‹ Vie de mgr Taché, archevêque de St.-Boniface (volume 2)Chapitre 21 sur 86 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Deuxième année passée a l’ile-a-la-ckosse^ 1848.

Les missionnaires, pendant le premier hiver passé à l’Ile-à-la- Crosse, avaient été les hôtes du bon MacKenzie; mais le second hiver, ils avaient leur demeure propre. S’ils avaient les avantages d’être plus libres, ils avaient l’inconvénient d’avoir à trouver leur subsistance.

Le P. Taché, .dans une lettre à sa mère, énumère bien “les richesses agricoles ” de l’établissement des missionnaires ; mais ces richesses consistent en “ 10 minots de patates ” recueillis l’automne pour 2 minots de semences, et en “ une magnifique vache, véritable fille des premières que Pharaon vit sortir du Nil, qui nous abreuve tous les jours, dit-il, de son blanc lait et nous fournit un peu de beurre pour effleurer la surface de nos galettes (1).” Evidemment, il faut d’autres ressources pour vivre.

Le lac est très poissonneux; le P. Taché est courageux; il se met à imiter l’industrie des sauvages pour demander au lac la nourriture quotidienne. “ La neige avait déjà enveloppé la terre de son blanc manteau, écrit le P. Taché, et l’hiver avait jeté ses solides ponts sur les lacs ; cependant il nous fallait trouver notre nourriture dans ces mêmes lacs. Que faire donc? Tout simplement percer cette épaisse glace et introduire dessous 6, 8 et jusqu’à 10 rets, et tous les matins, par des froids de 35° et plus audessous de zéro, aller dérober les poissons qui avaient le bon esprit de s’y embarrasser. Aroilà la façon de vivre de ces pays-ci. Il faut avouer qu’elle incommoderait plus d’un homme élevé dans les pays chauds; mais les robustes enfants du Nord se font à cette besogne. J’ai été moi-même aux rets bien des fois ; on

(1) Lettre du 20 janvier 1848.

Les pêches du P- Taché pendant l’hiver.

De P. Taché Infirmier.

souffre les premiers jours; mais l’habitude adoucit ce tourment et je finirai peut-être par devenir un bon pêcheur (1). '”

M. Lafièche, nous venons de le dire, avait été affligé de rhumatismes et de plaies à la fin de l’été; il se trouva plus mal l’hiver et fut obligé de demeurer auprès du fojœr pendant toute la saison froide. Puis l’exprès d’hiver lui apporta la triste nouvelle de la mort de sa mère. “ Ce cher confrère, écrivait le P. Taché le 16 avril, a été bien visité cette année par l’épreuve: à la triste nouvelle de la mort de sa mère est venue se joindre une infirmité qui l’a forcé de garder la maison tout l’hiver. Des plaies se sont formées dans une jambe et un bras, ce qui l’incommode 'beaucoup et privera peut-être bientôt les missions des secours qu’elles peuvent recevoir de ce zélé et vertueux prêtre (2). ”

Le missionnaire oblat aimait tendrement ce compagnon que Dieu lui avait donné et qui “ possédait tous les titres capables de concilier l’estime et le respect. ” 11 ressentit vivement la dou¬

leur qu’il éprouvait en apprenant la mort de sa mère et s’appliqua à le consoler par les attentions délicates d’une sincère affection. “ Dans les circonstances où nous nous trouvons, écrit le P. Taché à sa mère, c’est bien sans doute ce qu’un fils peut apprendre de plus cruel. ” “ 0 mon Dieu, ajoute-t-il, conservez-moi ma mère (3). ”

Le P. Taché s’appliqua plus encore à soigner le corps de son compagnon. Comme la sœur de charité la plus dévouée, il se mit à panser ses plaies le matin et le soir, avec un savoir-faire et des délicatesses que le cœur plus encore que l’esprit lui suggérait et qu’il agrémentait d’une multitude de traits d’esprit. Mgr Lafièche n’oubliera jamais les soins empressés de son infirmier de l’Ile-à-la-Crosse et il en parlera jusqu’à sa mort avec admiration. De son côté le P. Triché arrivera auprès de son

(1) Lettre du P. 'Taché à un Père de su Congrégation, 16 avril 1S48.

(2) Ibid.

(3) lie -à la- Crosse , 20 janvier 184S. — Collection de M. de la Broquerie- Taché.

ARCHEVÊQUE DE SAINT-BONIEACE 153

ami, aux heures douloureuses de la vie, pour revendiquer comme un droit, l’office de donner à son cœur broyé par les épreuves, le vin et l’huile qu'il avait autrefois répandus sur ses plaies corporelles.

Il chantait la messe tous les dimanches, afin d’épargner à son compagnon la fatigue du jeûne; M. Laflèche occupait le lutrin. Voici à cette occasion une anecdote que celui-ci aimait à raconter plus tard. “ Pendant que la messe se chantait, la cuisine se faisait dans le même appartement; c’est-à-dire qu’une chaudière contenant le poisson était suspendue dans la cheminée, car il n’y avait pas alors de poêle. Après la post-communion, le célébrant se tourne pour dire: Dominus vobiscum, et voit son chantre- en surplis tenant dans sa main, à l’aide d’un torchon quelconque, la chaudière et en agitant le contenu pour l’empêcher de brûler, tout en répondant à l'officiant. Les assistants ne voyaient rien de risible ni de surprenant dans la manœuvre. M. Laflèche cumulait, presque sans s’en douter, les fonctions assez disparates de chantre et de cuisinier : le P. Taché, lui, eut peine à garder son sérieux (1). ”

Au commencement de l’hiver, le soir même de la Toussaint, le P. Taché voit arriver à lui un sauvage, le père même du Montagnais qui lui avait fait la petite semonce au lac Athabaska. “ Mon frère se meurt, dit-il ; il demande que tu viennes le baptiser. ” Le sauvage venait de loin et était fatigué ; il faisait nuit ; le missionnaire n’avait pas de raquettes : il était impossible de partir le soir même. Le lendemain matin, le P. Taché envoie chercher des raquettes au fort et se met en marche. 11 traverse une partie du lac en canot, le reste en raquettes sur la glace recouverte d’eau ; dans le bois il mesure deux pieds et demi de neige tombée la veille. La nuit surprend les voyageurs avant qu’ils soient rendus à la loge du malade. Le lendemain, à la pointe du jour, ils se remettent en route, et avant le lever du soleil, le missionnaire est auprès du malade. Il lui rappelle les

(1) Mgr Grandin, Notes sur Mgr A. Taché, O. M 1.

Visite â un sauvage malade.

Etude des langues sauvages.

Expédition du docteur Richardson.

principales vérités et, connaissant ses bonnes dispositions, lui confère le sacrement de la régénération. Mais, continue le P. Taché, “ le moindre retard pouvait rendre mon retour impossible. Je repartis de suite à 1a. faveur de notre chemin de la veille. J’arrivai chez nous le même soir, un peu fatigué, mais heureux d’avoir gagné une âme rachetée au prix du sang de mon Sauveur. ” Le sauvage guérit et vint quelque temps après remercier les missionnaires (1).

Durant tout l’hiver, M. Laflèche et le P. Taché employèrent leurs moments de loisir à étudier les deux langues sauvages de ces régions du Nord-Ouest. M. Thibault avait réuni les premiers éléments d’un dictionnaire et d’une grammaire crise ; mais on ne possédait encore aucun manuscrit sur la langue montagnaise. Les deux prêtres commencèrent à rédiger une grammaire et un vocabulaire montagnais.

Un événement occupa quelque peu les pensées des missionnaires et même de leurs néophytes durant cet hiver : ce fut l’expédition du docteur Richardson.

Le 26 mai 1845, le capitaine John Franklin était parti d’Angleterre avec deux navires, VE rebus et la Terror, dans le but d’explorer la mer Glaciale, d’arriver à la mer de Behring par le détroit de Davis, la mer de Baffin, les détroits de Barrow et de Lancaster, en un mot de résoudre le problème du passage du Nord-Ouest qui depuis tant d’années excitait l’intérêt des savants. Plus de deux années s’étaient écoulées sans qu’on eût eu aucune nouvelle de l’expédition.

Toute l’Angleterre s’émut. Trois expéditions furent organisées pour aller à la découverte de VErebus et de la Terror. Une de ces expéditions avait à sa tête le Docteur John Richardson, âgé de 72 ans, ami du capitaine Franklin, et le Docteur Rae.

Le P. Taché parle de cette expédition dans plusieurs de ses lettres. “ Les hommes de cette expédition, écrit-il à sa mère au

(1) Lettre du P. Taché à un Père de sa Congrégation, l(i avril 1S48.

ARCHEVÊQUE DE SAIN T-B0N1FACE

mois de janvier, hiverneront assez près d’ici au fort Cumberland; ils passeront ici au printemps et Sir Richardson, qui doit partir de Montréal en canot, y passera au milieu de l’été (1).”

“J’ai vu dimanche dernier, écrit-il le 29 juin, Sir John Richardson et le Docteur Rae, en route qu’ils sont pour aller à la recherche du capitaine Franklin (2).” Dans une lettre écrite à Athahaska le 2 novembre, le missionnaire donne beaucoup de détails sur les recherches du Docteur Richardson depuis le MacKenzie jusqu’à la rivière Coppermine.

Mais, observait le P. Taché dès le principe, “ je crois cette expédition absolument inutile, car le capitaine Franklin est rendu en Angleterre ou a péri dans les glaces (3).” Il n’était pas rendu en Angleterre, mais il était mort le 7 juin 1847 sur la terre du Roi Guillaume; tous ses compagnons avaient péri de froid et de misère cette même année et l’année suivante : c’est ce que constatèrent plus tard d’autres explorateurs.

Le P. Taché s’intéressait volontiers à ces sortes d’expéditions; car elles favorisaient les progrès de la science et de la civilisation. Mais surtout il y puisait des motifs de travailler avec ardeur à la gloire de Dieu. “Voilà des hommes, disait-il, qui s’exposent à toutes sortes de fatigues et de dangers, à la mort même pour acquérir un titre de noblesse, une pension, la gloire: que ne dois-je point faire pour sauver les âmes?” 11 y trouvait un autre enseignement, celui de mépriser et de fuir la gloire de ce monde. Le monde parle avec admiration de “ ces faiseurs de découvertes ” ; il n’a souvent que du mépris pour de pauvre? missionnaires qui ont cependant des ambitions plus hautes: si nous voulons être dans 1a. vérité, ne suivons point les jugements du siècle, mais les jugements de l’éternelle vérité Qu’on les loue, je ne m’v oppose pas, mais je ne leur porte pas envie : “ je ne changerais point mon sort contre le leur (4). ’

( 1 ) lle-à-la-Crowe, 20 jnvvbr 1848.

(2) Ili'-à-la-Crnsxr, 2$ juin 1848.

(3) Lettre du 20 janvier 1848.

(4) Ibid.

Deuxième visite au lac Caribou.

15(3 VIE DE MGll TACHÉ, O. M. I.,

Avant la fonte des neiges, dès le 8 mars, jour des Cendres, l’Oblat de Marie Immaculée se mit en route pour le lac Caribou, afin de visiter et de fortifier ses premiers néophytes et de travailler à augmenter leur nombre. “ La maladie de M. Lafièche et une plus grande aptitude pour tout ce qu’exigeait le soin d’une mission établie, lui commandant une espèce d’inamovibilité, les délices de la promenade revenaient de droit à son compagnon. ” Mais, “ s’il y a un certain attrait, quand on est jeune et actif, à mesurer l’espace, voire en raquettes, avouons que cette fois la besogne avait perdu de ses charmes. De mémoire d’homme, on n’avait jamais tant vu de neige dans le pays. Cette circonstance suffisait pour rendre les chemins épouvantables (1). ”

M. Thomas était arrivé à l’Ile-à-la-Crosse avec M. Samuel Maclvenzie pour emmener le P. Taché au fort dont il était commis. Mais la pauvreté de la mission ne ■permit point à celui-ci de prendre un domestique, et malgré la bienveillance de ses deux compagnons jusqu’au lac La Ponge, et de M. Thomas, du lac La Ronge au lac Caribou, il n’eut que sa pauvre traîne pour transporter son bagage, et ses propres jambes pour franchir les vastes distances qui séparent l’Ile-à-la-Crosse du lac Caribou et pour lutter contre la neige; il fut même réduit, à certains moments, à tirer sa traîne de ses propres mains. “Je partis du lac La Ronge, dit-il, le 21 mars; nous étions cinq hommes: les chemins étaient affreux dans la première partie : la glace affaissée par la neige était couverte d’une couche d’eau d’à peu près deux pieds d’épaisseur, ce qui formait avec la neige un mélange de la plus embarrassante nature. Le troisième jour, nous nous mîmes en route de bon matin, et malgré cela, à midi, nous n’étions pas à plus de deux lieues de notre campement. Nous passâmes presque tout ce temps sur un petit lac. Il y avait en cet endroit encore plus d’eau qu’ailleurs. Nous fûmes obligés de dételer les chiens et de nous constituer humblement leurs remplaçants. Les

(1) Vhrgl minées de .Vissions . p. 37.

ARCHEVÊQUE DE SAINT-BONIFACE

efforts que nous faisions pour enlever nos traînes, ajoutant à notre pesanteur naturelle, nos raquettes n’étaient pas assez grandes pour nous soutenir: de temps en temps il nous fallait mesurer la profondeur de l’eau et prendre des bains de pied, bien propres à nous défendre des ardeurs du soleil (1). ” “ Certains jours, le missionnaire se trouva tellement fatigué qu’il lui était impossible d’aller plus loin. La fatigue du voyage lui causa des douleurs de jambes, qui l'incommodèrent pendant environ un mois (2).”

“ L’année précédente,- la distance entre l’Ile-à-la-Crosse et le lac Caribou avait été parcourue facilement en 10 jours; cette année, elle le fut bien difficilement en 14. Cette fois encore, c’est le jour de l’Annonciation que la Providence avait désigné pour l’arrivée, au milieu des pauvres indiens du lac Caribou, du messager de la bonne annonce (3). ” “ Je signale les difficultés de ce voyage, remarque l’auteur des Vingt années de missions , pour faire ressortir un fait qui se reproduit presque toujours dans nos courses apostoliques. Celles qui nous cordent le plus fie fatigues, de privations, de souffrances physiques, sont d’ordinaire celles où le cœur goûte les joies les plus sensibles, les consolations les plus abondantes. Toujours cette main si libérale et si miséricordieuse du Père Céleste qui, même dès ici-bas, rend le centuple de ce peu qu’on lui donne (4) ! ”

“ Presque tous les sauvages qui sont dans l’habitude de visiter le fort Caribou arrivèrent (5);” ceux que le missionnaire avait vus l’année précédente, “témoignèrent de leur affermissement dans la foi (6). ” 11 vint un nombre égal de Mangeurs de Ca¬

ribou; ceux-ci montrèrent peut-être plus d’empressement encore pour embrasser l’Evangile (7).

(1) Lettre à sa mère, Lac Caribou, 10 avril 1848. — IV 10 de Collection de M. de la Broquerie-Taché.

(2) Mgr Taché, Notice .

(3) Vingt années de Missions, pp. 37-3S.

(4) Ibid

(5) Mgr Taché, Notice .

(6) Vingt années de Missions . . p 38.

(7) Notice .

Le P. Taché logeait dans la maison du commis. “Je suis traité, écrit-il, avec toutes sortes d’égards et de politesses. Mon hôte, protestant de naissance, persévère dans sa croyance, parce qu’il pense que le protestantisme est la doctrine que saint Paul a prêchée en Angleterre, pendant que saint Pierre en enseignait une autre à Rome; mais il est loin d’être fanatique, respecte notre religion et traite ses ministres bien mieux que ne feraient un grand nombre de catholiques eux-mêmes. Il assiste tous les dimanches à la messe, et d’après ses offres, je l’ai établi mon unique chantre au lutrin. Tous les jours, pour satisfaire son goût pour la musique, je lui donne une leçon de chant (1). ” Durant la semaine, “ craignant d'importuner son hôte, dont la femme était malade, (2) ” il allait, comme saint Paul, dans les maisons particulières, ” passant toute la journée à instruire les sauvages dans leurs pauvres cabanes. Ceux-ci demandèrent avec empressement le baptême pour leurs enfants; il en baptisa (il (3).

“ Les sauvages, visités l’année précédente, témoignèrent de leur affermissement dans la foi, et un grand nombre d’autres venus des terres des Caribous tout exprès pour voir l'homme de la prière, manifestèrent les plus heureuses dispositions. ”

“11 n’y a, observait le missionnaire, qu’une seule chose qui me fasse de la peine: c’est de parler très imparfaitement la langue de ceux que j’ai occasion d’instruire. On a besoin là du cris et du montagnais, et ce n'est pas l’affaire d’un jour d'acquérir la connaissance de ces langues. Les occupations auxquelles nous avons été obligés de nous livrer, pendant l’hiver, afin de subsister, nous avaient empêchés de nous occuper, autant que nous l’aurions désiré, de l’étude des langues. Le temps apportera

(1) Lettre du 10 avril 1848 à sa mère.

(2) M>;r Taché, Notice .

(3) Lettre du 21 mai à sa mère. Cette lettre e«t la continuation de celle du 10 avril, et porte le même numéro dans la collection de M. de la Broquerio-Taché.

ARCHEVÊQUE DE SAINT-BON IF ACE

sans doute remède à ce mal, et alors il me semble que les missions n’auront rien de pénible (1). ”

L’Oblat de Marie Immaculée demeura au lac Caribou jusqu’à la fin de mai, ayant constamment “ un gros feu dans sa cheminée (2);” Le lundi, 22 mai, il se remit en route pour l’ileà-la-Crosse, “ remerciant Dieu des consolations qu’il avait goûtées et le priant de bénir de plus en plus le troupeau confié à ses soins (3). ”

Avant de prendre congé de ses néophytes et de ses catéchumènes, le missionnaire leur donna rendez-vous pour le printemps suivant à l’extrémité septentrionale du lac Caribou, parce que les sauvages assuraient que cet endroit offrait des ressources alimentaires, ” tandis qu’à l’extrémité méridionale, le P. Taché avait vu les sauvages endurer, cette année-là, “ les angoisses de la faim (4) et avait dû souvent lui-même remplacer le dîner par “ un gros nœud fait à sa ceinture (5). ”

Le retour fut pénible comme l’aller. 11 pensait revenir en 12 jours; “mais la saison extrêmement tardive dérangea son “calcul ” et il dut mettre 21 jours. Les rivières étaient libres; mais les lacs ne l’étaient pas. Il était venu en traîne à chiens, incommodé par l’eau ; il s’en retourne en canot, incommodé par les glaces. “ Plusieurs lacs, raconte-t-il, étaient encore couverts de glace, circonstance peu favorable aux voyages en canots. Dès le jour de notre départ, nous arrivâmes sur le soir à un lac dans lequel le passage était entièrement obstrué. Les deux sauvages qui m’accompagnaient, après avoir reconnu que la glace était assez solide pour nous porter, firent une sorte de traîneau, sur lequel nous plaçâmes notre canot et nos petits bagages et nous attelant tous trois, nous passâmes ainsi et heureusement ce petit lac. En d’autres endroits, la glace étant détachée du rivage,

(1) Lettre précédemment citée du 16 avril 18-18.

(2) Lettre du 21 mai à sa mère.

(3) Vingt aimées de Missions . p. 38.

(4) Ibid.

(5) Ibid.

Retour.

Arrivée du P. Faraud.

nous côtoyions les bords des lacs, employant des heures entières à faire le tour de baies que nous eussions franchies en deux ou trois minutes. Au détour des pointes surtout, la glace étant amoncelée, il nous fallait la rompre, ou bien, si elle était trop forte, suppléer par un portage au passage que nous ne pouvions pas nous frayer (1).” Le missionnaire s’arrêta 3 jours au lac La Ronge. Il en repartit le 2 juin. Ce jour-là, “une neige abondante et un froid presque intense nous reportèrent, pour ainsi dire, au cœur de l’hiver et nous prouvèrent clairement que cette saison se plaît dans nos parages et qu’elle ne les abandonne qu’à regret (2).”

De retour à l’Ile-à-la-Crosse, le P. Taché “ eut la consolation de trouver M. Lafièche un peu mieux qu’il ne l’avait quitté (3).” Cependant, pendant l’absence de son compagnon. “ il avait dû, pour visiter ses malades, faire un voyage de plus de 50 lieues, par un froid très vif, couchant dehors, comme toujours, quand on voyage ” en ce pays, “ et ne pouvant, durant tout ce temps, panser les plaies qui torturaient sa jambe et son bras malades (4). ” La belle saison avait amené une amélioration; mais néanmoins on craignait de plus en plus que l’infirmité ne forçât le missionnaire à quitter un genre de vie qui paraissait au-dessus de ses forces.

“ Les vives inquiétudes que donnait la santé de M. Lafièche, la presque certitude de la nécessité de son départ prochain, furent compensées par la joie que répandit à lTle-à-la-Crosse, l’arrivée d’un autre Père. Le R. P. Henri Faraud, parti de Saint-Boniface au mois de juin, arrivait au mois de juillet, plein de jeunesse, de force et de bon vouloir (5). ”

Le P. Taché n’avait pas vu d’Oblat depuis plus de deux ans. “ Aussi, comme il le dit, grande fut sa joie, et bien réel fut son

(1 ) Lettre tin P. Taché à sa mère, lle-à la-Crosse, 29 juin 1848. — N0 18 de la Collection de M. de la Broquerie-Taehé.

(2) Ibid.

(4) Y'nujt années de Missions, p. 39.

(5) Ibid.

ARCHEVÊQUE DE SAINT-BONIFACE

bonheur ” en embrassant un frère en religion. “ M. Laflèche, qui voulait b'ien fermer les yeux sur les nombreux défauts du pauvre P. Taché —doublions pas que c’est le P. Taché luimême qui parle— aimait les Oblats, qu’il croyait, avec raison, tous bien plus parfaits que celui qui avait tant besoin de son indulgence. Lui aussi reçut le nouveau venu comme un frère, et la pauvre cabane des missionnaires de l’Ile-à-la-Crosse vit trois existences se confondre en un seul et même sentiment d’une affection sincère, d’un même désir du bien et de la gloire de Dieu (1). ”

Le P. Taché passa deux mois à l’He-à-la-Crosse, partageant Dm x mois île

, .... . . 7 ° séjour à l’Ile-

son temps entre la pnere, 1 exercice du saint ministère, l’étude «-ia-croæe. des langues et les travaux manuels. “Nous sommes en ce moment occupés, écrit-il à sa mère le 29 juin, à la construction Coustractlon d’une petite maison pour nos hommes, la nôtre étant insuffi- 2e mai* santé pour eux et pour nous (2). ” Cette maison avait 20 pieds de long sur autant de large (3). “ Nous commencerons ensuite, poursuit-il, une église ou chapelle, qui certainement ne sera pas un chef-d’œuvre, mais dans laquelle, je l’espère, des prières ferventes s’élèveront vers celui qui est le Dieu des pauvres, comme celui des riches. ” Cette chapelle ne se bâtira que dans plusieurs années, par suite d’événements que nous aurons à raconter.

“Notre petit établissement, couclut-il, prend tous les jours une tournure de plus en plus agréable, et si nous pouvons mettre tous nos plans à exécution, nous serons, sinon aussi richement, du moins plus heureusement établis que Sa Majesté le Roi des Français,” Louis-Philippe, dont il venait d’apprendre le détrônement. “ Nous avons 12 minots de patates en terre; elles ont une mine superbe et j’espère que nous en aurons en abondance.

Dame notre unique vache promet de nous donner bientôt quelque individu de son espèce, et avec lui, du lait, et, avec ce lait, du

(1) Vingt années de Missions, page 39.

(2) lle-à-la- Crosse, 29 juin 1848.

(3) Autre lettre à sa mère, Mission de Saint-Jean- Baptiste de l Ile-à-la- Crosse, 4 aoiit 1849. — N° 22 de la Collection de M. de la Broquerie-Tache.

2e visite du T*. Taché à Athabaska.

beurre pour rendre encore plus succulente la galette de chaque repas. Puisque j'en suis à parler d’économie domestique, je vous prie de m’envoyer une recette très détaillée sur la manière de faire le fromage; qui sait si un jour nous n’aurons point sur notre table quelque chose qui ressemble au Gruyère (1)?”

Le P. Taché quitta ses deux compagnons le 28 août pour visiter une seconde fois Athabaska. Il y arriva le 20 septembre, sur les barges de la Compagnie avec le Bourgeois cl’ Athabaska, M. Ermatinger. “ Les heureuses espérances conçues pendant une première visite s’étaient réalisées : la rosée des grâces célestes avait fait germer les meilleures dispositions; les rayons du soleil de justice promettaient de faire mûrir une moisson abondante de fruits de salut. L’enthousiasme extrême manifesté la première fois avait pourtant diminué; mais ce n’est pas un malheur; car, outre la fatigue excessive que cet enthousiasme occasionne au missionnaire, il ne permet pas toujours de juger de la réalité des dispositions. Il en est de la vocation à la foi comme de la vocation à l’apostolat : l’enthousiasme n’est pas la voie ordinaire. Le calme sensé de la réflexion, soutenu par la force de la grâce, offre plus de sûreté, plus de garantie que l’exaltation d’une imagination qui ne comprend pas, ou d’un cœur qui oublie trop sa faiblesse.

“ En 1848, les sauvages d’ Athabaska se montrèrent moins enthousiastes, mais, en réalité, beaucoup plus chrétiens que l’année précédente. L’enseignement divin, recueilli avec une pieuse avidité par des esprits qui ne le connaissaient pas, avait été examiné, discuté, apprécié avec une justesse qui étonnerait tous ceux qui n’ont pas l’habitude de relations de ce genre avec les sauvages. Le cœur qui, chez l’enfant des bois comme chez l’enfant de la civilisation, est si souvent le grand contradicteur de la saine raison, faisait encore ses objections pratiques. Néanmoins, le triomphe de la foi était assuré (2). ”

Les sauvages se trouvaient réunis quand l’Oblat. de Marie Immaculée arriva à Athabaska. Il passa “environ un mois”

(1) Lettre du 29 juin 1848.

(2) Vingt années de Missions, p. 40.

ARCHEVÊQUE DE SAINT-BONI FACE

avec ses “ chers sauvages, ” revit “ tous ceux de l’année dernière, et un grand nombre d’autres (1) ; ” il baptisa 86 personnes, “ presque tous enfants de parents qu’il n’avait pas vus l’année dernière, ” dont l’un mourut quelques jours après son baptême (2). Il vit arriver des sauvages de deux nouvelles tribus, les uns venus du Grand Lac des Esclaves et qui le prièrent instamment de se rendre à ce lac pour annoncer la religion aux sauvages de cette région. “ Si je suis le missionnaire d’Athabaska l’année prochaine, dit l’apôtre, j’espère pouvoir me rendre au Grand Lac des Esclaves (3). ”

Témoin des puissants effets de la grâce dans les âmes, l’Oblat de Marie Immaculée “ remerciait Dieu qui seul peut être l’auteur d’un pareil prodige; remerciait Marie, la Vierge Immaculée qui, “ forte comme une armée rangée en bataille ”, supplée à la faiblesse des ministres de son divin Fils, et les aide à renverser les escadrons du prince des ténèbres (4). ”

Le P. Taché pensait d’abord quitter Athabaska et retourner à l’Ile-à-la-Crosse “ aux premières neiges, époque la plus favorable aux voyages à pied (5) ; ” mais, écrit-il à sa mère, “ M. le bourgeois d’Athabaska m’a invité d’une manière si gracieuse et si pressante à prolonger mon séjour dans son fort que je n’ai pas pu me dispenser d’accepter. Ce qui m’y a déterminé surtout c’est que je puis être utile aux personnes du fort. Les sauvages à la vérité sont déjà tous dispersés: j’en verrai néanmoins quelques-uns de temps à autre ; mais les employés des forts forment une population quelquefois aussi peu instruite et souvent plus mauvaise que les sauvages eux-mêmes, en sorte que ce n est pas un temps' perdu que celui qu’un prêtre emploie à les instruire et à les rappeler à leurs devoirs (6). ”

(li Fort. Tchipeweyan. Lac Athabaska, 2 novembre 1848. — N° 19 de la Collection de M. de la Broquerie-Taché.

(2) Ibid.

(3) Ibid.

(4) Vingt années de Missions, p. 40.

ir>) Lettre du 2 novembre 1858.

(6) Ibid.

Prolongation du séjour au lac

Athabaska.

“Je ne partirai donc, poursuit-il, qu’avec l’exprès d’hiver, le lendemain du jour de l’an. La distance de l’Ile-à-la-Crosse ici est plus considérable que celle qui sépare les autres forts. Ce n’est jamais moins de 15 et souvent plus de 20 jours de marche. C’est- assez, n'est-ce pas? pour exercer les jambes d’un pauvre malheureux, et 17 ou 18 nuits à la belle étoile, au mois de janvier par des froids de 40° ou 50° au-dessous de zéro sont du moins suffisantes pour rafîraîchir le teint. Malgré cela, l’habitude des voyages est telle dans ce pays-ci qu’on se détermine à entreprendre une route de cette nature beaucoup plus facilement que vous ne vous décidez à aller de Boucherville à Montréal. Une couverte, une hache, une chaudière, une paire de raquettes et quelques livres de viande sèche ou de pémikan (taureau), voilà tout l’attirail de nos voyageurs. Une dignité telle que la mienne requiert de plus une seconde couverte et une traîne de chiens. Avec cela, on parcourt le monde septentrional, souvent un peu fatigué, quelquefois glacé, mais toujours de bonne humeur ( 1 ) . ”

Le missionnaire oblat demeura donc deux mois encore à Athabaska, voyant tous les sauvages qui venaient au fort, catéchisant les employés de celui-ci, administrant les sacrements et pressant les uns et les autres de “vivre dans la justice, la piété et la tempérance. ”

Pour la première fois à Athabaska, le jour de Noël fut célébré avec des cérémonies religieuses. “ Quel contraste pénible, écrivait l’Oblat de Marie Immaculée, entre la pompe sainte de ce grand jour de fête dans les pays chrétiens et l’excessive pauvreté à laquelle nous étions réduits. Ce jour, comme les autres, ma chambre à coucher me servait d’église; la table sur laquelle je vous écris ces lignes, surmontée de ma chapelle de voyage, me servait d’autel. Une pauvre croix de bois, de six pouces de long, attachée à la pauvre muraille de mon ajfjiartement, en formait l’unique décoration. Au lieu de ces chœurs de musiciens, dont la douce harmonie

(1) Lettre du 2 novembre 1S58.

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donne une idée des concerts des anges entonnant leurs joyeux cantiques, je n'avais pour chantre qu’un jeune Iroquois du Sault- Saint-Louis, assez peu habile et bien mal secondé par celui qui aurait dû être en état de le guider. En montant au saint autel ou plutôt en m en approchant, j éprouvai un vif sentiment de peine, et cette extrême pauvreté me parla au cœur, peut-être plus fortement que toutes les richesses saintes auxquelles je la comparais alors. Ce pauvre oratoire, tout comme l’étable de Bethléem, fixa les regards de notre divin Sauveur, et il voulut bien y renouveler la preuve de son amour infini pour les hommes. Plusieurs personnes eurent le bonheur de s’approcher de la sainte table. Trois d’entre elles le faisaient pour la première fois. Ces trois personnes, déjà mariées, avaient été bien involontairement privées jusqu’alors de ce bonheur. Aussi, semblaientelles, par l’ardeur de leurs sentiments, vouloir se dédommager de cette longue privation. Le soir du même jour, neuf infidèles courbaient leurs fronts pour y recevoir l’eau de la régénération et se faisaient recevoir au nombre des enfants du Dieu incarné pour le salut de tous. L’expression du bonheur qui rayonnait sur ces figures remplissait mon cœur d’un sentiment difficile à peindre et qui, à lui seul, vaut ce centuple promis à ceux qui quittent tout pour Dieu, et surtout pour lui gagner des âmes. Le lendemain six des nouveaux baptisés étaient au pied du saint autel et imploraient du Dieu des bénédictions celle qu’il daigne répandre sur ceux qui s’unissent en son nom. Je leur expliquai les obligations étroites que contractent ceux qui se marient; ils firent volontiers le serment d’y être fidèles : puissent les grâces attachées au sacrement leur en faciliter l’exécution (1) !

Dans l’antiquité ecclésiastique, les néophytes communiaient le jour de leur baptême; ici, l’apôtre d’Athabaska fait faire ou renouveler le contrat de mariage aux sauvages, à cause des habitudes de polygamie et de divorce si répandues parmi eux; mais il n’ose les recevoir à la table sainte avant de longues prépara-

(D Lettre du 2 janvier 1858.

tions ; ceux qu’il y reçoit sont des blancs ou des métis habitués à garder l’unité et l’indissolubilité du mariage. Nous verrons le même missionnaire devenu évêque, adopter, en ces mêmes lieux, une pratique différente, sur les conseils du vénérable fondateur des Oblats de Marie Immaculée et admettre plus tôt les sauvages à la communion.

Le 27 décembre, un métis baptisé l’année précédente, dont le père était de Boucherville même, amène sa femme, pour lui procurer le bienfait du baptême. “ Cette pauvre femme, déjà vieille, avait quitté sa demeure il y avait dix jours, marché depuis ce temps, couchant dehors toutes les nuits, supportant le froid et les autres inconvénients d’un pareil voyage, pour pouvoir être admise au nombre des chrétiens (1).” “Le baptême est sans doute une grâce inappréciable, remarque le missionnaire; mais je crois qu’il est difficile de faire plus pour témoigner le désir que l’on peut avoir de le recevoir (2). ” Aussi il la baptisa deux jours après, le 29 décembre, et lui fit renouveler son mariage le 30. “ Son mari fit présent au missionnaire d’une traîne attelée de trois jolis et bons chiens, ” “ ce qui, observe celui-ci, est cin cadeau d’un grand prix à la veille d’un voyage comme celui que je vais entreprendre (3).”

Enfin le renouvellement de l’année devait être suivi presque aussitôt du départ. “J’avoue (pardonnez-moi cette faiblesse,) écrit le missionnaire à sa mère, que je ne voyais pas sans inquiétude le moment où j’allais entreprendre un voyage d’environ 130 lieues, sans presque autre support que mes jambes, sans autre abri que le firmament, dans un pays où le thermomètre de Farenheit descend quelquefois jusqu’à 50°. Ce qui m’inquiétait le plus, c’est que l’hiver précédent, j’avais souffert beaucoup du mal de jambes, en me rendant au lac Caribou. Dans l’appréhension de ne pouvoir peut-être pas suivre les porteurs de

(1) Fort Tchipeweyan, Lac Athabaska „ 27 dêccvibre 1848. — S° 20 de la Collection de M. de la Broquerie-Taché.

(2) Ibid.

(3) Ibid.

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l'exprès, obligés de faire diligence, j’engageai un sauvage avec lequel je me proposais de rester en arrière, si ma faiblesse l’exigeait. Mais je ne fus point dans cette humiliante nécessité. J’avais six chiens; tous excessivement petits, trois sur un traîneau avec la plus grande partie de nos provisions et les leurs, et les trois autres sur une carriole, où se trouvaient les autres objets nécessaires à notre voyage, et sur laquelle je devais monter de temps en temps, pour satisfaire ma lâcheté et mon amour du repos.

“Le 2 janvier, de grand matin, nous terminâmes les préparatifs de notre départ, ce qui donna à l’aurore le temps de poindre. Il faisait un temps magnifique. Je fis mes adieux aux gens du fort et à un bon nombre de sauvages réunis pour la circonstance. Il serait inutile de vous dire que ces adieux m’affectèrent. Je voyais des larmes dans les yeux de ceux que je quittais et je n’ai jamais été indifférent à une marque d’attendrissement. Tout à coup l'horizon se rembrunit, un vent violent souleva une “ poudrerie ” qui “ nous déroba la vue du ciel et de la terre. J’allai alors offrir mes remerciements et mes souhaits à celui qui y avait tant de droit, ” le chef du fort. “ Me voyant partir, malgré ce trouble de la nature, il me dit d'un ton vivement affecté: “ Voilà de la misère de prêtre. ” Je me mis ensuite en route, le cœur . gros et un peu préoccupé de cette misère que tout semblait m’annoncer. Mais je me trompais, en écoutant trop cette crainte puérile. Si comme on venait de me le dire, il y a une misère particidière pour le prêtre, j’eus bientôt occasion de reconnaître qu’il y a aussi une Providence spéciale en sa faveur. Je fis presque tout le trajët, étonné même d’être si peu fatigué; deux fois pourtant j’éprouvai plus que de la lassitude; mais les courts instants que je pouvais passer dans ma carriole suffisaient pour me délasser. Il fit, durant tout le temps de notre voyage, un froid excessif; mais, je dois le dire, je ne l’appris qu'après mon arrivée, lorsque mes confrères me donnèrent l'état du thermomètre. J’en avais si peu soupçonné l’intensité que tous les jours je me félicitais de la douceur de la température, eu égard à la saison

et aux lieux. J'ai conclu de là que la graduation de mon thermomètre naturel n’est pas exacte. Mon sauvage s’y entendait mieux que moi, car tous les jours il nous répétait que l’hiver était excessivement rigoureux (1).”

(1) Lettre du 3 janvier 1S50.

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