‹ Vie de Mgr. Taché, archevêque de St.-Boniface (volume 3)Chapitre 25 sur 73 · EPREUVES. MORT DE MGR PROVENCHER · texte numérisé non relu

EPREUVES. MORT DE MGR PROVENCHER

Nous 'venons d'entendre l'Evêque missionnaire parler de sa La vocation à

l'épiscopat

pauvreté et des misères de sa condition avec le sel gaulois et la 111^1%^^^^' plaisanterie française. " Le ton de ces descriptions, qui domine souffrance, presque toujours en ces sortes de voyages, dit-il lui-même, prouve que, après tout, on n'est pas si malheureux. Ce ne sont pas les fatigues ni les privations qui éprouvent l'âme: les tortures du cœur ont leur source ailleurs (1). "

Or les tortures du cœur sont nécessaires à un évêque qui fonde des églises ; car " personne ne peut poser un autre fondement que celui qui a été établi par Dieu lui-même, et qui est le Christ Jésus " et sa croix (2). C'est pourquoi, à l'époque même où nous sommes, aimé des sauvages et de tous ceux qui l'approchent, admiré de tous ceux qui ont les yeux vers les missions de la Rivière-Rouge, il a à savourer dans le silence de grandes amertumes, un calice de peines très vives, qui déchirent douloureusement son cœur doué d'une sensibilité si délicate.

Xous ne voulons pas raconter le détail de ces épreuves inté- Quelques rieures qui se prolongeront, d'une manière ou d'un autre, toute tlSres.^' sa vie. Disons seulement qu'il a été accusé par plusieurs de ses frères des deux Frances, de ne pas aimer la Congrégation à laquelle il appartenait, de ne pas en estimer les membres et les I œuvres, d'éviter pour cela d'en parler avantageusement, de donner toujours ses préférences à ceux qui n'étaient pas de sa famille religieuse, etc. Puis il a rencontré quelquefois parmi ceux qu'il aimait et sur lesquels il comptait, de la défaveur et des défiances.

( l) Vingt années de Missions dans le Nord Ouest de V Amérique, p. 68. (2) Cor., 111,3.

A-t-il eu des torts? Nous ne le pensons pas. Tout au plus pourrait-on lui reprocher quelques vivacités dans les paroles ou les manières à Fégard d'hommes qui ne comprenaient pas l'œuvre de Dieu, ou n'y apportaient pas le dévouement convenable. Encore, le vit-on toujours se reprocher les saillies où il craignait d'avoir laissé dominer la nature, et s'en aller demander pardon à ses inférieurs eux-mêmes, à genoux et les larmes aux yeux.

D'autre part, ceux qui se sont plaints de lui étaient-ils condamnables? Oui, quelquefois, et même le plus souvent; mais d'autres fois, ils ont pu être exempts de toute faute. Il arrive souvent, dit saint Alphonse de Liguori, que Dieu, en appelant deux chrétiens, fussent-ils même saints, à vivre ensemble, dispose les caractères de manière que l'un serve d^exercice à l'autre. Nous voyons, dans les Actes des Apôtres, saint Paul et saint Barnabe se séparer à la suite d'une contestation. " Dieu a livré le monde aux disputes des hommes (1). " Les entreprises les plus nobles, les familles religieuses, les personnes consacrées à Dieu, quelque intime que soit la communion des saints, n'échappent pas toujours à cette loi d'infirmité. Il a donc pu y avoir entre TEvêque et ses inférieurs ou même ses supérieurs, des divergences de voir et de sentir permises entre des hommes qui recherchent tous la plus grande gloire de Dieu.

Nous voulons nous abstenir de rechercher combien de fois, sur quels sujets, et de quelle manière ces divergences se sont produites. Ce que nous tenons seulement à constater ici, c'est que le cœur du prélat a été broyé chaque fois que. l'un quelconque des siens lui a témoigné un dissentiment ou même seulement a souffert à son occasion. Son âme sensible s'épanouissait vers tous ceux qui traitaient avec lui : quand il rencontrait, au lieu d'une parfaite concordance de sentiments, une opposition ou une antipathie, il y avait en lui comme de l'angoisse. " Ces coups divers, écrit-il à propos de peines de ce genre au vénérable fondateur des Oblats, ne frappent pas sur un airain insen-

(1) EccL., ITT., 11.

sible. Mon cœur en souffre, et en est quelquefois accablé. Ma sensibilité s^est peut-être émoussée au contact des glaces polaires ; mais elle a laissé de trop nombreuses et trop profondes racines pour n'être pas piquée vivement par tous ces aiguillons (1).'' Dieu le prenait par cette sensibilité excessive et '^ le tourmentait merveilleusement (2) " pour purifier son âme et lui faire acquérir d'immenses mérites.

Ce que nous constatons encore, c'est que ces divergences d'opinion et de sentiment n'ont jamais été, de son côté, un effet de la chair et du sang, n'ont pas été des affections ou des impressions de la nature, mais lui ont toujours été dictées par la conscience d'un devoir. " J'ai été six ans dans les missions du diocèse de Saint-Boniface avant d'être appelé en Europe, écrivait-il à Mgr de Mazenod : je ne crois pas m'être plaint une seule fois de ma position ni de la manière dont les choses étaient dirigées. Simple rameur à bord de la barque, je travaillais de mon mieux, sans m'inquiéter de la direction: quand j'étais tenté de croire que la route suivie n'était ni la plus facile, ni la plus courte pour atteindre le but proposé, je me contentais de redoubler me? efforts pour vaincre la résistance, me confiant à l'habileté du pilote. Devenu timonier à bord de la même embarcation, j'ai cru que mes obligations étaient changées, que la principale était de fixer mes regards sur la boussole. Plus que jamais, je suis con- , vaincu que l'obéissance est cette aiguille magique qui me conduira infailliblement au port; aussi, tout en me permettant quelques recherches sur l'appareil pour trouver la cause de ce qui me semblait des déviations de cette aiguille, je n'ai jamais pensé que je pouvais me diriger sans elle, 'je n'ai jamais eu la pensée de m'écarter de la ligne qu'elle me trace. Nommé supérieur d'une mission, je me suis cru tout simplement obligé de réclamer contre ce qui me semblait contraire aux intérêts de

(1) Lettre A M^r de .Mazenod, 10 avril 1853. — Archives de la Ma'son if générale des Oblats.

(2) Job, X, IG.

cette mission, propre à en décourager les sujets, à neutraliser le bien possible, et à causer certaines misères dont il est inutile de parler, parce que la distance qui nous sépare les rend inintelligibles (1)."

Ce qui lui fut le plus pénible à l'époque où nous sommes, ce fut de voir que quelques-uns de ses frères en religion doutaient, de son attachement et de son dévouement à sa Congrégation, à ses membres et à ses œuvres. Dans plusieurs lettres au vénérable fondateur de sa famille religieuse, à Mgr Guignes et à d'autres, il épanche cette peine de son cœur.

" A mon retour en Canada " après ma consécration épiscopale, " plusieurs ont prétendu que je n'étais plus Oblat : j'ai protesté hautement et fortement contre cette assertion; j'ai dit à tous ceux qui ont voulu m'entendre que j'étais Oblat et que je n'aurais jamais été évêque, s'il avait fallu cesser de l'être. Aujourd'hui que je suis évêque titulaire, si l'avantage de la Congrégation demande mon abdication, vous n'avez qu'à me le notifier, et à l'instant je déposerai le bâton pastoral et j'accepterai volontiers l'emploi qu'il vous plaira de m'assigner, quand ce serait celui de frère convers (2). " |

" Je n'ai consenti à être évêque, dit-il ailleurs, qu'à la condition expresse que je resterais dans la Congrégation; aussi c'est au nom de la Congrégation et pour elle que je veux administrer ce diocèse: je lui en fais l'hommage, à tel point que l'on me rendrait un bien grand service, si l'on me permettait d'abdiquer en faveur de quelque autre membre de notre famille, plus capable que moi de remplir les terribles et difficiles obligations de l'Ordinaire (3). "

" Monseigneur, répète-t-il, faites nommer un autre évêque de Saint-Boniface plus digne que moi de ce titre; je serai son coad-^

(1) Lettre à Mgr de Mazenod, 10 avril 1853. — Archives de la Maison générale des Oblats.

(2) Ibid. ■ i

(3) Lettre à Mgr de Mazenod, 21 juillet 1853. — Archives de la Maison générale des Oblats.

juteiir : il m'enverra, s'il trouve à propos, terminer mon existence au milieu de mes chei-s sauvages, et je vous promets qu'il n'aura pas à se plaindre de moi; je lui céderai cathédrale, palais, etc. Pourvu que je reste dans la Congrégation et que je tra,vaille à la

gloire de Dieu, c'est tout ce que je demande (1). "

" Le soupçon que je n'aime pas ma Congrégation m'est trop sensible, s'écrie-t-il ; je suis entré dans son sein, malgré les préventions qui existaient dans mon pays, malgré les sollicitations de parents et d'amis qui me sont chers et auxquels j'ai préféré la famille a laquelle on me croît traître (2). "

Et encore : " Pardon, Monseigneur, de n'être pas un membre plus utile que je le suis à la Congrégation ; pardon de n'être pas un fils plus digne de votre tendresse. Mais souffrez que je vous le dise, je n'ai pas le cœur assez mauvais, ni le cerveau assez dérangé pour mériter un pareil reproche (de n'être pas attaché à la Congrégation et à ses membres) . . . Depuis plus de neuf ans, que j'ai franchi pour la première fois, le seuil de l'une de nos maisons, j'ai eu des sentiments et des pensées bien diverses, j'ai éprouvé des tentations d"e tous les genres, néanmoins je n'ai pas eu un quart de minute l'idée de laisser la famille qui m'a adopté (3). " "Je suis plus Oblat que ceux qui me croient traître à mon devoir (4). "

Nous nous plaisons à entendre l'Evêque répandre son cœur envers sa mère selon là nature ; ces effusions de tendresse envers sa mère spirituelle et sa famille religieuse nous paraissent aussi touchantes.

De quelque côté que vinssent ces épreuves et quelle qu'en fût la nature, cet homme rempli de foi y voyait un effet de la miséricorde divine. " Je remercie le bon Dieu, écrit-il à celui auquel

(1) Lettre à Mgr de Mazenod, 21 juillet 1853.

(2) Lettre à Mgr Guigues, 26 juillet 1853.

(3) Lettre à Mgr de Mazenod, 15 décembre 1853. — Archives de la Maison générale des Oblats.

(4) Lettre à Mgr de Mazenod, 14 novembre 1854. — Archives de la Maison générale des Oblats.

il confiait ses plus intimes pensées, de me ménager ces épreuves. Moi aussi, j'ai une forte pente à Tamour-propre. L'élévation de ma position, la confiance de mes supérieurs, le respect et Festime dont je jouis dans le pays, les petits succès de mon ministère, tout cela me ferait monter le sang au cerveau, et pourrait produire la folie de l'orgueil; mais les chagrins sont autant de sangsues qui me purifient le sang ou du moins le sens, et font équilibre à une disposition funeste. C'est pourquoi je me réjouis de ce que j'ai quelque chose à souffrir (1). "

^*pj ^® ^l\ ^^^ autre épreuve vint affliger le cœur de l'Evêque d' Arath en chargeant ses épaules d'un fardeau redouté.

Mgr Provencher, en le bénissant pour la dernière fois, lui avait donné rendez- vous au ciel. Et en effet, le premier évêque de Saint-Boniface mourut doucement dans son pauvre palais, le 7 juin 1853. " Le vénérable prélat ne succomba à aucune maladie aiguë; il s'éteignit insensiblement, épuisé; il ne fut retenu au lit que quelques jours, mourut dans le parfait usage de ses facultés et préoccupé jusqu'au dernier instant du soin de ses missionnaires et des succès de leur œuvre commune. Il était âgé de 66 ans et avait passé 35 ans à la Eivière-Eouge (2). "

Quelques fleurs Le P. Végrcville et le F. Alexis Eaynard en apportèrent la Mgr Taché nouvclle à l'Ile-à-la-Crosse, en y arrivant un mois plus tard.

sur la , ' J r

tombe de son Mgr Taché plcura le premier évêque de la Eivière-Eouge, son évêque et son père, avec toute la sensibilité de son cœur. On sent des larmes dans toutes les lettres qu'il écrivit à cette époque, à Mgr de Mazenod, à Mgr Bourget, à sa mère, aux membres des Conseils de la Propagation de la Foi, etc. Le lecteur . nous saura gré, croyons-nous, de recueillir quelques-unes de ses paroles : c'est comme une couronne de fleurs que nous déposons, au nom du fils, sur la tombe du père.

" Permettez-moi d'appeler votre attention, écrit-il aux membres des Conseils centraux de la Propagation de la Foi, sur une

(1) Lettre au même, 20 janvier 1856. — Ibid.

(2) Mgr Taché, Lettre à MM. les Directeurs de l'Œuvre de la Propagation île la Foiy l6juilletiS8S. — Archivea de l'archevêché de Saint-Boniface. Cette lettre est demeurée manuscrite.

perte qui est un deuil pour nos missions et, pour moi en particulier, le sujet d^me filiale douleur. Mgr Provencher, premier apôtre et premier évêque de Saint -Bonif ace, n'est plus. Le 7 juin dernier, le Seigneur Fa ravi à Tamour de son troupeau, pour récompenser au ciel les longs et importants services qu'il avait rendus à l'Eglise . . . Lorsque la voix de son évêque l'appela à porter l'Evangile dans les régions lointaines qu'arrose la rivière Kouge, cette vaste contrée, presque égale à la moitié de l'Europe, était alors, sous le double rapport de la civilisation et de la foi, une des plus déshéritées de l'univers. Les nombreuses tribus de sauvages qui habitaient ce désert étaient toutes plongées dans l'infidélité. Quelques chrétiens, il est vrai, étaient venus y dresser leurs tentes; mais leur présence, loin de répandre quelque lueur consolante sur ce triste tableau, ne faisait que l'assombrir davantage, tant ils étaient la personnification du vice. Aussi, dès son arrivée, le cœur du jeune apôtre fut-il profondément navré en sondant toutes ces plaies. Qu'on joigne à cette douleur sacerdotale les plus rudes fatigues et les privations de tous genres, et l'on aura une faible idée de ce qu'eut à souffrir le premier missionnaire de la Eivière-Rouge. La rigueur du froid, le tourment de la faim, l'excès de la misère qui allait parfois jusqu'au manque de vêtement, étaient souvent les moindres de ses croix... En 1822, Mgr Provencher fut sacré évêque de Jiiliopolis et auxiliaire de l'évêque de Québec. Cette dignité ne changea rien aux rudes labeurs qu'il s'imposait pour donner à son peuple des leçons d'agriculture et l'exemple du travail, en même temps qu'il semait dans les âmes la connaissance et l'amour de nos vérités saintes. Les efforts du pieux prélat se concentrèrent d'abord dans un rayon aussi restreint que ses ressources. Ce ne fut qu'après la naissance de l'Œuvre de la Propagation de la Foi qu'il put, aidé de vos généreux secours, donner uln plus vaste essor à son zèle. Autour de Saint-Boniface, devenu une église florissante, restaient à convertir les nations sauvages ; c'étaient des loups qu'il fallait changer en agneaux. Mais pour cet apostolat difficile, les prêtres manquaient, bien que le diocèse de Québec eût fourni plusieurs missionaires aussi distin-

gués par leurs talents que par leurs vertus. Ce fut alors, que Mgr Provencher conçut un projet, qu'il appelait son chefd'œuvre, celui de doter son vicariat d'une communauté d'hommes apostoliques. . . Son choix, inspiré par la pa?uvreté physique, morale et intellectuelle de ses diocésains, se porta sur les Oblats de Marie Immaculée (1). ''

Il écrit à l'évêque de Montréal : " Celui que nous regardions à juste titre comme notre père et notre modèle nous a été enlevé par la mort . . . "Cette nouvelle m'a été très pénible, parce qu'elle m'impose un fardeau bien au-dessus de mes forces. Me voilà en effet évêque de Saint-Boniface, pas plus qualifié pour ce titre que je ne l'étais pour celui d'Arath. . . Je suis plus qu'inquiet, je ne suis pourtant pas découragé. Je ferai sans doute bien des fautes, mais mon cœur me rend le consolant témoignage que je n'en ferai aucune de propos délibéré ... Si ma barque donne sur quelque écueil, ce ne sera que parce que les forces et l'adresse me manqueront, nullement faute de bonne volonté. "

Il écrit à sa mère: " Mgr Provencher n'est plus ! Dieu l'a ravi à notre tendresse, à l'amour de son peuple et au bien qu'il opérait. . . Cette mort est regardée comme une calamité publique, ïl n^est pas jusqu'à nos frères séparés qui y soient insensibles. Tous s'unissent à nous, pour faire l'éloge de celui qu'ils regrettent comme nous. Mgr Provencher avait su se concilier le respect et l'estime de tout le monde. Aussi toute la colonie de la Rivière-Eouge a été plongée dans le deuil, et a pleuré celui qu'elle regardait avec tant de raison comme son père, son ami, son soutien. Cette perte, si sensible pour tout le monde, devient plus pénible pour moi que pour tout autre, parce qu'en me ^ privant de notre pasteur, elle m'impose l'obligation de recevoir le fardeau qu'il a porté si généreusement et que je ne ferai que traîner. Voici votre pauvre Alexandre évêque titulaire avec toutes les responsabilités attachées à cette dignité. Vous prierez-

(1) Lettre à Messieurs les membres des Conseils centraux de Lyon et de Paris. Dea bords de la rivière la Loche, 22 juillet 1853. Cette lettre a été publiée dans les Annales de la Propogation de la Foi, t. XVI, pp. 68-72.

St-Boniface à la mort de Mgr Provencher.

donc beaucoup pour lui. Vous prierez aussi pour mon prédécesseur, quoique, nous pouvons Fespérér, Dieu ait déjà récompensé sa vertu et le bien qu^il a fait dans l'Eglise ( 1 ) . ''

Mgr Taché devenait, par la mort de Mgr Provencher, le se- ^*|* <^" diocèse cond évêque titulaire de Saint-Boniface. Il avait alors 30 ans moins 16 jours.

I^ diocèse dont il héritait, comprenait un évêque, — c'était lui-même; — quatre prêtres séculiers, MM. Thibault, Bourassa, Laflèche et Lacombe; sept Oblats prêtres, les Pères Bermond, Faraud, Tissot, Maisonneuve, Grollier, Végreville^ Kémas; deux Frères convers, les Frères Dubé et Eaynard; deux couvents de Sœurs Grises, celui de Saint-Boniiace, ayant onze religieuses et celui de Saint-François-Xavier en ayant deux; cinq résidences de missionnaires, à Saint-Boniface, Saint-François-Xavier, lac Sainte- Anne, Ile-à-la-Crosse, Athabaska ou la Xativité; six églises ou chapelles, dans les mêmes lieux et en outre à là Baie- Saint-Paul; un collège classique, à Saint-Boniface; un hospice pour les orphelins et les vieillards, et où Ton distribuait des remèdes pour les malades, au couvent même de Saint-Boniface ; trente stations où les missionnaires faisaient des visites, mais où il n'y avait pas d'église ni de résidence (2).

Six stations avaient été abandonnées après leur établissement, toutes situées parmi les sauvages les moins éloignés de Saint- Boniface, les Sauteux (3).

" Le nombre total des baptêmes fai^ dans les résidences sauvages ", en dehors de Saint-Boniface et de Saint-François- Xavier, "s'élevait, le 1er janvier 1854, au chiffre de 4309."

(1) Des bords de la rivière la Loche, 23 juillet 1853. — Collection de M. de la Broquerie-Taché, n^ 41.

(2) Nous empruntons tous ces chiffres à un remarquable Rapport de Mgr Taché adressé à MM. les Directeurs de la Propagation de la Foi et demeuré manuscrit, 16 juillet 1888. — Archives de Tarchevêché de Saint-Boniface.

(3) Rapport de 1888.

" Mgr Provencher a fondé une Eglise dans le désert, au milieu d'obstacles sans nombre; il ne Va pas dotée d'établissements nombreux, parce que le personnel à son service était restreint, parce que les ressources dont il disposait étaient minimes. Il a suppléé à tout cela en voyageant et en faisant voyager beaucoup, pour jeter partout la semence évangélique, laquelle, il le savait, serait plus tard fécondée par la rosée des grâces célestes et donnerait un jour des moissons que mûriraient les rayons du divin soleil (1). '^

N'ous allons voir ces moissons croître et se multiplier d'une manière admirable sous l'épiscopat de son successeur.

(1) Rapport de 1

1er Vol. — p. 263.

llév. M. Thibault, Vicaire général de Mgr Taché, et fondateur de Saint-François-Xavier, Manitoba.

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