L.tfnlr di filons pa
obt.nirdes cardc i'uuc immigration catholique aux menaces de l'immi-
iiques. gration protestante. Pendant vingt-cinq ans, Mgr Taché ap-
pellera à son secours les hommes de bonne volonté des deux Frances : il écrira aux évêques et aux personnages de la province de Québec, aux amis et aux défenseurs de l'Eglise en Europe pour demander l'envoi de colons catholiques. " Vous comprenez assez l'importance de la colonisation chez nous, écrit-il en 1871 au grand lutteur des Trois-Eivières, pour vouloir bien, si Foccasion s'en présente, encourager quelques Canadiens à venir fortifier nos rangs (2)." "Si c'est possible, écrit-il au même l'année suivante, envoA'ez-nous du monde. Si nous n'avons point d'immigration catholique, nous sommes perdus à tout jamais : le flot ontarien de nous déborder de toutes parts (3)." Et encore: " J'ai songé à une circulaire au clergé " de la province de Québec, dans le but d'encourager l'immigration à Manitoba, seul moyen de nous sauver. Si je me détermine à cette démarche, je prendrai la liberté de vous adresser des exemplaires de cette circulaire et Votre Grandeur verrait ce qu'elle voudrait faire à ce sujet (4)."
(1) Lettre au P. Anbert, Saint- Boniface, 17 juillet 1872. — Archives de la Maison générale des Oblats.
(2) Lettre du 1er décembre 1871. — Archives de l'évêché des Trois- Rivières.
(3) Lettre du 4 avril 1S72. — Ihid.
(4 j lettre du 9 mai 1874. — Jhid,
Mgr Taché fît quelque temps après la circulaire qu'il méditait. Tous les évoques do la province de Québec voulurent la souscrire et l'envoyèrent comme un document collectif à leurs prêtres et à leurs fidèles. Ils rappellent que l'Ouest canadien a été découvert par des hommes catholiques et de langue française; que ces pays ont une grande importance dans le présent et en acquerront une plus grande encore dans l'avenir ; que c'est un devoir de religion et de patriotisme pour les Canadiens- Français de la province de Québec de ne point laisser ces immenses régions passer m la possession exclusive d'une autre race.
Non content d'un appel général, il écrivit chaque année im grand nombre de lettres à tous ceux qui pouvaient servir la cause de la colonisation catholique dans le Manitoba. Il envoya plusieurs de ses prêtres dans la province de Québec et même dans les Etats-Unis, pour en ramener des canadiens-français. En 1872, il envoya M. J-Bte Proulx, prêtre de talent, attaché alors à son diocèse, dans la province de Québec '*' pour chercher des émigrants et des acheteurs de terres catholiques. " Il envoya ensuite à plusieurs reprises le vaillant P. Lacombe dans le Bas-Canada et plus tard dans les Etats-Unis pour trouver des colons. " Travaillez pour notre colonisation, écrit-il à celui-ci, autrement nous sommes perdus. Dites-le bien à Mgr de Montréal et aux quelques amis qui nous sont dévoués (1)." ''^ Les ennemis font des efforts gigantesques, ajout 3t-il; il fait mal de voir l'indifférence de nos amis (2)." En 1872, Mgr Taché dissuade le P. Lacombe de profiter de son séjour dans le Bas-Canada pour imprimer son dictionnaire cris, parce que ses courses en faveur de la colonisation en auraient trop souffert (3).
Il s'est toujours trouvé dans la province de Québec certains cuiieuses aiiéesprits étroits qui ont été opposés systématiquement au départ ^^ '*'°^'
(1) Lettre sui P. Lacombe, 4 février 1872. — Collection conservée par le P. Lacombe.
(2) Ihid.
(3) Lettre du 18 juillet 1872. — Ibid.
des colons, quels qu'ils fussent et quelles que fussent les circonstances, pour les autres provinces. " La neuvième partie seulement de notre sol est défrichée, disent-ils : gardons pour nous toute notre population. " " Les nôtres, ajoutent-ils, trouvent ailleurs des obstacles à leur foi et à leur nationalité ; pourquoi iraient-ils où ils courront le danger de perdre leur religion et leur langue? "
Ces hommes voyaient d'un mauvais œil les appels adressés par Mgr Taché en faveur de l'immigration au Manitoba. Quelques-uns d'entre eux, sans doute pour combattre sa propagande dans la province de Québec, entreprirent de le mettre en contradiction avec lui-même; ils prétendirent que dans le passé il avait, dans ses discours, dans ses écrits, spécialement dans son Esquisse du Nord-Ouest, déprécié singulièrement les terres où il appelait maintenant les colons, et qu'il avait longtemps découragé l'immigration qu'il recommandait maintenant.
Nous devons le constater, ces étranges assertions furent répétées avec insistance dans certains milieux et trouvèrent de la créance. Mgr Taché dut à plusieurs reprises prendre la peine de les réfuter. " Vous me demandez, écrit-il a\i P. Lacombe le 26 février 1874, de donner quelques explications pour détruire l'effet désavantageux qu'aurait produit mon Esquisse sur le Nord-Ouest. L'explication est bien facile et la voici: Dites à ces braves gens de lire la brochure et je les défie de trouver quelque chose de désavantageux sur les places que nous voulons coloniser. Ce qu'il y a de désavantageux, c'est sur les plaines désertes, où personne ne songe à aller ou à envoyer les autres. Dans un pays de l'immensité de celui-ci, ce qui est très vrai sur un point est souvent très faux à cent lieues de là, comme partout du reste (1). " " On oublie ou on n'a jamais su ce qui s'est passé, écrit-il une autre fois au même ami, quand on dit que j'ai tout fait pour décourager l'immigration. Il est vrai que quelqu'un a écrit contre Manitoba, mais ce n'est pas moi : tout au contraire, j'ai fait de vifs reproches à celui que j'ai supposé
(1) tî'aivt-Boriiface, 26 février 187-1. — Collection du P. Lacorabe.
AKCllEVÊQUE DE SAINT-BONIFACE 199
être Fauteur de ces lettres. L'ignorance du pays fait que l'on confond ce que j'ai dit sur certaines parties du Nord-Ouest avec ce que j'ai dit sur Manitoba. En 1858, j'ai fait un chaleureux appel à nos compatriotes pour les inviter à venir ici... En 1868, j'ai écrit mon Esquisse^ bien mal comprise par quelquesuns ... Je me suis récrié contre des exagérations ridicules, mais pas plus que cela. Enfin, c'est une misère comme une autre !... (1)."
Oui, mais une misère qui, il semble, eût dû être épargnée au grand pionnier de l'Ouest, à celui qui, plus que tout autre, a travaillé à y établir et à y maintenir la race française. En tout cas, c'est une preuve de plus que certains bruits trouvent d'autant plus de créance dans les esprits prévenus par une passion qu'ils sont plus absurdes.
Revenons aux travaux du j)rélat pour sauver du naufrage la race catholique française dans sa patrie d'adoption.
Ses efforts furent couronnés de succès. Un courant d'immi- Résultats.
Formation de
gration s'établit du Bas-Canada et même bientôt après des nouvelles
° -^ paroisses.
Etats-Unis vers les prairies de l'Ouest. Les anciens centres catholiques furent fortifiés; de nouveaux furent créés. C'est une sorte de loi providentielle que la race française se développe au Canada dans la dépendance d'une nation rivale et hérétique, comme autrefois les Hébreux sous la domination de l'Egypte idolâtre. Cette loi se vérifie particulièrement dans les anciens Pays d'en Haut à l'époque où nous sommes. Loin de disparaître, la race française catholique augmente en nombre et en puissance, mais ordinairement en sentant la domination de la race rivale.
I^e 21 août 1871, un groupe nombreux de Canadiens-Français, de Montréal, de Saint-Jacques de l'Achigan, de Saint-Cuthbert et de l'Assomption, se réunissent dans le sanctuaire de Notre- Dame de Bon-Secours, à Montréal, assistent à la messe et y communient, puis se mettant en route pour les Pays d'en Haut, arrivent à Saint-Boniface le 20 septembre suivant, et commencent
(1) Saini-Boniface, 25 avril 1876. — Ibid.
200 vu: de mgu taché, o. m. i.,
leurs établissements de divers côtés, à Saint-Boniface même, dans les environs, à Sainte-Anne-des-Chênes (1). Ce voyage, mis sous la protection de la Vierge bénie par un pèlerinage à un de ces sanctuaires les plus célèbres, " ne rappellc-t-il pas, remarque le narrateur, la noble conduite de nos vieux ancêtres, alors qu'ils s'embarquaient à Brest ou à Saint-!Malo pour venir aider les missionnaires à convertir les peuplades infidèles du Canada (2)?" ff-ondation de Un autrc groupe de Canadiens-Français arriva au printemps 1871-72. ' de 1872. De nouvelles paroisses vont se former presque chaque année ])ar l'arrivée des nouveaux colons.
Avant le transfert déjà, M. Ritchot, autrefois curé de Sainte- Agathe-des-Monts, dans le diocèse de ^lontréal, avait commencé à établir une autre Sainte-Agathe auprès de lui. Il avait donné ce nom à une région située au sud de Saint-Xorbert, et où quelques métis s'étaient fixés. Telle est la première origine de Sainte-Agathe du Manitoba, extension ou démembrement de Saint-Xorl>ert, création die M. Ritchot et de ses métis (3).
Après le transfert, d'autres métis s'y établirent, puis des Canadiens-Français. Mgr Taché y érigea une mission régulière. M. Ritchot y construisit une première chapelle de 20 pieds par 30 en 1871 ou 1872. Elle est aujourd'hui détruite. Les registres datent du 5 février 1872; ils s'ouvrent par le baptême de Jean- Baptiste Morin et comprennent, cette année-là, 7 baptêmes, 1 mariage et 5 sépultures. La nouvelle paroisse recevra l'année suivante son premier prêtre résidant dans la personne du Rév. Jean-Baptiste Proulx, arrivé au Manitoba en 1870, retourné dans la province de Québec en 1874, devenu plus tard professeur distingué au Séminaire <3e Sainte-Thérèse, et vice-recteur de l'Université Laval à Montréal, aujourd'hui (1904) curé de Saint-Lin,
(1) Le Hétis, n^'clii 21 sept. 1S71.
(2) I^ Métis, n'' du 15 mai 1872.
(3) Il fatit venir jusqu'en 1886 pour trouver le pranier nom canadienfrançais inscrit dans les registres.
AHCHKVÊQL'E DK SAINT-BON'IFACE 201
Presque chaque année, Mgr Taché visite tous les centres ca- visita d.- Mgr tholiques, pour encourager les nouveaux colons, répandre sur parfiisses" tous les divines vertus de son sacerdoce principal. Là il bénit une nouvelle chapelle; ici il consacre la première cloche qui va convoquer les fidèles à la prière, chasser les démons et réjouir les anges; ailleurs il préside une première communion, administre le sacrement de confirmation.
Le 11 mars 1872, il visite Sainte-Anne de la Pointe de Chênes; M. Joseph Xolin lui lit une adresse vibrante de reconnaissance, pour le remercier d'avoir sauvé le pays de la guerre civile et de l'anarchie en 1870 et d'avoir depuis défendu avec tant de dévouement la nation métisse (1).
Le 12 mai suivant, il visite Saint-François-Xavier et le 15 administre le sacrement de confirmation à la Baie Saint-Paul (2).
Dans les premiers jours d'octobre, il visite la mission de Pembina, desservie par le P. Simonet, 0. M. L, et celle de Saint- Joseph du Dakota, desservie par le P. Le Floch, 0. M. I. Cette visite lui prend huit jours environ (3).
Nous avons vu la première messe se célébrer à Winnipeg en u.-.^.eioppement 1869. Après le transfert, la capitale de la nouvelle province <!« '"'innipeg. prit un développement continuel et rapide. Les arrivants étaient en grande majorité protestants; beaucoup même étaient orangistes ; mais il vint aussi des Irlandais, des Ecossais, des Anglais catholiques, qui peu à peu composèrent un groupe distinct. Mgr Taché les fit d'abord desservir par un Oblat de l'archevêché, le P. Baudin 0. M. L Le service divin se faisait dans la chapelle l'Académie Sainte-Marie. Le P. Baudin s'y rendait non seulement le dimanche, pour les offices, mais de temps en temps dans la semaine pour y dire la messe et entendre les confessions, pour visiter les familles. En 1873, la chapelle se trouvait " déjà bien petite et insuffisante (4)."
(1) Le Métis, n" du 27 mars 1872.
(2) Le Métis, n"^ du 15 mai 1872.
(3) Le Métis, n" du 12 octobre 1872.
(4) Rapport du P. Tissot au chapitre général de 1872. — Dans les Missions de la Congrégation des Oblats de M. I., t. XI, p. 343.
" Nous nous proposons, écrit Mgr Taché "au Kme P. Fabre le 17 juin 1873, de bâtir cette année une maison pour les Pères. Ce sera le commencement d'un établissement, sur la prospérité duquel il est permis de fonder de légitimes espérances. La Compagnie de la Baie d'Hudson a promis de me donner un terrain non loin du Fort Garry. Je destine ce terrain aux Pères; c'est là que seront construites leur maison et leur église (1). "
En effet, au printemps suivant, l'Archevêque fit bâtir sur le terrain donné par la Compagnie de la Baie d'Hudson, un presbytère-église qu'il donna à ses frères en religion (2).
" Le choix de l'emplacement ne plut pas à tout le monde, parce qu'il se trouvait alors en dehors de la ville. Mais, précisément à cause de cela, le prélat pouvait avoir un terrain plus considérable et à un prix modique; les catholiques allaient se grouper autour de leur église et former un quartier nouveau où dominerait leur religion (3)." C'est ce qui est arrivé. Les Oblats ont fait peu à peu de leur résidence de Sainte-Marie la plus belle maison de leur ordre dans l'archidiocèse de Saint- Boniface, et de la paroisse, l'une des paroisses les plus florissantes qui s'y trouvent.
Ecole*. Pour Mgr Taché, l'éducation était une partie de la religion,
parce que la religion devait être l'âme de toute l'éducation. Aussi il avait toujours les yeux sur son cher collège, visitait souvent les classes, assistait à tous les examens et à toutes les séances extraordinaires, connaissait et encourageait tous les élèves. Le collège comprenait alors 36 élèves, et continuait d'être dirigé par le P. Lavoie. O.M.L, qui était aidé par 3 professeurs. La plupart des élèves étaient musiciens et jouaient des instruments de manière à faire l'admiration de tous ceux qui les entendaient.
(1) Saint-Bonifaco, 17 juin 1873. — Arcliives de la Maison générale des Oblats.
(2) Le Itas de la maison servait de résidence aux Pèras, le hant d'église ; on montait à l'église par un escalier placé an pignon. I^a maison était isolée an milieu d'un ctiainp. Elle a été transportée à quelque distance en 1900, et est aujourd'hui l'hospice Saint-Joseph.
(3) Mgr Grand in. (iuchjue.s Notes sur Mgr A. Taché, 0. M. J.
. L'Archevêque suivait dans les plus minutieux détails toutes les écoles de son diocèse.
En 1873, il y avait 17 écoles primaires dans le diocèse de Saint-Boniface (1).
1** l'école élémentaire du collège, avec 2 maîtres, l'un de français, l'autre d'anglais, ayant 17 élèves (3) ;
3** l'école élémentaire des filles, tenue dans une des salles de l'Orphelinat par les Sœurs Grises, ayant 35 élèves dont 17 externes ;
3* V Académie Sainte-Marie, alors rattachée à l'arrondissement de Saint-Boniface, tenue aussi par les Sœurs Grises, ayant 35 élèves, dont 19 garçons et 15 filles;
4", 5% 6<* trois écoles à Saint-François-Xavier : l'école des Sœurs Grises ayant 76 enfants ; celle du has de la paroisse, en ayant 35, et celle du haut, en ayant 85 ;
7" l'école de Saint-Laurent du lac Manitoha, tenue par le F. Mulvihill, dans la maison même des Pères oblats, ayant 39 enfants, dont 32 garçons et 17 filles;
8° l'école de la Baie Saint-Paul, récemment fondée, ayant 25 enfants qui tous en sont encore au syllabaire;
9° l'école de Sainte- Anne de la Pointe de Chênes, ayant plus de 50 élèves;
10" l'école de Saint- Vital, tenue paroles Sœurs Grises, a3^ant 64 élèves, dont 38 garçons et 26 filles;
11° l'école de Saint-Charles, où le français est enseigné par le missionnaire et l'anglais par une maîtresse, ayant 52 élèves, dont 31 garçons et 21 filles; il y a en outre à Saint-Charles une classe du soir pour les jeunes gens, faite par l'un des commissaires, M. Power;
12°, 13°, 14° et 15°, quatre écoles à Saint-Xorbert : la principale, près de l'église, tenue par les Sœurs Grises, fréquentée par
(1) Voir le premier Rapport du Surintendant de VlnHniclion publique pour les écoles catholiques de la province de Manitoha, année 1872. Le Métis, n" du 22 mai 1872 et suivants.
(2) Les chiffres donnés ici sont ceux des élèves présents lors de la visite du surintendant.
61 élèves; la seconde, tenue par une personne du pays, Mlle Delorme, comptant 33 enfants; la 3e à la Pointe Coupée (1), ayant 28 élèves, dont IG garçons et 12 filleis; la 4e, dite Chez les Saint-Germain, fonctionnant depuis quelques semaines, ayant 25 enfants ;
16" et 17" deux écoles à Sainte- Agathe : celle de la Pointe à Grrouette, ayant 41 enfants en moyenne; celle de la Rivière aux Gratias (2), établie par l'initiative privée.
" Sur le chiffre de 17 écoles actuellement ouvertes à 639 enfants des deux sexes, conclut le Surintendant dans son premier rapport, huit étaient ouvertes avant 1870 : c'étaient celles de Saint-Boni face, de Saint-François-Xavier, de Saint-Vital, de Saint-Xorbert, de Saint-Charles et de la Pointe de Chênes .... Sept ont été fondées depuis, à savoir les écoles de Saint-François-Xavier ouest et est, de la Baie Saint-Paul, de chez Tonrond, de chez les Saint-Germain, de Sainte-Agathe nord et do la Eivière aux Gratias ... Ce fut un des premiers soins de l'illustre évêque Provencher de s'occuper de la question d'éducation; les sacrifices qu'il s'imposa furent considérables, et malgré l'extrême dénuement du zélé prélat, il put faire commencer un cours régulier d'études à quelques enfants dès 1833. Plus tard, en 1844, il obtint des religieuses, et put dès lors espérer voir l'instruction élémentaire et l'éducation prendre une assiette permanente et régulière dans les paroisses. . . L'illustre successeur du prélat missionnaire, Sa Grandeur Mgr Taché n'a pas consacré moins de temps, de soin et de sollicitude pour l'éducation que son regretté prédécesseur. I"n pliLS grand succès à couronné ses nobles efforts ... Ce serait donc se tromper gravement que de croire que l'éducation était nulle dans la colonie de la Eivière-Rouge avant son changement de régime politique. Le soussigné dans la plupart des cas, n'a eu qu'à recommander aux écoles nouvelles de prendre les anciennes pour exemple (3)."
(1) Aujourd'hui (1904), Saint-Adolplie.
(2 j Ou plutôt Grarjuias (aujourd'hui Morris), nom vulgaire au Canada du gaillet-frratteron.
(3) Dans le Métis, n° du 12 juin 1872.
AHCllEVKQnE DE SA 1 NI -BON IFACE 205
Bien plu;?, los nouvelles écoles recevaient leurs meilleures maîtresses des écoles des Sœurs Grises. " S'il m'était permis d'exprimer im vœu, disait le rapporteur que nous venons de citer, ce serait celui de voir l'enseignement des écoles élémentaires présenté comme carrière aux jeunes filles du pays élevées et instruites ])ar les RR. SS. de la Charité (1)."
Voici l'état général des missions de l'archidiocèse de Saint- Missionnaires
*-■ et missions
Boniface en 1873. dei-archi-
dlocèse
Il y a 16 oblats: 12 Pères, 1 Frère scolastique et 3 Frères con- emsTs. vers: répartis en 7 résidences, l'Archevêché, le collège, Saint- Charles, Saint-Laurent de Manitoba, Saint-Florent du lac Qu'Appelle, Pembina et Saint-Joseph.
A l'archevêché sont, avec Mgr Taché, les Pères Maisonneuve, Tissot, Baudin et le F. Jean Glénat ; au collège, le P. Lavoie ; à Saint-Charles, le P. Allard et le F. Saint-Germain; à Saint- Laurent, les Pères Camper, McCarthy et le F. Mulvihill; à Saint-Florent ou Qu'Appelle, les Pères Lestanc et Decorby; à Pembina, le P. Simonet et le F. Doyle; à Saint-Joseph, le P. LeFloch (2).
Quelques mois plus tard, le P. Lacombe fut envoyé de Saint- Albert dans l'archidiocèse de Saint-Boniface et devint le premier supérieur local et le premier curé de Sainte-Marie de Winnipeg. Il fut remplacé dans le diocèse de Saint-Albert par le P. Lestanc,
En outre il y a dans l'archidiocèse cinq ou six prêtres séculiers : M. George Dugas, à Saint-Boniface; M. Eitchot à Saint-Xorbert; M. Proulx, à Sainte-Agathe; M. Kavanagh, à Saint-François-Xavier ; M. Giroux, à Sainte-Anne-des-Chênes ; M. Forget Despatis au collège, outre plusieurs ecclésiastiques, MM. Quevillon, Perras et Perriu.
Le 23 septembre de cette année (1873), M. Proulx ramenait de la province de Québec par la route Dawson: le Bév. J. D.
(1) Dans le Métis, n" du 12 juin 1872.
(2) Lettres de Mgr Taché au P. Anbert, Saint-Boniface, 17 juin 1873 *, rapport du P. Tissot au chapitre général, 1873; Missions de la Congrégation des Oblats de M. L, t. XI, pp. 311-347.
Fillion, né en 1845 à Saint-Hermas, ordonné prêtre à Sainte- Thérèse en 1870, que nous rencontrerons souvent dans le cours de notre récit; le Rév. Cyrille Samoisette, né à Saint- Jean d'Iberville en 1841, ecclésiastique, que nous verrons ordonné par Mgr Taché en 1875 et qui mourra curé de Sainte-Agathe en 1891; le Eév. Cyrille Saint-Pierre, né à Saint-Hippolyte, qui sera curé à la Baie Saint-Paul, que l'état de sa santé forcera en 1881, à chercher un climat plus doux, aujourd'hui (1904) chapelain dans un hôpital sur les bords du Golfe du Mexique; François Hughes, professeur au collège de Saint-Boniface pendant environ dix ans, aujourd'hui bibliothécaire au Parlement d'Ottawa, '''•p^rt défini- Le vénérable doyen des missionnaires du Nord-Ouest, ^I. Thi-
tlf de -' . '
M. Thibault bault avait quitté le Manitoba au mois de septembre 1872, " par un motif de piété filiale ", '"' pour aller porter secours à sa vieille mère. " Nous avons une lettre où Mgr Taché le recommande avec instance à la bienveillance de l'archevêque de Québec. " M. Thibault, lui dit-il, est non seulement mon grand vicaire, le doyen de nos missionnaires, dont le zèle nous a prodigué de si nombreux et de si bons exemples, c'est encore pour moi un ami de cœur. Son absence me laisse dans un isolement qu'il me tarde de voir abréger, en sorte que je vous serai très reconnaissant de ce que vous pourrez faire pour lui, mais surtout de ce qui pourrait le mettre à même de revenir bientôt, dès cet automne même, si c'était possible (1). "
Mais M. Thibault ne revint pas dans le diocèse de Saint- Boniface. Il fut nommé curé de Sainte-Louise, puis de Saint- Denis, dans le diocèse de Québec et mourut à Saint-Denis le 4 avril 1879, à l'âge de 68 ans. Il avait passé 39 ans et 4 mois dans le Nord-Ouest, sous Mgr Provencher et Mgr Taché, au service des sauvages et des métis.
Sollicitude MgT Taché étendait sa sollicitude à tout son ancien diocèse, à
pour la "^ , , \
colonisation CCS vastcs tcrritoircs du Nord-Ouest, devenus maintenant l'he-
du N.-O. '
(1) Lettre <lii 12 septembre 1872 à Mgr ïaschereau. — Archives de l'arclievéché de Québec.
AKCIIKVHQFK l)H SAIXT-HOXIFACE 207
ritage de son coadjuteur d'autrefois. "Recommandez bien à vos gens, écrit-il à Mgr Grandin le 24 août 1871, de prendre des terres^ de les marquer au moins par des poteaux, et, si vous le pouvez, ouvrez une espèce de registre de ces terres et cela dans toutes vos missions. Taillez large pendant que vous en avez la facilité (1). "
Ce conseil se trouve dans un grand nombre de lettres du prélat.
" Je pense que pour l'avenir de votre diocèse, lui écrit-il le 19 février 1872, vous feriez peut-être bien de parcourir la rivière Siskatchiwan jusqu'à son embouchure pour y choisir des places et vous y assurer des terrains. La Pointe à la Fourche des Gros Ventres sera une place importante, ainsi que la traverse actuelle (2). "
Quelques jours après, il ajoute : " Il faut que vos gens divisent entre eux personnellement les terres qu'ils ont choisies collectivement. Toute propriété individuelle sera reconnue, tandis que les propriétés en commun n'ont pas la même chance (3)."
Avant le transfert de la colonie d'Assiniboia au Canada, Mgr Taché avait engagé tous ses fidèles à prendre des terres et à s'y établir; ce conseil avait été suivi par un grand nombre; il en était résulté la formation de centres français puissants, de paroisses régulières. Il donne maintenant le même conseil aux catholiques du ISTord-Ouest, pour qu'il s'y forme aussi des centres durables.
Evêqne de l'Eglise catholique, Mgr Taché étend ses sollicitudes à tout le Canada, bien plus à toute l'humanité régénérée par le Christ.
Il suivait à cette époque d'un œil inquiet l'introduction du sollicitudes libéralisme doctrinal au Canada. " Vous me parlez " de per- universelles sonnages infectés du libéralisme, écrit-il à Mgr Laflèche dans le cours de l'année 1872. ''Quel triste sujet! Quel avenir on
(1) Arcliives de l'évêché de Saint-Albert.
(2) Ihid.
(3) l^ettre à Mgr G.randin, Salnl-Boniface, 9 aoiit 1872. — Ihid.
nous prépare ! Espérons que les excès mêmes ouvriront les yeux aux plus aveugles . . . Xous aurions besoin de nous cramponner aux principes; et on a la douleur de les voir sapés par ceux mêmes qui devraient les défendre, les soutenir et les enseigner (1). "
L'Archevêque de Saint-Boniface s'était réservé un jour, durant son dernier voyage au Bas-Canada, pour aller aux Trois-Eivières s'entretenir avec le grand adversaire du libéralisme ; mais un dérangement des bateaux l'avait privé de cette consolation. " J'aurais beaucoup aimé parler de toutes ces choses avec Votre Grandeur, lui écrit-il ensuite; nous sommes deux ii'tos bridées, et ça nous aurait fait du bien de chauffer du même feu (2). "
Les encouragements de l'Archevêque de Saint-Boniface soutinrent, qui ne le sait? la vaillance du grand athlète des Trois- Eivières.
îkigr Laflèche se rendit à Eome à la fin de l'hiver de 1873, pour y dénoncer les agissements du libéralisme doctrinal au Canada. Mgr Taché lui donna pour le Souverain Pontife une lettre où il signalait le péril du libéralisme. " Vous savez que sur toutes les questions dont vous me parlez, lui écrit-il le 10 Janvier, je sympathise tout à fait avec vous; vos idées sont les miennes; je fais des vœux pour le complet succès de votre mission (3). " Mgr Laflèche fut écouté à Eome avec l'atttention que méritaient son caractère et la cause qu'il y était venu traiter. " Je vous félicite de votre succès, dans une mission si délicate et si difficile, lui écrit Mgr Taché à Eome même le 10 mai. Espérons que tant d'efforts pour le triom])ho de la vérité en assureront le succès d'une manière complète. " Mais déjà certains " journaux nous ont montré que les commentaires ne sont pas toujours dans l'esprit des décisions. Enfin, partout où il y a des hommes, il y a de Vhommcric (4)."
(1) Lettre (lu 4 avril IS72. — Archives de l'évrilié des Trois-Rivières.
(2) Ibid.
(3) Ihid.
(4) IIÀd.
ARCHEVÊQUE DE SAIXT-BOXIFACE 209
A la même époque, il déplore souvent dans ses lettres intimes les divisions que le libéralisme introduisait, " ces querelles religieuses qui font d'autant plus de peine qu'elles sont livrées au public par un appel auquel il n'a pas mission de répondre convenablement, (1)" les polémiques ardentes entre "les journaux catholiques " qui s'attaquent mutuellement " d'une manière scandaleuse (2),"' et même ju>quo parmi les ecclésiastiques et les évêques (3).
Les épreuves du Saint-Siège l'affectaient plus que toutes les autres. " Mon Dieu, écrivait-il au P. Aubert le 17 juillet 1872, quand finiront ces bouleversements? Quand le Chef de l'Eglise sortira-t-il de la sacrilège captivité où le tiennent des fils impies et dénaturés ? Oh ! Que sont nos petites misères en face du traitement que l'on fait subir à l'auguste captif du Vatican (4) ?"
Au sein de l'Eglise et dans l'ordre de la régénération spiri- t^s maïadua tuelle et du salut, les progrès ne se font que par le sang et les vlque/*^^*^' larmes. Mgr Taché est un fondateur, l'un des plus grands fondateurs d'églises au XIXe siècle : il faut que ce serviteur privilégié de Dieu soit une victime, s'immolant sur la croix avec la divine Victime. La grâce de la souffrance a été sa compagne inséparable depuis le commencement de sa carrière de missionnaire; maintenant que les difficultés semblent grandir avec l'arrivée des colons et l'envahissement de la civilisation, sa passion va augmenter. Pendant les vingt ou vingt-cinq années qui lui restent à vivre, il sera presque continuellement malade. Il souffrira bientôt d'une cruelle infirmité contractée dans ses courses apostoliques et qui le conduira au tombeau, la pierre. En 1873, il souffre pendant de longs mois d'un mal de jambe.
"Vers le 5 ou le 6 décembre" 1873, le prélat sent une tu- Mai dp jambe meur à la jambe droite. Il n'y attache d'abord aucune importance. Mais le 17, il lui faut garder le lit. Durant plus de
(1) Lettre à Mgr Grandin, Saint-Boniface, 9 août 1872. — Archives de l'évêché de Saint-Albert.
(2) Lettre au même, Saint- Bonif ace, 8 décembre 1872. — Tlnd.
(3) Lettre au même 9 août 1872.
(4) Archives de la Maison générale des Oblats.
210 VIE DE MGK ÏACllÉ. O. M. I.,
trois mois, il ne peut guère aller plus loin que de son lit à son fauteuil " disposé en forme de lit aussi, " parce que l'infirmité ne lui permet pas de demeurer " les jambes pendantes. " Il se trouva mieux vers la fin de février et crut même que la maladie touchait à son terme. Mais, oubliant " l'état de faiblesse " où il était encore, il s'occupa activement "de quelques mesures importantes " qu'il désirait faire passer devant le parlement de la province. "Ce travail eut pour résultat de provoquer une nouvelle attaque du mal. Cette épreuve n'était point encore terminée que voilà la jambe gauche qui suit le mauvais exemple que lui a donné la droite, en sorte, dit le malade, que je ne sais quand je pourrai marcher (1). "
Le prélat écrit le 4 mars au Supérieur général des oblats: " Pour vous tracer ces lignes, je suis forcé à prendre une position qui n'améliore pas mon talent ordinaire de calligraphe (2)." Il écrit le 15 mars au P. Aubert: "Je n'ai pas paru à la cathédrale depuis le 8 décembre (3) ; " et à Mgr Grandin : " Je n'ai dit la messe que sept fois depuis trois mois (4). " Il écrit le 26 mars au P. Lacombe: "Depuis le 8 décembre, je n'ai pu aller à l'église que le jour de Pâques et seulement pour assister à la messe et y prêcher assis. Je suis mieux, sans être guéri. Je ne puis encore faire que quelques pas et ne puis pas m'asseoir les jambes pendantes sans inconvénient (5). "
Un mois plus tard, il écrit au P. Lacombe, alors en France: " Je vous remercie d'avoir pensé à moi auprès de Notre-Dame de Lourdes; mais je ne sais pas si vous avez bien fait de demander ma guérison. Il serait peut-être mieux que je disparusse de la scène. Dans tous les cas, je me contente de demander au bon
( 1 ) lettre à Mj^r Grandin, SniMl-Boîiiface, 15 mars 1873. — Archives de révêclié de .Saint-Albert.
(2) Lettre au Unie P. Fabre, Saiul-Bonifacf, 4 marx lS7o. — Arcliives de la Maison fri'nt'rale des Oblats.
(.3) Lettre an R. V, Aubert, S(tint-Bon[fnce, 15 mars ISTo. — Ibid.
(4) Lettre à M<:r <Jrandin, Saint-Boniface, 15 mars 1S78. — Archives de l'évCclié de Saint-Alliert.
Ih^ l^ettre au P. Lacombe, Sau^i-Bonifaci', 20 mars 1873. — Collection ilu V. Lat'onibi'.
Dieu que sa sainte volonté se fasse : Je ne refuse pas de vivre et je ne me trouble pas beaucoup à la pensée de vivre infirme : c'est pour le coup que ma vie sera inutile pour les autres; priez pour qu'elle soit utile pour moi-même (!)•"
Certes, Mgr Taché était utile à lui-môme et à tout son troupeau: il continuait d'entrer dans tout le détail de son évêclié comme de toutes les églises de son archidiocèse. Il disait un jour avec tristesse: "Je dois négliger une foule de choses que je tiens pourtant à faire et qui devraient être faites. Hélas! La besogne augmente et les moyens d'action diminuent (3).'^ Mais lui seul était à s'apercevoir que sa direction ne s'étendait pas à tout : de son lit ou de son fauteuil il voulait savoir tout ce qui se faisait dans son palais, dans sa ville épiscopale, dans toutes les missions, prévoyait tout et pourvoyait à tout.
Au printemps, presque tout le personnel de l'archevêché fut éprouvé par la maladie. " Le P. Maisonneuve n'a pas dit la messe depuis 23 jours, écrit-il au P. Lacombe le 30 avril;" il a de plus au doigt, " un mal qui lui fait souffrir le martyre. Le P. Tissot a été malade et n'est pas fort. Le F. Jean est bien faible, il a été alité la semaine dernière. M. Proulx est malade à l'archevêché : en sorte que ma maison est un vrai hôpital. Si vous visitez l'hôtel des Invalides, conclut-il — le P. Lacombe était alors en France, nous venons de le dire, — vous penserez à nous. Vous y penserez surtout dans tous ces sanctuaires que la piété a prodigués sur la noble terre de France (3)."
Une autre épreuve affligea l'Archevêque et toute sa maison au même printemps. Vers le milieu de mars, un incendie détruisit la boulangerie du palais archiépiscopal, "avec cent sacs de farine et tout le reste de ce qu'elle contenait, ainsi que le hangar adjacent." C'était "une perte d'au moins^300 (4)."
(1) Saint-Boniface, 30 avril 1873. — Collection du P. Lacombe.
(2) Lettre an Rme P. Fabre, Montréal, 23 mars 1887. — Archives de la Maison générale des Oblat*.
(3) Lettre du 30 avril 1873.
(4) Lettre à Mgr Grandin, Saint-Boniface, 15 mars 187;!. — Archives de l'évêché de Saint-Alhert.
Vue rétrospective sur les voyages du prélat.
La maladie de 1873 marque une division dans la vie de Mgr Taché. Jusqu'alors le prélat a beaucoup voyagé, en canot, à cheval, à pied, en raquette ; à l'avenir il ne perdra rien de l'activité de son esprit, et voyagera encore, mais bien souvent il sera confiné, comme il vient de l'être, dans sa chambre et même sur son lit.
" Pendant les longues heures de Tinaction,'" où le réduisait la maladie, il repassa dans son esprit " les voyages de long cours " qu'il avait faits depuis qu'il était " missionnaire et oblat de Marie Immaculée;" il en fit le relevé, "ne comptant que les distances en ligne droite du point de départ au terme de ces différents voyages, omettant tous les voyages incidents en Europe et en Canada, " ainsi que " toutes les distances moindres de 100 kilomètres (1). " Il envoya ce tableau au Eme P. Fabre.
Dirons-nous que ce relevé et cet envoi avaient pour l)ut de réfuter certaines allégations de paresse et de négligence dirigées contre lui ? Nous ne nous étonnons pas de ces accusations : à toutes les époques, les hommes de Dieu ont été en butte à des accusations même étranges.
Voyages de Mgr Taché.
Kilomètres.