CHAPITRE XV
naissent la patience, la résignation, la douceur avec soimême comme avec les autres, voilà le premier fruit de nos épreuves. Nous noterons ce trait de sa direc\ion, car il y revient souvent, qu'il faut être charitable et doux, même pour soi, et savoir se supporter comme on supporte bien les autres :
« Dieu exauce le premier de mes vœux en apaisant votre irritation contre vous-même. Vous êtes digne de compassion, d'encouragement et de secours, mais non pas de colère; il faut, si j'ose le dire, vous traiter vousmême comme je vous traite.
» Jésus-Christ exaucera le second de mes vœux en vous apaisant pour les autres. Il faut leur compatir, mais s'irriter, non. »
« Vous êtes en ce moment, disait-il à une autre àme angoissée, comme ces saules pleureurs qui laissent leurs branches tomber à terre et pendre dans l'eau. Ecrivez ceci : Je ne veux pas que vous soyez comme un saule pleureur, avec ses branches qui pendent toujours à terre, ou trempent toujours dans l'eau, dans ces eaux qui sont les misères humaines, et qui coulent toujours. Je veux que vous soyez un chêne fort et ferme ; et, si vous n'avez pas cette énergie, je veux au moins que vous soyez un peuplier, vous élançant droite vers le ciel. Le sommet de ce peuplier peut quelquefois être un peu agité par les vents; mais cela n'empêche pas l'arbre de se tenir debout.» Et en disant cela, il lui montrait de sa fenêtre, au fond du jardin de l'évêché, un grand peuplier qui est là. Et comme le ciel, à ce moment clair et pur, resplendissait: <( Voilà, conclut-il, mon enfant, ce que je voudrais pour votre âme, cette clarté, celte sérénité. »
Cette sérénité, il la voulait, même au milieu des peines de la vie, des souffrances, des croix. Car, s'il y a des difficultés inhérentes à la piété, il y a d'autres et inévitables épreuves attachées à la vie humaine. Toute la direction de l'évêque d'Orléans eût croulé par la base, et toutes ses paroles fussent demeurées vaines, s'il n'eût pas compris et fait comprendre aux âmes cette doctrine de la croix.
qui est le fond du christianisme. Il y a donc une spéciale importance à entendre ce que disait sur un tel sujet ce si sérieux directeur, et quel consolateur il était dans les moments douloureux de la vie. C'était une âme bien éprouvée par la maladie, bien visiblement mise par Notre-Seigneur sur la croix, que celle à qui il adressait les paroles dont voici quelques-unes : elles pourront en consoler et fortifier beaucoup d'autres :
« Je me reproche de rester si longtemps sans parler à votre âme, et je me le reproche d'autant plus, que vous êtes plus éprouvée.
» Je sais bien, mon enfant, que vous êtes fidèle, et que vous connaissez le prix des souffrances. Votre âme se sanctifie à travers tout cela, parce que vous restez bien unie à Xotre-Seigneur, et dans un abandon résigné et confiant à sa sainte volonté. Néanmoins la croix est toujours dure à porter à notre pauvre nature.
» Mais il faut nous redire, pour nous maintenir dans un paisible courage, que c'est un chemin royal, après tout, que celui de la croix... Du reste, n'est-il pas avec nous pour porter notre croix, et près de nous quand nous souffrons, et sommes-nous nous-mêmes jamais plus réellement ses enfants que quand nous lui ressemblons le plus?...
» Ail' n'appelez pas stérile la vie de réclusion et de souffrance que Dieu vous impose : croyez-moi, rien ne fructifie plus pour le ciel... »
i( Il faut donc prendre, y> disait-il à une autre personne qui, elle, au contraire, aurait pu paraître comblée ici-bas, mais toute vie a ses épines, (^ il faut prendre cette petite âme, et la jeter dans le cœur de Notre-Seigneur percé de la lance, couronné d'épines. Le vôtre aussi doit être couronné d'épines, et y trouver sa joie. >
Pour faire comprendre et aimer les peines, les souftrances, où conduisait-il les âmes? A la crèche, à la croix, et aussi au tabernacle. Il les nourrissait de cette moelle divine, qui ne se trouve que là, dans nos mystères, et qui est le seul aliment de cette vraie et solide piété qu'il cultivait :