CHAPITRE VI. m
cessé d'être florissante : maison précieuse pour Orléans.
Une autre œuvre qui fut, dès les premiers jours de son épiscopat et toujours, une de ses plus vives préoccupations, c'est la propagation des écoles de Sœurs dans les campagnes. Il trouva, pour réaliser ce dessein, un grand concours dans un homme excellent, qu'il avait le bonheur d'avoir pour préfet, l'honorable M. Dubessey.
On sait combien après la secousse de 1848 l'esprit qui avait envahi l'enseignement primaire effrayait les hommes d'ordre. Tous étaient alors d'accord qu'il fallait porter le remède là où le mal s'était révélé avec une si grande intensité. Mais, s'il est nécessaire d'avoir de bons instituteurs, il n'importe pas moins d'avoir de bonnes institutrices. Les hommes intelligents alors étaient loin des lamentables idées qui ont prévalu depuis. Cette douce image de la religion et de la vertu, le dévouement sous sa forme la plus aimable, la Sœur, n'inspirait point les défiances, les haines, qu'une secte athée et une abominable presse sont parvenues à répandre de nos jours. Ce préfet ne voyait rien de plus utile, au point de vue religieux, moral, social, que de multiplier parmi les populations rurales des maisons de Sœurs destinées à faire l'école, à tenir des salles d'asile, et à visiter les malades. Il se rencontrait donc parfaitement avec Pévèque. Cette pensée fut accueillie avec faveur par la société orléanaise, et quand M. le préfet voulut nommer, pour la réaliser, une commission, les noms les plus honorables s'offrirent en foule. Son successeur, M. Boselli, entra dans ses vues, et l'œuvre fut définitivement constituée. On attendait de l'évèque un double appui : des secours et des Sœurs. II adressa donc un chaleureux appel à ses diocésains et établit en faveur de cette œuvre une quête annuelle qui se devait faire le jour de l'Assomption dans toutes les paroisses de son diocèse ; puis il frappa à la porte de plusieurs communautés pour obtenir des Sœurs. Mais qu arriva-t-il?
Les Sœurs manquèrent ; malgré l'admirable développement des congrégations religieuses en France, tant leurs services sont appréciés ! ces congrégations ne suffisaient
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pas aux besoins ni aux demandes : presque partout où il s'adressa, il reçut la même réponse : c Les sujets manquent, quoiqu'ils abondent ! De partout on nous en demande, et nous ne pouvons en donner. » Ce fut alors que la pensée lui vint de créer, uniquement pour les paroisses du diocèse d'Orléans, une œuvre de Sœurs orleanaises. Voici en quels termes il L'annonçait à ses diocésains :
I II n'appartient qu'à Dieu de donner la vocation religieuse : toutefois, comme chaque année notre diocèse fournit un certain nombre de sujets aux congrégations vouées aux mêmes œuvres que celle que nous nous proposons d'établir, n'y a-t-il pas lieu d'espérer que Xotre- Seigneur inspirera à plusieurs jeunes personnes, appelées à l'état religieux, la pensée de s'offrir de préférence a notre communauté, pour servir, dans les exercices de la charité, le diocèse même où elles ont reçu le baptême, la foi, les sacrements et la grâce de leur vocation ? j>
Cette parole, cette semence, jetée au vent du ciel, Dieu la féconda merveilleusement : cette fondation des Sœurs de Saint-Àignan est une des grandes œuvres de son épiscopat. Elle commença, comme d'ordinaire les œuvres de Dieu, modestement. Emues par l'appel de l'évêque, quatre jeunes filles se présentèrent comme novices, et furent reçues provisoirement dans une petite maison du faubourg Saint-Marceau, que possédait alors l'Œuvre des prêtres âgés et infirmes; puis, l'ancienne supérieure d'une communauté du diocèse de la Rochelle, qui avait été indiquée à JAs* Dupanloup par un de ses vicaires généraux, vint, avec l'agrément de Msr de Villecour, accompagnée d'une assistante et d'une maîtresse des novices, se mettre à la tète de ces quatre jeunes filles : c'était le 16 novembre 1853, fête du grand evèque Orléanais, saint Aignan. dont elles prirent le nom. L'évêque d'Orléans eut le bonheur d'être secondé dans cette fondation par le prêtre qu'il lui fallait. Homme de piété, d'activité, de zèle intelligent, de grand sens sacerdotal, tel était M. l'abbé Clesse; sous son habile conduite et la haute direction de l'évêque, la congrégation prospéra. Les vocations affluèrent : une maison convenable fut bâtie, et un pensionnat ouvert. Les familles