CHAPITRE PREMIER
les conditions de toutes les souverainetés. C'est une souveraineté placée, depuis dix ans, par les spoliations, les invasions, le massacre de son armée, les menées révolutionnaires dé toute sorte, les attaques et les dénonciations de TEurope, dans la plus exceptionnelle des situations...
» Pour moi, j'ai fait dans cette question tout ce que j'ai pu pour sauvegarder, autant du moins qu'il était en moi, l'honneur de la France et de Tltalie elle-même; j'ai tout dit, une chose exceptée : j'en écartais ma pensée, et je ne voulais pas la prévoir; mais il faut bien en subir la vue, aujourd'hui que nous approchons du terme et touchons à la dernière extrémité.
» OnaécTiile Dernier jour d'un condamné. Eh bien, une convention malheureuse, intervenue entre ceux qui attaquaient et ceux qui défendaient le saint Pontife, l'a mis à ce supplice, lui et ses enfants. Il connaît le jour et l'heure...
» Le monde contemple son agonie.
» Le coup de lance, le fiel et le vinaigre ne lui manquent pas.
» Sa mansuétude, sa patience, sa longanimité sont sans bornes.
» C'est à peine si la plainte du Crucifié est sur ses lèvres : Utquid dereliquisti me?
» Les scribes qui l'ont accusé sont là tous autour de lui, pour l'accuser encore dans cette extrémité, pour s'offenser de sa douleur, pour s'indigner si ses paroles sont émues, pour ameuter le peuple.
» Et cependant, là, comme dans la Passion, on hésite...
» Quelquefois, quand des chasseurs ont longtemps poursuivi une proie, si elle est redoutable, si c'est un lion du désert, quand il est forcé, on l'entoure, mais on hésite à lancer contre lui le dernier trait.
» Ici, ce n'est pas un lion, c'est un agneau. Et cependant, ils tremblent tous d'une secrète horreur devant leur fm-fait.
» Cependant, que fait l'Europe? L'Europe contemple, effrayée, mais silencieuse, celte lente agonie.
)» La victime, sur son calvaire, jette de tous côtés des regards, et nulle part le secours.
» La stupeur les a tous glacés,
)) Mais où sont donc tous ces aigles dont l'Europe se vante et qu'elle déploie sur ses étendards?
y) La Pologne est déchiquetée par l'un.
» L'autre dépèce l'Allemagne surprise et trahie.
» J'en aperçois un autre qui a récemment laissé casser son aile.
» Il y en avait un, plus fort que les autres, planant librement sur l'Europe.
» Ah! celui-là devait mourir pour défendre l'agneau; car c'est l'aigle de la France.
)) Mais non, on ne lui demandait pas de mourir : il lui suflisait d'un regard et d'un cri pour dissiper les meurtriers ; mais il plie son aile et s'en va.
» Et toi, sainte victime, grand Pontife, qui t'appuyais si confiant sur les fils de la France, ne te reste-t-il plus qu'à te couvrir la tête de ton manteau, et à jeter à la nation chrétienne, en tombant, ce cri éternelfement accusateur: Tuquoque filH... y>
Mais tout à coup ce Pape, ainsi abandonné, livré, ce souverain, dont les jours étaient comptés, est repris d'une subite audace, et veut de nouveau rassembler l'univers catholique autour de lui, comme pour illuminer d'un suprême éclat de sa puissance spirituelle les dernières heures de son principal temporel. Le dix-huitième centenaire du martyre de saint Pierre fut l'occasion de cette grande convocation, adressée aux. évêques le 8 décembre 1866; la canonisation de quelques saints, parmi lesquels une bergère française, Germaine Cousin, devait coïncider avec ces fêtes. Mais quelque chose de plus grand encore allait sortir de cette convocation, un fait immense, qui, désormais, va tout dominer et planer sur tout : la décision d'un Concile œcuménique. L'évêque d'Orléans y aura une très grande part, bien qu'il n'en ait pas prévu la conséquence immédiate, et qu'il en ait espéré des résultats que l'avenir nous réserve peut-être. Mais Dieu voit plus loin que les hommes, et les temps étaient venus. La chute imminente du principal temporel, on le sait main-