‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 68 sur 259 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ne croyait pas l'idée pratique, et c'est pourquoi, dans un autre discours, i! la combattit.

Tout en se livrant aux travaux conciliaires, il achevait sa réponse à Ms'' Dechamps. Elle parut enfin. 11 y maintenait, à rencontre des imputations persistantes, sa vraie attitude : il repoussait non la doctrine, mais la définition, et cela, à deux points de vue : pour écarter les périls qu'à ses yeux une définition pouvait entraîner; et pour maintenir le Concile dans son programme primitif, les remèdes aux maux du temps.

L'archevêque de xMalines affirmait que la définition « était dans l'air» ; à quoi l'évêque d'Orléans répliquait par l'historique exact de la question. A des points de vue différents, l'un et l'autre avaient raison. — Mais l'habileté de son adversaire avait été de porter le débat sur la doctrine elle-même de l'infaillibilité, comme s'il n'y avait eu que ce point en cause. C'était du même coup décréditer l'opinion qu'il combattait, l'opportunité, en la présentant comme chose de peu d'importance, et qu'il fallait dédaigner, et l'auteur des Observations, en mettant en suspicion ses sentiments théologiques. « Mais, lui répondait l'évêque d'Orléans, c'est me chercher sur un terrain où je ne suis pas ; voilà pourquoi la plupart de vos arguments ne rencontrent pas les miens. La polémique adverse, par ignorance ou médiocre bonne foi, devait essayer de donner le change: elle n'y a pas manqué. Que la foule ait pu s'y tromper, je le conçois : ces iniquités de la polémique et ces méprises de l'opinion sont fréquentes; mais de votre part, cher et vénéré seigneur, une telle méprise, je l'avoue, m'a étonné.» L'évêque d'Orléans s'attachait donc à montrer qu'il avait pu « traiter de l'opportunité sans touchera l'infaillibilité ». Et abordant alors de nouveau cette question, la sienne, et exposant ses points de vue, non encore démentis par les événements :

c( ... C'est, disait-il, les yeux fixés sur toute cette situation, sur toute cette triste statistique religieuse du monde, sur les pertes successives de l'Eglise, sur les difficultés des temps présents, sur les périls de l'avenir, que, m'isolant

des entraînements et des enthousiasmes, j'ai pesé les conséquences certaines de la délinition que vous poursuivez; et c'est pourquoi je ne la poursuis pas. Je ne mets pas mon courage à braver les périls inutiles et ma gloire à provoquer des définitions qui ne sont pas nécessaires, dix-huit siècles de christianime l'attestent.

» Ah! les luttes nécessaires, à la bonne heure! j'y serai toujours. Mais celles que nous susciterions nous-mêmes, comme à plaisir, c'est autre chose! J'y interviendrai, si des imprudences appellent de nouveaux périls, et si je puis y apporter un utile secours ; mais après avoir tout fait pour les prévenir... »

Et revenant à ce qui était son idée dominante :

K Faisons, disait-il, un grand Concile, développons les vives et fécondes puissances de TEglise, la sainteté, la science et les richesses de charité et de zèle qu'elle recèle dans son cœur; montrons aux hommes de ce siècle qu'entre nous et ce qu'ils ont le droit d'aimer, il n'y a point d'antagonisme, point d'incompatibilité; dissipons enfin, par des déclarations nettes, précises, formelles, tous ces affreux malentendus qui nous dévorent. Voilà comment nous ramènerons à nous ce siècle qui nous fuit, et comment nous pourrons sauver la société qui crie au secours par toutes les voix de ses souffrances et de ses périls. »

« Certes, disait-il en terminant, dans la contention iV amour pour le Saint- Père, je ne me suis jamais laisse vaincre par personne : on m'a vu assez souvent sur la brèche; et si d'autres luttes pour la religion ont occupé ma vie, aucune, vous me forcez à le rappeler, n'y a laissé une plus grande place.

)) J'ai combattu de même et toujours, sans jamais regarder au nombre, l'impiété, et ses doctrines subversives, et ses ligues funestes.

y> C'est l'honneur de ma vie militante d'avoir été insulté, autant que le fut jamais un évèque, par les adversaires de la religion et de la société.

» Il n'y avait qu'un dernier sacrifice dont je n'avais pas encore rencontré l'honneur; mais il s'est offert à moi : je

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