‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 157 sur 259 · CHAPITRE XH · texte numérisé non relu

CHAPITRE XH

lui-même faire ce tableau. Ce désir fut pour celui-ci un ordre. Il y en avait qui s'attendaient à une sorte d'amende honorable pour le Concile, amende honorable qui eût été de sa part un désaveu de ses collègues de la minorité, comme de lui-même, de ce qu'il avait toujours considéré comme son droit et son devoir. Sans aller aussi loin, M. de Gorcelles et M=f de Falloux insistaient pour qu'il fût très explicite sur ce point. Mais faire un acte éclatant d'adhésion en paraissant à Rome, c'était tout ce qu'il avait voulu. Les conséquences que pouvaient entrevoir ses amis de ce qu'ils souhaitaient de lui ne touchaient en aucune sorte cetévêque, accusé cependantd'ambition. Du Concile il ne fut donc pas question. « Il ne m'en a pas parlé, et je ne lui en ai pas parlé, » dit le Pape, après ■ l'audience, à Ms^ de Falloux. Le Pape eut cette délicatesse, l'évêque cette dignité, et ce désintéressement*.

Trois jours après il se présenta à la promenade que faisait chaque jour le Pape dans les jardins ou les galeries du Vatican : on remarqua que, bien qu'il y eût Là des cardinaux, le Pape s'empressa de placer l'évêque d'Orléans à sa droite, et qu'il s'entretint beaucoup avec lui pendant toute la promenade. Il le reçut une troisième fois en audience de congé.

Quant à Jeanne d'Arc et à sa canonisation, c'était pour engager cette question qu'aux fêtes du 8 mai 1869 l'évêque d'Orléans en avait prêché une seconde fois le panégyrique. On parlait alors d'ériger à Voltaire une statue par voie de souscription publique. Cette pensée lui perçait l'àme, et, dans la douleur qu'il en ressentait, afin d'opposer une grande manifestation religieuse à ce scandale, l'inspiration lui était venue de mettre à exécution un dessein qu'il méditait depuis longtemps déjà, à savoir, de gloriher magnifiquement la vierge de Domrémy, si outragée par l'auteur de la Pucelle, en sollicitant pour elle l'honneur de la canonisation ; « car, disait-il, nous

4. Du reste, cent mille francs offerts de nouveau par lui au denier de Saint-Pierre étaient un nouveau témoignage de son zèle actif et persistant.

ne célébrons jamais dans Jeanne d'Arc que l'héroïne, et nous avons tort; Jeanne d'Arc est aussi une sainte. » Et pour se donner l'inspiration des lieux eux-mêmes, il entreprit une course rapide à Domrémy et à Yaucouleurs; et atin de rendre plus considérable la démarche qu'il méditait en y associant ses collègues, il invita à venir assister à cette cérémonie les évêques de tous les diocèses où Jeanne d'Arc avait paru. Tous se rendirent à cette invitation i. Ce panégyrique n'obtint pas un succès aussi éclatant que le premier, mais c'est aussi une belle œuvre oratoire. La sainte dans la jeune fille, la sainte dans la guerrière, la sainte dans la victime, tel est le cadre de ce discours: peut-être certains détails charmants que l'évêque d'Orléans s'est plu à y rassembler pour le besoin de "sa démonstration, sont-ils plus d'une biographie que d"un discours; mais un puissant souffle y circule et le grand orateur s'y retrouve constamment.

La procession traditionnelle qui suivit ce discours reçut de la présence de ces nombreux évêques un éclat inaccoutumé-. Avant de se séparer, ils rédigèrent une lettre collective pour le Saint-Père, qui fut signée de tous, et dans laquelle ils appuyèrent vivement la requête que l'évêque d'Orléans se proposait d'adresser à Rome pour la canonisation de Jeanne d'Arc. Cette requête fut l'objet d'une réponse de la part du promoteur de la foi; réponse qui concluait à de plus amples informations. Mais qu'y avait-il à faire maintenant, pour que la question fit un pas? Il l'apprit; rien à Rome; mais à Orléans, ce qu'on appelle le procès de l'ordinaire. D'après les décrets d'Urbain VIll, et pour éviter à la cour de Rome l'encombrement ((ui pourrait résulter de demandes prématurées et insuffisamment étudiées, toute cause relative à lacano-

1. Excepté M^' Ravinet, évêque de Troyes, indisposé depuis quelques jours. Les évêques présents étaient, outre M^"" Dupanloup. le cardinal-archevêque de Rouen, l'archevêque de Tours, l'archevêque de Bourses et les évêques de Saint-Dié, de Poitiers, de Beauvais, deBlois, de Chàlons, de Nancy, de Verdun; et MN. SS. de Las-Cases, évêque de Constanline, tt La Carrière, évêque des colonies.

'2. Annales orléanaises, année 1869.

Page 1