‹ Vie de mgr Taché, archevêque de St.-Boniface (volume 2)Chapitre 30 sur 86 · NOVEMBRE 1854 - JUIN · texte numérisé non relu

NOVEMBRE 1854 - JUIN

Demeuré seul à l’Ile-à-la-Crosse, Mgr Taché fit les fonctions quotidiennes du curé; disons mieux, de l’évêque à l’égard de ses chers sauvages, offrant chaque jour le saint sacrifice et la prière liturgique au milieu d’eux, leur administrant les sacrements, les catéchisant.

Pendant l’été, l’Evêque fit commencer les constructions qu’il avait fait préparer durant l’hiver : bientôt l’Ile-à-la- Crosse posséda une église, élégante et gracieuse, avec un joli clocher. “ Elle est couverte, écrit-il à sa mère, le 19 juillet; le clocher est fait : les châssis se posent. Nous la trouvons fort jolie. Ce n’est pourtant pas la huitième merveille du monde, mais c’est la première merveille de l’Ile-à-la-Crosse (1). ” Ce ne fut cependant que l’année suivante qu’elle put être achevée et livrée au culte.

Plus d’une année s’était écoulée depuis la mort de Mgr Provencher : il était temps que le nouvel Evêque parût au milieu de son Eglise de Saint-Boniface, de l’Eglise principale dont il portait le titre, qu’il occupât sa chaire au milieu de cette Eglise, offrît le saint sacrifice dans sa cathédrale et donnât la communion et les sacrements à son peuple.

Le P. Tissot et le P. Végreville revinrent à la fin de l’été à l’Ile-à-la-Crosse. Mgr Taché donna avec eux, pendant le mois de septembre, une mission aux sauvages de la région ; puis, comme la saison avançait, sans attendre que la mission fût terminée, le mercredi 20 septembre, (2) il fit ses adieux aux Pères

(1) Mission de Saint- Jean- Jicrpti si e de V lie- à-la- Crosse, 19 juillet 1854. Collection de M. de la Broquerie-Taclié, n° 45.

(2) Lettre à Mgr de Mazenod, 14 novembre 1S54. — Archives de la Mai- Sun générale des Oblats.

Construction de l’église do l’Ile-à-la- Crosse.

Départ pour St-Boniface.

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et aux sauvages et se mit en route pour Saint-Boniface, en compagnie de deux Montagnais.

souffrances au H plut à Dieu qu’il allât à son Eglise dans le mystère de la

voyage. 1 1

croix. Ce voyage, dit-il, fut “ le plus pénible de tous ceux que nous avons faits depuis que nous sommes dans le pays (1). ” Il descendit la rivière aux Anglais : puis par le fort Cumberland et le lac Bourbon, il alla au lac Winipagons. Forcé de dévier de • sa route, il remonta la rivière Blatte, traversa le lac du Cygne et se rendit à travers les terres jusqu’à la baie des Canards.

Durant ce long trajet, non seulement il eut à souffrir des intempéries de la saison et du froid, exceptionnel cette année-là, mais à plusieurs reprises il faillit mourir de faim. Les provisions faisaient complètement défaut; les Montagnais qui raccompagnaient n’avaient pas de fusil, mais un simple arc : avec cette arme unique, l’un d’eux tuait quelques lièvres, quand il réussissait à en rencontrer. Les sauvages, habitués aux longs jeûnes, pouvaient résister longtemps; plusieurs fois. l'Evêque fut en danger; chaque fois cependant la Providence vint à son secours d’une manière extraordinaire.

Citons un exemple. Les deux Montagnais ne connaissaient pas le lac Winipagons, sur lequel ils n’avaient jamais navigué: ils se mirent à en longer la rive occidentale et s'enfoncèrent dans 1a, grande baie qui s’étend à l’ouest. On arriva à la Pointe à la Biche. Personne n’avait rien mangé depuis plus d’un jour.

“ Pendant que les deux sauvages faisaient un tour de chasse, Monseigneur coupa la pointe et aperçut deux bateaux à voile qui étaient sur le point de quitter le rivage. C’étaient plusieurs familles métisses qui se préparaient à traverser le lac pour se rendre à la baie des Canards, où elles voulaient passer l'hiver occupées de pêche et de chasse. Michel Chartrand, encore vivant aujourd’hui, était du nombre, ainsi que le chef actuel de

Pine Creek, Jean-Baptiste Napakisit, alors jeune homme. Déjà tout le monde était embarqué, hommes, femmes et enfants.

(1) Vingt années de Missions . .

ARCHEVÊQUE DE SAINT-BONIFACE

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