‹ Vie de mgr Taché, archevêque de St.-Boniface (volume 2)Chapitre 34 sur 86 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

troisième séjour a lTle-a-la-crosse. 1855-1856.

Pembina et Saint-Joseph, quoique situés clans les Etats-Unis et faisant partie du diocèse de Saint-Paul, avaient toujours eu les relations les plus étroites avec la colonie de la Rivière-Rouge et continuaient d’être desservis par des missionnaires envoyés de Saint-Boniface. A la demande de Mgr Crétin, évêque de Saint- Paul, Mgr Taché visita ces missions au printemps de 1855. Il partit de Saint-Boniface pour cette visite le 3 mai et était de retour le 9 (1).

Le lendemain, il va “ voir les autorités du pays pour leur faire modifier une loi qui était de nature à empêcher la sanctification du jour de P Ascension (2).” Dès lors Mgr Taché jouissait d’une si grande considération auprès du gouvernement, que ses demandes étaient toujours reçues avec respect et ordinairement exécutées.

M. Laflèche revint du Canada à la fin de mai. Son retour réjouit vivement l’Evêque et tous les habitants de la Rivière- Rouge. Les esprits les plus soucieux des progrès de la foi donnaient alors une grande part de leurs sollicitudes aux missions du Nord-Ouest : ils avaient profité de la présence de M. Laflèche dans le Canada, pour lui demander un exposé général de l’état de ces missions, destiné à être imprimé avec d’autres études du même genre. L’humble missionnaire était persuadé que Mgr Taché aurait fait ce travail avec plus de perfection et d’autorité; il s’excusa d’abord, mais comme les solliciteurs n’avaient pas le temps d’attendre, il se rendit à leurs prières. G-râce à son travail, nous possédons les détails les plus précis sur l’état

(1) Lettre à Mgr. de Mazenod, Samt-Bonit'ace, 10 mai 18ô5.

(2) Ibid.

Visite à St- Joseph.

Retour de M. Laflèche.

Absence de M. Thibault.

Départ pour l’Ile-â-la- Crosse.

du diocèse de Saint-Boniface au commencement de l'année 1855 (1).

Mais M. Lafièche n’avait pu aller voir la mère de son ami. “Je dis au bon Dieu, écrit celui-ci : Prends ce petit sacrifice et rends ma mère heureuse (2).”

M. Thibault demanda à son tour la permission de faire un voyage au Canada pour voir son vieux père. L’Evêque le lui permit (3).

Mgr venait de passer sept mois dans son église principale; il désirait porter de nouveau les grâces de l’épiscopat aux missions du Nord-Ouest. I.e 4 juin, il fit ses adieux aux bonnes Sœurs Grises. Le 5 juin au matin, il embrassa les Pères Bermond et Maisonneuve, et les Frères des Ecoles chrétiennes. “ TIne foule nombreuse se pressait autour de la cathédrale; des larmes coulaient de bien des yeux;” le “cœur” du père, toujours si sensible “ était profondément ému (4). ” Pendant ce premier hiver passé à la Rivière-Rouge depuis qu’il était évêque, il avait pour jamais conquis toutes les affections et toute la confiance de son peuple : celui-ci ne peut plus le voir s’éloigner, même pour quelques mois seulement, sans verser des pleurs. Mais, ajoute l’Evêque, “ la grande voix du devoir, toujours plus forte que celle de la nature, ajouta un nouveau sacrifice à ceux qu’elle m’a déjà imposés (5). ”

Il se mettait en route pour l’Ile-à-la-Crosse : c’était la troisième fois qu’il s’y rendait depuis son arrivée à la Rivière-Rouge, la seconde fois depuis qu’il était prince de l’Eglise.

Il emmenait dans les missions du nord le P. Grandin, déjà populaire à Saint-Boniface, qui “ quoique jeune et sans expé-

<\) Etat général des Missions du diocèse de Saint-Boniface, territoire de la Rivière-Rouge, 9 avril 1S55.

(2) Lettre à sa mère, Saint-Boniface'ler juin 1855. — Collection de M. de la Broquerie-Taché.

(3) Ibid.

(4) Lettre à sa mère, lle-à-la-Crosse, 23 juillet 1855. — Collection de M. de la Broqnerie-Taché, n° 51.

(5) Ibid.

ARCHEVÊQUE DE SAINT-BONIFACE

rience, avait su, pendant un séjour de neuf mois, se faire aimer, respecter et regretter de tous (1). ” “Je regrette, écrit Mgr Taché au fondateur des Ob'lats, d'être obligé de l'éloigner d'ici, il y ferait tant de bien ; mais nos chères missions sauvages sont dans un si grand besoin, que je suis obligé de sacrifier les intérêts de la population de Saint-Boniface (2). ” “ Sans respect

pour les jeunes cheveux blancs de c-e cher Père, écrit-il une autre fois, je lui ai assigné le plus froid de nos postes, celui d’Athabaska (3). " En effet, il n'y avait encore que deux missionnaires, les Pères Faraud et Grollier, dans l'immense bassin d'Athabaska-Mackenzie ; les sauvages étaient bien disposés et demandaient avec instances les hommes de la prière : l’Evêque voulait profiter de ces bonnes dispositions et joindre aux deux missionnaires de ce district, un Père, faible, il est vrai, de santé, mais richement doué des dons de la nature et de la grâce.

Mgr Taché emmenait aussi aux missions du nord l’industrieux F. Bowes, pour en construire et en orner les églises.

M. Lafièche accompagna son Evêque la première journée, pour visiter avec lui l'ancien bourgeois de l’Ile-à-la-Crosse, M. Mac- Ivenzie, qui demeurait à six lieues de Saint-Boniface. Les deux amis passèrent la nuit chez leur ancien hôte. “ Nous eûmes la douleur, raconte Mgr Taché, de le trouver au lit, dans les étreintes d'une goutte cruelle, qui ne lui permet pas le moindre mouvement. En nous voyant, cet aimable vieillard sembla oublier son mal pour ne se souvenir que de notre amitié, rire et plaisanter avec nous, comme il le faisait aux jours où il nous accordait si généreusement l’hospitalité. A la douleur de le voir souffrir, ajoute le pieux prélat, se joignit pour nous la peine cruelle de le voir approcher de son éternité sans qu'il y pense le moins du monde, pas plus que s'il n'y avait pas d'autre vie, pas plus que s’il n’avait pas d'âme. De grâce, bonne et tendre mère,

(1) Lettre à Mgr de Mazenod, Ile-à-la- Crosse, 25 juillet 1855. — -Archives de la Maison générale des Oblats.

(2) Lettre à sa mère, 9 février 1855. Ibid

(3) Lettre à Mgr de Mazenod, 25 juillet 1S55.

Visite à M. McKenzie.

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