‹ Vie de mgr. DupanloupChapitre 39 sur 231 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

eut lieu, l'évèque fit venir, selon sa coutume, des personnages considérables : un capucin, un dominicain, un jésuite. Celui-ci était tout simplement le P. de Ravignan : et l'on fut émerveillé de la lutte qui eut lieu entre le célèbre prédicateur et un jeune prêtre Orléanais, aujourd'hui professeur éminent de théologie à Saint-Sulpice, M.Brugère : la thèse, soutenue par le candidat et attaquée par le Père, était une thèse sur la possibilité du surnaturel et de la révélation. Une autre argumentation restée célèbre fut celle de l'abbé Cormier, depuis dominicain, encore avec le P. de Ravignan : le sang-froid du candidat, sa pénétration d'esprit, sa promptitude à saisir l'objection et à y répondre, l'élégance du latin, la courtoisie mutuelle des deux adversaires, ravirent les spectateurs.

En même temps que les grades, l'évèque d'Orléans institua les concours; et à partir de 1855, de deux en deux ans, il proposa plusieurs grandes et belles questions de dogmatique ou de pastorale, offrant un prix proportionné à l'importance du travail.

Les grades conquis, les travaux des concours jugés, il y avait à distribuer les diplômes et les récompenses; ces distributions se faisaient au Grand Séminaire, dans la salle des thèses, avec une grande solennité. La première de ces séances eut lieu le 5 décembre 1855. Tout ce qu'il v avait de plus distingué, dans l'armée, la magistrature, l'administration, le barreau, la haute société orléanaise, se faisait une fête d'y assister, soit pour témoigner à l'évèque de sa déférence et de son respect, soit pour se donner l'illusion, dans cette vieille ville d'Université, de quelque réminiscence, de quelque résurrection d'un passé évanoui.

On se serait cru, en effet, dans le monde théologique d'autrefois. Tous les vicaires généraux, en habits de chœur, étaient rangés dans l'hémicycle de la grande salle, l'évèque au milieu, en costume de chœur aussi, avec sa physionomie la plus souriante, radieux, semblait-il, dans la conscience du bien qu'il faisait, et de temps en temps laissant échapper des mots pleins d'à-propos et de grâce. Un discours latin solennel, traitant quelque haute question philosophique ou théologique, ouvrait la séance ; puis venait,

en latin aussi, le compte rendu des épreuves, parle vicaire général, président de la commission des études; puis la profession de foi des candidats; et enfin, la remise des diplômes et des récompenses. Toute cette gravité cependant était égayée parfois par des mots heureux du rapporteur, comme lorsque, par exemple, voulant consoler un candidat qui avait échoué au doctorat, il dit cette fine et aimable parole qui fut très applaudie et méritait de l'être : Et si non doctor. saltem evasit doctior.

Le nombre des jeunes ecclésiastiques qui prirent les grades du baccalauréat et de la licence, ou même celui du doctorat, à Home, atteste éloquemment le mouvement d'études mis par cette institution des grades théologiques dans le clergé Orléanais.

Nous mentionnerons enfin pour terminer cet exposé de ce que l'évêque d'Orléans tenta dans le but d'imprimer un vif élan aux études et aux travaux intellectuels de son clergé, l'institution du cas de conscience. Dès le principe il avait fondé des exercices spirituels, une conférence sur les devoirs du sacerdoce, suivie d'un salut, au Grand Séminaire, tous les premiers mardis du mois : à ces exercices il adjoignit en 1855 la discussion d'un cas de conscience ou de pastorale. On se réunissait dans la salle des thèses ; un ecclésiastique désigné à l'avance donnait par écrit la réponse à la question proposée: chaque ecclésiastique présent était admis à présenter des difficultés, s'il en avait: un modérateur, assisté de deux conseillers et d'un secrétaire, dirigeait la discussion: après quoi on se rendait à la chapelle pour la conférence et le salut. Une preuve entre beaucoup d'autres, du bon esprit du clergé Orléanais, c'est l'assiduité apportée par lui à ces réunions mensuelles : très édifiantes en effet, et très honorables pour un clergé.

Voilà donc comment, de toutes manières, sous toutes les formes, l'évêque d'Orléans soufflait à son clergé la flamme sacrée des études comme celle du zèle. Ce qu'il avait été pour son Petit Séminaire, il le fut pour son diocèse, « un éveilleur, un excitateur admirable ».

Ceux qui voudraient ici plus de détails pourront les

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