II. — Premier hiver passé à la Rivière-Rouge
La Providence retient le P. Taché à la R. R. dorant l’hiver.
Cathédrale et palais épiscopal.
Habitants do palais épiscopal.
Mgr Provencher pensait envoyer le nouveau prêtre auprès de M. Belcourt, établi dans le pays depuis 13 ans, pour qu’il se mît aussitôt à l’étude des langues sauvages et se formât à la vie de missionnaire. Mais M. Belcourt arriva auprès de son évêque pour passer l’hiver avec lui. Par suite de cette circonstance imprévue, le P. Taché demeura, durant les mois qui suivirent son ordination sacerdotale et sa profession religieuse, à la Kivière-Rouge, dans la société intime de Mgr Provencher. La Providence ne pouvait lui ménager de meilleure place pour un noviciat de missionnaire.
La cathédrale, nous l’avons dit, était l’unique édifice en pierre qui s’élevât à l’ouest du lac Supérieur. Le palais épiscopal était en bois, suffisamment grand pour loger, non seulement tous les missionnaires de l’immense vicariat apostolique et quelques hôtes, mais encore les Sœurs Grises.
Jusqu’alors cet humble palais n’avait vu que des prêtres séculiers autour de l’évêque; cette année, pour la première fois, deux religieux prenaient place auprès des missionnaires séculiers et composaient avec eux une même communauté, telle qu’elle va
(1) Lettre du ‘26 décembre 18-15.
(2) Ibid.
1er Vol. — p. 02.
ARCHEVÊQUE DE SAINX-BONIFACE
exister désormais autour de l’évêque, dont les membres n’ont pas la même règle et ne gardent pas les mêmes observances, mais sont étroitement unis par une même charité, douce et expansive, pleine d’égards et de sainte liberté.
Cette communauté comprenait, cet hiver-là, cinq personnes : Mgr Provencher, le P. Aubert et son jeune compagnon, M. Laflèche et M. Belcourt. “ Monseigneur joint à une bonté particulière, écrit le P. Taché, une somme remarquable de connaissances utiles et agréables : ce qui rend sa compagnie très agréable (1). ” M. Belcourt était un missionnaire d’une haute intelligence et d’une indomptable énergie, qui passa dans le Nord- Ouest avec la puissance du génie; mais, faut-il le dire? (et pourquoi ne le dirions-nous pas ?) il manquait de cette soumission d’esprit et de jugement, à laquelle est attaché le succès des œuvres de Dieu : aussi toutes ses entreprises, malgré son grand talent, présentèrent tôt ou tard le spectacle de la “ maison bâtie sur le sable. ” Mais, durant cet hiver, le P. Taché ne vit guère que les remarquables qualités du missionnaire. “ M. Laflèche est un de ces charmants caractères qui gagnent l’estime et l’affection de tous ceux qui vivent avec lui (2) ; ” il devait être pour celui dont nous écrivons l’histoire, l’ami de cœur de toute la vie, et quoique plus âgé et plus faible de santé, il devait lui survivre et prononcer devant sa dépouille mortelle son oraison funèbre.
Le P. Taché, après avoir peint à sa mère les personnes avec lesquelles il est si heureux de passer l’hiver, ajoute plaisamment : “Joignez à tout cela le petit contingent de mes amabilités personnelles, et vous aurez une idée à peu près complète des charmes qu’offre notre société (3). ”
Le P. Taché s’appliqua tout l’hiver avec ardeur à l’étude du sauteux. M. Belcourt est le professeur, dit-il; le B. P. Supérieur (le P. Aubert), M. Laflèche et moi sommes des élèves très obéissants, très appliqués (4).” “ Il y a classe deux fois par
(1) Lettre à .«a mère, Sain t- Boni face, 26 décembre 1S45.
(2) Ibid.
(3) Ibid.
(4) Ibid.
Occupations.
jour, écrit Mgr Provencher, et étude assidue le reste du temps. Les progrès sont rapides (1). ” Cette étude n’avait rien d’attrayant pour la nature. “ De toutes les études, écrit le P. Taché à son frère, je crois que celle des langues sauvages est la plus désagréable : il n’y a rien qui puisse y nourrir l’esprit et le cœur (2);” mais le missionnaire vit de sacrifices. Tout en consacrant à l’étude du sauteux la plus grande partie de son temps, le P. Taché donnait quelques moments à d’autres études, continuant de s’enrichir de cette grande variété de connaissances que tout le monde admira en lui toute sa vie. “ Monseigneur, dit-il, a une bibliothèque assez nombreuse et bien choisie. Ce digne prélat est parvenu à pourvoir la Mission de tout ce qui lui est nécessaire; de fait, nous sommes, pour bien des choses, dans une abondance qui ferait envie à plus d’un curé canadien (3). ”
“ Les récréations sont employées à de douces et joyeuses causeries ; très souvent aussi les clarinettes et les autres instruments résonnent, car tous ces messieurs sont musiciens (4). ”
“Plusieurs jolis chevaux sont à notre service, en sorte que nous avons la liberté de faire la promenade en carriole, quand bon nous semble. Vous voyez, conclut le jeune Père, que nous ne sommes pas à plaindre, et qu’à part la présence de la bonne maman, nous avons à peu près tout ce qu’un missionaire peut demander raisonnablement (5). ”
Le missionnaire commençait à remplir les fonctions de son ministère auprès des chrétiens établis autour de l’évêque. Le P. Taché avait peu d’aptitude pour le plain-chant; aussi il plaisante sur ses débuts à la Eivière-Eouge : “ J’ai à vous apprendre, écrit-il à sa mère, une nouvelle aussi consolante qu’inattendue.
(1) Lettre à Mgr Bourget, décembre 1845.
(2' Saint- Bonface, 15 juin 1842. — Collection de M. de la Broquerie- Taché, n° 6.
(3) Saint-Boniface, 2G décembre 1845.
(4) Ibid.
(5) Ibid.
1er Vol.— p. 94.
Chemin f oujou/d'hui C/me f/ère des Soeurs 'J
Parterre.