CHAPITRE V
vêque de Paris, chez cet archevêque, via de' Condotti. Nous avons eu sous les yeux les procès-verbaux de toutes les séances de- cette réunion : c'est une justice de le dire, ils font le plus grand honneur à l'esprit de modération, de sagesse et de vrai zèle pour l'Eglise, qui en animait tous les membres. « Ce qui ne s'y trouve pas, a écrit l'un d'eux, c'est le récit des souffrances morales de ces évêques condamnés par leur conscience à marcher sur leur cœur, et à contrarier dans ses désirs un Pontife vénérable et bien-aimé, pour lequel ils auraient donné leur vie. » Car le Pape, dès l'arrivée des évèques à Rome, sûr d'une puissante majorité, ne fit pas difficulté de déclarer son désir personnel, et marcha dès lors à ce but avec une volonté déterm.inée et énergique.
Cependant les discussions s'étaient ouvertes. Xous ne voulons rappeler ici que pour mémoire les démarches et les demandes qui furent faites à l'effet de remédier à certaines imperfections du règlement et de l'organisation conciliaire. Elles avaient commencé avant même l'arriyée de l'évèque d'Orléans. Il y prit part ; il en inspira quelquesunes : il en fit même plusieurs en son nom particulier : écrivant les lettres les plus respectueuses, mais les plus fortement motivées, tantôt aux cardinaux présidents du Concile, tantôt au secrétaire, M^'' Fessier, tantôt au cardinal Antonelli, tantôt au Pape lui-même.
Les évèques discutaient, comme à Trente, sur des textes préparés par des théologiens; avec cette différence qu'à Trente, les théologiens travaillaient sous les yeux des Pères, et sur des matières indiquées par eux; tandis que les Pères, en arrivant à Rome, avaient trouvé les questions déjà élaborées par les commissions que nous avons dites. Le premier schéma discuté, le schéma de fîde, traitait des erreurs modernes dérivées du rationalisme; il fut débattu, avec beaucoup de science et d'éloquence, dans sept congrégations générales, et renvoyé à la commission compétente pour être entièrement refondu par elle. L'évèque d'Orléans ne se mêla pas à cette première discussion; mais l'exemplaire qui lui avait été remis, chargé de notes de sa propre main, atteste encore avec quel soin
il étudiait ces questions. En attendant que ce délicat et important travail de correction fût terminé, quatre constitutions disciplinaires, Tune sur les évêques, l'autre sur la vacance des sièges épiscopaux, la troisième sur les devoirs des ecclésiastiques, la quatrième enfin sur l'introduction dans l'Eglise d'un petit catéchisme unique et universel, furent successivement l'objet des délibérations des Pères. Dans ces discussions l'évèque d'Orléans prit deux fois la parole : d'abord le 23 janvier, dans la discussion sur les évèques et les vicaires capitulaires ; puis sur la question du petit catéchisme universel. Lorsqu'il parut pour la première fois à l'ambon, ce fut, dans toute l'assemblée, un vif mouvement de respectueuse attention : son discours répondit pleinement à ce que sa réputation d'orateur promettait; nous croyons pouvoir en citer un court passage, celui où, à propos de l'obligation imposée aux évèques des voyages ad Umina apostolorum, il proclama un droit et un devoir, dont pour sa part il avait toujours fait la règle de sa conduite :
«Oui, il est pour les évêques un très grave devoir, qui, s'il est rempli avec la révérence et l'humilité qui sont de rigueur, et cependant avec la liberté permise à des évèques, loin d'être en rien irrespectueux pour le Saint-Siège, peut être d'une très grande utilité au Pape et à l'Eglise : les évêques, soit quand ils viennent à Rome, soit lorsqu'ils envoient au Saint-Père des rapports sur leurs diocèses, doivent lui faire connaître (surtout s'il s'agit de régions éloignées) ce que nécessairement par lui-même il ignore ou ne peut connaître qu'imparfaitement, et ce qu'il lui est cependant nécessaire ou très utile de connaître. La plus grande partie des maux, dans l'Eglise comme dans l'Etat, vient de ce qu'il y en a bien peu qui osent parler ouvertement et franchement à ceux qui ont en mains le pouvoir, et leur découvrir ce qu'il serait si heureux qu'ils connussent, et si malheureux qu'ils ignorassent. » Et il appuyait cette haute leçon sur des textes magnifiques, empruntés aux plus graves autorités.
Quant à un petit catéchisme universel, pour remplacer les catéchismes diocésains, à ce dernier point de vue il