CHAPITRE XX
ment plus avoir place dans sa vie, ce qu'il avait fait pour les catéchismes, pour l'éducation chrétienne de la jeunesse, il le lit pour la parole sainte: Cœpit facere cl dorere ; il voulut tracer les règles de ce grand art, et dire à ses frères dans le sacerdoce et au jeune clergé ce qu'il avait dans l'âme sur ce capital sujet.
En effet, le grand moyen d'action du clergé sur les peuples, c'est la parole. Mais la parole aujourd'hui atteint-elle les âmes? N'est-elle pas trop souvent impuissante? Et, s'il en est ainsi, d'où vient celte impuissance et cette stérilité? D'elle, ou de ceux qui l'ont sur les lèvres? C'était là une des constantes préoccupations de l'évèque d'Orléans. On l'a accusé d'avoir porté en chaire quelque rhétorique. Au début, oui, très jeune encore, quand il fut appliqué aux catéchismes, il a avoué qu'il eut quelque temps le défaut de son âge: mais il a raconté aussi comment le sens pastoral, l'amour des âmes, eut bientôt fait évanouir le petit rhétoricien. De même en chaire, il aima toujours la dignité de la parole; peut-être quelquefois, nous l'avons dit, jusqu'à une certaine pompe oratoire. Mais il y eut là toujours aussi le sens apostolique qui lui lit prendre en horreur la vaine phrase, la mauvaise rhétorique. Et ce dont l'expérience le convainquit en plus, c'est que, pour la parole pastorale, une modification profonde dans les habitudes ordinaires est absolument nécessaire; et c'est ce qui lui inspira d'abord la pensée de sa grande Instruction pastorale sur la prédication populaire. On se souvient qu'il avait publié déjà, étant supérieur du Petit Séminaire de Saint-Nicolas, un volume intitulé : la Rhétorique sacrée : c'est l'introduction de ce volume qui, profondément retravaillée et modifiée, lit le fond de cette remarquable instruction.
Mais plus il méditait cet important sujet, plus il le voyait s'ouvrir et s'étendre devant lui. C'est pourquoi il résolut de le traiter à fond dans un volume. Nous ne craignons pas de le dire, que l'on compare ces Entretiens sur la prédication populaire avec YEssai célèbre de l'abbé Maury sur l'éloquence de la chaire, et Ton verra la distance qu'il y a d'un rhéteur à un apôtre.
Trois points de vue surtout sont à signaler dans ce volume; le premier est celui-ci : qu'il faut substituer à la solennité trop souvent stérile de la prédication une parole plus vive, en même temps que plus simple, plus naturelle, plus ad rem et ad hominem. Ce qu'il recommande ensuite et surtout, c'est la parole instructive, renseignement didactique, coordonné, completde la religion; enfin, c'est la parole apologétique. Rien de plus opposé, on le voit, à la vaine rhétorique.
Et d'abord, la parole ad rem et ad hominem :
« La parole pastorale, dit-il, doit être une parole vivante, pour qui comprend que c'est une action, et une action de vie; un ministère : ministerium verbi. La vérité est que le prêtre ne parle pas pour parler, pour charmer les oreilles, pour faire des phrases; il parle pour remplir un ministère, le plus grave et le plus sérieux de tous, un ministère de vie et d'action morale, qui s'accomplit au fond des âmes, et avec le libre concours des âmes, parla conviction et la persuasion... Messieurs, nous avons beau chercher ce que vous êtes au milieu de vos paroissiens, nous ne trouverons jamais que vous soyez autre chose que cela : des pasteurs, des pères, des hommes chargés de paître, nourrir et gouverner les âmes ; ayant reçu de Dieu un empire de grâce sur ces âmes pour leur salut, et exerçant cet empire par la parole. Eh bien, jne parole qui a un tel but, et qui n'en a pas d'autre, est évidemment une action, un gouvernement, un ministère. Et voila pourquoi je ne me lasserai pas de vous le répéter, la parole qu'il vous faut, avant tout, n'est pas la parole artistique, académique, la phrase; mais la parole vive, nette, accentuée, saisissante, la parole paternelle et pastorale, qui se présente avec autorité, tombe avec poids, et, dans sa fermeté et sa dignité naturelle, pénètre avec force et douceur jusqu'au dernier fond des âmes...)
11 en déduisait ceconseil qui lui semblait fondamental : « 11 suit de là d'abord qu'avant de parler, il faut toujours vous bien mettre [dans la vérité et la vie de votre ministère, voir et vouloir le vrai but de la parole pastorale, voir les âmes et rien que les âmes, et la vie que vous devez