‹ Vie de mgr Taché, archevêque de St.-Boniface (volume 2)Chapitre 14 sur 86 · I- — Ordination sacerdotale, profession religieuse, première · texte numérisé non relu

I- — Ordination sacerdotale, profession religieuse, première

messe.

Jésus-Christ est “ le médiateur de Dieu et des hommes (1), ” présentant à Dieu “ les dons et les sacrifices pour les péchés (2),” rapportant aux hommes les grâces de Dieu. Mais Jésus-Christ ne meurt pas, “toujours vivant pour interpeller en notre faveur (3),” choisissant des hommes qui le rendent visible et présent au milieu des hommes, parce que revêtus de son caractère, ils offrent son sacrifice, administrent ses sacrements, distribuent sa parole et communiquent sa grâce.

Depuis l’enfance, le Frère Taché avait senti l’appel divin à cette vocation sublime. Par une secrète disposition de la Providence divine, il devait recevoir le sacrement du diaconat et celui de la prêtrise dans les pays où il allait être si longtemps médiateur entre Dieu et les hommes, et de la main du premier médiateur envoj’é à ces régions lointaines et dont il devait être luimême le glorieux successeur.

A son départ de Montréal, il n’avait pas l’âge cl’être ordonné diacre; mais il l’avait en arrivant à la Rivière-Rouge.

J1 fut ordonné diacre le dimanche qui suivit son arrivée, 31 août,

Mgr Provenc-her avait besoin de prêtres. Usant des larges pouvoirs que l’évêque missionnaire tenait du Saint-Siège, il l’ordonna prêtre le dimanche 12 octobre suivant. L’ordinand avait 22 ans, 2 mois et 19 jours. Le souvenir de sa mère l’avait accompagné dans tout son voyage, il lui revint à l’esprit dans

(1) MecLiator Bei. et hominum homo C. /. — I Tim., ] 1 , 5.

(2) Ut o ferai dona et sacrificia pro peccatis. — Hkb., V, i .

(3) Sempcr vivais ad mterpellandnm pro nobis. — Ibid., \ III, 2”>.

Une

observation-,.

Ordination au diaconat et 6.

la prêtrise.

Oblation.

son ordination. Une ordination en effet n’est-elle pas “ un beau jour pour une mère ? ” Et la sienne n’était-elle pas à -700 lieues de lui “ pendant ce moment fortuné ?” “Aussi, écrit-il à sa mère, lorsqu’après la cérémonie, je me trouvai seul, votre souvenir vint me presser le cœur et des larmes brûlantes coulèrent de mes yeux; je priai alors, ce me semble, avec beaucoup de ferveur, pour celle qui a fait tant de sacrifices à mon occasion (1). ”

Mais si le prêtre de la loi nouvelle connaît encore ceirx qui sont dans la chair, il ne les connaît plus “selon la chair (2).” Car Jésus-Christ, nous dit saint Paul, est “sans père, sans mère, sans généalogie (3). ” Il invite ceux qui veulent être ses disciples, surtout ceux qui doivent le représenter et le continuer sur la terre, à quitter leurs pères, leurs mères, leurs frères, leurs sœurs, leurs maisons, leurs champs, et tout ce qu’ils possèdent, pour l’amour de Dieu et de l’Evangile, leur promettant le centuple en ce monde même avec des persécutions, qui sont la grâce suprême du chrétien (4).”

Le P. Taché a compris que pour être prêtre parfait, il faut être religieux, il faut s’engager “ à la perfection de la charité par la perfection du sacrifice : ” il s’est présenté dans cette Congrégation nouvelle qui fait de tous ses membres des oblats et des hosties du Dieu vivant. Il a commencé son noviciat un an auparavant. il l’a continué dans son canot d’écorce, “ s’en allant comme un autre Abraham loin de sa terre, et de sa parenté, et de la maison de son père ” pour devenir le père d'un grand peuple ; il l'a achevé sur les bords de la rivière Ronge, dans cette terre promise à sa soif du sacrifice. Il faut maintenant qu'il fasse par vœu son renoncement universel, perpétuel, absolu; il faut qu’il le fasse avant de monter à l’autel afin “ d’imiter ce qu’il va faire”, (5) afin de se faire Oblat avant de présenter le

(1) Saint- Boni face de la Rivière-Rouge, 26 décembre 1845. — Collection de M. de la Broquerie-Taché, n° 5.

(2) Cou., V, 16.

(3) Héb., VII, 3.

(4) Marc, X, 39.

(5) Imitamini quod tractatis. — Pontie.

ARCHEVÊQUE DE SAINT-BONIFACE

grand Oblat du Père, et de se sacrifier avant de sacrifier l'agneau. Le lundi 13 octobre 1845, “ je fis à mon Dieu, écrit-il, le sacrifice entier de moi-même, je m’enrôlai sous la bannière de Marie, et je promis à cette tendre mère d’être son serviteur tout dévoué: j etais Oblat (1).” Le P. Taché prononçait ses vœux entre les mains de son supérieur, le P. Aubert. Ce furent les premiers vœux de religion prononcés dans les Pays d’en haut par un Oblat ou même par un membre de l’Eglise catholique ; l’Epouse Immaculée du Christ offrait à Dieu, en la personne du futur grand évêque, les prémices du sacrifice non sanglant de la vie religieuse, qui est fécond pour fonder les églises à l’égard du sacrifice sanglant des martyrs. Et, circonstance bien digne de remarque, les premiers vœux qui sanctifièrent en ce jour la Rivière- Rouge, “ étaient faits par l’un des arrière-neveux de celui qui avait le premier découvert cette rivière et les pays avoisinants. Non seulement en effet une partie de la rivière Rouge, mais la plus grande partie de l’immense bassin du lac Winnipeg fut découverte par le sieur Varennes de la Vérandrye, lié par sa mère et par l’une de ses nièces à la famille de la Broquerie, ancêtres maternels du P. Taché (2).”

Le même jour, le P. Taché, aussitôt après sa propre oblation, fit pour la première fois l’oblation de la sainte Victime. La première messe est une de ces circonstances de la vie où Dieu a coutume de visiter ses serviteurs par des grâces exceptionnelles, comme il les visite au jour de la première communion, au jour du baptême, au jour de la mort; mais la parole est bien faible pour exprimer ce que l’âme ressent dans ces visites de son Dieu. Aussi le jeune missionnaire qui faisait volontiers sa pieuse mère la confidente de toutes ses joies, comme aux jours où il se jouait sur ses genoux, se contente de lui écrire : “ Les sentiments éprouvés pendant ma première messe ne peuvent s’exprimer que par le silence. Tout ce que je puis vous dire, c’est que je priai

(1) Lettre du 26 décembre 1845.

(2) Vingt années de Missions dans le Nord-Ouest de V Amérique.

Première

messe.

beaucoup pour ma mère et pour tous ceux qui me sont chers (1). ”

“ Les pieuses Sœurs Grises, ajoute le nouvel oint du Seigneur, firent tous leurs efforts pour relever l’extérieur de cette fête, et elles y réussirent parfaitement bien; puis leur bonté ordinaire prit, ce semble, un nouveau caractère de prévenance et de délicatesse. C’était, me disaient-elles, pour me dédommager en partie de votre absence. Elles avaient raison de dire en partie, car il est impossible de remplacer une mère : elles firent au moins tout leur possible et je serais ingrat si je ne leur en témoignais pas ma reconnaissance (2). ”

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