Aniiales orléanaises
Si la première pensée d'un évèque dans une guerre est de courir à ceux qui souffrent, un autre devoir pour lui, dans les grands revers nationaux, est de réconforter ceux qui tremblent. Il avait élevé la voix dès le début de la guerre, dans la confiance que lui inspirait la victoire, pour l'aire vibrer les âmes; après des désastres qui dépassaient toute prévision, il crut nécessaire encore de parler pour relever les courages. Donc, le 16 septembre, il communiquait au clergé de son diocèse, et les Annales publiaient, et la France pouvait lire la lettre suivante, supposée écrite à un homme politique :
« Il y a un mois, je maudissais la guerre; je la maudis mille fois plus aujourd'hui, à la vue de tant d'affreux spectacles qu'elle vient de mettre sous mes yeux ; je la maudis au nom du ciel outragé, au nom de la terre sanglante, au nom de l'humanité foulée aux pieds. Mais ne croyez pas que j'aille tomber de la confiance trompée et de l'horreur que j'éprouve dans un lâche découragement.»
Xon, mais il y avait à donner au pays de hautes leçons, et il les donnait; leçons d'abord de patriotisme, puis leçons de foi chrétienne.
(( La patrie, on ne sent combien on l'aime que dans des jours comme ceux-ci... La patrie, c'est la société des choses divines et humaines, c'est-à-dire les foyers, les autels, les tombeaux de nos pères; la justice, les biens, l'honneur et la sûreté de la vie. On l'a dit, et c'est vrai, la patrie est une mère. Aimons plus que jamais notre mère en deuil; que la France nous soit plus chère à mesure qu'elle est plus malheureuse, et que notre amour pour elle nous aide à voir d'où viennent ses malheurs.
ï> Dieu partage les temps entre sa justice et sa miséricorde. C'est maintenant le jour de la justice et de l'expiation. Acceptons-les avec une humble magnanimité. Vous le savez. Monsieur le comte, nous, chrétiens, nous ne tremblons pas devant ces mots-là ; ils nous sont familiers, et, s'il faut le dire, nous préférons même l'heure du châtiment à l'heure du scandale. Si certaines fautes n'étaient jamais châtiées, c'est qu'il n'y aurait pas de