‹ Vie de Mgr. Taché, archevêque de St.-Boniface (volume 3)Chapitre 36 sur 73 · ANNÉES · texte numérisé non relu

ANNÉES

Durant l'été qui suivit son retour, Mgr Taché fit construire la ^^a^gacrSth;^^ sacristie de sa cathédrale future, au che\et de celle-ci. Elle sert encore aujourd'hui de sacristie. Elle est en pierre, a 40 pieds de long sur 30 de large.

Le 1er novembre, FEvêque de Saint-Boniface la bénit solennellement au milieu de toute la population réunie, pour qu'elle servît momentarbément d'église.

Voulant que la Sainte Vierge eût la place d'honneur dans cette cathédrale improvisée, il se rendit en procession à la chapelle des Sœurs Grises, où on conservait avec vénération la statue de Marie Immaculée, honorée dans l'ancienne cathédrale et sauvée de l'incendie; il la rapporta triomphalement dans la petite église provisoire et la plaça à l'endroit le plus honorable, au-dessus du grand autel. Mgr Provencher avait dédié le pays à l'Immaculée Conception; Mgr Taché eut toujours soin de vénérer la Mère Immaculée de Dieu comme la dame et la reine de la Eivière-Rouge (1).

Le 3 novembre, qui était un lundi, Mgr Taché fit exhumer Exhumation et " des ruines de l'ancienne cathédrale " les restes de Mc^r Pro- des restes de

. Mgr

vencher, enseveli vingt ans auparavant " sous le sanctuaire. " Piovencher. Le cercueil fut ouvert en présence de l'Evêque, du P. Le Floch, de M. Ritchot et de plusieurs autres personnes, " et, à la joie de tous, les restes de Mgr Provencher parurent dans un état de conservation tel que ceux qui l'avaient vu de son vivant, reconnaissaient aisément les principaux traits de son visage; son front était encore le même; ses joues et son menton, quoiqu'un

Chronique des iSœurs Grises de Saint-Boniface.

peu déprimés^ avaient à peu près leur forme naturelle, vu que les chairs n'avaient subi de changement que dans leur couleur par suite de la fraîcheur du sol ; les yeux étaient fermés et un peu affaissés ; l'extrémité du nez avait disparu et laissait entrevoir les os ; la bouche était fermée et presque unie par suite de la dépression des lèvres; la partie supérieure des bras, les épaules, le buste, les jambes et même les pieds étaient encore revêtus de toutes leurs chairs, réduites à une grande fermeté et ayant une couleur blanche quelque peu terne. Le corps de Mgr Provencher semblait n'avoir éprouvé la putréfaction du tombeau qu'aux avant-bras, aux mains et un peu aussi à la gorge, comme l'ont constaté les personnes qui avaient aidé à l'ensevelir. Il avait conservé le même volume et la même pause, si ce n'est que le milieu du buste, fort enflé au moment de l'inhumation, s'était considérablement affaissé. L'ensemble du cercueil à l'intérieur présentait les ravages d'une grande humidité et même de quelque inon-^ dation, probablement l'inondation qui a eu lieu au mois de mai 1861, et les pluies torrentielles qui l'ont suivie dans le mois de juin. Les habits pontificaux et tous les linges étaient collés les uns aux autres; ils étaient d'une couleur sale et recouverts d'une humidité visqueuse. Ses gants et sa soutane avaient encore conservé la force de leur tissu (1). " :; M. Eitchot changea les vêtements du vénérable prélat; la :Sœur Cusson lui lava le visage (2). " Durant toute la soirée, la ■sacristie ne désemplissait pas des personnes qui se pressaient pour voir les restes de Mgr Provencher et aussi pour avoir quelques reliques de ses chairs ou des habits qui l'avaient accompagné dans le tombeau. C'est que, en effet, devant ce cercueil, les personnes mêmes les plus timides et les plus impressionnables ' I

(1) Procèfi-vn'bal de l'exhumation et de la translation des restes de Mgr J.-N. Provencher, premier évêque de Saint-Boniface, dans la nouvelle cathédrale, après l'incendie de l'ancienne. Ce procès-verbal a été imprimé par le Rév. Dugas, à la suite de la Vie de Mgr Provencher, pp. 306-313.

(2) Chronique des Sœurs Grises.

ne ressentaient rien de cette horreur qu'inspire naturellement la Vue de la mort. Tout le monde se plaisait à regarder ce corps inanimé, ce visage, maintenant si peu changé; et, si les cœurs se sentaient oppressés au souvenir d'un père que la mort a ravi, ils se sentaient aussi soulagés et comme joyeux à la pensée que le ciel est ouvert déjà à une âme qui travailla si longtemps et si généreusement au salut des habitants du diocèse de Saint-Boniface (1). "

Le lendemain, à dix heures, Mgr Taché chanta la messe devant le corps de son prédécesseur, en présence de toute la population. Puis il fit l'oraison funèbre du grand évêque, rappela " l'étendue du sacrifice du jeune missionnaire, " les privations de toutes sortes et l'extrême pauvreté " auxquelles il se condamna, '^ le dévouement sans bornes " qu'il témoigna toujours à son peuple, " sa sollicitude et ses efforts persévérants " pour amener à la Eivière-Eouge les Sœurs Grises et les missionnaires Oblats. L'Evêque termina en adjurant tous ses auditeurs de renouveler les bonnes résolutions qu'ils avaient prises, il y avait vingt ^ ans, devant ce même corps, principalement contre l'usage immodéré des liqueurs enivrantes.

On fit ensuite les cinq absoutes prescrites par le cérémonial, " et les restes de Mgr Provencher furent transportés dans l'emplacement de la future cathédrale et inhumés dans un caveau en maçonne qui se trouvera, lorsque la cathédrale sera achevée, à peu près sous le maître-autel, du côté de l'Evangile (2). "

Pendant l'hiver de 1862-1863, M. Thibault se rendit à la Reconstruction

de la <rathé-

Pomte de Chênes ou Samte-Anne, s installa dans la foret avec dtaie. un certain nombre de vaillants métis, et abattit les bçis nécessaires à la charpente de la cathédrale (3).

(1) Procès-verlxd , p. 311.

(2) Ifjid., p. 312.

(3) On a appelé depuis Thibaultville l'école voisine de l'endroit où le généreux vicaire général s'était fait "bûcheron " et avait " fait chantier" avec ses métis. — Voir les Cloches de Sawt-Boniface, n'^ 13, 1er oct. 1902, t. 1, p. 338.

Les travaux de maçonnerie commencèrent au printemps de 1863 et se poursuivirent tout Fêté.

Mgr Taché avait écrit, le 20 février 1863, au Coadjuteur de l'archevêque de Québec : " J'ose un peu me flatter que nous . pourrons fermer notre église pour l'automne prochain; mais là, il faudra suspendre les travaux pour Dieu sait Jusques à quand ... lime tarde " cependant " d'avoir une église : notre population souffre beaucoup de la manière dont se fait le service divin depuis l'incendie (1). " Il écrivait à sa mère le 9 octobre : " Notre église avance rapidement. Je suis à peu près certain d'y dire la sainte messe le jour de la Toussaint. Les châssis sont magnifiques : nos bonnes Sœurs Grises nous ont fait là un riche présent (2). " -.i

La cathédrale avait, à l'automne de 1863, les quatre murs, la voûte et le toit. Elle attendit de longues années, ainsi que nous le raconterons, les boiseries, le revêtement des colonnes, un clocher et tous les perfectionnements qui lui étaient nécessaires. Cependant, elle possédait dès lors la grande richesse des cathédrales catholiques, la présence continuelle de la victime du salut.

" Quoique nous soyons certes bien mal logés, écrivait ^Igr Taché, au commencement- de 1862, je puis facilement me résigner à cet état de choses (3) ; " car l'Evêque de Saint-Boni face était plus soucieux de la maison de Dieu que de celle de ses ministres.

Reconstruction Mais quand la cathédrale eut été reconstruite, ce fut le tour

du palais t i • ^ • i

épiscopai. du palais episcopal. >

Les fondations furent posées au commencement de 1864 (4).

Les travaux se continuèrent tout l'été. L'année suivante, après

les grands froids, ils furent menés avec activité: l'évêché fut

non point achevé, mais rendu "logeable," et au mois d'avril,

(1) Archives de rarchevêché de Québec.

(2) Saint-Boniface, 9 octobre 1863. — N'' 107 de la collection de M. de la Broquerie-Taché.

(3) Saint-Boniface, 20 février 1862.

(4) Vingt années de Missions , p. 171.

1er Vol. — p. 477.

Rév. P. Ritchot, curé de Saint-Norbert, délégué du Mauitoba eu 1870.

^' nous eûmes le bonheur, raconte ' l'Evêque, de voir dix-sept Oblats assez commodément abrités sous notre toit (1). "

Mgr Taché plaça sur Fentrée du palais épiscopal une petite statue de la Sainte Vierge sauvée de l'incendie: c'était pour témoigner qu'il chargeait celle qui est la porte et la portière du ciel d'être aussi la portière et la gardienne de sa maison.

Le prélat suivait dans le plus grand détail les travaux de Observations, construction : tout se faisait d'après ses plans, sous son contrôle et sa direction: un architecte de profession n'aurait pu avoir plus de prévoyance, un coup d'œil plus sûr.

Cependant la plus grande partie de ses préoccupations demeurait tournée vers le soin des âmes dont il avait la charge. Il prêchait " à temps et à contre-temps, " comme saint Paul le prescrit à l'Evêque. Il administrait lui-même les sacrements aux malades, visitait les familles, consolait, avertissait, reprenait toutes ses ouailles.

En 1863, il se rendit dans le Canada pour assister au troisième voyage dans le

Canada.

concile provincial de Québec. Il partit de la Eivière-Rouge le 20 avril, arriva à Québec le 13 mai, veille de l'ouverture du concile, assista à toutes les séances et quitta Québec le 22. Il célébra la fête de la Pentecôte à Kamouraska le 24 (2).

Il était de retour dans sa cité épiscopale le 22 juillet (3).

Le collège était l'objet de ses constantes préoccupations. En Coiiêge. 1862, il en confia la direction au P. Lestanc, avec la charge spéciale d'y enseigner le français. Il donna l'enseignement de l'anglais au F. Bufîy, en remplacement de M. Oram, " forcé de quitter le diocèse par suite de ses infirmités (4). "

La paroisse de Saint-Norbert avait à sa tête en 1862, le Nomination de

■n ^ r -. 1 TT^ 1 • • T M. Ritchot

r. Mestre, qui v demeurait seul. Dans les premiers lours de à la cure de

. . ^ ^ . St-Norbert.

jum, il fut pris d'un mal subit et violent, qui mit ses jours en

(1) 26/cf., p. 193.

(2) Lettre à sa mère, 23 mai 1863. — Collection de M. de la Broquerie- Taché, n° 106.

(4) Ihid., p. 154.

Ministère du P. André auprès des chasseurs.

Le P. Simonet à la Baie des Canards.

péril. Mgr Taché le fit venir à Saint-Bon if ace pour le soigner et le remplaça par le Eév. M. Eitchot, récemment arrivé du. Canada. Le digne prêtre achèvera à Saint-Norbert le XIXe siècle et y commencera le XXe, enrichissant sa paroisse d'œuvres durables, aimé de Mgr Taché et de son successeur, vénéré de tous les prêtres du Canada, comblé d'honneurs par le Saint- Siège.

Le P. Mestre passa Fhiver à Tévêché, se rétablit peu à peu, et, au printemps suivant, prêcha le mois de Marie à la cathédrale. " Ce fut le chant du cygne, du moins dans le désert de rOuest; car, dès les premiers jours de juin, il recevait une obédience qui le rappela en Canada, plus digne des brillants talents que Dieu lui a prodigués (1). "

Le P. André, que nous avons nommé plus haut, accompagna à la prairie les chasseurs de Saint-Joseph en 1862 et en 1863. Pendant la chasse de 1863, les métis de Saint-Joseph " rencontrèrent une armée américaine, commandée par le général Sibley et lancée à la poursuite des Sioux, pour venger contre ces barbares les horribles massacres de 1862. Xos métis, en grande ordonnance de chasse, missionnaire en tête, se présentèrent au camp des braves fils de FUnion. Arrivé auprès du gértéral, au pied du drapeau aux indivisibles étoiles, le P. André, monté sur son fier coursier, et environné de ses incomparables cavaliers métis, adressa au général et au drapeau américains un véritable discours en selle, vrai chef-d'œuvre d'éloquence militaire (2). " A la suite de cet incident, le P. André fut nommé par la grande république plénipotentiaire ou du moins agent militaire pour la pacification des Sioux. Durant une année il s'occupa avec zèle et succès de l'importante mission qui lui était confiée.

" Le P. Simonet, chargé de sillonner les eaux des lacs Manitoba et Winipagons, choisit la Baie des Canards pour ses quartiers d'hiver. Il s'y rendit, suivi d'un bon nombre de personnes

(1) Vingt années de Missions , p. 160.

(2) Ibid., p. 161.

qui lui construisirent une petite chapelle où il leur prodigua et les instructions et le dévouement le plus complet (1). "

Le 8 juillet 1862, le P. Maisonneuve emmena de Saint- Fondation du Bonif ace au lac la Biche trois Sœurs Grises, les Sœurs Gué- lac la Biche, nette, Daunais et Tisseur, " pour y joindre leurs efforts et leur dévouement au zèle des Pères oblats '^ en faveur des néophytes de cette région (2). Le voyage se fit en grosses charrettes. Elles arrivèrent à Notre-Dame des Victoires le 26 août. " Mgr Taché envoya avec elles à cette mission des objets bien précieux, une, cloche, un moulin et un poêle (3). "

En même temps, le P. Lacombe, venu de Sainte-Anne et de Fondation de Saint-Albert pour voir son Evêque, retournait accompagné du monton. F. Scallen, que Monseigneur chargeait d'ouvrir au fort Edmonton une école anglaise. " Cette école maintenue depuis, écrit Fauteur des Vingt années de missions, fait d'autant plus de bien que le bon Frère sait assurer un succès complet à son enseignement (4)." •

La mission de Saint-Pierre avait été établie en 1861 à l'ex- Famine au lac

Caribou.

trémité septentrionale du lac Caribou par l'héroïque P. Gasté. Il y avait là en 1862 le P. Végre ville et le F. Perréard avec le P. Gasté. Les missionnaires, " menacés de la famine, décidèrent que le P. Végreville y resterait seul " pour y passer l'hiver, " et que le P. Gasté et le F. Perréard se replieraient sur l'Ile-à-la-Crosse, tout simplement pour avoir de quoi manger. Nos deux pauvres affamés se mirent en route. Le P. Gasté débuta dans l'exercice d'une longue course à la raquette. Ce premier essai fut fort heureux ; plus de 800 kilomètres furent parcourus en seize jours de marche, et ce sans fatigue excessive, tant il est vrai que Dieu prend soin des siens (5). "

(1) Vingt années de Missions, p. 154.

(2) Ibid.

(3) Notice manuscrite sur la mission du lac la Biche. — Archives de l'archevêché de Saint-Boniface.

(4) Vingt années de missions , p. 154.

(5) /6ÙZ.,p, 159.

^Sïéïio'îf"^ Mgr Taché, nous Pavons vu, a obtenu la division de son imiifcSzK'^ mense diocèse et Térection d'Athabaska-MacKenzie en vicariat apostolique. Mgr Faraud a été nommé vicaire apostolique du nouveau district le 13 mai 1862; il apprend sa nomination l'année suivante, au mois de juillet, se rend en France par l'ordre de ses supérieurs, est sacré dans la cathédrale de Tours le 30 novembre 1863 par son frère en religion, Mgr Guibert, archevêque de cette ville. Nous le verrons de retour à Saint-Boniface le 25 avril 1865 et dans son vicariat apostolique plusieurs mois encore plus tard.

Durant ce temps, c'est le coadjuteur de Mgr Taché qui administre l'immense vicariat apostolique, en visite les missions et les missionnaires, plusieurs fois au péril de ses Jours, choisit un emplacement pour le palais épiscopal et la cathédrale du nouveau vicaire apostolique. Il avait pris possession de l'emplacement le 6 août 1861, et placé le lendemain une croix faite par le F. Kearney, qui se rendait à Good-Hope. Il lui avait donné, à cause de " l'enchaînement tout providentiel des événement^ " qui avait préparé ce choix et par le sentiment du besoin d'un secours divin tout particulier," le beau nom de Providence qu'il porte encore. Il y fait élever les premières constructions par le F. Boisramé et le P. Gascon, et y travaille lui-même de ses mains consacrées, pendant de longs mois, comme le dernier des manœuvres.

Les admirables missionnaires de ce district, les Pères Grollier, Clut, Gascon, Séguin, Eynard, Grouard multiplent les voyages à la raquette, en canot, en carriole à chiens, à pied, pour visiter les anciennes stations de cet immense district, en établir de nouvelles et porter aux sauvages dispersés l'annonce de la bonne nouvelle. Partout, les missionnaires affermissent les néophytes dans la foi de leur baptême et convertissent ceux qui n'ont point encore entendu ou embrassé l'Evangile.

Yoiei cependant une exception. IjC P. Séguin se rendit en septembre 1862 au Yukon, mission de Saint-Jean, sur le territoire russe, devenu si célèbre depuis par ses mines d'or, et y passa

tout l'hiver. " Il ne goûta pas la moindre consolation, pas le moindre dédommagement pour un long et pénible voyage à travers les montagnes, sous un ciel de fer, lorsque les neiges précoces de septembre venaient glacer les torrents qu'il fallait traverser presque à la nage, où la santé et la vie courent des dangers presque continuels. Le zélé missionnaire passa là un triste hiver. Les quelques sauvages qui se rendirent au fort et qui déjà deux fois avaient reçu la visite d'un ministre protestant, s'attachèrent de préférence à celui qui leur arriva en même temps que le P. Séguin. Le P. Séguin partit du Yukon le 3 juin. Vingt et un jours de marche au milieu des mêmes torrents encore à demi glacés et des autres embarras de la route, le tout enrichi du mérite de voyager avec le ministre qui- lui avait ravi les sauvages, le conduisirent à la mission de Saint-Barnabe. '^ Continuant sa route à travers les montagnes, il arriva à Peel's Eiver, " et, le 14 juillet, il avait le bonheur d'embrasser se^ frères de Good-Hope, après onze mois d'un isolement d'autant plus cruel que l'échec avait été plus complet. " Arrivé ici, écrivait-il à Mgr Taché, je me crois en paradis (1). " Et en effet, le missionnaire éprouve d'ineffables consolations à vivre avec des confrères aimés après de longs mois de solitude. Oui^ " comme elles sont douces et agréables ces relations fraternelles dont on ne jouit que rarement! Elles ont certainement un charme inconnu à ceux qui n'ont jamais senti le vide ni l'inquiétude que l'éloignement de ses frères cause au cœur du religieux (2). "

Le premier missionnaire de " ces plages arides et glacées, " ^^^^ftsTer" " l'avant-garde des hérauts de la Bonne Nouvelle " auprès des p^gromer-. sauvages du Nord, l'héroïque P. Grollier, " épuisé, asthmatique, presque mourant, " voulut tenter encore un voyage en 1862. En onze jours, il alla, ou plutôt il se traîna de Good-Hope au fort Norman. Il se félicite, dans une lettre à Mgr Taché, que " la

(1) Vingt années de Missions , pp. 161-162.

(2) Ibid., p. 159.

saison n'eût pas été bien rigoureuse ; " cependant " le thermomètre centigrade s'était maintenu dans une moyenne de-35®, sans tomber plus bas que-43^ (!)• "

'^ Mais à bout de forces, quoique non découragé, " il ne put aller plus loin et " fut contraint de revenir à Notre-Dame de Bonne-Espérance (2). '' Là, il traîna, durant deux ans encore, une existence pénible, ne voulant point quitter les régions du Cercle Arctique, lui l'enfant de la Méditerranée, mais endurant jusqu'au bout " le martyre du froid. " Le 4 juin 1864, après douze ans d'apostolat, à 38 ans, il remettait son âme à son Créateur, dans le pauvre réduit où il avait fait jusqu'aux derniers jours, avec un zèle qui surmontait toutes les souffrances, le catéchisme aux pauvres sauvages, couché par terre, sur une peau de buffle, les yeux fixés sur le tabernacle de l'alcôve où il conservait l'adorable Eucharistie et dont il avait fait ouvrir la porte. '^ Digne enfant de Marie Immaculée, il mourait de la mort des prédestinés, remplissant d'admiration et de confiance tous ceux qui furent témoins de son trépas (3). " Le P. Grollier est le premier oblat mort dans les missions du Nord-Ouest, bien digne d'ouvrir la marche à ce triomphant cortège d'apôtres qui s'avance de ces régions glacées .vers la céleste Jérusalem.

(1) L'hon. Prendergast, Mgr Taché, article paru dans le Manitoba du 28 juin 1891.

(3) Ihid.

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