‹ Vie de mgr Taché, archevêque de St.-Boniface (volume 2)Chapitre 48 sur 86 · CHAPITRE XXY1I · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXY1I

LES ADIEUX A MGE FARAUD OU PREMIÈRE DIVISION DU DIOCÈSE DE SAINT-BONIFACE (1865).

Quinze jours après le retour de l’Evêque et du Visiteur, le Retraite a

1 p l’évêché.

P. Simonet arriva du lac Manitoba et le P. Richer de Saint- Charles; les Pères Lestanc, Le Floch, Végreville et André demeuraient à Saint-Boniface ou dans les environs. Tous ensemble se mirent en retraite avec Mgr Taché, “ sous la sage et pieuse direction du P. Vandenberghe (1). ”

Après la retraite, “le P. Végreville alla faire la mission à Pembina; le P. Simonet retourna à Saint-Laurent, le P. Richer à Saint-J oseph, le P. André à Saint-Charles, le P. Lestanc et le P. Le Floch continuèrent à l’évêché leurs besognes respectives (2). ”

Un peu plus tard, le P. Vandenberghe, accompagné du P. Vcga|.®<Ju

P • v îsiLGur u

Lestanc, alla visiter la mission de Saint- Joseph, où se trouvaient st-joæph. alors les Pères Végreville et Richer. “Cette circonstance offrit au bon Père Visiteur l’occasion de goûter à une petite aventure de voyage. Déjà il avait parcouru des centaines et des centaines de lieues dans le diocèse de Saint-Boniface, sans que le moindre accident personnel eût compromis le bien-être possible dans ces sortes d’expéditions. Le retour de la visite à Saint-Joseph vint faire exception et permit au R. P. Vandenberghe d’enrichir son calepin d’une note nouvelle, et au P. Lestanc d’en ajouter une au sien, d’une espèce bien connue.

Les deux vénérables voyageurs s’en revenaient, causant sans doute des choses faites et à faire, du pour et du contre de quelque

(1) Vingt années de Missions . ; p. 190.

(2) Ibid., p. 190.

Bue épreuve.

grave question. Leur guide, à cheval devant eux, arriva sur le bord d’une petite rivière, dite Rivière aux Prunes ; il la traverse, .sa monture presque à la nage. Le P. Lestanc, chargé de conduire le char de l’Etat, croit qu’il en peut faire autant, et fait avancer son cheval au milieu de la rivière. Le courant rapide, surpris d’une pareille audace, s’empare de l’espèce de caisse posée sur les roues; il la renverse et plonge à l’eau et Visiteur et conducteur. On n’était encore guère qu’à la fonte des neiges; l’eau était très froide; les voyageurs furent trempés de la tête aux pieds, perdirent une partie de leurs effets et mouillèrent le reste. Ils étaient loin de toute habitation, au milieu d’une plaine déserte, dans l’impossibilité par conséquent de faire du feu pour se sécher et se réchauffer; force leur fut de marcher ainsi pendant plusieurs heures. Heureusement la rencontre d’une famille métisse, qui était en loge au milieu de la prairie et qui avait un peu de bois, fit que cet accident n’eut pas les suites fâcheuses qu’il pouvait causer. Le bon Père Yandenberghe voulut bien s’en amuser ensuite avec nous, et nous laisser lui dire que cet accident était heureux, puisqu’un Visiteur doit aller même jusqu’au fond des. . . choses courantes (1). ”

Le P. Yandenberghe partit peu de jours après.

Mgr Taché lui avait prodigué les marques de respect et de confiance. Cependant, le Visiteur termina son séjour dans le Nord-Ouest par la promulgation d’un règlement, qui était un véritable acte de défiance envers les évêques oblats en général, envers Mgr de Saint-Bonifaee en particulier.

-Il nous est difficile d’entrer dans l'examen détaillé de ce règlement ; il nous est plus difficile encore' de le juger. Mais il nous est impossible de ne pas en faire mention; car il a une importance assez grande dans cette histoire. Le règlement du P. Vandenberghe n’est pas en effet, un fait isolé. Mais d’une part, il se rattache à ces préventions que nous avons vues dans l’entourage du prélat dès les premières années; d’autre part, il a été la cause

(1) Vingt années de Missions,

, pp. 191-195.

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ou l'occasion d'épreuves prolongées, qui pendant bien des années, presque jusqu’à la mort, ont répandu beaucoup d’amertume dans l’âme de l’Evêque oblat. Que Dieu nous garde cependant d'accuser personne ! Mais la croix doit être la compagne inséparable des grands fondateurs : Dieu se plut à purifier et à sanctifier ce cœur sensible par des afflictions d'autant plus pénibles qu’elles lui venaient de ceux qui lui étaient le plus chers.

Cependant un autre visiteur venait d’arriver à la Rivière- Rouge: c’était l’évêque que le Vicaire de Jésus-Christ appelait à partager la sollicitude de l’Ange de Saint-Boniface,

Mgr Faraud avait repassé l'Océan, rapportant de l’Europe, avec le titre d’évêque d’Anemour le caractère et les grâces de la dignité épiscopale. Il séjourna quelques semaines dans le Canada pour surveiller une nouvelle édition des livres montagnais et travailler aux intérêts de son église naissante.

Le 24 mai, Mgr d’Anemour arriva à la Rivière-Rouge avec les Pères Genin, Lissier et Leduc, les Frères Lalican, Hancl et Mooney. “ Les cloches, raconte l’auteur des Vingt années de missions , sonnèrent leurs plus joyeuses volées, la cathédrale retentit des chants de la plus vive allégresse. ”

“ Deux évêques, poursuit-il, étaient agenouillés au pied do l’autel auprès duquel ils avaient reçu tous deux l’onction sacerdotale, au-dessus du caveau qui renferme les dépouilles mortelles du premier évêque de la Rivière-Rouge, qui les avait faits tous deux prêtres de Jésus-Christ et dont ils sont les successeurs, étant chargés chacun d’une partie de son diocèse. ”

Nous ajoutons: Ces deux grands prélats, agenouillés, le 24 mai 1865, devant l’autel où ils avaient été consacrés prêtres et sous lequel reposait alors leur consécrateur, dorment aujourd’hui. eux aussi, leur dernier sommeil sous ce même autel aux côtés du premier évêque de la Rivière-Rouge, attendant dans ce foyer d’où la vie chrétienne a rayonné sur tous les Pays d’en Haut, la résurrection bienheureuse qui viendra un jour glorifier les travaux des trois premiers évêques de ces pays. " Seigneur, que vous êtes admirable dans vos saints! ”

Mais, n’anticipons pas.

Arrivée de Mgr Faraud

St-Bonilace.

Vojage de Mgr Faraud vers son ■vicariat apostolique.

Mgr Faraud se trouvait accompagné par un membre distingué de l’aristocratie française, M. le vicomte Hyacinthe de Bélizal, qui venait visiter en savant et en touriste la Rivière-Rouge et le Nord-Ouest. Mgr Taché lui offrit une cordiale hospitalité. “ Le nom de cette honorable famille, dit-il, nous était avantageusement connu. Puis nous devons tant à la France, que tout ce qui est français rencontre nos plus chaleureuses et plus sincères sympathies. C'est la France qui fournit presque tous nos missionnaires ; c’est elle qui, en grande partie, nous nourrit et nous soutient ; du haut du ciel, nos pauvres sauvages prient Dieu de bénir la France, puisque ce sont ses enfants et ses aumônes qui les y ont conduits en grand nombre. L’Evêque de Saint-Boniface voudrait pouvoir dire à toutes les âmes généreuses de ce noble pays combien son cœur est reconnaissant pour tout ce qui est fait en faveur de l’Eglise confiée à ses soins. Privé de cette consolation, il était du moins heureux cl’ofîrir l’hospitalité à l’un de ses aimables enfants (1).

Mgr Faraud passa près de trois semaines à Saint-Boniface dans la douce société de Mgr Taché et des nombreux Oblats qui vinrent durant ce temps à l’évêché.

Le 13 juin au matiiî, Mgr Faraud s’embarquait avec le P. Genin et le F. Boisramé pour se rendre à son vicariat apostolique. Il arriva le 25 juillet à lTle-à-la-Crosse, où se trouvait Mgr Grandin. “ La rencontre des deux prélats fut des plus agréables pour leurs cœurs. Mgr Grandin, qui avait tant travaillé et tant souffert dans la rivière Maclvenzie, en voj^ait avec bonheur le Vicaire. Cette vue le rassurait sur l’avenir de ces importantes missions et en garantissait le succès. Les zélés coopérateurs de Mgr d’Anemour allaient être si heureux de son arrivée; l’âme -sensible de celui qui les avait dirigés pendant trois ans partageait leur bonheur. De son côté, Mgr Faraud fut bien touché à la vue de Mgr de Satala. Il savait tout ce que ce pieux prélat avait

(1) Vingt années de Missions . p. 193.

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enduré de fatigues et de privations pour cultiver sa vigne et aussi pour lui créer un établissement. La plus vive reconnaissance animait son cœur. Avec quelle affectueuse avidité il accueillit tous les précieux renseignements que Mgr Gfrandin pouvait seul lui donner ! avec quelle entière confiance il lui fit part de ses craintes, de ses espérances, de ses projets (1) ! ”

Mgr Faraud arrivait à l’Ile-à-la-Crosse par les barques qui remontaient jusqu’au Portage la Loche. Or ces barques faisaient une courte halte à l’Ue-à-la-Crosse. Les deux prélats désiraient prolonger leurs entretiens. Mgr Grandin prit passage sur les embarcations et demeura avec Mgr d’Anemour encore “ une matinée (2). ”

“Les joies comme les douleurs éprouvent, continue Mgr Taché; elles épuisent parfois. Quand, comme Mgr Grandin, on a le dangereux privilège d’être doué d'une sensibilité extrême, d’un cœur par trop généreux et d’un faible tempérament, il est bien difficile de résister aux violentes impressions d’une joie extrême et d’une douleur poignante. Il y avait en effet, de tout cela dans les nouvelles dont Mgr Faraud était porteur, dans les lettres adressées à l’évêque de Satala (3). ” D’une part, Mgr Grandin voyait un Vicaire apostolique arriver dans le nord et apprenait l’avancement du royaume de Dieu partout dans les missions : c’était pour son âme apostolique la source d’une immense consolation. Mais d’autre part, il était informé des plaintes portées contre Mgr Taché et du règlement fait par le Visiteur à la suite de ces plaintes. Mgr Taché lui faisait à cet égard de douloureuses confidences et montrait l’amertume dont son cœur était abreuvé. L’âme du Coadjuteur était inséparablement unie à celle de son Evêque, comme l’âme de .Jonathas à l’âme de David. Aussi Mgr Grandin ressentit vivement la peine de son ami, plus vivement que s’il eût été directement en cause lui-même. Ce fut une épreuve au-dessus de ses forces corporelles. “Il se soutint encore, tant que

(1) Vingt années de Missions . . p. 198.

(2) Témoignage de Mgr Grandin lui-même.

(3) Vingt années de Missions . , p. 199.

La dernière page des “ Vingt années de missions.”

dura la surexcitation nécessaire pour répondre ” aux lettres reçues ; mais ensuite “ il fit une dangereuse maladie. Lui-même, si peu soucieux d'ordinaire de sa propre conservation, craignit pour ses jours. Dieu eut pitié de nous et de notre diocèse, dit Mgr Taché, et, après le 20 août. Monseigneur entrait en convalescence (1). ”

Cependant le nouveau Vicaire apostolique d’Athabaska-Mac- Kenzie avait poursuivi sa route. Le Portage la Loche avait servi autrefois à délimiter les terres que Charles II donnait à son cousin Rupert et qui sont devenues le territoire de la Compagnie de la Baie d'Hudson. Ce même Portage sert à séparer le vicariat apostolique de la Rivière MacKenzie du reste du diocèse de Saint-Boniface dont il a été détaché.

Mgr Faraud se trouva là avec le P. Genin et le F. Boisramé qui Pavaient accompagné, avec le P. Lissier et les Frères Hand et Mooney, qui arrivaient par une autre voie. Beaucoup de sauvages y étaient aussi réunis; ils firent à leur “ Grand Père ” une chaleureuse ovation. Ce fut une fête qui se célébra pendant trois jours par le chant de messes d’actions de grâces. Le G août, Mgr Faraud offrit le sacrifice au milieu du Portage, et deux heures après, il arrivait au sommet de la hauteur des terres (2).

Ecoutons là Mgr Taché faisant ses adieux à son frère l’Evêque d’Anemour: ces adieux sont empreints d’une onction touchante et nous révèlent dans toute leur magnanimité ces héros de la civilisation chrétienne dans l'extrême nord de l'Amérique.

“Mgr Faraud arrivé à cette hauteur des terres, dit-il, salua d’un côté le diocèse de Saint-Boniface auquel il n’appartenait plus, mais où il avait, lui aussi, porté “ le poids de la chaleur et du jour, ” où il laissait des frères nombreux, des amis dévoués, et d’où s’élevaient journellement des vœux et des prières ardentes pour son bonheur et la prospérité des œuvres confiées à sa sollicitude. De l’autre côté de ces hauteurs, l’Evêque d’Anemour

(1) Vingt années de Missions . , p. 199.

(21 Relation du voyage de Mgr Faraud. — Missions de la Conarjacttion des Oblats de M. L, t. VI, p. 324.

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voyait plus que la terre promise: c’était la terre donnée, ‘‘la portion de son héritage et de son calice ”, terre de travail; mais le prélat, fidèle à la devise qu’il avait choisie avec tant d’à-propos et de générosité, répéta volontiers: “ Non recuso laborem (1) ; terre de consolation: on en est toujours si avide, il y en a toujours tant à se sacrifier pour Dieu et pour le prochain !

“ L'imagination, souvent bien faible à côté de la réalité, nous montre le Vicaire apostolique de la Rivière MacKenzie en proie aux vives émotions que lui inspire sa position : position dans laquelle le cœur veut et ne veut pas ; dans laquelle toutes les répugnances et les difficultés agitent et bouleversent l’âme; position dans laquelle la force et la générosité de l’abnégation peuvent seules assurer le triomphe de la grâce qui les inspire.

“ ITn vicariat apostolique auprès du pôle nord, ce n’est pas l'idéal de ce que l’homme ambitionne d’ordinaire, mais bien la parfaite réalisation des vœux de ceux qui ont été appelés à la vie religieuse par la méditation de la sublime maxime “ Evangelizare pauperibus misit me Deus (2). ”

“ Les difficultés de cet apostolat sont encore grandes et nombreuses; pourtant l’on peut déjà dire avec un saint enthousiasme: “ Pauperes evangelizantur (3).” Mgr d’Anemour est là où vingt ans auparavant un zélé missionnaire venait, pour la première fois, offrir aux pauvres de ces pauvres contrées, les richesses infinies du Ciel, les trésors des miséricordes de l’immense charité du Dieu d’amour.

“ Quel changement s’est opéré depuis le jour où, pour la première fois, le sang de la divine victime a coulé sur les hauteurs du Portage la Loche ! Malgré la facilité avec laquelle la pensée du missionnaire entrevoit, avec laquelle son cœur demande la conversion des infidèles, M. Thibault n’avait certainement jamais songé aux conséquences admirables de son zèle, à tout ce

(1) “Je ne refuse pas le travail” : paroles de saint Martin mourant.

(2) “Dieu m’a envoyé évangéliser les pauvres devise des Oblats dans leur sceau.

(3) “ Les pauvres sont évangélisés ” : autre devise dans le même sceau.

qui s’est opéré depuis. Au moment où il arriva au Portage la Loche, tout était infidèle dans cette partie de l’immense vicariat du Nord-Ouest. Le vénérable vieillard qui lui avait toujours consacré ses aspirations et ses souhaits les plus ardents, n’avait que cinq auxiliaires qui pussent donner leur concours à un zèle qui avait déjà épuisé ses forces. Les Oblats en route pour la Eivière-Eouge n’étaient pas encore auprès de l'évêque de Juliopolis. Aujourd’hui, Monseigneur, vous êtes au Portage la Loche, comme pour y célébrer le vingtième anniversaire de la première visite du premier missionnaire.

“ Avant de détourner vos regards de ce diocèse de Saint- Boniface, qui n’a été amoindri dans son étendue que parce que vous et tous ceux qui sont sous votre juridiction et la nôtre ont tant travaillé à en agrandir les oeuvres; avant de nous faire des adieux qui ne sont à la vérité qu’extérieurs et ne diminuent en rien l’affection mutuelle qui nous unit si intimement depuis dixsept ans; oui, cher Seigneur, reposons-nous ensemble quelques instants sur les bords de ce délicieux petit lac qui sépare nos diocèses; jetons un regard d’une affectueuse complaisance sur ce que la Congrégation des Oblats, cette famille de nos cœurs et de nos espérances, a fait pour les pays confiés à notre sollicitude (1). ”

Ici, le grand fondateur passe en revue toutes les missions et tous les missionnaires dont il a eu jusqu’ici le gouvernement :

1° Saint-Boniface , avec son peuple, son sollège, avec Saint- Charles, Saint-Alexandre et le bas des rivières Bouge et AYimiipeg, que desservent d’abord l’Evêque en personne, ensuite les Pères Lestanc, Le Floch, aidés par les Frères Glénat. et Duffy;

2° Saint-Joseph et Pcmbina, dans le diocèse de Saint-Paul, avec les prairies adjacentes : auxquels sont attachés les Pères Bicher et Leduc;

3° Les différents postes échelonnés autour du lac Manitoba et du lac Winipagons, que visite le P. Simonet;

(1) Vingt années de Missions

, pp. 199-201.

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4° Saint-Albert , Sainte-Anne , Edmonton, Saint-Paul des Cris, le Petit Lac des Esclaves, les forts Jasper et de la Montagne ainsi que les nombreuses tribus des prairies, qui sont l’objet du zèle des Pères Tissot, Rémas, Lacombe, André et du F. Scallen ;

5° Le lac la Biche et le fort Pitt , qui sont le partage des Pères Maisonneuve et Yégreville;

6° Les deux forts du lac Caribou, celui du Portage de Traite et leurs environs, où demeurent les Pères Moulin, Gasté et le F. Lalican;

7° Ulle-à-la-Crosse, le Portage la Loche, les lacs Vert et Froid, Carlton, qui possèdent un Evêque Oblat, Mgr Grandin, avec le Père Caër et les Frères Dubé, Bowes, Péréard:

Total vingt-trois oblats répartis entre une dizaine de résidences ;

Puis dans le bassin du MacKenzie:

1° Athabaska ou la Nativité, Notre-Dame des Sept Douleurs et la rivière à la Paix, où sont les Pères Clut, Tissier et le F. Mooney;

2° La Providence, avec les forts Simpson, du Liard et Halket, où résidera le Vicaire Apostolique, où sont les Pères Genin, Grouard, les Frères Eynard, Salasse et Boisramé;

3° Good-Hope, le fort Norman et le bas du grand fleuve, où repose le P. Grollier, où se dévouent les Pères Séguin, Petitot et le F. Ivearney;

Total : quinze oblats, distribués dans sept ou huit résidences.

Mgr Taché poursuit son religieux dialogue avec l’évêque auquel il confie à cette heure la moitié de son diocèse :

“ Oui, répétons-le, bien sûr, le premier missionnaire qui a foulé les bords du lac tranquille où nous causons, et qui ne pouvait donner que quelques lueurs d’espérance aux nations infortunées d’au delà du Portage la Loche, parmi lesquelles il n’y avait pas un seul chrétien; oui, ce zélé missionnaire, malgré les

vœux ardents de son cœur généreux, était loin de soupçonner que vingt ans plus tard ces froides et inhospitalières régions compteraient des milliers de chrétiens; qu’elles auraient été sillonnées en tous sens par ses successeurs; qu’elles seraient érigées en vicariat apostolique; qu’un Evêque, huit Pères et six Frères de notre chère Congrégation, qu’il ne connaissait même pas, y travailleraient à l’établissement du règne de Jésus- Christ. Bénissons Dieu de ces succès, remercions-le de ce que sa grâce nous a choisis pour contribuer en quelque chose à la sanctification de son nom. Les succès passés nous sont une garantie raisonnable des triomphes à venir. Forts de la puissance même de Dieu, de la protection de Marie, appuyés sur cette Congrégation qui s’est déjà montrée si généreuse et si confiante à notre égard, poursuivons l’œuvre sainte en nous souvenant que la couronne n’est que pour ceux qui auront combattu jusqu’à la fin. Depuis que nous sommes entrés dans la lice, tous nos efforts ont été confondus; en nous séparant aujourd'hui, bien-aimé Seigneur, nous n’en serons que plus unis, puisque non seulement nous poursuivons le même but, mais qu’une égale responsabilité va désormais peser sur chacun de nous. En vous remettant cette portion de la vigne du Seigneur que le Souverain Pontife vous a confiée et que j’administre en mon nom ou au vôtre depuis douze ans, par moi-même ou par notre commun ami Mgr Grandin, je ne puis qu'éprouver une profonde émotion et une vive sympathie. Je ne vous dissimulerai pas non plus, et l’expérience permet de vous le dire, que les splendeurs et la pompe qui entourent la dignité épiscopale, n'en écartent ni les soucis ni les douleurs. Vous vous surprendrez à regretter plus d’une fois les heureux jours que nous avons coulés ensemble lorsque nous n’étions que prêtres missionnaires et que ni l’un ni l'autre de nous n’avait le plus léger soupçon qu’il pût un jour échanger la croix d oblat pour celle de pontife. Espérons que Dieu lui-même a voulu un ordre de choses auquel notre volonté n’a été pour rien.

“ Séparons-nous, Monseigneur, pour donner à Dieu et à la partie de son Eglise qui nous est échue en partage, le peu qui

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nous reste de force et d’énergie. Voyez avec quelle ardente et légitime impatience vous êtes attendu par tous nos frères d’Athabaska et de MacKenzie. Ils vous appellent de tous leurs vœux. Les tribus qu’ils évangélisent soupirent aussi après votre arrivée, comme après une époque de grâce et de sanctification. Allez commencer l’ère nouvelle que le Seigneur, dans son infinie miséricorde, réserve aux infortunés habitants de ces lointaines et arides régions. Adieu , cher ami; oui, soyons à Dieu , pour que les peuples qu’il nous a confiés soient aussi à lui (1). ”

(1) Vingt années de Missions, pp. 202-204.

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