CHAPITRE IV
Pour en arriver à quelques détails, une des choses les plus remarquables des visites pastorales, telles que l'évèque d'Orléans les avait réglées, c'était le compte rendu de l'état de la paroisse par le cure, et la réponse de l'évèque à ce compte rendu. Dès qu'il arrivait à l'église où il devait confirmer, il montait en chaire, et debout, au banc-d'œuvre, en face de lui, le curé lisait un rapport sur l'état de la paroisse: à ce rapport l'évèque répondait : et avec quel-tact toujours, et quelle habileté apostolique ! donnant aux curés et aux paroissiens, avec délicatesse, les éloges mérités et les leçons nécessaires. Un mot lui suffit un jour pour décider la construction d'une église que des compétitions locales entravaient : « Bien que nous soyons dans une très misérable église, » dit-il en commençant sa réponse au rapport du curé. Avec quel accent ce mot très misérable fut prononcé ! Nous vîmes les membres du conseil de fabrique et les conseillers municipaux tressaillir, le rouge leur monta au visage ; mais ce fut fini, les discussions cessèrent, et l'église fut bâtie. L'évèque, il est vrai, pouvait racheter ce mot sévère par les compliments les plus flatteurs, car la Confirmation était admirable : il était heureux surtout du zèle intelligent de deux prêtres du voisinage qui étaient venus aider leur confrère : « Voyez donc, nous dit-il à un certain moment, quelle flamme aimable ont ces jeunes prêtres. » Ceux-là étaient de son école, et il le voyait bien.
Un point qui, dans ses visites pastorales, attirait spécialement son attention, c'était ce qu'il appelait, selon l'expression canonique bien connue, le Status an i m arum, l'Etat des âmes, en d'autres termes la statistique spirituelle de la paroisse. Le rituel diocésain le prescrivait, et, quant à lui, il y attachait une capitale importance. Ce fut là encore une de ses premières recommandations, dans ses entretiens avec le clergé, aux retraites pastorales ; et quand, après six années d'expériences, il fut fixé sur l'utilité et le caractère pratique de la mesure, alors il publia une ordonnance spéciale pour en faire une prescription rigoureuse, et il écrivit cette belle lettre pastorale du ^29 janvier 1856, dans laquelle il expose les raisons et
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les avantages de ce point capital de discipline diocésaine.
Dans ses visites pastorales, ce Status animarum devait être placé sous ses yeux ; et déjà, dans la grande visite de 1854, avant même l'ordonnance que nous relations plus haut, il avait eu la consolation « de trouver le Status animarum achevé, parfaitement bien. fait et tenu à jour dans un grand nombre de paroisses » ; et il y avait telle paroisse de 2000 à 3000 âmes où il l'avait vu « écrit tout entier de la main même du curé ». « Eh! Seigneur, s'écriait-il, voyant cela, comment se pourrait-il que vous n'écrivissiez pas, vous aussi, dans votre livre, qui est le livre de vie, le nom de ce zélé pasteur, qui emploie tant de temps et de sollicitude à écrire sur son livre pastoral le nom de toutes les brebis que vous lui avez confiées. »
Il aimait que l'exhortation aux confirmants fût faite, quand cela se pouvait, par quelque prêtre du canton, afin de pouvoir apprécier par là le talent de parole de ses prêtres.
Un autre usage auquel il tenait extrêmement était de donner à chaque confirmant, comme souvenir de la Confirmation, une médaille et un petit crucifix : sachant qu'on garde pieusement les objets reçus de ia main d'un évèque, et heureux de penser qu'il y aurait ainsi, grâce à lui, l'image bénie du Sauveur des hommes dans chaque famille.
S'il encourageait de toutes manières lapompede la cérémonie elle-même, parce qu'il y voyait un spectacle religieux de nature à impressionner favorablement les populations, il voulait, en ce qui concernait sa personne, une réception très simple, et préférait, autant que l'aire se pouvait, afin de pouvoir causer plus cordialement avec ses prêtres, qu'il n'y eût pas de laïques au repas, sauf à rendre visite lui-même à ceux près de qui il y aurait convenance ou utilité à le faire. Il y avait, bien entendu, une exception pour certains diocésains, dont il était particulièrement l'ami, et qui étaient l'honneur et la protection de la religion dans un pays. La plus grande simplicité devait régner à table, et il n'aimait pas qu'on s'écartât de ses prescriptions à cet endroit. Un soir, dans un presby-