Vie de mgr. Dupanloup
Cependant de grands événements allaient changer en Europe la face des choses : entre l'Autriche et la Prusse alliée à l'Italie la guerre éclatait; l'Autriche succombait à Sadowa, et l'Italie, malgré Lissa et Gustozza, obtenait Venise : une stérile médiation était tout l'honneur et tout le profit de la France.
En somme, les résultats de cette guerre n'étaient bons ni pour la France, ni pour le Pape, et déjà se vérifiait la parole prophétique écrite par l'évêque d'Orléans en 1861 : « L'unité italienne, mère très prochaine et très menaçante de l'unité allemande. » Toutefois le statu quo, en ce qui touchait Rome, devait encore durer quelques années.
Mais quelle était au vrai la situation du Saint-Père? La plus précaire et la plus menacée. L'Italie ayant transporté sa capitale à Florence, les troupes françaises avaient quitté Rome, et la petite armée pontificale avait été renforcée
par la légion d'Antibes; mais qu'était-ce que ce faible rempart en face des convoitises italiennes inassouvies et impatientes? « L'Italie est faite, mais n'est pas achevée, î> osait dire Victor-Emmanuel. C'est pourquoi, dans chacun des écrits qu'il publiait, l'évêque d'Orléans reportait infatigablement l'attention publique sur ce cruel état de choses, faisant un incessant appel à l'honneur français et européen. C'est ainsi que, entre les lignes de sa Lettre sur les malheurs et les signes du temps, on avait fort bien vu la question romaine. Et dans les dernières pages de sa grande brochure l'Athéisme et le péril social, ramenant toute la discussion autour de ce point central, il avait démontre qu'en effet la guerre au Pape avait tout déterminé : dans l'ordre politique, l'unité italienne, et celle-ci l'unité allemande, qui devait nous écraser; dans l'ordre social, la guerre à Dieu, d'où devait sortir la guerre à la société. Rien de plus poignant que le tableau qu'il traçait, à la fin de cet écrit, de la situation faite au Pape par la convention qui, sous prétexte de le replacer dans les conditions normales de toute souveraineté, le mettait dans la plus exceptionnelle des positions. Rien de plus navrant que le parallèle qu'il établissait entre Pie IX réduit au supplice du Dernier jour d'un condamné et la victime du Calvaire. Rien de plus accusateur que la peinture de l'hésitation des deux grands complices, des deux grands coupables, la France et le Piémont, s'arrètant, comme frappés de crainte, avant de consommer le dernier attentat.
« En ce moment, quelle est au juste la situation?
» Des enfants de ce saint Pontife attaquaient le trône de leur père; d'autres le défendaient, et ne permettaient à personne de le défendre avec eux. Eh bien, que voyonsnous?
» Ceux qui attaquaient ont tout pris jusqu'ici, sauf le trône; ceux qui défendaient ont tout laissé prendre, sauf le trône aussi : et aujourd'hui, ceux qui défendaient vont partir, ceux qui attaquaient vont avancer.
» Ce n'est pas ici, comme on s'obstine à le dire, comme le ministre italien le répète une souveraineté placée dans