CHAPITRE VII
lycée, les communautés, la Visitation, le Sacré-Cœur, Saint-Aignan,- les Carmélites elles-mêmes, reçurent des blessés : on compta trois cent cinquante ambulances volontaires ; et tout de suite, le cierge fut mandé à l'évêcbé, et la visite régulière de toutes ces ambulances assurée.
Puis il s'agit de défendre les intérêts de la ville d'Orléans. Le général de Tann l'avait frappée d'une contribution de guerre d'un million, et en outre de taxes énormes en nature, représentant 80 000 francs par jour. Le Conseil municipal d'Orléans voulut réclamer, mais pour donner plus de poids à sa réclamation, il crut indispensable d'y associer l'évêque. M?"^ Dupanloup se rendit donc immédiatement, avec M. le maire et M. Robert de Massy, chez le général pour obtenir quelques adoucissements à ces rigueurs; le général promit la remise des taxes en nature, et, moyennant le payement immédiat de 600 000 francs, l'ajournement de celui des 400000 francs qui restaient. Seulement, pour en faire la remise totale, il voulait des ordres supérieurs. Rentré chez lui, l'évêque s'adressa au roi lui-même :
« 13 octobre 1870. Sire, permettez àunévêque devenir plaider auprès de Votre Majesté la cause de ses diocésains accablés par les désastres de la guerre.
» Le Conseil municipal d'Orléans m'a prié d'accompagner aujourd'hui le maire de la ville chez Son Excellence le général baron de Tann, pour lui demander de vouloir bien épargner à notre cité l'énorme contribution pécuniaire d'un million qu'on voudrait lui imposer.
» Le général nous a reçus tous avec une parfaite bienveillance; toutefois il nous a déclaré que la chose ne dépendait pas de lui, ajoutant qu'il avait des ordres, mais que je pouvais recourir au roi.
)) Permettez donc, Sire, que je prenne la liberté d'écrire à Votre Majesté pour lui représenter l'impossibilité où nous sommes de supporter une telle charge au milieu de tant d'autres malheurs.
y> Je ne veux pas fatiguer Votre Majesté en lui parlant de toutes les autres contributions de guerre qui pèsent sur nous en ce moment. Je me bornerai à dire au Roi que
la ville d'Orléans aujourd'hui est loin d'être pour le commerce, la richesse et l'industrie, ce qu'elle fut autrefois. Et sans ajouter des détails importuns, le Roi peut comprendre ce qu'il doit y avoir de douleur dans le cœur d'un évéque qui voit souffrir de tant de manières ceux dont Dieu l'a fait le Pasteur et le Père.
-» Je confie donc ma prière aux sentiments les plus élevés du Pioi, et si ce n'était pas une confiance indiscrète, j'oserais dire que, si la Reine pouvait être médiatrice entre nous et Votre Majesté, j'aurais deux fois gagné la cause de mes diocésains. »
Cette lettre fut portée à Versailles par le jeune comte de Frankenberg, petit-neveu d'un célèbre archevêque de Malines, qui était venu à Orléans avec une mission particulière relative aux ambulances. Le 17 octobre, l'évêque reçut la réponse que voici :
« Monseigneur, retourné hier soir à Versailles, Sa Majesté le roi de Prusse a daigné me permettre de lui faire, dans cette soirée même, mon rapport sur l'entretien que vous avez bien voulu avoir avec ma minime personne. Sa Majesté a de même daigné écouter et agréer avec sa bonté ordinaire les explications et le message dont Monseigneur m'a chargé, quant aux contributions de guerre imposées à la ville d'Orléans : j'espère que l'arrivée de cette lettre sera accompagnée d'ordres qui dispenseront désormais la ville de l'entretien de notre armée, et que Monseigneur aura obtenu un nouveau et immense bienfait pour la ville d'Orléans, qui lui en doit d'autres, n
Nous dirons un mot tout à l'heure de ces autres bienfaits.
Cependant le général de Tann multipliait ses réquisitions, et son intendance réclamait le payement des 400000 francs. L'évêque renouvela ses instances.
(( 19 octobre 1870. Monsieur le général, je ne serais pas évêque si je pouvais voir sans une douleur profonde la ruine de mes diocésains. Et je me rendrais gravement coupable si, voyant ce que je vois, et prévoyant ce que