, et qui, tout en le charmant, lui laisse au cœur le désir de la revoir encore. Comme l'abbé Dupanloup y reviendra bien souvent, nous aurons occasion dans la suite de raconter plus en détail ses impressions.
Ce voyage eut une conséquence immédiate et grave: il rompit ses rapports avec les enfants du roi Louis-Philippe. Ses relations à Rome avec des évèques ou exilés volontaires, ou en opposition notoire avec le nouveau régime, déplurent vivement aux Tuileries. S'il avait eu toujours la contiance de la reine, iln'en était pas de même du roi, qui le croyait un conspirateur2. Le fait est que, sans conspirer, il ne se ralliait point à la monarchie nouvelle. « Je ne vois dans le inonde, écrivait-il à l'abbé de Moligny, en mars 1831, qu'un seul principe de vie et de résurrection. Tu le connais, les peuples égares le comprendront un jour. » Le ministère exigea de la reine qu'elle éloignât l'abbé Dupanloup de ses enfants; mais elle conserva a celui qui leur avait donné des soins si éclaires la plus profonde et affectueuse estime. La princesse Clémentine se montra particulièrement reconnaissante ; elle continuait à le voir de temps en temps chez Mme la comtesse de Montjoye, dame d'honneur de Madame