‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 212 sur 259 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

fidélité à Dieu, parmi ces ballottages où votre âme me fait sans cesse i effet d'avoir le mal de mer, avançtint toujours néanmoins vers le port, parce que, au fond, la barque est soutenue de Dieu, et poussée à certains jours \ par un très bon vent. »

« Ces défaillances, éciit-il à une autre, sont inévitables dans le chemin; mais c'est précisément quand nous ne pouvons plus marcher que Dieu vient et nous porte.

» C'est précisément ce qui arrive dans vos montagnes. Quand vous rencontrez une pauvre petite fille qui marche bien et va toute seule, vous lui dites bonjour et la laissez marcher; mais si elle est là par terre, sans pouvoir faire un pas, et si elle ne sait que devenir, vous lui tendez la main, ou même, si elle se fait bien petite, vous la prenez entre vos bras. »

La personne à qui ces paroles étaient adressées les faisait su vre de cette note :

« Celte lettre m'arrive par le même courrier qui apportait 1 1 fameuse réponse de M&i' l'évêque d'Orléans au Constitutionnel (affaire Rousseau). C'est donc après cette vive défense que sa plume avait faite triomphante, que le saint évêque reprenait son humble mission de consoler et de diriger l'âme d'une pauvre femme qui, au fond de ses montagnes, cherchait Dieu à la lumière de ses conseils. »

Impitoyable quand il y avait mollesse et négligence, nul n'était plus paternel quand il y avait vraie bonne volonté; car la bonne volonté, si elle n'est pas la sainteté, c'est du moins la sanctification commencée :

(( Avec toutes vos inquiétudes, ma chère fille, vous empêchez votre âme de pousser sa sève d'amour de Dieu : vous êtes comme un arbre qui, au lieu de porter des fleurs et des fruits, ne donnerait que des feuilles...

» Laissez donc toutes ces pensées tristes, car la tristesse, dit saint Paul, donne la mort. Il faut vous distraire. Cherchez de bonnes et honnêtes distractions; et tous les jours adressez à Noire-Seigneur cette prière : 0 prince de la paix, pacifiez mon âme! Un quart d'heure de con-

fiance en Dieu vaut mieux qu'une semaine d'agitation et de crainte. »

A une autre :

« Pourquoi donc votre défiance de vous-même n'est-elle pas mêlée de confiance en Dieu? Souvenez-vous de ce que dit saint François de Sales, qu'elle est bien peu chrétienne l'humilité qui n'est pas magnanime, et la défiance qui n'est pas confiante.

y> L'humilité sincère ne se décourage pas : elle est même joyeuse de sa misère, dit saint François de Sales, parce qu'elle sait que sa misère est le trône de la miséricorde de Dieu... »

Il y a cette difi"érence entre les personnes sans piété et les personnes pieuses, que les unes ne luttent pas et s'abandonnent, tandis que les autres combattent, mais ont grand besoin d'être soutenues dans cette lutlt- perpétuellement renaissante.

(L Je ne veux pas tarder un moment à vous répondre, écrivait-il à une àme courageuse contre elle-même, mais fatiguée de ces luttes; votre àme est malade et il ne faut pas que votre médecin vous abandonne. Toute cette tempête de pensées, les unes très mauvaises, d'autres très sottes, n'est pas plus votre àme qu'un orage n'est le fond de l'atmosphère. Je vous dirai donc volontiers avec le grand bon sens de saint François de Sales : Puisque le démon fait tant de bruit à la porte de votre àme, c'est preuve qu'il en est chassé. Laissez-le tempêter à la porte, et vous, tenez au dedans votre intelligence et votre volonté humblement attachées et soumises à Dieu, et puis ne craignez pas, Dieu est avec vous...

y> Je reconnais que cette tempête a été violente ; s'il en revient une semblable, il faut faire comme le voyageur surpris par Forage au milieu des champs, vous bien envelopper de votre manteau, garder votre confiance en Dieu dans le fond du cœur et sans vous arrêter un seul moment à regarder le vent qui souffle et la pluie qui tombe, ce qui est toujours inutile et ridicule, marcher courageusement au but. »

Point donc de découragement, jamais. L'humilité, d'où

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