‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 40 sur 259 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

jours impuissants, c'est cette religion, l'éternel objet de vos attaques. Vous avez eu la chance belle au dix-huitième siècle, et le- Christianisme vous a vaincus î On vous la donne belle encore aujourd'hui, mais vous ne réussirez pas mieux, et quels que soient vos nouveaux efforts, vous n'aurez fait là qu'une pauvre et ingrate et déshonorante besogne.

»Et quand vous seriez parvenus à diminuer, à détruire, s'il se pouvait, la somme de foi et d'espérance qui reste encore sur la terre, seriez-vous bien avancés, vous et l'humanité?

j.) Mais non, la religion vous usera tous : écrivains éphémères, elle reste, vous passez ^.. »

Tel était cet écrit : écrit de circonstance sans doute, mais thèses éternelles; écrit par conséquent dont l'opportunité et l'utilité demeurent et éclatent aujourd'hui peutêtre plus que jamais.

Quoi que prétendît le ministre, qui faisait écrire dans ion Bulletin que l'enseignement public des jeunes filles était définitivement fondé, sa tentative avortait. A Orléans, en particulier, l'échec fut complet. Indépendamment du grand mouvement d'opinion publique soulevé par les évêques, il eût suffi, pour tuer ces cours, à Orléans, de ce

1. La femme chrétienne et française (Xouvelles œuvres choisies, t. III). — Après avoir reçu les deux premiers écrits cités par nous, le célèbre P. de Buch, jésuite belge, lui écrivait : a Vous avez eu la bonté de songer à moi pour m'envoyer un exemplaire de vos deux lettres — car vous rétablissez une littérature si usitée parmi les Docteurs de l'Eglise — je vous en remercie du fond de mon cœur. 11 faut cependant que vous sachiez que vous n'êtes pas seulement évèquc d'Orléans et évêque français ; vous êtes tout autant évèque belge. Le Journal de Bruxelles reproduit tout ce qui tombe de votre plume ^t on le lit ici avec plus d'avidité que quoi que ce soit. Les écrivains des mauvais journaux disent — je l'ai entendu de mes propres oreilles — que si vous n'étiez pas évêque, vous seriez le premier publiciste du dix-neuvième siècle. C'est parce qu'ils sentent que, quoique évêque, TOUS les écrasez impitoyablement. Vous avez fait à M. Duruy une réputation européenne, mais telle qu'il ne vous en saura jamais f ré, » etc.

mot jeté intentionnellement dans la brochure : "<( Vous m'avez blessé au fond de l'àme en essayant d'établir ces cours sous mes yeux mêmes, » Le ministre Tavait voulu peut-être; mais les mères, dans la ville épiscopale, ne le voulurent pas.

Etait-ce tini? Hélas 1 non. Bien que M. de Montalembert lui écrivît : << Grand roi, cesse d'écrire ou je cesse (Fadmirer; » bien qu'il fût fatigué lui-même plus encore qu'un certain public de ses fréquentes apparitions sur le champ de la polémique, il lui fallut encore combattre. La victoire des évêques sur M. Duruy avait soulevé dans la presse des clameurs furieuses, et les révélations de l'évêque d'Orléans sur les progrès de l'enseignement irréligieux et de l'irréligion en France, si décisives qu'elles fussent, trouvaient encore des incrédules. Tant de gens ont le goût de ne pas voir, pour ne pas être troublés ! Et cependant, il était loin d'avoir tout dit! Que de documents il tenait encore en réserve, que de renseignements recueillis par lui dans cette enquête qu'il poursuivait silencieusement et persévéramment! Donc, pour justifier l'opposition des évêques, et achever de donner au pays les avertissements nécessaires, il se décida à publier un (juatrième écrit qu'il intitula les Alarmes de Vépiscopat justifiées par les faits. « Que cette publication est nécessaire ! écrivait-il à M. Cochin, et quelle tristesse pour moi que ce que je vois et découvre chaque jour ! Il y a comme un ministère de la dépravation des esprits. Il y a comme un réseau immense, et qui va chaque jour s'étendant et s'emparant des âmes. Je fais depuis un mois des visites pastorales qui me révèlent des profondeurs de mal affreuses. Enfin, il ne faut pas se décourager, mais lutter. Seulement il est triste d'être seul. »

Dans cet écrit donc, passant de l'incident particulier de M. Duruv à la situation générale, il se bornait à constater quelques faits, très peu connus, quoique infiniment graves, et qui jetaient sur la situation religieuse et morale du pays et la triste connivence du gouvernement avec l'œuvre profonde de dissolution qui se faisait, d'effrayantes lumières. Il révélait Texistence à Paris d'écoles de filles

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