‹ Vie de mgr Taché, archevêque de St.-Boniface (volume 2)Chapitre 43 sur 86 · ÉPREUVES · texte numérisé non relu

ÉPREUVES

Dans la vie présente, il n'y a de vraiment grand et noble que la souffrance, parce que, selon l’expression d’un des premiers Pères de l’Eglise, la croix est le principal instrument dont se sert le Saint-Esprit pour élever les cœurs de l’amour des biens visibles à l’amour des biens invisibles (1).

C’est pourquoi Dieu multiplie les épreuves à ses grands serviteurs. Nous venons de suivre Mgr Taché et son Coadjuteur voyageant péniblement comme les apôtres; nous voyons en même temps l’Evêque de Saint-Boniface réduit à la dernière pauvreté comme Job.

La grande épreuve eut pour prélude un douloureux accident survenu à un prêtre séculier qui avait succédé à M. Belcourt dans les missions de Saint- Joseph et de Pembina, le Rév. M. Goiffon, du diocèse de Belley, en France. Ce pieux missionnaire venait de rendre une visite à l’évêque de Saint-Paul et retournait à ses chères missions. Pressé d’y arriver plus vite, dans l’ardeur de son zèle, “ il se sépara de ses compagnons et prit les devants. Le 3 novembre, seul au milieu des prairies, sans abri, il fut assailli par une violente tempête. Un vent aussi froid que violent soulevait la neige en tourbillons épais. Les habits de M. Goiffon, mouillés par la pluie de la veille, se glacèrent bientôt; il chemina ainsi tout le jour.

“ Le malaise et la souffrance qu’il endura pendant cette triste journée furent tels qu’il ne sut pas même distinguer le moment où ses deux pieds se gelèrent. Son cheval, épuisé de fatigue, pouvait à peine se mouvoir, et, à la tombée de la nuit, le missionnaire, craignant de s’égarer, dut songer à descendre de sa monture pour attendre le retour de la lumière. A peine à terre, il

Accident survenu au Rév.

M. Goiffon.

(1) S. Ignace d’Antioche.

s’aperçut que ses jambes ne pouvaient plus le soutenir; il se creusa un gîte dans la neige glacée et passa là quatre jours et cinq longues nuits, incapable de se mouvoir, sans feu, n’ayant d’autre abri ou couverture qu’une peau de buffle couverte de neige et de glace. Sentant ses forces s’épuiser faute d’alimentation, le courageux missionnaire fut réduit à détacher quelques lambeaux de chair du cadavre de son cheval mort de froid et de fatigue, et à manger cette affreuse nourriture toute crue et ensanglantée. Le 8 au matin, il fut trouvé dans cette situation par MM. Printchard, qui se rendaient à la Rivière-Rouge et qui lui donnèrent tous les secours possibles dans l’état de dénuement où ils étaient eux-mêmes. A Pembina M. Goiffon fut accueilli par M. J. Rolette qui, pendant plus de trois semaines, le traita avec mie charité et une générosité au-dessus de tout éloge. Ce n’est que là que M. Goiffon comprit toute la gravité de ce terrible accident; ce n’est que le troisième jour après son arrivée à Pembina qu’il put en calculer les pénibles conséquences. Alors, mais alors seulement, ses deux pieds se dégelèrent ; les chairs tombant en putréfaction, lui causèrent des douleurs atroces. Les missionnaires de Saint-Boniface, en apprenant ce malheur, envoyèrent de suite quérir M. Goiffon. Le mauvais état des chemins ne permit pas au patient de se rendre immédiatement aux vœux de ses confrères; ce n’est que le 25 qu’il put se mettre en route, et le 28, il arrivait à l’évêché. Un sentiment profond de compassion saisit le cœur de tous ceux qui virent ce pauvre missionnaire. Les médecins donnèrent quelques jours de repos au malade. Le 3 décembre, ils lui firent subir l’amputation de la jambe droite; ils attendaient qu’il eût recouvré un peu de force pour lui retrancher au moins une partie du pied gauche, lorsque la rupture d’une artère occasionna une perte considérable de sang, qui acheva d’épuiser le malade. Le 13 au soir, les médecins déclarèrent qu’il n’y avait pas d’espoir de le sauver. Les prêtres de Saint-Boniface et même toute la population étaient dans l’affliction. Les souffrances de M. Goiffon avaient excité les plus vives sympathies. Quant à lui, calme, résigné, heureux d’être le martyr de son zèle, il attendait le trépas avec une force

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cl ame et un courage qui étonnèrent tous ceux qui en étaient les témoins ( 1 ) . ”

“ Tout était triste et silencieux dans l’évêché de Saint-Boniface, lorsque, le 14, vers les dix heures du matin, un cri de détresse se fait entendre: Au feu! Au feu (2) !”

Le feu venait de prendre à la cuisine du palais épiscopal (3).

Au premier signal de l’incendie, les Pères Mestre et Simonet “se précipitent clans la chambre de M. Goiffon, et, malgré les réclamations du malade qui demande “ qu'on le laisse plutôt brûler pour sauver quelque objet précieux, ” ils saisissent les matelas sur lesquels il repose, et en tâtonnant à travers les appartements déjà remplis d’une fumée épaisse, ils parviennent à arracher le malheureux missionnaire aux flammes qui un peu plus les consumaient tous les trois. Sortis de la maison, les Pères veulent y rentrer pour prendre arc moins quelques couvertures afin de protéger le cher malade contre un froid de vint-cinq degrés, mais impossible. Déjà les flammes sortaient par toutes les issues, on ne put pas même leur arracher une couverture, en sorte que M. Gôiffon fut sur le point d’être gelé à mort pendant qu’on le transportait à l’hôpital (4). ” Cependant le froid eut un résultat heureux ; il “ arrêta l’hémorragie ” et sauva M. Goifïon du danger de la mort. Le vénérable prêtre ne recouvra point sans doute les membres amputés; mais ses plaies se guérirent (5) et il a atteint le XXe siècle.

(1) Lettre de Mgr Taché à Mgr Bourget, 14 octobre 1S6L

On peut voir le récit plus circonstancié encore de la mère Valade à Mme Taché: celui de M. Qram. — Collection de M. de la Broquerie-Taché.

Certains Américains des Etats-Unis en ont fait plus tard des récits fantaisistes ; ainsi, ils racontent gravement que M. Goiffon éventra son cheval et se logea à la place de ses entrailles pour trouver de la chaleur, etc.

(2) Ibid.

(3) lettre du B. Lestanc à M. Cazeau, Saint-Boni face, 23 décembre 1860.

(4) Lettre de Mgr Taché à Mgr Bourget.

(5) “ M. Goiffon est" gros et gras; mais ses jambes ne repoussent pas.” — Lettre de Mgr Taché à sa mère, Collège de Saint- Bonif ace, 6 mars 1861. Collection de M. de la Broquerie-Taché, n° 86.

Incendie du palais épiscopal et de la cathédrale.

Un vieillard aveugle, du nom de Ducharme, recueilli dans le palais épiscopal, comme tant d’autres, par la compatissante charité du prélat, fut moins heureux que M. Goifîon; il ne put être sauvé et périt dans le feu (1).

Cependant, les flammes passèrent de l’évêché à la cathédrale. “ Bientôt, le plus bel édifice de tout le territoire de la Baie d’Hudson ne fut plus qu’une masse de feu. Après deux heures de douloureuse angoisse ” et d’efforts inutiles, “ la foule immense, ” accourue de toutes parts sur le lieu du sinistre, “ n’aperçut plus que des ruines et des cendres fumantes (2). ”

La cathédrale était en partie construite en pierres ; il en restait “ des pans de murs calcinés. ” Le palais épiscopal était en bois ; il n’en restait rien. “ Du mobilier de l’évêché, pas une chaise ” n’avait été sauvée ; “ de la garde-robe de l’évêque, de ses prêtres, de ses domestiques, pas une épingle; de la bibliothèque, pas un volume; des archives, registres et autres documents précieux, pas une feuille de papier (3) : ” ce fut là “ la perte la plus sensible (4). ” La Sœur Gosselin, chargée de la sacristie, “ s’y précipita à trois reprises (5) ” malgré les flammes; le bord de sa coiffure fut brûlée, mais elle parvint à “ arracher au feu un certain nombre d’ornements et de vases sacrés (6).” On parvint aussi à sauver de l’église “ les autels, les bancs, les balustrades, mais non pas les cloches ( 7 ) . ”

“ Cependant, observe le P. Lestanc, Dieu ne nous a pas abandonnés ” dans cette grande épreuve. “ Le jour même de l’incendie, le gouverneur de la colonie, M. MacTavish, protestant, nous a envoyé douze grandes couvertures de lit; d’autres nous

(1 ) Lettre de Mgr Taché à Mgr Bourget.

(4) Lettre du P. Lesta ne à M. Cazean.

(5) Lettre de Mgr Taché.

(6) Lettre du P. Lestanc.

(7) Ibid.

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donnèrent des vivres ; d’antres, du linge, etc. La Dame du gouverneur, qui, elle, est catholique, nous a donné de quoi parer aux plus pressants besoins; je pense qu’elle a bien donné des objets pour une valeur de £60 (1).”

Auprès du palais épiscopal étaient des constructions diverses, Incendie des

il A j-i<> , t dépendances

la plupart batiments de ferme destinés à abriter les animaux et de l’évêchê. les agrès d’une vaste exploitation agricole. L’incendie du 14 décembre les avait épargnés. Mais voilà que le 30 mai suivant, P feu se déclare dans une grange qui appartenait aux Sœurs Grises. LTn vent violent pousse les flammes dans la direction des dépendances de l’évêché; le feu y prend. En vain, une foule nombreuse combat avec ardeur l’incendie ; en vain l’Evêque luimême, perdu dans la multitude des travailleurs, déploie une ardeur incroyable pour éteindre le feu : tout est inutile : “ quatre grands bâtiments, où se trouvaient bien des objets d’un grand prix, sont complètement réduits en cendres (2). ”

“ Ces deux incendies détruisaient entièrement l’établissement conclusion sur épiscopal de Saint-Boniface. Mgr Provencher avait consacré dîes!ncen" les trente-cinq années de son apostolat à la formation de cet établissement. A force de travail, de sacrifices, de privations, aidé de l’Œuvre si sublime de la Propagation de la Foi et de quelques amis du Canada, le premier évêque de Saint-Boniface avait réussi à construire une église qui faisait l’étonnement des étrangers, et l’orgueil de la population catholique de ce diocèse; une maison vaste et commode; une bibliothèque riche, du moins pour le pays ; un mobilier qui, quoique modeste, permettait d’exercer convenablement l’hospitalité et de faire le bien; les dépendances nécessaires à une grande ferme. Tout cela se trouve anéanti (3). ”

L’Evêque de Saint-Boniface avait passé par le feu, il fallait HondaUon^n qu’il passât par l’eau, afin de subir successivement l’épreuve des

(1) Lettre du P. Le-tanc.

(2) Lettre de Mgr Taché.

(3) Lettre de Mgr Taché.

Sentiments de l’Evêque.

One visite de l’Evêque â St-Vital.

deux éléments dont Dieu, au témoignage du prophète royal, purifie ses saints (1).

Le dégel du printemps, puis des pluies abondantes amenèrent une grande inondation : les eaux de la rivière Rouge débordèrent comme en 1826, comme en 1852, causèrent d’immenses dégâts et “ plongèrent la population dans la misère la plus profonde (2).”

“ Que devait faire, ” que faisait “ l’Evêque de Saint-Boniface dans ces fâcheuses circonstances, en face de tant de ruines, à la vue 'de tant de maux accumulés les uns sur les autres en si peu de temps et avec des circonstances si funestes ? Comme chrétien, il n’a pas autre chose à faire qu’à baiser la main qui le frappe, à bénir la volonté sainte qui l’éprouve, à adorer la justice miséricordieuse qui le châtie. Aussi dans la sincérité de son âme il dit à Dieu : Bonum mihi quia humiliasti me. Je le sens, Dieu n’a pas trouvé en mon cœur ce degré d’abnégation qu'il exige de ses pontifes; il a fait souffler sur mon âme le vent brûlant de l’affliction qui devait y consumer tout ce qui y tient trop à la terre (3). ” Comme évêque, Mgr de Saint-Boniface a d’autres devoirs, secourir l’Eglise affligée dont il est l’Epoux. Xous allons le voir, dans quelques semaines, se mettre en route pour le Canada, tendre la main au peuple si chrétien et si généreux de ce pays, pour réparer tant de destructions.

En attendant, il exerce sa charité envers tous ceux qu’afflige l’inondation ou quelque autre épreuve.

La Dame du Gouverneur, Mme McTavish se trouva très gravement malade. “ Après avoir donné la naissance à deux petites filles, écrit l’Evêque, elle menace de les laisser orphelines (4). ” C’était une très bonne catholique (5). Mgr de

(1) Transivimus per ignem et aquam, — Ps. LXV, 12.

(2) Lettre de Mgr Taché à Mgr l’évêque de Montréal, 14 oct. 1361.

(3) Lettre à Mgr Bourget, 14 octobre 1861.

(4) Lettre à sa mère, Collège de Saint-Boniface, 6 mars 1861. — N° 86 de la collection de M. de la Broquerie-Taché.

(5) “ M. MacTavish est protestant, mais a un bon cœur et est de plus un parfait gentilhomme. — Ibid.

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Saint-Boniface lui administre lui-même les derniers sacrements et la visite fréquemment pour la consoler et réciter sur elle les prières de la liturgie. Les Sœurs Grises la veillent pendant quatre semaines. Enfin, “ grâce aux soins de ces anges de charité (1), ” et aux prières de l'Evêque, elle entre en convalescence et guérit.

Nous avons dit que, l’année précédente, Mgr Taché avait une visite. .. ouvert une école à Saint- Vital et en avait fait le centre d’un service religieux pour les métis de cette région. Au moment de l’inondation, les Sœurs Grises qui tenaient l’école revinrent à Saint-Boniface. L’Evêque monte lui-même à cheval pour aller retirer le Saint-Sacrement laissé dans l’oratoire de l’école. Il cherche un homme qui mette en sûreté l’ameublement de la maison, mais en vain : alors, il se charge lui-même de ce pénible travail. Il enlève les châssis pour préserver de tout accident les vitres, qui coûtaient alors très cher à la Rivière-Rouge, cloue des planches dans les ouvertures, perfore le plancher à plusieurs endroits pour empêcher l’eau de le soulever de dessus les solives, etc. Le soleil avait disparu de l’horizon quand Monseigneur a achevé sa besogne et se met en route pour Saint-Boniface, emportant le divin trésor de la chapelle. Depuis le matin, l’eau avait beaucoup augmenté et remplissait tellement les coulées qu’il fallait les traverser ' à la nage. A plusieurs reprises, le cheval que montait l’Evêque, se trouva tout couvert par l’eau : chaque fois, le cavalier recevait un bain comme la monture.

Enfin Monseigneur arriva à Saint-Boniface, tout mouillé et transi de froid, mais heureux d’avoir rapporté le divin hôte du tabernacle et mis l’école en état de tenir contre le fléau (2).

Au milieu des épreuves de la Rivière-Rouge, il convenait que Maladie et la vénérable communauté des Sœurs Grises eût une épreuve spé- sœlr'vaîad®. ciale; il fallait qu’il y eût dans ce Calvaire permanent, où se continue sans interruption le sacrifice non sanglant, mais très

(li Lettre de Mgr Taché à sa mère, Saint-Boniface, 3 avril 1861. — Ibid., n° 87.

(2) Chronique des Sœurs Grises.

parfait de la vie religieuse, une victime de choix, dont l’immolation sanctifiât et rendît plus méritoires tous les autres sacrifices qu’offrait à cette heure l’Eglise de Saint-Boniface. Cette victime choisie fut la Supérieure elle-même, cette héroïne arrivée à la Rivière-Rouge le 21 juin 1844, à la tête des premières Sœurs, et qui, depuis ce temps n’avait cessé d’être la mère des pauvres, des malades, des enfants “ par sa compatissante bonté et son intarissable bienfaisance, toujours s’oubliant elle-même pour prodiguer à tous les services d’une charité inépuisable. ”

La Sœur Yalade était dévorée par un cancer au sein depuis plus d’une année (1). Le mal touchait alors au dernier période. Le prélat avait une haute estime pour la vertu et les grandes qualités de la digne supérieure. Il suivit les progrès de la maladie avec une compatissante charité, eut soin de la préparer à une sainte mort et de prodiguer à sa communauté les consolations dont elle avait besoin.

Durant tout le temps de l’inondation, il se rendait presque tous les matins au couvent des Sœurs Grises pour y célébrer la sainte messe, y allant tantôt par des chemins boueux et à travers des flaques d’eau, tantôt même en canot. Après son action de grâces, il rendait une visite à la mourante pour lui parler du ciel, la consoler parmi ses atroces souffrances, et lui inspirer un parfait abandon à la volonté de Dieu. Souvent il venait le soir une seconde fois au couvent par les mêmes chemins, voyait et bénissait la chère malade et consolait ses filles.

La vénérable supérieure était à l’infirmerie depuis le mois de septembre; elle termina son martyre le 13 mai 1861. L’Evêque chanta lui-même la messe et l’office des funérailles, donna l’absoute et conduisit la dépouille mortelle à une fosse provisoire creusée sous les décombres de la cathédrale incendiée. Pour se rendre à la fosse, le prélat et les porteurs marchaient dans l’eau. “ Comme il était triste le convoi funèbre de la sœur Valade,

(1) Mgr Taché parle déjà de la maladie dans une lettre à M. Cazeau, I ' 21 mars 1860.

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écrivait quelques mois après l’Evêque encore tout ému, cette procession lugubre faite dans l’eau jusqu’à mi-jambe, pour aller enfouir temporairement dans les ruines de ma cathédrale, les restes vénérés de celle qui, pendant 17 années de sacrifices et de dévouement, a fait tant de bien à sa patrie adoptive!...

Cette église a vu détruire le tombeau de son véritable père et de son premier missionnaire, Mgr Provencher, et elle n’a pas eu un pouce de terre sèche, pour recevoir les dépouilles mortelles de la fondatrice des Sœurs de la Charité. . . C’est pendant que nos âmes étaient navrées de douleur par suite d’un enchaînement si exceptionnel de malheurs et d’épreuves, que cette pieuse Sœur s’est envolée au ciel. Là, dans la véritable patrie, elle aura sans doute offert pour le Canada les sacrifices qu’elle avait faits en quittant la terre natale, et pour la Rivière-Rouge ceux qui ont été la conséquence du choix de ce pays pour patrie adoptive.

Puissent ses vœux avoir été exaucés! Veuille le ciel bénir le Canada et consoler le peuple de la Rivière-Rouge ! ”

Quelques jours seulement après les funérailles si tristes de la Autre aeuii. Sœur Valade, un autre deuil allait faire couler de nouveau les étroits entre

J Mgr de Ma-

larmes de Mgr Taché et de toute la vénérable société des Oblats Mgr Tache de Marie Immaculée : c’est la mort même du fondateur.

Nous avons vu quelle étroite union avait toujours existé entre Mgr de Mazenod et son illustre fils de la Rivière-Rouge. Le fondateur suivait avec amour l’Evêque de Saint-Boniface dans l’œuvre héroïque de l’évangélisation de tout un monde; Mgr Taché de son côté s’appuyait constamment sur les mérites et les directions du grand fondateur, “ pour ne pas courir en vain, ” comme ceux qui suivent leur volonté propre. Depuis la première lettre écrite par le jeune profès de la Rivière-Rouge, au moment où il allait s’élancer à ces merveilleuses conquêtes qui marquèrent son premier séjour à l’He-à-la-Crosse, le disciple n’avait cessé d’écrire à son maître pour lui ouvrir son cœur, lui confier ses peines, solliciter ses bénédictions, ses prières, ses avis et ses secours.

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