‹ Vie de mgr. DupanloupChapitre 210 sur 231 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

réserve et sans défiance aucune. D'ailleurs, il vous serait exclusivement personnel que j'en jouirais encore parce que je vous aime sincèrement et vivement. Ai-je besoin de vous dire à quel point j'ai vécu avec vous depuis deux mois, et avec quel intense intérêt j'ai suivi chacun de vos pas et recueilli chaque accent de votre voix, dans les récils haineux du Temps français, du Times anglais, et autres feuilles... »

Ce que M. de Montalembert ajoute montre combien leur affection allait croissant toujours. « Je suis étonné que mon affection pour vous ait grandi et augmenté avec les années au lieu de diminuer. Je ne sais pourquoi l'on dit que le cœur se refroidit en vieillissant. Je ne m'en aperçois pas le moins du monde. J'aime beaucoup moins de choses et de gens qu'autrefois; mais jamais je n'ai mieux et plus aimé ce qui a survécu, dans les affections de ma jeunesse, aux naufrages et aux injures du temps. »

Et voici en quels termes l'évêque d'Orléans répondait a ces effusions : « Quant à mon inclination pour vous retrouver, elle est égale à la profonde tendresse de cœur que j'ai toujours eue pour vous, que les ans et les orages ne font qu'accroître, et qui devient depuis quelque temps une sorte de fièvre relativement à vos Moines d'Occident, pour lesquels il faut que je vous revoie à fond. Je ne puis pa^ m'attiédir là-dessus. »

Et vers la fin de cette année il lui disait encore : c Vous m'écriviez il y a quelques jours de prier pour vous au pied de la crèche, et d'y demander au bon Dieu la patience au milieu de tant de choses qui vous aigrissent et vous révoltent, et à bon droit sans aucun doute.

)) La grâce que vous demandez est certainement le vœu le plus ardent de ma religieuse et fraternelle affection pour vous ; mais il est évident que, cette grâce, vous la trouverez abondante dans votre fidélité à votre travail.

)) Voilà pourquoi je souhaite tant vous y voir plongé et baigné dans un bain de lumière, de douceur et de paix.

» Souvenez-vous du bien que vous a fait sainte Elisabeth de Hongrie. Donnez-vous autant que possible les mêmes biens et les mêmes bénédictions... Voilà mes vœux

la bonne année que je vous demande à vous-même pour vous-même, et pour tant d'âmes auxquelles votre livre sera un vrai bien. »

Mais M. de Montalembert allait partir pour l'Angleterre, a(in précisément d'y étudier sur place ces grands moines dont il écrivait l'histoire. A son retour, il se donna la joie d'une visite à Orléans. Les deux amis purent à loisir s'entretenir sous les ombrages de La Chapelle. Cette journée laissa a l'auteur des Moines « des souvenirs aussi profonds que doux*. < J'ai été, écrit-il a son ami, et suis encore plus touché que je ne puis le dire, de votre sollicitude si généreuse, si désintéressée, si persévérante pour mon pauvre livre. J'ai été aussi très ému par le récit que vous m'avez fait des grands événements de Rome, auxquels vous avez pris une part si glorieuse. »

Quelques mois après, c'était le tour de l'évèque de visiter son ami. M. de Aiontalembert voulait qu'il lui donnât le plus long séjour possible. « Dans les circonstances où nous sommes, lui écrivait-il, et en présence de tout ce qui se prépare contre Rome, nous avons besoin de nous concerter. Nous causerons un peu aussi, ajoutait- il, de mon fatigant livre, et subsidiairement de mon àme, a laquelle je vois que vous vous intéressez en ami et en évéque. Songez que nous sommes tous Jes deux sur le déclin de la vie; il nous reste bien peu de jours à passer ainsi l'un avec l'autre dans une communauté de sentiments qui a commencé il y a bientôt quarante ans (1820), qui a traverse bien des épreuves, et qui est pour moi un bonheur et une vraie gloire. Je suis bien sur aussi qu'elle ne vous est pas indifférente. »

L'évèque quitta Orléans le 5 octobre 1862, et il arrivait le 9 à la Roche. De Dijon, M. Foisset se hâta d'y accourir, et d'Azv M. Cochin; M. de Falloux, qui revenait des eaux, s'y arrêta également. Le prince de Broglie, récemment élu à l'Académie française, était attendu aussi : il ne put qu'envoyer à ses amis son futur discours de réception. Tous ces hommes, serviteurs éprouvés de l'Eglise, et qui presque tous avaient été frappés en combattant pour le Saint-Père, n'étaient préoccupés, ne parlaient que de

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