‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 152 sur 259 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

lementaires. Dans la lettre pastorale que Tévêque d'Orléans dut publier à cette occasion, il ne put pas ne pas faire allusion à ce qui était la préoccupation universelle, et après un éloquent tableau des périls de la situation, il ajoutait :

«Le secours viendra; il est proche peut-être; mais jusqu'à ce qu'il soit venu, les périls de l'heure présente et de l'avenir, il n'est permis à personne de l'ignorer, sont suprêmes.

» Nous demeurons en l'air, suspendus au-dessus des abîmes. Pourquoi? Parce qu'on ne veut pas bâtir sur les vraies bases! Et les plus habiles eux-mêmes ont eu beau faire, ils se sont épuisés en vains efforts pour ressaisir l'ordre, la sécurité, et n'ont étreint que la vanité et le mensonge!...

» Mais il y a toujours Dieu : puissance, bonté, sagesse infinies. Toujours il peut, il veut, il sait nous sauver... Il aplanit les obstacles, il rapproche 'les cœurs, et des choses réputées impossibles s'accomplissent tout à coup comme d'elles-mêmes...

» Autrelois, quand la République romaine périssait dans les déchirements des discordes civiles, le poète de Rome adressait à ses dieux une prière pour ce siècle arrivé au penchant de sa ruine :

Di Patrii indigetest...

Hune saltem everso juvenem succicrrere seclo,

Ne prohibete!

» Nous, mes très chers frères, dans un sentiment patriotique inspiré par des pensées plus hautes encore, demandons à Dieu qu'au moment où les représentants de la France délibèrent sur ses destinées, il bénisse leurs conseils, afin que de leurs résolutions puisse sortir le salut du pays et non pas sa ruine, et qu'il fasse surgir au milieu de nous ceux dont la patrie reconnaissante pourra dire : Ceux-là du moins étaient vraiment de la race des hommes qui sauvent les nations! »

Les allusions étaient évidentes: elles furent saisies; et

un ministre protestant, membre de l'Assemblée, M. de Pressensé, attaqua cette lettre pastorale avec violence, accusant l'évêque d'Orléans de faire « un détestable mélange de politique et de religion », et de poursuivre « le rétablissement d'une théocratie sans franchise ». L'occasion de traiter directement la question de la restauration monarchique s'offrant ainsi à lui , l'évêque d'Orléans s'empressa de la saisir, et cela surtout afin de renforcer et d'assurer la majorité nécessaire pour le rappel de la royauté. Sa réponse à M. de Pressensé était saisissante de clarté et de force : Vous dites que ce que nous voulons rétablir, c'est la théocratie; non, c'est la monarchie constitutionnelle; et pour le prouver il citait, purement et simplement , le fait actuel , le projet de constitution accepté par le prince; car de la meilleure foi du monde, il avait cru aux paroles de \'U)iion: « Il s'est fait un accord complet et définitif à Salzbourg. » Et nous voulons rétablir la monarchie, parce que la République perd la France ; et il le démontrait.

Puis il ajoutait :

« Ma conviction profonde. Monsieur, c'est que les maux de la France, si ce qui se prépare échoue, étonneront de nouveau le monde; nous irons, de calamités en calamités, jusqu'au dernier fond de l'abîme... Quelle tristesse et quels remords, pour certains hommes, forcés alors de se dire : Il y a eu un jour, une heure, où on aurait pu sauver la France, où notre concours aurait décidé de tout, et nous n'avons pas voulu!

» Voilà pourquoi, Monsieur, je désire la monarchie dont vous avez peur : en quoi il est triste pour vous d'avoir comme alliés tous les jaloux, les ennemis mortels de la France, qui, eux aussi, à Berlin et ailleurs, ont peur de la monarchie; car ils savent bien que la monarchie referait la France libre et prospère, grande et puissante. L'instabilité de la France et ses agitations incessantes leur vont mieux...

» Je désire donc la monarchie ; et cependant. Monsieur, je n'engage pas ici absolument mon vote, et je ne comprends pas, du reste, qu'avant une discussion

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