CHAPITRE X[f
à la loi de 1850, à l'évêque d'Orléans, le vénérable M. de Corcelles, homme profondément au fait des choses de Rome, et d'ailleurs, sage, prudent, mesuré et conciliant. Son envoi à Rome, dans la situation de plus en plus douloureuse du Saint-Père et l'impuissance trop réelle de la France, avait été une véritable délicatesse envers Pie IX . M. de Corcelles souhaitait ce voyage de l'évêque d'Orléans à Rome, et depuis longtemps le lui demandait.
(( Combien il est à regretter, lui écrivait-il le 23 avril 1873, que vous ne soyez pas venu vous reposer à Rome ! Je suis convaincu que votre présence y serait très utile. » Et le 26 mars 1874 : « Je ne doute pas que vous ne soyez reçu avec une grande affection. J'ai toujours regretté que les meilleurs témoignages fussent ici les plus rares. Les esprits modérés doivent leur assistance dans les temps difficiles. Je fais des vœux pour votre pèlerinage. » Un prélat, qui représentait aussi à Rome la modération et la conciliation, et qui avait également des liens très anciens et très intimes avec l'évêque d'Orléans, M?'" de Falloux, depuis cardinal, parlait à l'évêque d'Orléans le même langage. Peut-être M. de Corcelles, d'accord en cela avec le gouvernement français, avait-il une secrète arrièrepensée, car il est certain que le maréchal et ses ministres souhaitèrent, peut-être dès ce moment, que l'homme qui rendait à la cause de l'ordre et à l'Eglise tant de services a l'Assemblée, fût élevé à une plus haute dignité, et que les ombrages que depuis le Concile avait pu concevoir Pie IX fussent dissipés. Et peut-être aussi est-ce parce que l'évêque d'Orléans pressentait ce motif secret de notre ambassadeur qu'il se refusa si longtemps à ses instances, ne voulant en paraître rien solliciter. Mais enfin d'autres considérations le déterminèrent. Les temps, en effet, étaient difficiles, et la situation du Pape affreuse. La spoliation à Rome et dans toute l'Italie, malgré la loi j menteuse des garanties, le Kulturkampf en Allemagne, les agitations des vieux catholiques en Bavière et ailleurs, les odieuses persécutions en Suisse, les périls religieux en France, les troubles de l'Eglise arménienne en Orient, tel était l'état des choses depuis le Concile : tristesses sur
tristesses partout. Apporter en de telles circonstances au Pontife malheureux son hommage, rien, de la part surtout du grand opposant à la définition de l'infaillibilité, rien de plus conforme au respect et au dévouement, comme aussi, ajoutons-le, rien de plus propre à faire taire les constantes insinuations d'une malveillance obstinée. Ces raisons le décidèrent. «La vue de foi, en la convenance de ma vie, a-t-il écrit à ce sujet, a toujours dominé le reste. )) Il avait encore un autre grand motif , laquestion de Jeanne d'Arc.
Vaincu, mais glorieux vaincu des luttes pour la souveraineté pontificale, il éprouva « une vive tristesse de se retrouver à Rome sans être chez le Pape^. Il fut reçu comme l'avait annoncé M. de Corcelles. Si au fond du cœar Pie IX avait quelque peine à tout oublier, les gens qui observaient curieusement le Pape et l'évêque n'en virent rien. Le Pape avait conservé dans ses malheurs sa sérénité, même sa gaîté : il les garda dans son entretien avec l'évêque. Il se montra heureux de sa présence à l'Assemblée, et, sur les choses de France comme sur les hommes qui étaient au pouvoir (M. le duc de Broglie était alors président du Conseil), il s'exprima avec une modération que Tevèque d'Orléans remarqua d "autant plus qu'elle contrastait avec le langage d'une partie de la presse catholique, française et italienne, contre notre gouvernement, (( le seul, en Europe, Très-Saint-Père, disait l'évêque, qui ne fasse pas de lois contre l'Eglise, et qui en fasse pour elle : Taumônerie militaire, l'exemption du service militaire maintenue au clergé, la loi sur les conseils de bienfaisance, la loi sur le Conseil supérieur de l'instruction publique, la loi en préparation sur l'enseignement supérieur ». Relativement aux agissements de l'Italie, l'entente était plus facile encore. Dans une récente encyclique, le Pape avait élevé une plainte douloureuse. «Mais parce que tout se fait légalement, lentement, dit l'évêque, ces spoliations successives ne causent en Europe que des émotions trop tôt oubliées. Un tableau d'ensemble saisirait peut-être beaucoup. » Frappé de cette réflexion, le Pape témoigna qu'il verrait avec plaisir l'évêque d'Orléans