CHAPITRE XVII
Donc quelques jours avaut la discussion de Tinterpellalion, et pour la préparer, il lit paraître, dans la Défense d'abord, et successivement, ces dix Lettres sur Voltaire. On peut dire qu'elles imprimèrent un stigmate ineffaçable à ce coryphée de l'impiété, ce Ces lettres, lui écrivait de Rome le vénérable archevêque de Paris, Ma^^Guibert, qui avait bien voulu se charger d'en offrir un exemplaire au Pape, sont le Ilosbacli de Voltaire. »
En les terminant, l'évèque d'Orléans disait : «Ces lettres ne. sont en rien une provocation aux institutions qui nous régissent. Pas un seul mot n'y est dit contre ces institutions. C'est une défense légitime et nécessaire, devant une provocation criminelle, et un rappel aux lois du pays.
» M'entendrez-vous? La passion n'a guère coutume d'écouler la raison. J'aurai du moins élevé, à l'encontre d'un grand scandale, la protestation de ma conscience, et ])Oussé contre vos audaces le cri de l'honneur épiscopal, de l'honneur chrétien et de l'honneur français. »
La victoire était gagnée, non seulement devant l'opinion, mais auprès même du gouvernement; il ne restait plus pour ainsi dire à l'évèque d'Orléans qu'à en prendre acte à la tribune du Sénat. En effet, comme pour le désarmer, le ministre de l'intérieur, M. de Marcère, lui donna une satisfaction anticipée; il inffigea, la veille même de l'interpellation, un blâme public au Conseil municipal de Paris, et répudiant pour le gouvernement toute participation à l'alFaire du centenaire, il enleva ainsi tout caractère offfciel et national à la manifestation : c'était tout ce que voulait Févèque. S'il se fût contenté à la tribune de sommer le ministre d'étendre son blâme aux autres conseils municipaux qui avaient voté aussi des souscriptions, il eût été impossible au ministre de s'y refuser, et le triomphe était complet. On lui donna, le matin même du jour où il devait parler, un autre conseil, et, chose plus fâcheuse encore, on le pria, pour ne pas soulever trop d'orages, de ne point parler, mais d'écrire et de lire son interpellation; ce qui était lui enlever la moitié de ses forces à la tribune; d'autant plus que, la
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publicalioii de ces lettres ayant pris plus de temps qu'il n'avait prévu, il ne lui restait que quelques heures pour écrire ce qu'il se proposait de dire. Sa fatigue du reste était au dernier degré. Un de ceux qu'il avait réunis chez lui, à Paris, pour les consulter, tout à coup le vit pâlir et porter la main à sa poitrine. « Qu'avez-vous donc, Monseigneur? lui dit-il eliVayé. — Oh! hier, j'ai éprouvé dans la région du cœur une douleur très vive, et j'ai essayé ce matin, afin de pouvoir parler, un moyen de la calmer. Le remède me fait en ce moment plus souiïrir que le mal. » Tel était son courage. Aussi, la seule apparition à la tribune de ce vieil évèque, de ce vieux soldat, comme disait le lendemain un journal ^, de ce Lusignan de l'Eglise, à qui chacun eût pu appliquer un beau vers de celui qu"il venait de vaincre :
Mo:i Dieu 1 j'ai combattu soixinte ans pour ta gloire !
et qui osait seul se dresser contre l'idole d'un siècle et du parti alors victorieux, et disputer, d'une voix tremblante, mais d'une àme toujours intrépide, la France à l'impiété voltairienne, ce spectacle émut profondément. En fin de compte, et malgré le refus de M. Dufaure de poursuivre le volume dénoncé par l'évèque d'Orléans, l'évéque avait gagné sa cause : le centenaire resta l'œuvre d'un parti ; la France n'en fut pas complice -.
Telle fut la dernière bataille livrée par l'évèque d'Orléans à la tribune.
Ces démonstrations pour Voltaire, qui blessèrent au cœur le patriotisme français et chrétien, en suscitèrent