CHAPITRE XV
contentait pas de conseiller une retraite, il la dirigeait : jour par jour, heure par heure, on y faisait ce qu'il avait décidé et réglé. Nous devons à de bienveillantes communications plusieurs résumés de retraites ainsi conduites par lui, car il exigeait toujours qu'elles se fissent la plume à la main : ces résumés témoignent d'un zèle égal à ses lumières. Ce zèle, dans certaines occasions, allait à des sollicitudes, à des initiatives étonnantes : non seulement il se pi était à entendre la personne aussi souvent que cela pouvait être utile, mais encore il ajoutait à ses exhortations verbales des directions écrites ; et cela, aux moments quelquefois les plus occupés de sa vie, el à travers ses plus graves polémiques.
« Mon en.fant, je ne puis que bénir l'àme qui a tracé ces lignes, écrivait-il à une jeune fille, le lendemain de son entrée en retraite, mais je ne puis aussi qu'être bien effrayé pour cette àme. Nous en reparlerons. D'ici là, creusez encore; vous n'êtes évidemment qu'à la surface, n'allant au fond que par quelques traits rares; creusez, priez, soyez humble devant Dieu : criez miséricorde. Soyez sûre que cela est nécessaire. Je ne le croyais pas à ce degré; mais je n'en sens pas moins le besoin et le désir de bénir profondément cette chère àme, et de prier pour elle comme on prie pour sa chère enfant. »
Et le puissant directeur ayant été obéi, la généreuse enfant ayant creusé de plus en plus dans sa conscience et permis à l'habile médecin de faire en elle-même, sur ellemême, la lumière totale, après ces révélations douloureuses, mais salutaires, et pour panser la blessure faite et encourager à l'œuvre sainte et sanctifiante, il lui écrit le jour même :
(( Mon enfant, après les amertumes de cette douloureuse matinée, je ne veux pas laisser le jour s'achever sans aller vous bénir.
» Le temps est venu pour vous, ma bonne fille, des vraies vertus chrétiennes, c'est-à-dire de l'humilité et de la mortification. Hors de là tout est vain, tout est faux, indigne.
» Il m'en a coûté, sans doute ; mais, au fond, c'est dans
ces amères tristesses que se trouvent la lumière, la consolation, la force.
» Il n'y a que la vérité qui console. Remarquez que l'Esprit-Saint, cet Esprit divin qui a quelquefois parlé à votre cœur, se nomme tout à la fois l'Esprit consolateur et l'Esprit de vérité.
))Sans doute, cela déchire le cœur, mais si ce pauvre cœur avait besoin d'être déchiré, ouvert et attendri pour Dieu?
» Sans doute, cela est d'une amertume extrême ; mais combien cela vaut mieux que de perfides douceurs.
» Communiez demain bien humblen:ient; dites ce soir, en baisant tour à tour la terre et les pieds de votre crucifix, cet admirable Miserere...
))..oAyez courage, mon enfant, continuez de creuser dans cette conscience. Nous servons un bon maître; il vous aidera. Regardez cette image, que je vous envoie, ce regard du bon pasteur, et dites-lui : Oh I que c'est bien vous, et que c'est bien moi, là aussi, sur vos épaules ! Oh ! que vous avez été bon ! et ce matin encore !. ..
»... Faut-il vous redire que je vous bénis bien paternellement, en Notre-Seigneur, comme ma véritable fille?»
Et la retraite finie, il lui écrit encore, pour tout affermir définitivement.
Toutefois, en exigeant cette fidélité courageuse à ce règlement, il n'entendait pas mettre par là les âmes à la torture, et il savait, selon les temps et les personnes, interpréter avec largeur ses plus rigoureuses prescriptions :
« Mon enfant, vraiment choisie et bénie de Dieu, je vous renvoie votre petit règlement; je suis heureux d'avoir pu le dicter avant de partir définitivement (pour Rome).
» L'important, c'est que vous l'observiez fidèlement, mais en grande liberté de cœur. Les jours où vous aurez été très fidèle seront les meilleurs; et encore, comme c'est le cœur qui décide de tout avec le bon Dieu, il se pourra très bien faire que tel jour, où vous aurez manqué à de certaines choses, soit le plus cher au bon Dieu, parce que la charité et les égards pour le prochain, le respect et