CHAPITRE XI
définitive un homme sérieux engage obstinément le sien. »
Ces dernières paroles n'étaient qu'une crainte, une prévision trop tôt réalisée de l'impossibilité où il allait être placé de voter la monarchie. Il est évident d'ailleurs que î'évêque d'Orléans ne pouvait s'engager d'avance à voter une constitution politique non encore définitivement arrêtée. Quoi qu'il en soit, la France n'eut pas le temps de lire cette lettre. Elle portait la date du 28 octobre; et tout aussitôt paraissait, datée du 27, une lettre de M. le comte de Chambord ; après laquelle il se fit soudain un trouble inouï dans les esprits. Accouru à Versailles, I'évêque d'Orléans eut un spectacle qui fut une des plus grandes douleurs de sa vie. Ce qui apparaissait à tous, c'est que la majorité si péniblement conquise pour la monarchie était brisée. « Je voudrais être mort, > disait l'un des plus fervents royalistes à I'évêque d'Orléans. Quand une solution dépend d'un vote, l'inexorable loi du nombre est là. Cependant, quel parti prendre? Le prince accourut à Versailles incognitOc Mais trop tard ! la majorité s'était désagrégée et avait échappé aux monarchistes; les alliés, dont l'appoint était nécessaire, faisaient maintenant défaut. Ne pouvant plus faire la monarchie, puisqu'ils n'avaient plus de majorité, comme il fallait pourtant aboutir à quelque chose, les monarchistes les plus purs eux-mêmes, et avec eux I'évêque d'Orléans, se rallièrent au septennat ^ Il fut voté le 20 novembre.
1. « Mon premier soin, en arrivant à Versailles, fut de rechercher la cause de l'insuccès des négociations monarchiques. Je m'adressai à Combier, député de l'Ardèche, représentant de l'extrême droite à la Commission des neuf négociateurs, et à M. de la Rochette, notre président des Chevau-Légers. L'un et l'autre qualifièrent de décevante douloureuse, inexplicable, la lettre du comte de Chambord. Celui-ci me dit avec une émotion indicible : « Je suis si atterré, que je voudrais être chez moi et ne m'être jamais occupé de rien. » Sur mon observation à Combier que le drapeau n'était peut-être qu'un rétexte pour se soustraire à une charge que les entraves constitutionnelles le rendraient impuissant à porter, Combier me répondit péremptoirement : « Non, le roi avait parfaitement accepté notre programme. »
De combien d'accusations ne fut pas harcelé alors l'évêque d'Orléans! Non pas seul, mais plus que tous. H fut dénoncé comme ayant soutenu, dans sa lettre à M. de Pressensé, « des thèses condamnées », alors que, manifestement, il n'avait soutenu aucune thèse; c( le. programme tout entier de la Révolution, » alors qu'il avait simplement rappelé le projet de constitution, tel que le journal V Univers lui-même l'avait donné, et qu'il croyait, sur les déclarations de ï Union, d'accord avec la pensée du prince. Et les accusations trouvèrent créance auprès de beaucoup de gens, même à Rome. Indifférent, en ce qui touchait sa personne, aux attaques dont il était poursuivi, mais désolé pour l'Eglise et pour la France de ces excès de polémique, le courageux évêque crut qu'il lui serait possible de faire sur tout cela la lumière et l'apaisement, et il écrivit, et fit même imprimer, dans ce hut, une brochure intitulée : VEquivoque et les discordes menaçantes. Il croyait à une équivoque ; l'interprétation vraie de la pensée du prince étant a ses yeux celle de V Union, il croyait à la possibilité de rétablir, par des explications loyales, l'accord fait, selon V Union, à Salzbourg. Mais plusieurs amis lui ayant représenté que, dans la surexcitation des esprits, ses intentions conciliantes seraient encore une fois méconnues, et que réellement, hélas ! la pensée du prince était plutôt, à ce moment, celle de V Univers que celle de rc/zi/o/^ l'écrit ne parut pas.
Parlerons-nous de ces autres accusations, aussi ingrates qu'injustes, parties de sa ville épiscopale elle-même, et répétées avec empressement par une certaine presse, de ce qu'on a voulu appeler le scandale d'Orléans^?
Il m'en rappela les clauses principales, et je n'y vis, en effet, rien de restrictif du pouvoir royal. » — Mémoires politiques, par M. le baron de Vinols, membre de Textrême droite.
I. On accusait l'évêque d'avoir exclu d'une cérémonie religieuse, d'un service solennel pour les soldats morts pendant la guerre, le drapeau des zouaves pontificaux, parce que c'étaitle drapeau des zouaves, et parce que ce drapeau portait l'image du Sacré-Cœur! Or, retenu alors à Versailles, il n'avait été pour rien dans la mesure qui avait été prise, et prise, est-il besoin de le dire? par un motif tout autre que celui qu'on osait mettre en avant.