Annales orléanaises, année 1870, p
voulurent entraver la défense par aucune démarche. Hélas! le 11 octobre, à sept heures du soir, furent entendus dans nos rues désertes le tambour et le pas pesant des soldats bavarois : « la ville des glorieuses délivrances » était prise !
Voilà donc l'évêque d'Orléans placé dans une de ces épreuves décisives, qui montrent si le courage chez un homme est à la hauteur des paroles, et si le patriotisme n'est qu'un mot sur ses lèvres, ou une flamme dans son cœur.
Le général de Tann se montra sévère dans ses exigences et ses réquisitions; mais, soldat à l'esprit cultivé, il sut du moins comprendre qu'un vainqueur s'honore par certains procédés. Il eut des égards pour l'évêque, dont la renommée lai imposait, et dont la lettre où il avait parlé au roi de Prusse ce grand langage augmentait encore le prestige aux. yeux de son armée. Tout est bien humble dans une ville que foule l'ennemi; levèque fut dans ces tristes jours la grande ressource, la grande personnalité d'Orléans : et on a pu le comparer avec justice à l'évêque des temps antiques qui, au milieu des désastres des invasions, apparaissait debout devant le vainqueur, comme le Défenseur de la cité, Defensor civitatis^.
Sa première préoccupation fut le service matériel et religieux des blessés. Cinquante soldats français furent surle-champ recueillis à l'évéché, et cette ambulance, entretenue à ses seuls frais, fonctionna près de cinq mois : les habitants rivalisèrent de zèle: les séminaires comme le
1. a Dans la détresse universelle, l'évêque d'Orléans, avec son caractère sacré et sa gloire européenne, restait debout; il apparaissait au loin comme un pontife du temps des invasions barbares, autour duquel se groupaient les multitudes. Cette auguste fonction de Défenseur de la cité, dont l'empressement populaire avait autrefois investi les évêques jusqu'à leur imposer le fardeau d'un pouvoir politique qui, plus tard, les circonstances étant changées, leur fut reproché comme une usurpation, M'^' Dupanloup le remplit généreusement, avec un dévouement que rien ne lassa, avec une fermeté qui ne fléchit jamais. » M. H. de Lacombe {Correspondant).