CHAP1TP.E XX
l'Eglise et du Pape, de son affreuse situation actuelle et de ses périls futurs. L'évèque fut tout à tous : à M. Cochin, qui put avoir avec lui de longues conversations intimes, dont plus tard il lui écrivait : « Quel attendrissant souvenir j'ai remporté de la Roche ! Soyez-en encore béni, Monseigneur ! » à M. Foisset, qui pensait alors à écrire la vie du P, Lacordaire, et qu'il encouragea vivement dans ce travail, lui conseillant de pratiquer enfin, avec une fermeté inexorable, le clauso ostio1] à M. de Montalembert surtout, qui put se donner tout à son aise la joie de ces tête-à-tête si désirés. Il y eut, le jour du départ, un touchant spectacle : ils voulurent tous communier de la main de l'évèque leur ami, et comme les temps étaient mauvais, promettre à Dieu dans leur conscience de combattre jusqu'à la fin pour sa cause. Déjà M. Gochin s'était avancé pour recevoir la communion, quand l'évèque, ému lui-même, eut l'inspiration de leur adresser quelques paroles. Cela dura à peine quelques minutes. Puis tous communièrent.
Voici le texte de cette courte allocution, tel que M. Cochin le dicta, immédiatement après :
« Messieurs... je sens bien que dans mon cœur je vous donne un autre nom , mais il ne s'agit pas ici de moi qui ne suis rien. Il y en a ici un autre qui est tout, qui est au milieu de nous, et qui vous dit : Vous êtes mes amis. Vos estis amici mei.
» Oui, vous êtes mes amis, parce que vous avez persévéré avec moi dans les épreuves : Permansistis mecum in tentationibiis meis. Ma cause est la vôtre ; vous avez combattu, vous avez supporté, pour moi; depuis longtemps, aujourd'hui, toujours.
» Et Celui qui est votre ami, Messieurs, est aussi votre Maître ; et comme me le disait hier l'un de vous, avec l'accent d'une voix profonde et d'une âme libre : Il est, après tout, le seul Maître. Vous avez raison, a-t-il dit à ses apôtres, lorsque vous m'appelez Maître; je le suis en effet. Vocatis me Magistrum, et bene dicitis, sum etenirn.