‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 41 sur 259 · CHAPITRE IIÎ · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIÎ

libres penseuses ; ces écoles existaient depuis longtemps déjà, mais personnes n'y regardait ^ ; il portait aussi à la connaissance du grand public l'existence d'une Ligue dite de renseignement^ importée de Belgique en France par la franc-maçonnerie, et déjà signalée par un de ses vénérables collègues, M?ï" Dupont des Loges, évêque de Metz. 11 disait ensuite ce qu'étaient les cours publics autorisés, et dévoilait le matérialisme de l'Ecole de médecine de Paris; et enfin, il montrait l'immense propagande organisée pour répandre partout les doctrines d'impiété. Certes, il y avait lieu d'être effrayé. On le lut. « La duchesse de Galliera, qui arrive d'Angleterre, écrivait 'SI. de Montalembert à son ami, a trouvé votre dernier écrit entre les mains de }\. le duc de Nemours, fort ému des révélations qu'il renferme. Elle a rencontré cette même impression à un degré encore plus prononcé chez lord Uussel, tout stupéfait d'apprendre par vous les choses qui s'impriment dans l'empire français. »

Il y eut dans cette grande bataille des incidents qui méritent d'être notés : ce sont deux correspondances qui s'ensuivirent ; l'une, secrète et touchante, avec la mère chrétienne et désolée d'un jeune adepte du positivisme, dont l'évêque d'Orléans avait dû signaler une thèse matérialiste et athée ; il consola, comme il put, la pauvre mère; et l'autre, publique, avec un jeune médecin, coupable d'une thèse semblable; ce jeune homme lui écrivit une lettre, touchante aussi dans sa sincérité, mais profondément triste par le fond des choses. Comme cette lettre avait été publiée, il crut devoir y répondre publiquement, parce qu'il répondait aussi par là à toute la jeunesse des écoles imbue des mêmes en-

1. Ces écoles avaient leur siège alors rue Hautefeuille; elles ont été transportées depuis rue du Fouarre : l'évêque d'Orléans avait pu se procurer les résumés de plusieurs des cours, infiniment dangereux, qui s'y faisaient.

:2. Voy. celte belle et touchante lettre dans le troisième volume des Nouvelles Œuvres choisies, Tp. 329, qui contient toute cette instructive polémique.

Si révêqne d'Orléans voyait ce que la foule ne voyait pas, c'est, nous le répétons, qu'il se donnait la peine de regarder. Il poursuivait persévéramment, depuis quelques années, son enquête; recueillant les documents, textes ou livres, formant ses dossiers, les disposant avec ordre et méthode, chacun avec son titre sur l'enveloppe, afin de pouvoir sur-le-champ, quand il en avait besoin, mettre la main dessus. Ainsi faisait-il pour chaque question qui l'intéressait. El il y donnait le temps nécessaire, rangeant sans cesse, et appréciant, en homme pratique qu'il était, la puissance de l'ordre ; il appelait cela être outillé, et il lui semblait aussi impossible de faire sans cela de la polémique, que de combattre sans armes ni munitions.

Tant d'efforts ne furent point perdus : non seulement l'entreprise ministérielle avorta, et le ministre lui-même, discrédité, finit par tomber; mais les esprits sérieux furent profondément remués par ces révélations, et à diverses reprises leurs alarmes se produisirent au sein du Sénat sous forme de pétitions diverses, surtout contre l'invasion des livres dangereux dans les bibliothèques scolaires, que le ministre, à bonne intention sans doute, mais sans regarder assez au choix des livres, multipliait. Helas ! c'est bien pire aujourd'hui, et on a glissé vite et bas sur la pente ! De grandes paroles même furent dites alors sur le mal moral du pays, mais par un pouvoir à qui l'autorité faisait défaut, étant lui-même auteur ou complice du mal! Non que le sentiment de l'ordre manquât à l'Empire; mais la guerre au Pape, nous ne saurions trop le redire, parce que c'est la vérité, et parce que c'est une leçon utile à ses partisans fidèles, l'avait jeté hors de ses voies.

Nous devions, hélas! payer cela cher!

Les idées que l'évêque d'Orléans fit alors reculer sont revenues, et ont triomphé. On a été bien plus loin encore que les conférences et les cours; on a imaginé cette barbarie : des lycées de filles. Eh bien, on verra les résultats ! L'épouvante avait saisi la France en 1848, après la cata-

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