CHAPITRE II
dans cette épreuve. Son grand remède fut encore le recours à Dieu. Il pria et fit prier. Il fit, entre autres choses, une nenvaine à ia sainte Vierge, et des vœux multipliés. (( Je ne réponds pas du tout, a-t-il écrit, que ce ne soit pas un miracle de la sainte Vierge qui m'ait jusqu'à ce jour conservé l'œil bon : j'ai tant prié, et tant de charitables prières ont été faites pour moi par toutes ces âmes ! » Il n'y avait pas, dans ces conditions-là, à songer aux visites pastorales, qu'il avait déjà annoncées, et qui devaient précisément commencer après Pâques, pour durer deux, mois : son ami, M?r Dupuch, évèque d'Alger, qui venait de quitter l'Afrique, où il avait de nouveau planté la croix, et recommencé la série glorieuse des successeurs de saint Augustin, voulut bien le suppléer.
On conçoit combien, après ses prédications de Carême, et dans cette épreuve de ses yeux, et ces mille tracas administratifs, un peu de repos lui était nécessaire. Le lendemain des fêtes de Jeanne d'Arc, le 9 mai, il alla donc s'installer à La Chapelle.
Cette maison de campagne, que M?1 Fayet avait eu la bonne fortune d'acquérir pour le diocèse, et qui, après bien des destinées diverses, passait aux mains d'un évèque, a son histoire : résidence royale d'abord, et rendezvous de chasse, au temps de Henri II, après avoir appartenu au commencement de ce siècle à la célèbre comédienne, Mlle Raucourt, elle avait été cédée, vicissitude étrange, au prédécesseur immédiat de Msr Dupanloup, qui en avait fait sa résidence d'été, et y avait bâti un Petit Séminaire. L'habitation est un vieil et élégant petit castel, orné aux angles de la façade extérieure de tourelles aiguës, et du côté qui regarde la Loire, de deux pavillons en retour : une pelouse, avec des bosquets à droite et à gauche, s'étend jusqu'à une terrasse parallèle au fleuve, d'où la vue se repose sur un horizon tranquille et doux, que coupe obliquement le cours verdoyant du Loiret, et auquel il ne manque que quelques sommets à l'extrémité pour relever le regard. Cette terrasse longe aussi un vaste jardin, traversé au milieu par une belle allée de marron-
Biers, qui va du cbâteau à la simple palissade par laquelle seulement est séparée la partie réservée [lie de
l'espace affecté au Petit Séminaire : eetîe maison s1 à quelque distance, dominant les grands arbres sous lesquels s'ébattent les enfants, avec des cris joyeux qui arrivent jusqu'au château, égayés encore dans leurs jeux par celte Loire brillante qu'ils aperçoivent à travers le feuil- . Au delà, c'est le parc: immense, accidenté, pittoresque, avec des arbres superbes et des fourrés ombreux, et des allées sinueuses, qui montent, redescendent. tre-croisent capricieusement ; orné de pelouses, embelli de kiosques, offrant des vues charmantes, des petits bois, des vallons sui gracieux ou sauvages,
des aspects de foret où l'on se croirait éloigné du monde entier: lieu admirablement favorable à la pei :
méditation, à la prière, aux inspirations de l'esprit et aux élans de l'âme. Il fut une grâce de Dieu dans sa vie, par les facilités qu'il offrait pour le travail et le repos. Il y éprouva la première fois qu'il vint l'habiter. « une douceur inattendue, dont l'impression, écrivait-il vingt ans après, dure tait la premièi Ljoute-
t-il, que j'étais chez moi à la campagne, comme chez moi. »
Il s'y établit au premier, dans une chambre spacieuse, ayant vue par ses quatre fenêtres des deux côtes, sur l'avenue et sur ia Loire : ce fut à la fois son cabinet de travail et sa chambre à coucher; le modeste salon était au rez-de-chaussée, entre la salle à manger et la petite chapelle. On ne saurait dire combien il goûta ce lieu, auquel, même an retour de ses voyages dans les montagnes, il trouvait un charme qui ne le lassait jamais. Il y avait surtout deux allées qu'il affectionnait : Lune, étroite et longue, à perte de vue. formée par ia lisière du parc et une charmille, du cote de la Loire : que de fois il y porta ses pas solitaires, -oit le matin, alors que les premiers rayons du soleil lui apparaissaient à travers le feuillage humide et sur les flots tremblants du fleuve, soit le soir, quand l'astre sur son déclin allait disparaître a l'horizon dans une pourpre lumineuse : l'autre, une allée de tilleuls