‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 97 sur 259 · CHAPITRE Yll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Yll

Dieu ; si elles le sont, c'est qu'il y a un Dieu. On ne voulait plus y croire, maintenant on le voit.

» Nous nous relèverons. Mais il faut le dire, et savoir nous éclairer à la sanglante lueur de nos désastres, nous nous relèverons à deux conditions : lesquelles? celles qui ont relevé tous les peuples libres, la vérité et la vertu. Laissons les politiques vulgaires signaler les causes prochaines de nos malheurs, et déchirer des voiles qu'il ne m'appartient pas de soulever. Nous, creusons plus profondément, là où est le germe du mal, et où il faudra porter le remède. »

Mais après ces fortes et nécessaires leçons données aux vaincus, il se retournait vers les vainqueurs, pour leur prêcher la justice et la modération.

(( Ah ! sans doute, la victoire est enivrante; mais que les vainqueurs y prennent garde : il y a toujours dans les choses humaines un endroit inconnu par où Dieu se réserve d'agir, un ressort secret qu'il remue, quand il lui plaît, et par lequel il change la face des choses, un dernier coup d'en haut qui réduit ce qui est excessif à des retours quelquefois terribles. »

Mais il avait un moyen d'aller plus droit au roi Guillaume. Le vieux roi avait eu pour mère une femme héroïque qui avait été témoin et victime des anciens revers de la Prusse, et qui alors avait laissé échapper de son âme de telles et si grandes paroles, que les rappeler en ces jours de triomphe à son fils, c'était peut-être parler à coup sûr au cœur de ce monarque :

(( Une femme, une reine, dont le nom est encore prononcé avec respect en Europe, la reine Louise de Prusse, vit passer sur son pays un orage plus violent, plus dévastateur que celui qui ravage le nôtre. Elle vit les armées de la Prusse brisées à léna, à Eylau, à Friediand; sa capitale prise ; la Prusse à la veille d'être elfacée de la carie des nations. Exilée du trône, elle erra avec ses quatre fils, dont le second règne aujourd'hui. Mais rien ne put ébranler son âme magnanime... Quelques années après, vivant à Memel, pauvre, abandonnée, entre ses enfants, elle écrivait à son père en parlant du vainqueur de 1810 : « Cet

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homme est un instrument dans la main de Dieu pour briser les branches gâtées qui avaient fini par se confondre avec le vieil arbre. Mais il tombera. La justice est stable. Il n'agit pas selon les lois éternelles de Dieu, mais selon ses passions. Il ne s'occupe pas des souffrances des hommes, mais de son propre agrandissement. Désordonné dans son ambition, il est aveuglé par la bonne fortune. Il est sans modération, et qui ne se modère pas perd nécessairement l'équilibre et tombe... Je crois en Dieu, je ne crois pas à la forcée »

Grand avertissement donné, et avec autant de délicatesse que de force, au roi dont le ministre a dit, mot barbare, que la^ force prime le droit! Grand rôle assurément pour un évéque que de parler ainsi aux vaincus et aux vainqueurs.

Mais voici que, au moment même où il publiait cette lettre, une nouvelle inattendue frappe nos oreilles incrédules. Les Prussiens pillent les plaines de la Beauce! Ils menacent Orléans ! Sa position stratégique, en effet, le leur désignait. Notre cité prend tout à coup l'aspect d'une ville de guerre; des régiments de toutes armes nous arrivent; des gardes mobiles, ceux du Lot, de la Nièvre, du Cher, de la Savoie ! Ce dernier bataillon, que commandait un ami particulier de l'évêque, M. le marquis Albert de Costa, vaillant cœur, n'avait pas d'aumônier ; l'évêque lui en donna un, l'abbé Juteau, comme il avait déjà donné à un autre régiment un autre prêtre d'élite, l'abbé Leroy'-.

.1. Annales orléanaises, année 1870. — Lettre de Mgr L'évêque d'Orléans à un homme politique à propos de la guerre actuelle, p. 1003.

2. Voici la lettre qu'il lui écrivit à cette occasion : « Orléans, 28 juillet 1870. Mon cher ami, dans une guerre ■comme celle qui commence, et où. il y aura tant de périls à affronter pour les aumôniers comme pour les soldats, il est évident qu'il n'y a qu'un dévouement tout à la fois vraiment patriotique et vraiment sacerdotal qui puisse vous avoir inspiré une détermination si généreuse. Bien loin d'y mettre obstacle , j'y applaudis de tout mon 4îœur... Si vous pouviez même faire accepter vos services sans titre

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