‹ Vie de Mgr. Taché, archevêque de St.-Boniface (volume 3)Chapitre 37 sur 73 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

SIXIÈME ET DERÎslEK VOYAGE A l'iLE-A-L A-CROSSE.

En 1864, le R. P. Vandenberghe fut envoyé à la Rivière-Rouge ^*p* Viadenpar le Supérieur Général des Oblats en qualité de Visiteur. Il g^fg^^f^çg arriva à Saint-Boniface le 22 mai.

C'était la première fois qu'un Visiteur venait dans l'Ouest. Mgr Taché lui exprima la joie que lui causait son arrivée en lui donnant des lettres de Vicaire Grénéral.

" Tous les Pères de la colonie et des environs se réunirent pour saluer l'heureuse arrivée du R. P. Visiteur. Notre clergé séculier, peu nombreux, mais si dévoué, comprit notre juste joie et vint la partager en offrant ses respects à celui qu'il était heureux de connaître. Quinze jours d'une véritable jouissance marquèrent le séjour du R. P. Vandenberghe à Saint-Boniface (1)."

"Le R. P. Visiteur, raconte Mgr Taché, voulut bien s'étonner de voir quelle est la position des missionnaires catholiques de la petite colonie d'Assiniboïa. L'ascendant qu'ils y exercent le frappa surtout ; la population catholique, malgré ses défauts, lui parut avec raison animée d'une foi vive et d'un bien bon esprit; puis la position physique et matérielle le surprit aussi. La cathédrale, sortie à peine de ses ruines et non encore achevée, l'étonna par la régularité de ses lignes, l'élégance de ses formes et la solidité de sa construction. Le couvent et le collège lui parurent des édifices raisonnablement en proportion avec l'œuvre religieuse et civilisatrice qu'ils sont chargés de développer et de conduire à bonne fin. L'évêché, dont les travaux s'élevaient à peine au-dessus du sol, dessinait déjà les proportions du noble

édifice, qui avait été entrepris pour offrir un séjour commode à ceux de nos Pères que Tévêque est heureux d^avoir habituellement auprès de lui, et aussi un lieu de refuge pour ceux des nôtres qui pourraient avoir besoin de faire diversion aux fatigues exceptionnelles de la vie de missionnaire chez les sauvages. En un mot, notre aimable Visiteur voulut bien nous faire le compliment qu'il ne s'attendait pas à si bien. Nous avions donc la consolation d'être plus civilisés qu'on ne nous avait crus (1)." " Qu'on nous pardonne cette naïveté, ajoute plaisamment l'historien, c'est bien un peu ce que nous pensions nous-mêmes (2)." Départ du visi- Cependant " on comprend facilement que les merveilles de missions notre localité ne peuvent pas captiver l'attention bien lono^-

sauvages. a •

temps. Aussi, pour empêcher que le désenchantement n'enlève au Père Visiteur les favorables impressions de son arrivée, hâtons-nous de lui faire part de ce qui, nécessairement, fera sur son esprit une impression bien forte ; hâtons-nous de lui raconter ce qu'ont fait nos zélés missionnaires (3). "

Le récit des missions du Nord-Ouest est en effet, une des plus belles pages de l'histoire de l'Eglise, une page bien glorieuse pour la jeune mais magnanime Congrégation des Oblats.

Mais Mgr Taché désirait intéresser le Visiteur à ces fondations héroïques autrement que par des récits. " I^e P. Vandenberghe était venu à la Eivière-Rouge avec la pensée de ne point aller plus loin (4). " L'Evêque de Saint-Boniface l'invita à visiter les missions du Nord-Ouest, à en contempler les pauvres établissements, à voir et même à partager la vie des missionnaires. " Il nous ©n coûtait, dit-il, de faire au bon Père Visiteur une demande qui devait lui imposer une année entière de retard et un voyage de plusieurs mois, pendant lesquels il lui faudrait vivre de la vie du Nord, souffrir avec nous et comme

(1) Vingt années de Missions p. 171-172.

(3) Ibid., pp. 171-172.

(4) Vingt années de Missions , p. 174.

nous (1). '' Mais il comprit lui-même que " sa visite n'aurait qu'un bien faible résultat;, s'il ne voyait que Saint-Boniface et ses environs, puisque ce n'est pas là que sont nos missions sauvages proprement dites (2). " Il était jeune, doué d'une forte santé, muni d'un dévouement plus grand encore. Le Visiteur consentit à la proposition du Vicaire et de l'Evêque. " En avant ! "

Il fut convenu entre les deux supérieurs que le Visiteur se rendrait à l'Ile-à-la-Crosse, puis à Atliabaska par la voie des barques, et reviendrait à l'Ile-à-la-Crosse par la même voie, que l'Evêque le rejoindrait en ce dernier lieu par une autre voie, irait avec lui aux lacs la Biche et Sainte- Anne et reviendrait avec lui à Saint-Boniface.

Le E. P. Vandenberghe s'embarqua le -4 juin sur les barges qui se rendaient au Portage la Loche. Il atteignit ce Portage dans la seconde quinzaine de juillet.

Juste à ce moment, Mgr Grandin y arrivait de la direction opposée. Le vénérable Coadjuteur, selon les instructions de Mgr Taché, venait de passer trois ans dans le district d'Athabaska-MacKenzie, "travaillant de ses propres mains comme saint Paul, prêchant fidèlement à temps et à contre-temps l'Evangile de Jésus-Christ aux païens, " habitant dans '* un palaisconstruit avec quelques troncs d'arbres informes, qu'éclairaient quelques grossiers morceaux de parchemin et qui n'avait d'autreparquet que le sol glacé, " vivant " d'aliments que le dernier dco domestiques, dans la belle France, aurait rejetés avec mépris, " accomplissant, l'été et l'hiver, " de longs et pénibles voyages, "' avec une santé débile, " souvent dans un état de demi-jeûne, "" objet de vénération et d'amour " pour tous les officiers du district, " pour les néophytes et les infidèles eux-mêmes (3).

(1) Vingt années de 'Missions , p. 174.

(3) Lettre d'un officier de la Compagnie de la Baie d'Hudson. — Voir les Vingt années de Missions , pp. 176-178.

La sécheresse et les sauterelles à la EiT.-Rougo,

L'héroïque prélat quittait le vicariat apostolique d'Athabaska- MacKenzie, où Mgr Faraud allait bientôt entrer, et se rendait à rile-à-la-Crosse, pour y attendre les ordres de son Ordinaire. " Que Ton juge de sa surprise, de sa joie et de son bonheur lorsqu'en débarquant il apprit l'arrivée d'un Visiteur, du E. P. Vandenberghe, " son ancien maître du noviciat, " qu'il ne savait pas même avoir été envoyé en Canada (1). "

" Il faut avoir vécu de notre vie, de nos privations, de notre impitoyable isolement, observe Mgr Taché, pour comprendre ce qu'une telle surprise cause d'émotions, cause de véritables jouissances (2). "

Le Visiteur était parti de Saint-Boniface avec l'intention de se rendre jusqu'à Athabaska. Mais il rencontrait Mgr Grandin qui pouvait lui donner les détails les plus corconstanciés sur les missions du nord; ces missions avaient d'ailleurs la plus grande ressemblance avec celles qu'il allait visiter ; pour ces raisons, " le voyant aussi fatigué et exposé à des difficultés particulières pour le reste du trajet, " l'Evêque de Satala l'engagea à retourner en arrière. " Tous deux reprirent le chemin de l'Ile-à-la-Crosse, où ils arrivèrent le 5 août. " Là, en attendant la venue de l'Evêque de Saint-Boniface, Mgr Grandin l'entretint longuement, dans des entretiens qui l'intéressèrent et le charmèrent, des missions du grand Bassin où il venait de passer trois ans.

Pendant que le Visiteur était dans le Nord-Ouest, Mgr Taché demeuré à Saint-Boniface, avait la douleur de voir la sécheresse et les sauterelles affliger la colonie.

L'année précédente avait été mauvaise. " Il y a une misère extrême dans le pays, écrivait Mgr Taché à sa mère le 25 février 1864; nous sommes assiégés tous les jours par une foule d'affamés. C'est à navrer le cœur (3). " L'année 1864 fut pire encore.

(1) Vingt années de Missions , p. 178.

(2) Ibid.

(3) Saint-Boniface, 25 février 18h4. — Collection de M. de la Broquerie- Taché, n° 112.

" L'année s'annonce bien triste, écrit-il à sa mère le 28 juin ; la sécheresse a été si complète qu'il n'y a presque rien : nos jardins sont en général comme le jour où ils ont été bêchés. Dans bien des champs, il n'y aura point la valeur de la semence. Pas de foin nulle part. Nos immenses prairies sont desséchées et arides. Puis les vers, les chenilles, les sauterelles secondent le vent et l'ardeur du soleil pour tout détruire, en sorte que nou^ n'avons que peu d'espoir du côté de la terre (1). " " Le ciel nous viendra en aide, ajoute-t-il. J'espère que la chasse sera bonne : nous mangerons de la viande sèche et du pémikan, c'est si bon (2). " La chasse fut en effet assez fructueuse cette année-là. Mais auparavant, les sauterelles après avoir menacé de détruire ce qu'avaient épargné la sécheresse et les vers, cessèrent brusquement leurs ravages devant les prières de l'Eglise.

" Dimanche, écrit l'Evêque à Mgr Guignes le 7 août, nous avons fait des processions en l'honneur de saint Joseph, et quoique nos champs, ici auprès de l'église, soient intégralement couverts de ces insectes (on en compte des vingtaines à chaque brin de paille), elles n'ont encore presque rien mangé depuis cinq ou six jours, tandis qu'avant ces processions, quelques heures leur suffisaient à la destruction de vastes champs. Le bon Dieu, qui leur a fait le bec, peut bien le leur fermer, et il paraît que le bon saint Joseph nous a obtenu cette faveur insigne. Pourvu que nos cœurs ne s'endurcissent pas après la délivrance de ce nouveau fléau (3) ! "

Cependant, le prélat confiait l'administration de l'évêché au Départ de

T» X X 1 1 T j- T UN -Tw TT/ -n 1^ St-Boniface.

r. Lestanc, et la direction du collège au P. Yegreville, et, le dimanche 14 août, " après l'office de l'après-midi, (4) " " bénissait son peuple, embrassait ses frères et se recommandant aux prières de tous, prenait par terre le chemin de l'Ile-à-la-

(1) Riviere-Rouge, 28 juin 1864. — Collection de M. de la Broquerie- Tacbé, n*" 112.

(2) Lettre du 28 juin 1864.

(3) Archives de l'archevêché d'Ottawa.

(4) Lettre à sa mère, 25 août 1864. — Collection de M. de la Broquerie- Taché, n° 115.

Crosse (1)/'^ Il se rendit dans la soirée à Saint-François- Xavier, " en compagnie de plusieurs Pères et de M. Eitchot (2)." Il passa la nuit auprès de son Grand Yieaire, continua sa marche, le 15, avec celui-ci et le P. Végreville et arriva " au lac Manitoba, (3) ^^ " à la première station des missions du P. Simonet où, le 16, il donna la confirmation à quarante personnes (4). " Le même jour, il se remit en route, " accompagné encore de M. Thibault, ^^ et rejoignit le soir " ses hommes, " à savoir son guide et un autre jeune homme, " qui avaient pris les devants avec les chevaux (5). '' Le lendemain matin, il faisait ses adieux à son Grand Vicaire, et le 18 et le 19 s'avançait loin de toute habitation humaine, dans les déserts. " Le samedi 20, " il atteignait le Fort Ellice ou Eivière aux Castors, y passait " la journée du dimanche auprès de quelques familles catholiques, (6) '' leur disait la messe le lundi matin et y communiait " plusieurs personnes, '' puis reprenait sa marche (7). " Le manque d'eau sur la route ordinaire détermina les voyageurs à suivre la vallée de la rivière Qu'Appelle (8). " Passage a La valléo de Qu'Appelle est l'une des plus pittoresques du

Qu'Appelle. n tt ^-4. • - ' J 1 • 4-

monde. Une petite rivière, coupée de lacs poissonneux, serpente au fond d'une vallée profonde qui a été manifestement, pendant de longs siècles, le lit d'un grand fleuve et où le passage de masses gigantesques d'eau a lentement creusé dans ses flancs des sillons et des sites d'un art merveilleux.

C'était la première fois que Mgr Taché parcourait la vallée de Qu'Appelle ; il fut frappé de son aspect si gracieux et si pitto-

(1) Vingt années de Missions....*.,, p. 179.

(2) Lettre du 25 août à sa mère.

(3) Ibid.

(4) Vingt années de Missions , p. 179.

(5) Lettre du 25 août.

(6) Ibid.

(7) Ibid.

(8) Vingt années de Missions , p. 179.

^Tesque ; avec le goût qu'il portait partout pour les spéculations <le la géologie, il cherchait à se rendre compte à lui-même des accidents si curieux de cette vallée extraordinaire.

Mais d'autres pensées occupaient encore davantage son âme apostolique. " C'était sur les bords de cette rivière qu'était bâti le poste le plus avancé établi par les MM. de La Vérandr3^e, " se* " grands-oncles (1). " Il savait que la vallée de Qu'Appelle était l'tine des premières stations visitées par Mgr Provencher; qu'elle avait été le siège d'une mission protestante; que de nombreux catholiques s'y rendent tous les ans; que cette année-là même, la Compagnie de la Baie d'Hudson y commençait un poste de traite pour les tribus sauvages qui la visitent habituellement. Aussi, comme il l'écrit à sa mère, ^' de bien vives émotions '' remplissaient son âme le long de la route (2).

Arrivé au centre des lacs de cette vallée, il fut frappé de la beauté du site, des ressources que présentaient ces lieux, de la facilité d'y aborder de toutes parts. Il résolut donc dans son cœur d'y fonder un établissement.

Le 25, il écrivait à sa mère: "Je suis en voyage; mais en voyage comme à la maison, je ne puis point oublier ma mère, et s'il est un jour où je dois penser à elle, c'est bien en ce jour heureux, où elle a été baptisée, en ce jour, où Dieu l'adopta pour sa fille et commença pour elle la série des grâces qui l'ont rendue la femme vertueuse qui a pris tant de -soins afin d'élever ses enfants pour le ciel. Aujourd'hui je remercie Dieu de vous avoir choisie pour ma mère et de vous avoir faite ce que vous êtes. Puisse saint Louis vous protéger ! Tout en cheminant tout lo jour en chariot ou à cheval, j'ai été auprès de vous (3). "

Le 25 au soir, il campa auprès du lac Qu'Appelle, où il devait bientôt établir une mission importante, et y demeura de longues

(1) Lettre du 25 août à sa mère.

(2) Ibnh {^\ Ihid.

heures le lendemain. Il passa la nuit suivante au fort Qu'Appelle et y communia plusieurs personnes le 27 (1).

" Le 38, de bon matin, " il arrivait au fort de la Montagne de Tondre : c'était le dimanche. Il y passa la journée, donnant ses soins aux quelques brebis fidèles qu'il y trouva. Le lundi, 29, il les communia et remonta à cheval (2). " Le 2 septembre, au soir, vendredi, il était au fort Carlton " sur la rivière Siskatchiwan " et y demeurait le samedi et le dimanche.

Il y écrivit à sa mère. " Je suis bien, lui dit-il pour la rassurer, beaucoup mieux qu'à mon départ: le voyage m'est salutaire (3). " Cependant il était souffrant.

Depuis Carlton il ne devait point rencontrer de fort jusqu'à nie-à-la-Crosse. Il laissa Carlton le lundi matin, 5 septembre. " Il fallut du temps pour traverser la grande rivière Siskatchiwan. " " Après une heure de marche, dit-il, nous nous arrêtâmes pour dîner. La pluie nous surprit et nous empêcha d'avancer tout le reste du jour. Le 6 au matin, par un temps magnifique, nous reprîmes notre route et le 7, nous atteignîmes le lac Makakous (4). " Là arrivèrent de l'Ile-à-la-Crosse deux jeunes sauvages, instruits autrefois par Mgr Taché, qui avaient sollicité avec empressement la faveur de venir le chercher en cet endroit et de le conduire en canot là oii Fusage des chevaux devenait impossible (5).

Mgr Taché était pressé d'arriver à l'Ile-à-la-Crosse ; car il savait que Mgr Grandin et le P. Vandenberghe l'y attendaient avec impatience depuis plusieurs semaines. En approchant de ces lieux si chers où il avait abordé pour la première fois il y avait 18 ans et qu'il ne devait plus jamais revoir, il éprouva de vives émotions.

(1) Lettre à sa mère, 31 aoi'ft 1864. Cette lettre et les deux suivantes continuent la précédente sur une même feuille de papier, n*^ 115 de la collection de M. de la Broquerie-Taché.

(2) Ibid.

(3) Lettre à sa mère, 3 septembre 1864.

(4) Lettre à sa mère, 8 septembre 1864.

(5) Ibid.

aissons-lui la parole : son récit ressemble aux effusions de la tendresse d'un père et à Thymne d\in pontife.

" Le canot d'écorce si frêle, si gentil et si rapide, recevait à Arrivée à riieson bord notre pauvre Grandeur bien souffrante, bien fatiguée, et surtout bien désireuse d'arriver à Flle-à-la-Crosse. Les deux excellents Indiens qui nous conduisaient, et qui étaient de vieilles connaissances, devinaient facilement ce qui se passait en nous. Aussi ils ne s'épargnèrent pas. Il fallait six jours de iiavigation ordinaire. " Mon Père, nous n'en mettrons que " quatre : le beau clair de lune vaut le soleil, là où la navigation " est facile ; " et ces bons jeunes gens sacrifiaient deux de leurs nuits pour hâter la satisfaction qui nous était réservée le 15 septembre. Dès le lever du soleil, nous entrions dans le lac de Tlleà-la-Crosse, et puis bientôt, la grande croix, le clocher argentin, l'église, tout l'établissement de la mission de Saint-Jean-Baptiste, reflétaient les rayons de notre magnifique soleil de septembre. En jious renvoyant au visage des flots de lumière, cette vue inondait notre âme des plus délicieuses émotions. Là, sur les bords de ce lac tranquille, dans un site que bien des touristes admireraient avec enthousiasme, s'assoit cet établissement qui a déjà fait tant de bien et qui en promet davantage pour l'avenir. Nous rapprochons, pour le comparer, ce qui se passait en ce moment dans notre cœur, de ce qui s'y était passé dix-huit ans auparavant, lorsque, pour la première fois, nous arrivions à cette même Ile-à-la-Crosse, où alors il n'y avait rien pour le Seigneur, rien, si ce n'est le bon vouloir des sauvages, le bon vouloir des missionnaires qui venaient les évangéliser. Merci, mon Dieu, d'avoir béni nos efforts, d'avoir accepté les sacrifices que nous vous avons offerts, d'avoir écouté les accents des prières ardentes que nos cœurs vous ont adressées. Ce que nous avons vu à l'Ileà-la-Crosse, la dernière fois que nous l'avons visitée, prouve jusqu'à l'évidence que nous n'avons pas prié en vain, la première fois que nous en avons foulé le sol. Notre cœur chantait intérieurement l'hymne de la reconnaissance: ses battements précipités semblaient marquer la cadence qui guidait le jeu des avi-

rons pour imprimer à notre course une rapidité particulière. La nacelle volait pour ainsi dire^ sur les eaux (1). "

Les enfants de Técole tenaient des oriflammes et les agitaient au vent; de toutes parts des salves joyeuses disaient que l'allégresse et le bonheur du premier missionnaire de rile-à-la-Crosso trouvaient un écho dans tous les cœurs. Un instant après, FAnge de Saint-Boniface était dans les bras de son Coadjuteur si tendrement aimé, du P. Vandenberghe ; il embrassait '^ le bon P. Moulin, " les dévoués Frères Dubé et Péréard. " Notre joie fut mise au grand complet par la rencontre du P. Gasté, venu tout récemment du lac Caribou. Nous revoyions aussi, avec un plaisir bien sensible, les bonnes Sœurs de la Charité, toujours si dévouées et si généreuses (2). " Séjour à l'Ile- " Le E. P. Visiteur, arrivé depuis plus d'un mois à l'Ile-à-la-

à la-Crosse. ^ ^

Crosse, s'y trouvait avec six Oblats, deux évêques, deux prêtres et deux frères convers. L'ensemble de l'établissement, la piété dv bon peuple qui le visite, lui faisait dire qu'il n'aura4t jamais cru pouvoir trouver au milieu des sauvages et à de pareilles distances des dernières limites du monde civilisé, un ensemble aussi complet, une œuvre aussi parfaite. Ce témoignage nous causa la plus vive satisfaction. Il confirmait notre opinion; plusieurs de nos missions ressemblant à celle-là, nous étions heureux de voir que le travail de nos frères causait quelque contentement à nos supérieurs (3). "

Les sept Oblats passèrent cinq jours ensemble dans la plus douce intimité, goûtant des joies telles qu'il ne s'en rencontrera de plus grandes que dans le ciel. Mais ici-bas, les douceurs de la réunion doivent faire place aux déchirements de la séparation. Le 20 septembre, le P. Gasté, le premier, partait pour aller passer l'hiver au lac Caribou. " Nous admirâmes son courage, observe Mgr Taché, sa généreuse abnégation; ce cher Père partait seul pour aller passer, seul, dix mois à ce lac Cari-

(1) Vingt années de Missions , pp. 180-181.

{2) Ibid.,^. ISl.

(3) Ibid.

OU, le coin le plus dénué du diocèse, et le missionnaire partait volontiers, satisfait de son sort. Que Marie le garde ! que Dieu le protège î Comment nos missions ne réussiraient -elles pas ?

'Iles sont servies avec tant de dévouement et de zèle (1). "

Le P. Moulin partit à son tour, " heureux comme un prince, le cœur fort comme celui d'un apôtre, " pour se rendre d'abord au lac Vert, et de là à Carlton, afin d'y préparer les fidèles à la visite du premier pasteur.

- Mgr Grandin dut s'absenter plusieurs jours pour voir des malades.

Le départ de Mgr Taché et du P. Visiteur fut d'abord fixé au 8 octobre; mais "cette fois encore, le ciel voulut bien déranger le cours ordinaire de la température; comme le temps était remarquablement beau, les voyageurs crurent pouvoir différer jusqu'au 15. C'est en ce jour qu'ils firent leurs adieux à Mgr Grandin, qu'ils laissaient seul et malade (2). " Il est plus facile de concevoir que d'exprimer la peine que ressentit le cœur si sensible de l'Evêque de Saint-Boniface en laissant des personnes et des lieux si chers.

" Le même petit canot d'écorce, conduit par deux excellents visite au lac sauvages montagnais, reçut les deux voyageurs. C'était un monde nouveau pour le P. Vandenberghe, c'en était urt bien connu pour Mgr Taché, mais dans des circonstances telles qu'il pouvait dire lui aussi : " C'est du nouveau. " Toujours seul dans ces petits canots, comme le temps nous a souvent duré ! Mais en si bonne et si aimable compagnie, cette fois, nous comptions

(1) Le R. P. Alphonse Gastê est né à Andonillé, au diocèso de Laval, le 18 octobre 1830, est ordonné prêtre à Seez en avril 1855, commence son noviciat à Paris le 24 avril 1860, le continue par dispense à Saint- Norbert, fait son oblation le 30 mai 1861, part aussitôt après pour le lac Caribou, où aucun missionnaire n'était allé depuis dix ans, et où il ne trouva que quatre chrétiens. 11 y passe quarante ans et en fait une des missions les plus ferventes du Nord. Il est aujourd'hui (1904) supérieur des Oblats à Prince-Albert, objet de la vénération universelle.

(2^ Vingt années de Missions , p. 182.

parmi les agréables journées de notre vie les huit jours qui nous conduisirent au lac Froid (1). " Visite du lac Le P. Maisouneuve s'}^ trouvait en mission auprès des sauvages de ce lieu; Mgr Taché passa la journée du dimanche avec lui et les sauvages.

Le lundi, il montait à cheval, ainsi que le E. P. Visiteur, et après une course de cinq jours, arrivait au lac la Biche, le 28, à une heure après-midi. " A ce même moment, la pluie cessait, le soleil venait raviver la scène et nous permettre de contempler et d'admirer le magnifique établissement de Notre-Dame des Victoires. La fusillade exécutée par les premiers habitants que nous rencontrâmes annonçait notre approche. L'aimable P. Tissot et Texcellent F. Bowes nous firent Paccueil le plus cordial. Ici aussi de bonnes Sœurs de la Charité donnent leurs soins à la pojDulation et elles partagèrent la joie de notre arrivée (2). "

Mgr Taché admira avec son distingué compagnon le magnifique établissement du lac la Biche, tant dans son ensemble que dans les détails. Cet établissement comprenait dès lors 2 maisons, en grande partie en pierre, 1 vaste étable et 3 autres maisons en bois, 18 chevaux, .32 bêtes à cornes, dont 11 bœufs de travail, 1 moulin à bras, 1 moulin à eau, de vastes terrains en culture (3). " C'est, dit-il, une victoire complète d'un travail intelligent sur la nature inculte. Toutes les ressources locales ont été utilisées, et la chose est d'autant plus digne de remarque que les missionnaires ont été seuls à l'œuvre. Ils ont fait le tout en grande partie de leurs mains et dirigé ce qu'ils ne pouvaient accomplir eux-mêmes (4)."

Les missionnaires du lac la Biche n'avaient point encore fait leur retraite annuelle. Mgr Taché et le E. P. Vandenberghe

(1) Vingt années de Missions , p. 182.

(2) Ihid., pp. 182-183.

(3) Inventaire de la mission du lac la Biche fait le 18 novembre 1864. — Archives de l'archevêché de Saint-Boniface.

(4) Vingt années de Missiojis , p. 183.

voulurent la faire avec eux. " N'eus étions tous bien sérieusement et bien pieusement occupés, dit le spirituel narrateur, lorsque tout à coup nous arriva le cher P. Kémas, nous apportant avec lui une fameuse distraction, enrichie d^un plaisir véritable' (1). "

Le 2S novembre^ FOrdinaire et le Visiteur se remirent en visite de rout-e; ils étaient accompagnés d'une escorte de trois personnes. " Les uns montèrent à cheval, les autres descendirent en carriole, et nous voilà à la recherche d'un chemin moins mauvais que la route ordinaire. Il n'y avait encore que très peu de neige: les détours faits pour éviter les mauvais pas allongèrent tellement la distance qu'il fallut six jours de marche forcée pour arriver au terme. L'avant-dernier jour, montant à cheval après une longue course à pied, nous demandions au R. P. Visiteur ce que lui disait le sang à l'adresse de la température; " — 15** tout au plus, fut la réponse. Le nez et les pieds nous disaient à nous au moins — 24*^. Le thermomètre décida la question, marquant — 25*^. Nous admirions de tout notre cœur le bon Père Vandenberghe qui, sans l'habitude de nos voyages, monté à cheval, perdait sans s'en apercevoir 10*^ des 25*^ de froid qui lui étaient montés en croupe (2). "

L'Evêque et sa suite arrivèrent à Saint-Albert le samedi 3 décembre, à la tombée de la nuit. On l'avait attendu durant tout raprès-midi, " les hommes l'arme au bras, les femmes, la couverte sur la tête. " Tous étaient dispersés quand le cortège arriva. " T^e P. Lacombe, le F. Scallen, les bonnes Sœurs de la Charité se trouvèrent seuls " pour souhaiter la bienvenue au prélat et au Visiteur. " C'était bien plus qu'il n'en fallait^ observe le premier, pour nous faire goûter une joie bien grande et bien douce (3). "

" Le retour de la lumière, poursuit l'auteur des Vingt années de missions, nous permit de contempler avec une orgueilleuse

(1) Vingt années de Missions, p. 183.

(2) Ihid., p. 184.

(3) Ibid.

complaisance la belle mission de Saint- Albert, si avancée quoique si nouvelle. La beauté naturelle du site, rehaussée par Tart nous étonna, quoique nous Feussions choisi nous-même. Il n'y avait pas encore quatre ans que ce choix avait été fait, et quel travail déjà ! . . 'De belles et vastes constructions s'étaient élevées comme par enchantement ; des champs spacieux défrichés, bien enclos et bien cultivés, donnaient déjà d'abondantes moissons. Les maisons construites tout autour du joli monticule où se trouve la maison du Seigneur, celles de ses ministres et de ses dévouées servantes, forment le groupe* qui domine tout le paysage; la petite rivière qui serpente au pied des collines et que l'on traverse sur un beau pont; puis à une petite distance, le lac dont les eaux peu profondes baignent le- pied de la montagne qui fournit le bois de construction: voilà ce que nous ne pouvions nous lasser de contempler; notre étonnement était partagé par le bon Père Visiteur, qui ne savait quoi le plus admirer, ou la beauté du pays ou le travail colossal de ses apôtres (1). "

Le fondateur de Saint- Albert accompagne son récit d'un défi que lui arrache l'amour de l'Eglise. " Pourtant, dit-il, les rêveurs de systèmes absurdes veulent que les prêtres ne soient pas les hommes de l'époque. Qu'ils viennent donc ces ennemis de la révélation. Il y a encore de par le monde assez de sauvagerie pour que chacun puisse faire ses expériences. Il y a encore assez de ténèbres pour que chacun puisse essayer son système luminaire. Oui, qu'ils viennent, qu'ils rendent aux Indiens ignorants plus de services que ne leur en rend le pauvre prêtre: qu'ils civilisent davantage et plus vite; qu'ils adoucissent plus tôt les mœurs barbares des sauvages ; qu'ils viennent opérer dans nos déserts les merveilles qu'y opère le prêtre; qu'ils donnent au monde le spectacle d'un pareil dévouement, d'une pareille et entière abnégation : alors nous croirons à leur mission réforma-

Il) La maison des missionnaires avait 20 pieds par 20; elle n'existe plus. L'église avait 22 par 42 ; elle sert de sacristie à la cathédrale de Saint-Albert (1904.

trice. Mais en attendant, pendant qu'ils jouissent de tous les bienfaits que la main civilisatrice du christianisme a semés avec tant de profusion dans le monde, qu'ils ne blasphèment pas contre Dieu, ni sa loi sainte, ni ses ministres sacres (1). ''

Le lundi suivant, Mgr Taché et son compagnon allèrent au visite d'Edfort Edmonton, ou mission de Saint- Joachim, y offrirent leurs respects à M. J.-W. Christie et y saluèrent les chrétiens. Ils y retournèrent pour y célébrer les grandes solennités de Noël et firent ensuite l'examen des enfants de l'école que tenait le F. Scallen. " Il nous fut facile de nous convaincre, atteste l'Evêque, que les bruits avantageux qui circulaient au sujet de cette école n'étaient que l'expression de la stricte vérité (2). "

Le P. Caër, chargé de la mission du lac Sainte-Anne, vint voir son Evêque et le P. Vandenberghe à Saint- Albert ; Mgr Taché lui rendit sa visite et conduisit le Visiteur à la plus ancienne des missions du Nord-Ouest, " trouvant partout une satisfaction véritable à la vue -du bien opéré et de l'avenir prospère qui semble réservé à ces belles contrées (3). "

Cependant l'année 1865 commençait. Marr Taché et le Visi- Renouveiieteur reçurent les souhaits et les vœux des Oblats réunis à Saint- l'année. Albert. En retour, ils leur distribuèrent de généreuses " étrennes : " au P. Lacombe, " la mission de courir les prairies pour tâcher d'atteindre les pauvres sauvages cris et pieds-noirs et développer en eux les germes de foi déjà reçus;" au P. Kémas, l'obédience de demeurer à la charmante résidence du lac Sainte- Anne ; " au P. Caër, l'honneitr d'être " premier officier du château Saint-Jean, Ile-à-la-Crosse ; " au F. Scallen, la charge " de continuer son école à Saint-Joachin, avec la perspective d'un agrandissement pour une œuvre si utile. "

Le 9 janvier, Mgr Taché et le P. Vandenberghe firent leurs

(1) Vingt années de Missions , pp. 184-185.

(2) Ibid., p. 185.

(3) Ihid,

498 YIE DE MGK TACHÉ, 0. M. I.,

adieux à leurs frères au Fort des prairies, et reprirent la direction de Saint-Boniface, entreprenant, sur des traînes à chiens, un voyage de 400 lieues. Après six jours de marche, les voyageurs arrivèrent au fort Pitt. Ils y trouvèrent le P. Tissot souffrant. Pour le soulager, ils lui ordonnèrent d'aller résider à Saint- Albert, avec la charge de " Préfet des missions de l'Ouest.'^ " Les heureuses dispositions des chrétiens du fort Pitt, l'affectueuse complaisance de M. Châtelain qui en a la charge, consolèrent beaucoup Mgr Taché et le E. P. Visiteur ; ils promirent de faire tout en leur pouvoir " pour hâter un établissement dont l'urgence semble d'autant plus grande, que ces belles terres ne peuvent pas rester longtemps sans être habitées. Nécessairement d'autres que les tribus errantes des plaines et des forêts iront bientôt demander à ce sol des richesses qu'il peut produire et en arracher les trésors qui y sont enfouis. Le versant oriental des Montagnes Eocheuses comme celui que saluent les rayons du soleil couchant, est une région aurifère. L'amour de l'or, cette autre ^^ fièvre jaune " si peu redoutée, devra conduire, tôt ou tard, une population considérable vers la partie supérieure de la vallée de la Siskatchiwan ; car, en la remontant depuis le fort Pitt jusqu'au pied des grands monts, on trouve la plus belle, la i3lus avantageuse portion du pays (1). ^' Les événements ont vérifié les prévisions de Mgr l'Evêque de Saint-Boniface. viBitede Le 18 janvier, Mgr Taché et son compagnon laissèrent

le fort Pitt, et après sept jours de marche, arrivèrent à Carlton, où les attendait le P. Moulin. " Ce dernier s'était égaré dans la forêt en venant de l'Ile-à-la-Crosse et avait été dans un danger sérieux de perdre la vie. " Il riait de bon cœur de cette aventure et s'en dédommageait en déployant tout le zèle possible, en faveur de ceux pour le bonheur desquels il avait failli perdre la vie. Ce cher Père reçut avec le bon vouloir qui le caractérise, obédience pour le lac Caribou. Les provisions

(1) Vingt années de Missions , pp. 187-188.

manquant an fort Pitt, il fit ses adienx au E. P. Visiteur et reprit avec deux sauvages le chemin de Tlle-à-la-Crosse (1).

Les différents courriers d'hiver qui viennent de tous les points du pays, se réunissent à Carlton, pour y échanger les lettres dont ils sont porteurs. Le 27 janvier, ils étaient tous arrivés. Le R. P. Vandenberghe, qui n'avait pas l'habitude d'un courrier cemi-annuel, soupirait après les nouvelles de Paris et du reste la Congrégation. Les lettres à son adresse purent satisfaire légitime impatience (2). "

" Le 29 au matin, les pauvres chiens de Carlton étaient attelés aux traîneaux, malgré la maigreur extrême où les tenait le le triste état des magasins. Ces infatigables quadrupèdes devaient pourtant, dans le cercle de leurs attributs, remplacer les rapides locomotives et traîner la plus prompte des malles du pays, comme qui dirait à Marseille la malle des Indes. *^ De nobles voyageurs prenaient aussi passage par ce train express. Monsieur Prudon, avec une générosité bien digne de notre reconnaissance, sacrifia pour ces derniers une partie relativement considérable de ce qui lui restait pour nourrir sa famille (3). "

L'Evêque de Saint-Boniface et le P. V-andenberghe furent retardés dans leur marche par plusieurs circonstances. " Ce n'est que le 7 février qu'ils arrivèrent à la Montagne de Tondre, où M. Taylor et sa famille leur firent l'accueil le plus aimable. Le lendemain ils partaient, munis de tout ce qu'un établissement prospère peut fournir pour ces sortes de voyages. Le quatrième

(1) R. P. Julien Moulin, né le 27 juillet 1830, à la Gonévrière, diocèse de Rennes, entré le 13 novembre 1834 au noviciat de N.-D. de l'Osier, tait son oblation le 14 novembre 1855, est ordonné prêtre à Marseille le 28 juin 1857 par Mgr de Mazenod, qui lui avait donné déjà les quatre ordres moindres, le sous-diaconat^ et le diaconat, arrive à Québec le 28 juin 1858, à Saint-Boniface au mois d'août suivant, y séjourne jusqu'au mois de juin 1859. 11 séjourne à l'Ile- à- la- Croise ou au lac Caribou de 1857 à 1871, est envoyé ensuite aux missions de Prince- Albert, du lac Vert, du lac Maskeg, etc., est attaché en 1882 à la mission de Batoche, où il a la jambe percée par une balle durant la rébellion de 1885, et où il conserve encore aujourd'hui (1904) une vieillesse vigoureuse et un zèle digne d'un Oblat.

(2) Vingt années de Missions , p. 188.

(3) ihiii.

jour, au lever du soleil/ ils entrèrent au fort Pelley. M. Campbell, sa femme, ses commis et leurs familles, semblaient avoir pris à tâche de prouver qu'un fort de traite, au milieu des forêts, est pour le voyageur une oasis où l'on s'étonne de trouver le confort et la bienveillance des 'pays les plus recommandables par leur hospitalité (1). " Mgr Taché commença là une lettre à sa mère, qu'il ne put* achever qu'à la Eivière-Rouge (2). visite de la Lcs voyagcurs se remettaient en route le 13 février, de grand

Canards. matin, en compagnie de M. Campbell; et le 15 au soir, sans, pour ainsi dire, s'en être doutés, ils arrivaient à la Baie aux Canards, où ils bénissaient le P. Simonet, à la porte de la chapelle de Saint-Edouard, dans laquelle ils étaient ensuite si heureux de s'agenouiller devant le Saint-Sacrement. " Oh ! mon Dieu, s'écrie l'Evêque missionnaire, pourquoi faut-il que vos tabernacles, même les plus modestes, ne soient ici échelonnés qu'à de si grandes distances (3) ? " Cependant ils sont déjà plus nombreux que lorsque l'Evêque arrivait dans ces contrées pour la première fois il y a près de vingt ans ; ils se multiplieront encore beaucoup durant les trente années qu'il lui reste à vivre.

Le 16 février, Mgr Taché confirma vingt-deux personnes à la Baie aux Canards; puis il partit avec le P. Vandenberghe. *^ Plusieurs commis qui cheminaient avec eux, leur continuèrent les bons offices dont ils étaient l'objet depuis leur départ d'Edmonton. Le 18 au soir, ils arrivaient chez M. McDonald au poste Manitoba (Notre-Dame du Lac) ; ils y passèrent le dimanche pour repartir le lundi matin et arriver le mardi à Saint- Laurent. Le mercredi 22, malgré une furieuse tempête de neige, ils parcoururent les 60 kilomètres qui les séparaient de la paroisse de Saint-François-Xavier, où ils arrivèrent chez M. Thibault, vicaire général, et où ils eurent de plus la consolation de rencontrer le P. Lestanc (4). ''

(1) Vingt années de Missions ,,p. 189.

(2) Fort Pelley, en route pour la Rivière-Rouge, Il février 1865. N*^ 117 de la collection de M. de la Broquerie-Taché.

(3) Vingt années de Missions , p. 189.

(4) Md.

Enfin, le 23 février, FEvêque était de retour à Saint-Boniface ^^^è^^"!"^,, et entrait dans sa cathédrale "après six mois et onze jours d'absence (1)^' au milieu de Tempressement et de la joie la i^lus vivo

de tous les habitants. Une agréable surprise lui avait été ménagée par la Providence. Trois cloches commandées pour la cathédrale étaient arrivées pendant son voyage et saluaient son .retour de leurs plus joyeuses volées (2). Mgr Taché éprouva toute sa vie une jouissance intime au son des cloches; en cette circonstance, ces consolations saintes s'ajoutèrent à toutes les autres pour faire couler de ses yeux de bien douces larmes.

Il avait voyagé dans la saison la plus rigoureuse; mais, écrit-il à sa mère, " tout y a été de nature à vous réjouir, soit j)our les consolations que j'y ai goûtées, soit pour la protection visible de la divine Providence (3). " Oui, bonne mère, ajoute-t-il, " je vous l'ai toujours dit, il y a une providence spéciale pour les missionnaires. Vos ferventes prières en ménagent une toute particulière à votre fils. Non seulement ce long voyage ne m'a pas fatigué, mais même je suis incomparablement mieux et plus fort qu'à mon départ; je n'ai pas été aussi bien depuis plusieurs années. " " La seule ombre à ce riant tableau, conclut-il, c'est la misère qui règne dans le pays. Priez pour nos pauvres gens. Que saint Joseph, qui a déjà tant fait de miracles, nous continue sa protection (4)." Il écrit quelque temps après à son frère Louis : " La misère la plus profonde règne ici. Je suis moi-même rendu à bout et ne sais plus que faire pour soulager les nécessiteux qui m'assiègent et qui souffrent. C'est une si cruelle chose d'avoir faim (5)."

(1) lettre à sa mère, Rivière -Rouge, 2^ février 1865. — N*^ 117 de la oollect on de M. de la Broquerie-Taché.

(2^ Lettre de la Sœur Clapin, supérieure des Sœurs Grises, à Madatr.e Taché, HÔ2ntal- Général de Saint-Boni/ace ,20 décembre 1864. — Collection de M. de la Broquerie-Taché, n^ 116.

(3) Lettre du 28 février 1865. '^.

(4) Md.

(5) Saint-Boniface, 25 mars 1865. — N** 118 de la collection de M. de la Broquerie-Taché.

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