‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 43 sur 259 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

craignait tout ici du temps dont il faut si souvent tout espérer. Et c'est pourquoi, dans les premiers jours de février, pendant qu'il était occupé à sa grande brochure la Femme chrétienne et française, il lit parvenir au Saint- Père, dans une note respectueuse, l'expression de sa pensée sur les périls d'un trop long délai.

Le Saint-Père, le 4 mars, lui répondit :

« Vénérable frère, c'est avec une vive reconnaissance que nou3 avons reçu les observations que vous nous avez adressées. Elles nous ont fourni un nouveau témoignage du zèle ardent dont vous brûlez pour l'honneur de l'Eglise et du Saint-Siège. En conséquence, pour répondre, autant que possible, à vos désirs, nous donnerons plus tut nos lettres apostoliques pour la convocation du Concile, bien que nous eussions pensé d'abord à en différer l'envoi jusqu'à la fin de l'année... »

C'était déjà un grand point de gagné, mais l'évèque d'Orléans souhaitait autre chose encore ; il lui semblait tout à fait désirable, comme il l'avait écrit à M?^ Franchi, et comme Msi* Franchi l'avait bien compris, que la bulle fût faite de manière à ne « heurter personne ». Et voici avec quelle délicatesse il l'insinuait au Saint-Père :

« Orléans, le 16 mars 1868.

» Très-Saint-Père, j'ai été profondément ému de la lettre que Votre Sainteté a daigné m'adresser, le 4 du présent mois, et reconnaissant de l'extrême bonté qu'Elle a eue en daignant me communiquer sa résolution, relativement à la très prochaine convocation du Concile général.

» Comment ne pas se réjouir à la pensée de tout ce que Votre Sainteté fait et prépare pour remédier, sans retard, par ce Concile, aux maux suprêmes de l'Eglise et de la société humaine?

» Je vous l'avouerai, Très-Saint-Père, mon àme est plongée dans la tristesse, depuis que mes dernières luttes contre l'impiété me font de plus en plus découvrir toute la profondeur de cette infernale ligue que le génie du mal organise de toutes parts contre le Saint-Siège, contre tout ce qui s'appelle, à quelque degré que ce soit, christianisme

et religion ; que dis-je? contre Tidée même de Dieu, de l'àme humaine, du libre arbitre, et contre tous les principes les plus fondamentaux de tout ordre moral et social.

» J"ai l'honneur, ou plutôt la douleur, d'envoyer à Votre Sainteté quelques exemplaires d'un nouvel écrit que je publie aujourd'hui même sur cette détestable conjuration, dont les attentats éclatent à la fois, en France, d'une manière extraordinaire, en Angleterre, en Allemagne, comme en Italie; c'est de tous ces pays que m'arrivent les renseignements les plus positifs et les plus effrayants sur les progrès du mal.

» L'imminence du péril est telle, et mes efforts, tant qu'ils demeurent isolés, sont si faibles contre la formidable puissance de l'attaque, que le découragement commençait à me saisir à la pensée que l'indiction du Concile pouvait être retardée jusqu'à la (in de l'année 1860.

» Mais la lettre de Votre Sainteté m'a rendu le courage pour continuer ces terribles luttes, en me donnant la certitude que le Concile n'éprouvera pas de retard, et va être incessamment convoqué par Votre Sainteté.

D Je suis d'ailleurs singulièrement frappé, Très-Saint- Père, d'un nouveau miracle, car c'en est un, que la divine Providence fait, en ce moment, toujours ce me semble, dans ce grand but de faciliter le Concile : ce miracle, c'est la paix générale, qui, àl'enconlre de toutes les prévisions, paraît désormais certaine pour cette année. La Providence a fait déjà le miracle de Mentana, pour assurer la tranquillité de Piome; elle fait aujourd'hui le miracle de la paix générale, pour assurer la tranquillité du monde : l'une et l'autre également nécessaires pour assurer la tenue du Concile. Mais cette paix de Rome et du monde, Très-Saint-Père, l'aurons-nous plus tard? C'est le secret de Dieu.

» Il faut reconnaître encore, Très-Saint-Père, que si les choses continuent à marcher en France comme nous le voyons, il n'est pas un homme clairvoyant qui ne redoute, comme imminente, une épouvantable révolution démagogique et socialiste dont le contre-coup se ferait ressentir à Rome et dans toute l'Europe entière.

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