CHAPITRE IV
» Voilà pourquoi je ne saurais trop féliciter i'Egiise et bénir Dieu de la lérme et prévoyante sagesse de Votre Sainteté, que je vois si décidément résolue à se hâter de saisir, pour la célébration du Concile, l'heure présente, qui est évidemment l'heure de la Providence.
3> Le Concile augmentera le courage des bons, ranimera les tièdes, rapprochera les cœurs et deviendra un centre puissant d'action par l'union des forces.
)) El je ne crains pas de l'ajouter, le Concile donnera aux gouvernements eux-mêmes un appui et une force, dont nécessairement, malgré leurs erreurs, ils seront heureux de profiter, car tous aujourd'hui sont excessivement alarmés du progrès de la révolution et ont le plus pressant besoin de secours contre elle.
» Votre Sainteté me permet-elle de lui dire, en finissant, avec quel bonheur, avec quelle tendresse de respect je prévois l'heure prochaine où je me retrouverai à ses pieds pour recevoir la bénédiction de son cœur paternel?»
Voilà comment cet évêque intriguait contre le Saint- Père et le Concile. Il n'est pas du reste inutile de le remarquer, depuis les événements de 1807, depuis ce quil avait fait à Rome pour la décision du Concile et pour la rédaction de l'adresse, ses relations avec Pie IX étaient devenues plus fréquentes et plus cordiales qu'elles n( l'avaient jamais été.
Eniin la bulle parut, datée du :20 juin, fête des saints apôtres. Elle le combla de joie. Sans rien dire des questions agitées depuis, le Pape traçait avec ampleur et dans un grand langage son but au Concile : « Porter remède au^ maux du siècle présent dans l'Eglise et dans la société, y. tels étaient les horizons qu'entr'ouvrait la bulle. Citonsen quelques paroles :
«Le Concile œcuménique devra examiner avec le plu; grand soin et déterminer ce qu'il convient de faire, surtou en ces temps si durs, pour la plus grande gloire de Dieu l'intégrité de la foi, la beauté du culte divin, le salut éter nel des hommes; pour la discipline du clergé séculier e régulier, l'amendement des mœurs, l'éducation chrétienne
de la jeunesse, pour la paix commune et la concorde universelle...
y> Nous espérons que les souverains et principalement les princes catholiques, non seulement n'empêcheront d'aucune manière nos vénérahles frères de venir au Concile, mais se plairont au contraire à les favoriser et à coopérer avec le plus grand zèle à tout ce qui peut contribuer à la plus grande gloire de Dieu et au bien du Concile. »
Ainsi, pas plus dans la bulle d'indiction de 1868 que dans l'allocution de 1867, la question de l'infaillibilité n'apparaissait comme ayant été une des raisons de célébrer le Concile ^ Même du pouvoir temporel, si menacé, pas un mot; le Prince s'oubliait, le Pontife seul parlait au monde.
Une chose cependant était remarquable, et fut, en effet, remarquée : le Pape s'était abstenu d'inviter directement au Concile les représentants des puissances catholiques. Cette omission donna prétexte à une interpellation qui fut adressée sur ce point le 10 juillet par un membre du Corps léiiislatif, M. Emile Ollivier, au gouvernement français sur la conduite qu'il comptait tenir par rapport au Concile. Ce député déclarait que celte omission des princes dans la bulle d'indiction, c'était « la séparation de l'Eglise et de l'Etal opérée par le Pape lui-même », et il concluait en demandant au gouvernement de s'abstenir, mais de se préparer. « On vous a laissés en dehors, eh bien, croyezmoi, re3lez-y, laissez faire; seulement, observez et préparez-vous! » Préparez-vous : à quoi? Il le disait : « Préparez-vous aux résolutions qu'il faudra prendre si les décisions que je redoute sont acceptées; préparez-vous à REPOUSSER tout cc qui serait contraire à nos principes et à nos lois. » Il avait dit en débutant : «Le concile intéresse l'Etat autant que l'Eglise. On y agitera et on y tranchera les problèmes les plus importants parmi ceux qui nais-
1. Dans son Histoire vraie du Concile du Vatican, >P' Manning insiste beaucoup sur ce point. — L'historien de M^' Pie fait donc erreur quand il écrit : « L'infaillibilité du Pape était un des objets portés au programme de cette assemblée. » T. II, p. 335.