‹ Vie de Mgr. Taché, archevêque de St.-BonifaceChapitre 28 sur 81 · DEMARCHES TOUR OBTENIR UN COADJUTEUR · texte numérisé non relu

DEMARCHES TOUR OBTENIR UN COADJUTEUR

Une affaire occupa beaucoup Mgr Taché les dix dernières an- ^^"^g^^^^^j^^ç^ nées de sa vie et se trouva inachevée lorsqu'il mourut, ce fut le gj^^^^poùj.' choix et la nomination d'un coadjuteur. uordne'urs

La plupart des congrégations religieuses n'aiment pas voir rl^g'^co^l leurs membres promus à l'épiscopat. Elles ont peur que l'ambition des dignités ecclésiastiques ne vienne à se glisser dans leurs religieux et ne ruine en eux l'humilité, fondement de toutes les vertus. Elles craignent aussi de s'appauvrir elles-mêmes en laissant les religieux les plus distingués porter en dehors d'elles les ressources de leurs talents et de leurs vertus: bataillons d'élite, qui, pour demeurer capables des plus grandes choses, répug-nent à voir leurs soldats et surtout leurs officiers promus au grade de généraux dans des corps étrangers. Enfin les clercs réguliers établis en ces derniers siècles, ont le caractère d'auxiliaires du clergé hiérarchique, et vont aux églises pour y remplir des ministères féconds, mais transitoires, non pour en prendre le gouvernement ordinaire: pour employer des expressions qui tendent à devenir universelles, ce sont des clercs extrahiérarchiques, qui sont dans la communion de l'Eglise universelle, sans être titulaires d'aucune Eglise particulière.

Chacun sait que la Compagnie de Jésus, le plus illustre de Eioignemeut

'■ ^ '=' 7 r ^ spécial de la

ces bataillons choisis, défend expressément et strictement à tous congrégation

' '^ des Oblats.

ses membres de recevoir les dignités ecclésiastiques à moins d'un ordre exprès du Souverain Pontife. La Congrégation des Oblats de Marie Immaculée a le même esprit : elle ne consent que sur un ordre du Pape que ses membres deviennent évêques dans les anciennes églises oii il y a un nombreux clergé séculier; elle ne

St-Bonlface.

souffre volontiers leur élévation à Tépiscopat que dans les pays de mission qu'elle évangélise et où il est nécessaire, pour les progrès mêmes de la foi, qu'un oblat soit à la tête des oblats. ^des°s^upé^^ Or, dans le diocèse de Saint-Boniface, le clergé régulier est

Jéurs^p^uV encore en majorité; les évêques suffragants sont tous Oblats et nomînauorf Ont un clcrgé prcsquc exclusivement composé d'Oblats. Mais au"siège<ie d'autre part, les prêtres séculiers sont déjà en assez grand nombre, occupent les paroisses les plus anciennes, les mieux établies et les plus populeuses; plusieurs d'entre eux peut-être préféreraient voir un séculier à leur tête.

Pour ces raisons contraires, la Congrégation des Oblats montra alternativement de l'inclination ou de l'éloignement pour que la 'succession de Mgr Taché passât à un de ses frères en religion. A plusieurs reprises, le Rme P. Fabre et ses assistants se persuadèrent que la Congrégation devait faire, à la mort de Mgr Taché, ce qu'elle avait fait en 1875, à la mort de Mgr Guignes, travailler à faire prendre dans le clergé séculier le successeur de l'évêque oblat ; mais, à d'autres moments, ils se laissèrent gagner par les instances faites de toutes parts pour la nomination d'un nouvel archevêque oblat.

Quant à Mgr Taché lui-môme, il désira toujours avoir un Oblat pour successeur. Nous l'avons vu prendre de bonne heure Mgr Grandin pour coadjuteur avec future succession. Quand les instances de celui-ci et la force des événements eurent érigé le siège de Saint-Albert et transformé le coadjuteur de Saint- Boniface en évêque titulaire de Saint-Albert, Mgr Taché ne se pressa pas beaucoup de se donner un autre coadjuteur. Plusieurs ont pensé qu'avec son esprit d'initiative qui embrassait les détails comme l'efisemble, il craignait de faire peut-être à un coadjuteur, résidant cette fois-ci auprès de lui et vivant dans les mêmes lieux, une position inférieure et comme effacée. Mais la suite elle-même des événements et les circonstances dans lesquelles l'Archevêque noua les premières négociations feront comprendre à un lecteur intelligent que les vraies causes de ces délais étaient tout autres.

AECHEVEQUE DE SAINÏ-BONIFACE 537

Nous devons donner quelques détails sur les démarches faites ^"observation par l'Archevêque à cette occasion. II a été accusé de manquer d'estime et d'attachement pour sa Congrégation; ce reproche est grave, car quoi de plus répréhensible pour un enfant que de ne pas aimer sa mère? Il nous est souvent impossible de réfuter ces allégations fausses et même de les signaler, par respect pour des personnages vivants ou pour des morts dont les cendres ne sont pas assez refroidies. Xous avons, dans la question du coadjuteur, une occasion des plus favorables pour montrer, sans offenser personne, combien ]\Igr Taché a toujours eu d'attachement, nous devrions dire, de dévotion pour sa famille religieuse.

Nous avons vu le grand vicaire de Mgr Taché, le P. Tissot, sollicitations mourir au mois d'août 1885. La nécessité de nommer un nou- veque après

la mort du

veau vicaire gênerai fournit au prélat l'occasion de demander un p- Tissot. coadjuteur pris de la Congrégation. Il écrit au Eme P. Fabre le lendemain même des funérailles : " La mort de mon grand vicaire, plus jeune que moi, me dit assez que je dois songer à la mienne, et, en y songeant, je dois penser à un successeur. Je ne vois personne sur qui je puisse jeter les yeux, et pourtant il est important que mon successeur soit un Oblat. Vous me soulageriez beaucoup si vous vouliez m'indiquer l'homme de votre choix, lors même que vous ne pourriez pas le mettre près de moi tout de suite (1). "

Quatre mois après, il renouvelle sa demande en présentant un plan d'exécution : " Faites, dit-il au Supérieur général des Oblats, faites le choix d'un homme supérieur qui sera de suite mon vicaire général et bientôt après mon coadjuteur cum futura successione. Je dis de suite mon vicaire général, car il faut moins de préparation, et la chose peut se faire sans retard. Puis il est mieux que le futur successeur puisse s'initier aux nécessités de notre position, avant d'être environné des embarras de la dignité épiscopaïe. Un an ou deux d'apprentissage

(1) Saint-Boniface, 8 août 1885. — Archives de la Maison générale.

538 vu: de yiGii taché, o. m. i.,

dans ce pays est une nécessité, car il est une certaine expérience que la théorie ne j^eut pas suppléer. Pendant c^e teui|)ti, le nouveau venu ira partout, verra tout et nous ferons tout ce qu'il faudra pour obtenir le plus tôt possible son élévation à l'épiscopat. De grâce donc, mon T. E. et bien cher Père, veuillez faire votre choix immédiat€ment, sans antre retard que ceux qui sont nécessités par l'urgence d'un choix tout exceptionnel. Que . celui que vous choisirez soit d'origine française, qu'il parle aussi V anglais et bien. Qu'il soit théologien (nous le sommes tous trop peu). Qu'à un grand sens pratique, il joigne assez de talents pour environner sa personne d'un lustre en rapport avec sa dignité. Qu'il ait toutes les qualités requises pour être à la tête et suppléer à tout ce qui nous a manqué. Oui, mon Eévérend Père, envoyez-moi un pareil homme et soyez persuadé qu'à nous deux, nous écarterons les dangers, car nos pères sont trop dévoués et trop sincères pour que Dieu cesse de nous garder {!)." L'Archevêque fait de nouvelles instances le 22 décembre 1885 et le 18 mars 1886. " Notre position devient trop importante, dit-il dans la première lettre, pour que vous me refusiez l'homme dont j'ai tant de besoin. Je suis débordé par des occupations qui augmentent tous les jours. Aussi je suis obligé de négliger une foule de choses qui pourtant ont leur importance et requièrent des soins particuliers. Ma correspondance seule aurait besoin de tout mon temps et je ne puis lui en consacrer qu'une minime partie (2)." Il dit dans la seconde : "J'attends avec une vive et respectueuse impatience la réponse de votre Paternité aux lettres que j'ai eu l'honneur de vous adresser au sujet d'un coadjuteur. J'ai un besoin pressant d'un aide qui commencerait comme vicaire général et pour lequel je demanderais des bulles à Rome. . . Je me sens vieillir, l'énergie m'abandonne : un coadjuteur plus jeune et plus actif que moi mettrait de la vie là où je ne puis que bien ]>eu de chose (3)."

(1) Saint-Boniface, 30 novembre 1885.

(2) Saint-Boniface, 22 déc. 1885. — Archives de la Maison générale.

(3) Montréal, 18 mars 1886. — IbùL

Sept mois s'écoulèrent entre la première demande du prélat R<>f'i9 <iu su-

•^ ^ ^ pérleur Gé-

et la réponse du Supérieur Général. Celui-ci prit du temps nciai. pour répondre à une demande qui contrariait ses vues, il consulta ses assistants, il consulta les Oblats les plus éminents du Canada, entre autres le Provincial, le P. Antoine. Presque tous furent du même avis que lui. En conséquence, le 9 mars 1886, il répondit à Mgr Taché que la Congrégation ne pouvait pas et ne voulait pas lui donner ni un coadjuteur oblat, ni même un vicaire général oblat.

La lettre alla à Saint-Boniface, où elle était adressée, revint à Nouvelles instances de Montréal, fut remise à Mgr Taché peu avant son départ de cette ^gr Taché.

ville pour l'Ouest. Il y médita longuement durant le voyage, prit encore dix jours pour y réfléchir et, le 13 avril 1886, y répondit. Nous citons une grande partie de cette lettre, car elle révèle toute l'âme du prélat.

" Pardonnez-moi, dit-il au Eme P. Fabre, de ne pas accepter votre décision sans vous dire avec le plus profond respect, comme avec la plus entière conviction, que votre décision me paraît un malheur véritable pour toutes les missions de Saint- Boniface, Saint-Albert et Athabaska-McKenzie. La chose affecte moins directement la Colombie Britannique. Tous ne voulez pas que mon coadjuteur soit un Oblat, non plus que mon grand vicaire ! Vous ajoutez : " Cette opinion est partagée par " les principaux membres de notre Province du Canada. " Je suis plein de respect pour nos Pères du Canada, mais qu'il me soit permis de dire qu'il ne sont peut-être pas les meilleurs juges : à part le E. P. Antoine, les autres ne connaissent pas notre position. . . Le P. Antoine m'a avoué qu'il n'avait donné cette opinion que parce qu'il craignait qu'on ne lui prît un de ses meilleurs sujets et qu'il croyait que moi-même je ne tenais pas à avoir un Oblat pour successeur. Evidemment l'excellent Provincial se trompe sur ce qui me concerne et il est trop intéressé pour l'autre motif qui a influencé son opinion. A cette opinion permettez-moi d'en opposer une autre. Les six Evêques Oblats et les cent Pères Oblats de la Province Ecclésiastique de Saint-

540 VIE DE MGR TACHÉ, o. :m. I.,

Boniface pensent que l'Archevêque de Saint-Boniface devrait continuer même après moi à être un Oblat. Il me semble qu'en dehors de l'Administration générale, nous sommes les plus qualifiés pour émettre une opinion sur cette grave question, et j'ai la certitude que l'Administration générale ne dédaignera pas entièrement notre manière de voir. J'ai donc la confiance que la détermination que vous m'annoncez n'est pas finale. Après y avoir beaucoup pensé devant Dieu, après avoir examiné très sérieusement la question sous toutes ses phases, je suis plus que jamais convaincu que mon successeur doit être un Ohlat.

'' Je i^rends en conséquence la resijectueuse liberté de vous conjurer de modifier la décision que vous m'avez communiquée. Si vous n'avez pas liic et niinc un sujet tel que vous le voudriez, la nomination d'un coadjuteur peut se différer. ^lais de grâce, ne différez pas de me donner un Père que je pourrais nommer mon Grand Vicaire, que vous voudriez bien nommer Vicaire ou au moins Pro-Vicaire de nos Missions dans le diocèse de Saint- Boniface.

" 11 m'est absolument impossible de donner aux nôtres les soins et les visites dont ils ont besoin. N"e me refusez pas ce que je demande, je vous en conjure. Xos Pères sont si isolés qu'ils devraient être visités assidûment et longuement. Il m'est phj'siquement impossible de le faire Un Père plein d'expérience, plein de l'esprit et de l'amour de nos saintes Eègles, le tout servi par un jugement sain, ferait un bien immense parmi les nôtres. Pendant mes absences, il serait administrateur du diocèse. Puis plus tard lui ou un autre de votre choix deviendrait Evêque. Je puis peut-être vivre encore quelques années; mais déjà je ne puis pas faire ce qui est nécessaire, c'est pourquoi j'insiste et je prends même la liberté de dire que vous ne pouvez pas me refuser. Notre position est unique et ne peut nullement se comparer à celle d'Ottawa. Xous formons toute une Province Ecclésiastique d'Oblats (1)... '■'

En même temps IMgr de Saint-Boniface s'ouvrit à Mgr Grandin de la demande qu'il avait faite et du refus qu'il avait len-

Saint-Bowface 12 avril 1886.— Archives de la Maison général.

ARCHEVÊQUE DE SAIXT-BOXIFACE 541

contré, et le pria cVemployer son influence pour faire revenir le- Supérieur Général sur sa décision.

L'Evêque de Saint-Albert tenait peut-être plus que tout autre à voir un Oblat succéder à Mgr Taché sur le siège de Saint- Boniface. Il écrivit au Eme Père Fabre une lettre pressantedans laquelle il le conjurait, au nom des intérêts des missions' du jSTord-Ouest comme au nom de ceux de la Congrégation,, d'accorder à l'Archevêque de Saint-Boniface un Oblat pour coadjuteur. Cette letttre était écrite à Saint-Hyacinthe le 9 avril 1886 (1).

La lettre de l'Archevêque et celle du sulïragant arrivèrent à Paris, à huit jours d'intervalle. Elles firent sur le Supérieur Général une impression profonde. Il réunit son Conseil, et celui-ci fut d'avis qu'il fallait accéder aux désirs si fortement motivés des deux prélats, désirs partagés d'ailleurs par presque tous les Oblats de la province.

Le Eme P. Fabre répondit à Mgr Grandin, à la date du 29 avril, que sa lettre avait été prise en grande considération, et avait efficacement contribué à faire revenir l'Administration Générale sur les décisions prises. Il ajoutait : '•' La principale raison qui nous avait portés à refuser un coadjuteur, c'était la difficulté de trouver un sujet convenable : nous n en connaissonspoint en Europe, je ne sais s'il y en aurait dans vos missions ou en Canada (2)."

Mgr Grandin, dans une nouvelle lettre écrite à Montréal le 14 mai, prit la liberté de recommander au Supérieur Général le Père Langevin ou le P. Lefebvre, qui lui paraissaient réunir toutes les qualités désirables (3).

Le même jour, il avertit son métropolitain, des nouvelles dispositions de l'Adminisaration Générale et de la recommandation qu'il venait de faire des Pères Langevin et Lefebvre (l).

(1) Saint-Hyacinthe, 9 avril 1886.

(2) Archives de l'évêché de Saint-Albert.

(3) Montréal, 14 mai 1886. — Archives de la Maison générale. — Une copie se trouve dans les archives de Saint-Albert.

(4) Montréal, 14 mai 1886. — Archives de l'archevêché de Saint-Boniface. — Une copie se trouve dans les archives de l'évêché de Saint- Albert.

*^du^supédeur " Merci, lui répond Mgr Taché le 20 mai, du service impor- Générai. ^^j^j- g^g yQ^g ^q rendez en plaidant à Paris la cause de mon diocèse et de la province. Je suis très heureux d'apprendre que l'Administration de la Congrégation soit revenue sur la décision qui m'avait été communiquée et qui me faisait tant de peine. Moi aussi j'ai pensé aux Pères Langevin et Lefebvre; j'en ai parlé au bon P. Antoine, qui n'entendait pas de cette oreille, et je crois même que cette communication n'a pas été étrangère au conseil qu'il a donné à Paris de me refuser un coadjuteur; car, dans ce bas monde, chacun pour soi : heureusement que Dieu est pour tous. J'attends une réponse de Paris (1). "

Cette réponse arrivait le lendemain même, 21 mai. Le Eme P. Fabre lui écrivait, à la date du 9 mai, que l'Administration Générale, revenant sur sa décision antérieure, consentait à lui donner un coadjuteur Oblat. Mgr Taché sembla reverdir, à cette annonce, comme Jacob à la nouvelle qu'il allait revoir Joseph. Dès le lendemain, il remercie son Supérieur avec un cœur débordant de joie.

" C'est avec le plus vif empressement, lui dit-il, que je viens vous remercier du bonheur que m*a procuré votre très honorée lettre du 9 mai, reçue hier et lue et relue avec la plus affectueuse avidité. Merci, mon Père, d'avoir écouté ma prière; merci d'avoir écarté du reste de mes jours et de mes derniers moments la peine dont j'étais menacé. Merci de m'aecorder la consolation que j'ambitionne le plus, après quarante ans de missions: celle de voir mon diocèse entre les mains de la Congrégation. Je me persuade de plus en plus chaque jour, que ce vœu de mon cœur est aussi celui de toiis vos enfants du Xord-Ouest ou mieux de la Province Ecclésiastique de Saint-Boniface, tant Evêques que Prêtres. Mgr Grandin et le Père Lacombe ont eu la confidence de la peine que j'éprouvais, et de suite et spontanément ils vous en ont écrit. Je suis persuadé que tous vous auraient écrit dans le même sens s'ils avaient seulement soupçonné le malheur qui nous a menacés. Encore une fois, merci d'avoir

(1) Saint-Boniface, 20 mai 1886.

écarté ce malheur. Je comprends, mon Très Eévérend Père, l'embarras que vous me faites connaître, par rapport aux sujets. Je ne veux pas être déraisonnable ni exprimer des exigences toujours déplacées. Seulement, nous le sentons tous, il s'agit d'un choix excessivement important, tant pour la Congrégation que pour l'Eglise : je sais trop ce qui me manque pour ne pas désirer être remplacé par un homme plus qualifié pour la position. Mgr Grandin me dit qu'il vous a indiqué deux Pères de la Province du Canada. Ce sont précisément les deux dont j'avais parlé au E. P. Antoine. Cet excellent Père paraissait effrayé du sacrifice que leur départ de sa Province lui imposerait. Quoi qu'il en soit, mon bien cher Père, je crois la décision assez importante, dans l'intérêt de notre chère famille et de nos zélés missionnaires, pour vous conjurer de nouveau de nommer quelqu'un digne de votre confiance, auquel vous donnerez toute l'autorité désirable sur nos Pères et avec lequel je partagerai toute mon autorité sur le reste du diocèse. . . Je vous dirai donc, mon Très Eévérend et bien aimé Père, que jamais je n'ai eu même un doute ou un soupçon que mon successeur ne fût pas un Oblat. Jusqu'à votre lettre du 9 mars, je n'avais jamais cru qu'il pût en être autrement. . . Le désir de toute ma vie épiscopale a été de voir mon diocèse entre les mains de la Congrégation et de me voir aidé et le plus tôt possible remplacé par un Oblat plus digne de la position que je ne le suis moi-même. Vous me procurez un bonheur véritable en me donnant l'assurance que vous allez de suite nommer quelqu'un pour suppléer à ce qui me manque et me remplacer, en débutant comme coadjuteur (1). "

Quelques jours après, le prélat écrit à son ami de Saint-Alberi: pour le remercier de nouveau de son heureuse intervention. " J'ai reçu, lui dit-il, une très consolante lettre de Paris . . . i^on seulement on m'accorde un coadjuteur, mais on me fait espérer deux autres missionnaires dans un avenir prochain. Comment

(1) Saint- Boiiiface, 22 mai 18S6. — Archives de la Maison générale.

Premier

ajournement.

VOUS remercier de m'avoir aidé à obtenir ce résultat? Car le Très Révérend Père Général me dit que votre lettre, arrivée huit jours après la mienne et écrite dans le même sens, a fortement appuyé ma demande. Merci donc, cher Seigneur. Comme le P. Lacombe a aussi écrit dans notre manière de voir et que j'ai depuis appuyé sur les deux noms que vous avez indiqués, j'espère que je ne serai pas trop longtemps sans avoir la solution complète de cette difficulté qui nous a menacés pendant quoique temps (1)." ,

On semblait en elïet toucher à la solution: il suffisait que le Supérieur Général donnât son consentement à la nomination du candidat préféré de Mgr Taché.

Mais afin de régler une si grave affaire avec plus de maturité, le Très Révérend Père Fabre crut qu'il était mieux de renvoyer la conclusion à l'époque du chapitre général. Par une lettre du 8 octobre 1886, il exprime à Mgr Taché son désir de traiter la question avec lui de vive voix, os ad os, lorsqu'il le verrait à l'occasion du chapitre. " Je me rends bien volontiers, et sans hésitation au désir que vous m'exprimez, lui répond Mgr de Saint-Boniface le 29 octobre. Le choix dont il est question peut avoir de telles conséquences (ju'on ne peut pi'cndre trop de précautions (2)."

Quelques jours après avoir tracé ces lignes, Mgr Taché tombait malade, ainsi que nous avons eu l'occasion déjà de le rapporter; il devait ensuite, pondant do longs mois, garder la chambre et même le lit.

Le chapitre général dos Oblats se réunit à Rome au mois d'avril 1887, nous allons le dire. L'Archevêque do Saint-Boniface fut empêché par la maladie de s'y rendre. 11 chargea Mgr Grandin de négocier la grave affaire de son coadjuteur.

Elle fut, en effet, traitée dans plusieurs réunions intimes, spécialement dans un conseil particulier où le Supérieur Général

(1) Saint-Boniface, S juin 1886.— Archives de l'évêché de Saint- Albert.

(2) Saint-Boniface, 29 octobre 1886. — Archives de la Maison générale.

convoqua ses quatre assistants, les trois suffragants do l'Archevêque (le Saint-Bouiface et le Provincial du Canada.

Celui-ci avait toujours la même répugnance à céder ses meilleurs sujets, nécessaires dans les postes qu'ils occupaient. Le Très Eévérend Père ral)re crut tout concilier en proposant Mgr Grandin lui-même, qui avait été une première fois déjà coadjutcur de Mgr Taché, puis, à son défaut, un de ses principaux missionnaires. L'Evêque de Saint-Albert fit une très forte opposition à ce double choix. Devant cette résistance, ne voulant pas d'autre part imposer à la Province du Canada un sacrifice qni lui coûtait trop, le Supérieur général ajourna la solution, demandant an temps, selon une pratique familière aux administrateurs, le secret de résoudre les difficultés. Puis, devant des complications et des oppositions cju'il serait trop long et peutêtre prématuré de raconter en détail, il revint peu à peu, malgré les vœux de l'Archevêque de Saint-Boniface, au parti qui avait toujours eu ses préférences, laisser passer ou plutôt faire passer la succession de Mgr Taché, comme treize ans auparavant celle de Mgr Guignes, à un prêtre séculier.

ciiAprriJK LUI

Année 1887

Mgr Taché était tombé malade le 4 novembre 1886 et avait Maladie de

° 1 hiver

été malade tout l'hiver, ainsi que nous l'avons rapporté. isse-iss?.

Le chapitre général des Oblats était convoqué à Kome pour le 25 avril 1887. L'Archevêque de Saint-Boniface désirait beaucoup s'y rendre, nous l'avons dit, pour accomplir son pèlerinage au tombeau des Apôtres selon les prescriptions des saints canons et voir les supérieurs de sa famille religieuse. Durant sa longue maladie, il a l'esprit constamment occupé du voyage d'outre-mer.

Au commencement de février, se trouvant mieux, il voulut Lettre de Mgf

Tachô annon-

commencer ce grand voyage, et se rendre dans la province de gant a son

c •/ ^ ■ 1 peuple son

Québec, d'où il traverserait la mer quand il aurait repris plus fe^^s-cana-

dp fnrppc; da et pour

ut; iUlLtb. l'Europe.

Il avait reçu de son clergé et de son peuple toutes sortes de témoignages d'affection au cours de sa maladie; c'était un besoin pour son cœur de les en remercier et de se recommander encore à leurs prières. Il le fit dans une lettre datée du 2 février 1887.

" A la veille de laisser l'archidiocèse, peut-être pour un temps considérable, dit-il, nous ne voulons pas le faire sans vous adresser quelques paroles. Nous vous remercions de l'attachement respectueux que vous nous avez témoigné par les ferventes prières que vous avez adressées au ciel pendant la longue maladie qui, depuis trois mois, nous enlève à nos occupations ordinaires, et ne nous permet pas de faire pour vous ce que vous avez droit d'attendre de votre premier pasteur. . . Il nous est doux de croire que vos prières ne sont pas étrangères au rétablissement de notre santé. Nous nous mettons en route la se-. maine prochaine pour un voyage dont le but ultérieur est la Ville Eternelle. Nous sommes appelé à aller prendre part aux

Départ de St-Bonlface pour Montréal, février

Persistance de la maladie.

délibérations du chapitre général de notre bien-aimée famille religieuse . . . Cette fois le chapitre général des Oblats revêt un caractère particulier d'intérêt et de satisfaction, pour ceux qui doivent le composer, puisque c'est à Eome qu'il doit se tenir, dans la Ville Eternelle, sous le regard du chef de l'Eglise . . . C'est assez vous dire que, quoique d'ordinaire assez indifférent sur l'état de notre santé, nous désirons cette fois la voir s'améliorer assez pour nous permettre le voyage que nous avons en vue. En vous remerciant donc des prières déjà faites dans ce but, nous en sollicitons la continuation. Il nous serait bien doux de voir le Pape, le Père de tous, l'illustre Léon XIII (1). "

Mgr Taché quitta Saint-Boniface le 14 février au soir, se rendit à Montréal et alla loger à l'Hôpital Général. Mais, malgré les bons soins des Sœurs de la Charité, son état de maladie et d'infirmité se prolongea longtemps; à la fin de mars il se trouvait toujours extrêmement fail)le. " ]\Igr Clut et nos Pères partent pour l'Europe afin de se rendre auprès de vous, écrit-il au Eme P. Fabre le 23 mars, et moi je suis forcé de rester ici. Je ne vous cacherai pas que c'est un grand sacrifice. Outre le l)on]ienr de vous revoir, j'avais compté sur ce voyage pour rendre à mon cœur une satisfaction qui me manque depuis plusieurs années. Dieu veut peut-être que je meure avec la peine que j'éprouve : que sa sainte volonté se fasse et non la mienne ! Qu'il me soit au moins permis de dire que je vous aime et que j'aime la Congrégation beaucoup plus qu'on ne l'a cru et qu'on ne l'a dit en certains endroits!... Voilà trois fois i\\u' j'arrête à Montréal, en route les trois fois i)our le chapitre général (2) . . . Cette fois, une débilité générale me met encore dans l'impossibilité de voyager. Cette année surtout, je sens vivement le sacrifice : j'avais tant compté sur le soulagement que me procurerait un bon épanchement dans le cœur de son père (3)." Ces paroles sont touchantes.

'1) grandement de :Mgr l'archevêque de Saint-Boniface, en date du 2 février 1887, pp. 1-2.

(2) En 187:^, 1879 et 1887.

3) Montréal, 23 mars 1887. — Archives de la Maison <;t-nérale.

ARCHEVÊQUE DE SAIXT-BOXTFACE 549

Mot Taché avait de la peine à renoncer à son vovao;e : après impossibilité

'^ ^ • ° •■• de se rendre

avoir tracé les lignes qui précèdent, il ajoutait : " J'ai encore |enéraî*'"^^ un reste d'espoir. Si dans trois semaines je suis assez fort pour entreprendre le voyage sans imprudence, je ne manquerai pas de le faire (1)."

■^fais trois semaines après, quoique légèrement mieux, il ncTenue^du^chapouvait affronter les fatigues d'un si long voyage : " Voici que '■*^tout espoir se dissipe, écrit-il le G avril au Rme P. Fabre, et me laisse le regret profond d'être privé du bonheur de vous revoir (2)."

Le chapitre général se réunit à Eome, au jour indiqué, 25 avril. Il comprenait 36 membres, venus du monde entier. C'était plus qu'on eu jamais vu dans aucun chapitre antérieur. Mgr Grandin, Mgr d'Herbomez, Mgr Clut et trois autres évêques missionnaires s'y trouvaient avec le P. Antoine, provincial du Canada et le P. Camper, délégué des Oblats du ^-icariat de Saint- Boni face (3).

Xe pouvant se rendre au chapitre, l'Archevêque de Saint- Boniface chargea le P. Camper d"y lire le rapport qu'il avait préparé sur les missions du Xord-Ouest de l'Amérique, particulièrement sur celles de son vicariat, et Mgr Grandin de négocier la' nomination de son coadjuteur. Xous avons parlé de cette dernière négociation.

Le rapport sur les missions avait été composé à Montréal ''^\î^r Ta'di& même pendant la maladie du prélat. " Je fus moi-même son secrétaire pendant environ un mois, raconte le P. Camper (4). Je me rendais tous les matins de la maison de nos Pères, Eglise Saint-Pierre, à l'Hôpital Général des Sœurs Grises. Il était bien malade, si malade que l'on craignait qu'il n'en revînt pas : sa faiblesse était telle parfois qu'il ne pouvait plus parler, même bien doucement, sans beaucoup se fatiguer. Et cependant tel était son empire sur la maladie qu'il trouva assez de forces pour composer un magnifique rapport. Je l'écrivis sous sa dictée,

sur SOS missions.

(1) Arcliives de la Maison générale.

(2) Montréal, 6 arnl 1S87.

(3) Voir !es actes du chapitre, dans les Missions delà Conq. . . t. XXV, Pp. 97-127.

(4) Xotcs concernant Mgr Taché communiquées à l'auteur.

Visite du tombeau des Saints ApOtres par procureur.

Faiblesse prolongée.

admirant la puissance de son intelligence dans la faiblesse du corps. Puis, comme délégué du vicariat, j'eus Fhonneur de le lire au chapitre. Il fut admiré de tous et transcrit plus tard dans les Annales de la Congrégation (1)."

Mgr Taché chargea le P. Camper d'une autre commission, celle de visiter à sa place les basiliques romaines. ''Le E. P. Lacombe, lui écrit-il le 28 avril 1887, a fait en mon nom, en 1879^ les visites officielles imposées aux évoques dans les quatre grandes basiliques. Je vous prie de me rendre le même service (2)." ''Vous êtes heureux, mon cher, ajoute-t-il, d'être à Eome. Priez dans les vénérés sanctuaires que vous visitez; demandez que nous soyons ce que nous devons être, pour que l'œuvre sainte ne périclite pas entre nos mains (3).^'

Cependant le prélat demeurait très faible. " Je n'ai pas pu dire ma messe depuis le dimanche de la Passion, 3 avril, écritil au même Père. J'avais du mieux au commencement de la Semaine Sainte; mais, le Vendredi Saint, une nouvelle attaque de ma maladie est venue me jeter en arrière, à peu près dans l'état où j'étais à la fin de novembre. Ces jours-ci, je suis moins mal; l'oppression que j'éprouvais a disparu: la faiblesse est surtout dans les jambes. Je ne suis point sorti de la maison depuis votre départ. . . Je trouve le temps bien long ici; je ne puis rien faire, pas même lire. Enfin, comme le bon Dieu voudra. Je suis condamné à l'inaction, précisément au moment où l'on discute les plus grands intérêts de mon archidiocèse et de nos missions. Que Dieu inspire ce qui sera pour sa plus grande gloire ! Il n'a pas besoin de moi et prions-le de ne pas punir nos missions à cause de moi (4.)."

Ces dernières paroles font allusion aux négociations engagées alors pour la nomination d'un coadjuteur et pour d'autres nominations dont nous aurons à parler.

(1) T. XXV, pp. 12S-159.

(2) Montréal, 28 avril 1SS7. — Collection du R. P. Cam|ier.

(3) Ibid.

(4) Ihid.

Mgr Taché prie le P. Camper de chercher des missionnaires en France, dans " la terre classique du dévouement." " Tâchez, lui dit-il, de trouver quelques bons sujets, prêtres et convers, qui feraient leur noviciat à Saint-Laurent, et pour ce, obtenez du T. R. P. Général que ce soit la maison du noviciat, avec le P. Gascon pour père maître (1)." Nous trouverons plus loin, dans la charge qui va être confiée au R. P. Camper, l'explication de cette dernière proposition.

Les Oblats étaient encore réunis au chapitre général le 3 mai, '^'^^o^jj'f™"^® fête de saint Alexandre, patron de l'Archevêque de Saint-Boni- Grandin. face. Mgr Grandin lui envoya ce jour-là un télégramme pour lui souhaiter une heureuse fête en son nom et au nom des Oblats du chapitre. " J'ai reçu, écrit le lendemain Mgr Taché au Supérieur général, le télégramme signé par Mgr Grandin et m'apportant vos bons souliaits de fête. Merci de cette délicate attention qui m'a fait grand plaisir. Le mieux que je commençais à ressentir en a été augmenté, et voilà trois jours qui ont l'air d'un retour à la santé. J'ai pu dire la sainte messe hier, ce que je n'avais pas fait depuis cinq semaines et j'espère pouvoir la dire demain. Comme cette amélioration s'est faite graduellement, je me flatte qu'elle durera et qu'après quelques semaines je pourrai retourner et reprendre ma besogne interrompue depuis six mois (2)."

Le prélat continua en effet d'aller mieux. La belle saison lui Retour à

^ St-Boniface.

rendit insensiblement un peu de forces. Dès qu'il se sentit en convalescence, il voulut retourner à son Eglise. Il quitta Montréal le 5 juillet.

La Compagnie du chemin de fer Pacifique Canadien, avec une générosité qui l'honore, mit à la disposition de l'illustre malade et gratuitement " un wagon spécial avec cinq lits, salonréfectoire, cuisine, domestique, nourriture de choix, etc (3).'*

(1) Montréal, 25 mai 1887. — Collection du R. P Camper.

(2) Montréal, 4 mai 1887. — Archives de la Maison générale. (3, Lettre au Rme P. Fabre, '»S'aiJî«-i?on(focf, 29 juillet.

Il avait avec lui le P. Dauphin et trois prêtres, M. Messier, vicaire à la cathédrale, MM. T.-A. Bernier et A. Martin, nouvelles et précieuses recrues pour son diocèse. Il ne déboursa pas un centime pour ses compagnons pas plus que pour lui-même et ne dépensa pas de forces " au-delà de ce qu'il en faut ]X)ur vivre dans une maidon en mouvement (1).^' Il arriva à Saint-Boniface le vendredi le 8 juillet. '"'Les jmdllons flottaient par toute la ville ; une foule nombreuse se pressait dans la cathédrale; " le Te Deum fut chanté par toutes les bouches et surtout par tous les cœurs. M. l'.-.\. Bernier, au nom de la ville de Saint-Boniface, et M. MeCJinnis, au nom des catholiques de Winnipeg, complimentèrent le prélat. " Chargé par les citoyens de votre ville épiseopale, lui dit le premier, d'apporter à Votre Grandeur VAve du retour, je ne sais quelles expressions peuvent rendre les émotions, les élans de bonheur et de joie que ressent toute cette population, revoyant son bien aimé pasteur après une absence qu'elle a trouvée longue, mais qu'elle a redouté par moment, hélas ! de voir se prolonger bien davantage. Mais à quoi bon rappeler maintenant les tristesses de la veille? A quoi bon rappeler ces alternatives d'espoir et de crainte, toutes les anxiétés du passé? Le passé, il n'est plus! La présence de notre Evêque nous le fait oublier. C'est fête ici aujourd'hui ! Les cloches l'ont annoncé à tous les échos d'alentour, les brillantes parures de l'autel en témoignent, et le peuple des chrétiens, conduit ici par Tamour, le dévouement et la reconnaissance, a chanté le Te Deum... 0 Seigneur, vous dont la miséricorde est infinie et la bonté inépuisable, nous rendons grâces à votre divine Majesté pour les biens que nous en avons reçus; nous vous remercions surtout en ce moment de nous avoir ramené notre père, et nous conjurons votre clémence de nous le conserver longtemps ! Et plus longtemps encore s'échappera de nos cœurs l'exclamation de la reconnaissance chrétienne: Dco rjraiias ! (2)."

(1) Ibid.

(2) Le Manitoba, n= du 14 juillet 1887.

L'Archevêque plaça le l\év. A. Martin à Saint-Eustache, en remplacement de M. Fortier, et le llév, T.-A. Bernier au Lac des Chênes.

Le Manitoba était alors fort agité au sujet d'un nouveau chemin de fer à construire dans la vallée de la Eivière-Iiouge. " Comme les temps sont changés ! écrit le prélat au E. P. La<?ombe. On ne songeait pas à se quereller autrefois pour un quatrième chemin de fer à la frontière (1)."

Ces querelles vont cependant être la cause ou l'occasion d'un ^'dëmie Piô^-^' changement de gouvernement qui aura pour conséquences la per- ^'^"'^ ^^' séeution des écoles catholiques et la passion douloureuse de celui dont nous écrivons l'histoire.

Les enfants de l'Académie Provencher étaient en vacances depuis huit jours. ^lonseigneur, dont le cœur avait les tendresses mêmes du Cœur de Jésus pour les enfants, voulut néanmoins les voir aussitôt après son retour ; il les réunit et leur fait répéter la pièce de Christophe Colomb qu'ils avaient jouée pour la distribution des prix; son amour pour l'enfance lui fait trouver d'intimes jouissances dans cette humble représentation, dans les chants et l'adresse qui l'accompagnent. " Au milieu des vivats inspirés à plus de 150 enfants par le souvenir de tout ce qui est fait en leur faveur, Monseigneur a remarqué celui-ci : " Vive notre clocher silencieux du vieux collège ! " car c'est dans les salles du vieux collège que se tient l'Académie actuelle. Sa Grandeur dit que ces souvenirs d'enfant à Elle-même lui faisaient paraître étrange un vivat donné à un clocher silencieux, et il invita les enfants à dire plutôt : •' Vive notre clocher sonore ! '"' et leur promit une cloche qui pût justifier ce vivat, et le même jour le ïîév. P. Administrateur commanda à Troy une cloche pour le clocher de l'Académie Provencher (2)."

Quelques jours après, il eut la joie de voir arriver de Eome Passage de et de la France Msr Grandin, les Pères Lestanc et André, qui des Pères

'^ ' ' ^ André et

avaient assisté au chapitre général. Mgr Grandin séjourna cinq Lestanc. jours auprès de son ami, du vendredi 22 juillet au mardi 26.

(1) Montréal, 20 juin 1887. Collection du E. P. Lacombe.

(2) Le Manitoba, n° du 14 juillet 1887.

ÔÔ-i

VIE DE MGR TACHEj O. M. I.,

Progrès dans ea eanté.

Achèvement de la cathédrale.

Invitation adressée à Mgr Fabre de venir consacrer la ca thèdralo de St-Bouiface et les HKlises de St-Norbert et de StP-Marle.

Mgr Taché eut d'intimes entretiens avec son frère de Saint- Albert, et trouva dans les nouvelles que rapportait le pèlerin^ comme dans la pleine communion de sentiments qui Tunissait à lui, des joies fortifiantes.

La santé du prélat fit des progrès de semaine en semaine, après son retour. Le 15 août, il put assister à la grand'messe dans sa cathédrale. Dans la même semaine, il commença à faire quelques promenades au dehors. "J'ai le plaisir de vous dire que ma santé se refait, écrit-il à Mgr Grandin le 24 août. Je suis presque aussi bien qu'avant ma dernière maladie, quoique encore un peu faible (1). "

Xous avons vu la cathédrale de Saint-Boniface commencée en 18G2; elle s'acheva lentement et à plusieurs reprises, à mesure que la Providence fournissait des ressources à l'Archevêque, car !Mgr Taché, nous le savons, eut toujours une singulière horreur des dettes. Enfin il y fit faire les derniers travaux pendant l'été de 1887.

Trois conditions sont requises pour qu'une église puisse être consacrée : il faut qu'elle soit en pierre ou en brique, qu'elle soit complètement terminée, qu'elle soit exempte de dettes. La cathédrale de Saint-Boniface remplissait ces trois conditions. Mgr Taché voulut lui procurer les grâces de la consécration.

Deux autres églises de l'archidiocèse vérifiaient les conditions requises pour pouvoir. être consacrées: l'église de Sainte-Marie de Winnipeg, construire en 1880-81, et l'église de Saint-Xorbert, terminée depuis deux ans. Mgr de Saint-Boniface voulait les enrichir comme sa cathédrale, de toutes les grâces d'une consécration solennelle. Il aurait aimé faire lui-même ces cérémonies si imposantes; mais il en était incapable, car ce sont les cérémonies les plus longues de la liturgie sacrée, durant 5 heures et même plus. Il invita Mgr de Montréal, dont le diocèse avait fourni plus que tout autre des prêtres au diocèse de Saint-Boniface, à venir consacrer les trois premières églises de l'Ouest canadien.

(1) S'il nt-Bonif ace, 24 août 1887.

Mgr Fabre avait déjà consacré 31 églises; il accepta avec empressement de donner les grâces de la consécration à trois nouvelles égliseS;, surtout aux premières églises consacrées dans l'archidiocèse de Saint-Boniface. La consécration de l'église de Saint-Boniface fut fixée au 18 septembre, celle de Saint-Norbert au 22 et celle de Sainte-Marie de Winnipeg au 25.

On n'était plus au temps où les voyageurs mettaient 60 ou 62 ^'S^^'V^^j^jours pour aller de Montréal à Saint-Boniface, 6 mois ou 12 j^usqu^a*"^^*^ mois même pour aller de Montréal à l'Océan Pacifique. La mer- Victoria, veilleuse ligne du Canadien Pacifique unissait les deux océans, traversant tous les anciens Pays d'en Haut, franchissant les Montagnes Eocheuses et allant jusqu'à Vancouver.

" Bien des fois, — nous citons l'ancien curé de Sainte-Marie, alors occupé à fonder Calgary, — le premier de nos frères et amis, Sa Grandeur Mgi- Taché, avait été invité à venir respirer l'air salubre des Montagnes Rocheuses et le doux zéph3T: de l'Océan Pacifique. La maladie et les occupations l'avaient toujours empêché de nous donner cette consolation (1). " Mais cette fois, les circonstances semblaient l'inviter à ce voyage. Mgr Fabre désirait beaucoup profiter de son prochain voyage à Saint- Boniface pour voir tout l'Ouest, et parcourir sur les ailes de la vapeur ces immenses contrées découvertes jjar les La Yerandrye et sillonnées depuis 75 ans par tant de missionnaires. L'Archevêque de Saint-Boniface alla au devant ou peut-être au-delà de ses désirs en prenant la détermination de l'accompagner. D'ailleurs, ceux qui s'intéressaient le plus à sa santé, à Saint-Boniface, l'engageaient vivement à faire ce voyage, qu'ils croyaient avec raison devoir lui être très salutaire.

" La Compagnie du Pacifique Canadien, pleine de considération et de respect pour Mgr Taché, mit à sa disposition un char spécial dont il pouvait user en s'arrêtant là où il jugerait à propos. "

(1) Lettre dn R. P. Laconil.e relatant le voyage dont nous parlons. — Calgarij, 17 sept. 18S7. — Dans le Mamtoha du 22 sept. 1887.

Mgr de Montréal arriva à Saint-Boniface le samedi 3 septembre, assista le lendemain à la grand'messe dans la cathédrale qu'il devait bientôt consacrer, et y iDrêcha. Le lundi, 5, Mgr Taché fit monter l'archevêque de Montréal dans le palais ambulant mis à sa disposition, et, avec lui, " l'aimable curé de Sainte-Philomène, le Eév. M. Duprat et le Joyeux M. Yailhint, secrétaire de Sa Grandeur, " ainsi que le P. Maisonneuve, " ce vétéran des missions ", auquel il aimait* à procurer les consolations de la vue pour suppléer aux satisfactions de l'ouïe dont son infirmité le privait.

Les voyageurs étaient le lendemain au Courant Rapide. Le P. Lacombe y attendait les archevêques. Il leur souhaite la bienvenue au nom des missionnaires de l'Ouest et monte dans le char avec eux. A Medicine Hat, le zélé missionnaire, M. Gratton " présente aux voyageurs les saints de sa paroisse naissante. " On longe la Réserve des Pieds-Xoirs, " il fait nuit, ce qui n'empêche pas le missionnaire de ces fiers sauvages, le E. P. Doucet, de sauter dans le train. " On est à Calgary le 7, avant le jour. " A 7 heures, les voitures sont à la station et conduisent les voyageurs à la résidence des Pères. " On admire ce beau pays " si majestueusement assis aux pieds des ^lontagnes Rocheuses. "

La nuit suivante, ''un nouveau convoi s'empare du char dortoir " des prélats, et l'entraîne à sa suite. Le P. Lacombe les accompagne. " Xous nous réveillons, poursuit-il, avec le lever du soleil qui dore les pics couverts de neige. Nous passons devant les célèbres sources de Banff. jS]"ous serpentons magiquement dans la vallée de la Rivière des Arcs, en avançant rapidement vers le premier sommet. Xous laissons Silver City et Laggan. Enfin, nous entrons dans la province sœur, la Colombie Britannique. . . Xous allons laisser la passe de la Rivière des Arcs pour entrer dans celle du Cheval qui Eue. De tous côtés, ce sont des roches escarpées et présentant les formes les plus bizarres, des torrents bouillonnants qui s enfuient dans des précipices... Qui n'a entendu parler des ponts gigantesques de

Cathédrale de Saiut-Boniface à la mort de Mgr Taclié (1S;M).

Mai.son vicariale des Edes rSœius Grises (Saiiit-Boniface).

ARCHEVÊQUE DE SAIXT-BOXIE ACE 557

cette ligne du raeifiqiie? Qui n'a pas tremblé en passant sur ces viaducs, comme suiiendus dans les airs? Quand vous êtes audessus d'une coupe de 300 pieds, ou contournant des précipices sur ces tréteaux qui, à distance, vous paraissent des châteaux de cartes, quand trois puissantes locomotives, en fureur et vomissant les flammes, vous montent par des ascensions vertigineuses, qui n'admirerait la beauté et la charité du Grand Créateur, qui a donné un tel génie à des créatures?. . . Nous arrivons sur les bords de la Colombie. C'est la première traverse. La rivière s'en va vers le nord, pour contourner les Monts Selkirk, où elle ne peut se faire un passage. Les princes de la Compagnie du Pacifique ont été plus hardie et plus heureux ; ils ont lancé leur chemin de fer avec courage parmi cette nouvelle rangée de montagnes. En peu de temps, nous étions de nouveau sur les rives de la Colombie; qui revient sur ses pas, pour abandonner définitivement le territoire canadien. Nous lui disons adieu, et nous la laissons après l'avoir traversée sur un pont de plus d'un demimille de long; c'est la seconde traverse. Mais entrons dans la troisième passe. C'est la rivière Thompson qui nous Touvre. Encore quelques heures, et nous sommes à la jolie petite ville de Kamloops, bâtie sur la rivière Fraser. Un zélé missionnaire nous avait rejoints pendant nos évolutions, au milieu de nos contours, de nos ascensions et de nos descentes : c'était le charmant Père Cocola, un Corse pur sang, bon comme un ange. " Il apprit à ceux qu'il était venu saluer qu'il était occupé à bâtir dans sa mission de Kamloops une église en l'honneur du Sacré Cœur. " De suite Mgr de Montréal lui procure une agréable surprise en lui faisant don de $500. Avant son départ de Montréal, il avait reçu cette aumône pour aider à la construction d'une église dédiée au Sacré-Cœur; il était heureux de rencontrer une si belle circonstance pour disposer du don d'une âme pieuse. Pendant toute la soirée, quand les ténèbres nous dérobèrent les horreurs des précipices de la rivière Fraser, le cher P. Cocola, le cœur tout à la joie et à la gratitude, nous a amusés par ses histoires et ses cantiques dans les langues des Indiens de ces contrées. "

558 VIE DE :mgr taché, o. m. i..

Le lendemain matin, les voyageurs contemplaient " dans toute leur terrible grandeur les bords du fleuve Fraser. C'était la quatrième passe du Pacifique, qui allait nous conduire jusqu'à l'Océan." A Sainte-Mission, " le vénérable P. Chirouse, un des vieux soldats de l'armée des Oblats de Marie, accompagné du P. Lejeune et des autres Frères, ainsi que des bonnes Sœurs de Sainte-Anne, à la tête de leurs élèves, sont là auprès de notre char pour saluer les visiteurs et recevoir la bénédiction des évêques. Xous longeons ensuite le Fraser, tantôt pendus aux rochers et tantôt les franchissant par des tunnels. De distance en distance, quelques villages sauvages s'offrent à notre vue.

" Mais la vallée s'élargit, les montagnes s'éloignent, des fermes et des prairies viennent rompre la monotomie des rochers, des montagnes et des précipices. Nous touchons à Xew- Westminster. La foule des catholiques, blancs et sauvages, entourent notre char. Mgr Durieu et les RR. PP. Oblats sont les premiers à nous souhaiter la bienvenue. " Deux adresses sont présentées, l'une à l'Archevêque de Saint-Boniface, l'autre à l'Archevêque de Montréal. Les sauvages catholiques ont leur tour et veulent haranguer aussi les prélats. Ceux-ci se rendent à l'évêché, " montés dans de belles voitures, précédés par la bande du collège, entourés par la population si sympathique. " Ils visitent " le beau Pensionnat des Sœurs de Sainte- Anne et le magnifique hôpital des Sœurs de la Providence, " où de gracieuses réceptions leur sont faites.

Ils se dirigent ensuite vers la jeune ville de Vancouver. '' Les principaux citoyens, le maire en tête, " viennent leur souhaiter la bienvenue. On leur avait préparé une agréable surprise. " A 3 heures de l'après-midi, raconte le P. Lacombe, on nous conduit au port. Quel beau spectacle ! Nous apercevons une vraie flotte de canots sauvages, qui s'avancent vers le rivage. Une multitude de lanternes chinoises se balancent dans les mats. En face de nous, de l'autre côté de la baie, à 2i/^ milles de distance, le village des sauvages chrétiens apparaît tout en feu. Une magnifique illumination nous en donne comme une vision

magique. jNFais la llotille est au port. Ceux et celles qui la montent, par trois vivats, saluent les évêques. Nous prenons place dans une barque au milieu de lumières aux couleurs variées ..." Les canots se mettent en mouvement, font des évolutions aux commandements du canot-amiral. Des cantiques sauvages sont chantés par des centaines de voix sur les eaux tranquilles de la baie. " Trois canons font retentir les airs de leurs détonations. " Enfin nous débarquons. En face de l'église, les évêques prennent place sur une estrade. Le chef vient les haranguer. " Grands Prêtres de la Prière, leur dit-il, vous venez de bien loin pour nous visiter, merci de tout notre cœur. Nous ne sommes que de pauvres sauvages. Si aujourd'hui, nous paraissons si contents et si heureux, c'est parce que vous daignez venir nous bénir. Tout ce que vous voyez ici, c'est aux Pères missionnaires que nous le devons. De méchants et superstitieux que nous étions, ils nous ont faits chrétiens et rendus meilleurs. Ils nous ont trouvés hors du chemin et nous ont conduits dans la bonne voie. Nous ne pourrons jamais rendre à l'Evêque Durieu et à ses prêtres le bien qu'ils nous ont fait. Mais le Grand Maître est riche pour les payer un jour. Merci encore une fois. "

Toute la foule tombe à genoux, pour recevoir la bénédiction des évêques. On entre à l'église et on assiste au salut du Saint- Sacrement, que préside MgT Fabre. " C'est touchant et entraînant d'entendre ces bons sauvages chanter les motets usuels: Ave verum, Ave maris stella, Tantum ergo. Des larmes d'émotion coulaient de nos yeux, nous, les heureux témoins de cette démonstration unique dans son genre. "

Le lendemain, les archevêques assistaient à une autre cérémonie, dans Vancouver même, à la bénédiction solennelle de la première église catholique de cette ville. " Tous les catholiques irlandais et canadiens-français étaient présents. Mgr de Montréal fit la l)énédiction. Mgr Taché, comme Archevêque de la province ecclésiastique à laquelle appartenait Vancouver, assistait au trône. Le Rév. ^l. Vaillant chanta la messe. Après

l'Evangile, Mgr Fabre donna un éloquent sermon en français et en anglais, sur la cérémonie du jour. Après la messe, Mgr Taché, qu'on désirait tant entendre, adressa, en anglais, la parole à l'auditoire. Sa Grandeur intéressa vivement son auditoire en parlant des progrès de la c-ivilisation en ce pays, en évoquant les souvenirs des anciens voyageurs et des anciens missionnaires qui vinrent de la province de Québec et au milieu de mille dangers, francliirent les Montagnes Eocheuses, descendirent la Colombie et surtout les torrents du Fraser.. Sa Grandeur fut tout spécialement éloquent en parlant de Montréal, Yille- Marie, d'où sont partis tant de braves voyageurs. " Aujour- '' d'hui, au milieu de vous, vous avez l'Archevêque de cette ville^ " qui, par sa présence et ses paroles, vient resserrer de plus en " plus les liens qui doivent nous unir, comme frères, dans notre " chère patrie. "

Dans l'après-midi, les archevêques et leur suite montèrent sur un bateau à vapeur, qui fait en 6 heures le trajet entre Vancouver et Victoria. L'Archevêque de Vancouver, Jlgr Seghers, avait été assassiné quelques jours auparavant de la façon la plus dramatique à l'extrémité de son diocèse. L'administrateur du diocèse, accompagné de plusieurs prêtres, reçut les prélats sur les quais et les conduisit au palais épiscopal. Le palais et la catliédrale étaient tendus de noir. '" La chapelle ardente était prête pour recevoir le corps de l'illustre et vénéré Archevêque. Nous comprenons la juste douleur des prêtres et des fidèles du diocèse et nous sommes heureux de sympathiser avec eux. "

Le lendemain, les archevêques visitent la ville et ses principaux établissements, spécialement le beau couvent des Sœurs de Sainte-Anne. Puis ils reviennent à Vancouver, sur le bateau à vapeur.

Après avoir salué une dernière fois ceux qui les avaient reçus avec tant d'amour, Mgr Taché et ses compagnons remontent dans le char spécial mis à leur disposition; ils sont au milieu de la nuit à Calgary, où le P. Lacombe les quitte.

Les prélats continuent leur route, s'arrêtent le 15 septembre à ^lodicinc Hat et à Swift Current, où ^lonseiffneur de

Montréal administre successivement le sacrement de confirmation à 4 et à 6 personnes (1).

Puis, continuant leur route, ils sont do retour à Saint-Boniface le 17 septembre. Le voyage, au lieu de fatiguer l'Archevêque de Saint-Boni face. Ta reposé et fortifié (2).

Cependant l'annonce de la prochaine consécration de la ca- convoi orga-

i ^ nisé par le

thédrale de Saint-Boniface et de deux autres églises des anciens «• p- boIvId. Pays d'en Haut avait causé de l'émotion dans toute la Province de Québec. Et en effet, les diocèses de Montréal et de Québec avaient largement contribué de leurs aumônes à la construction de la cathédrale de Saint-Boniface et à toutes les œuvres des missions de l'Ouest canadien; ils avaient fourni quelque chose de plus que l'argent, à savoir un grand nombre de missionnaires; la Eivière-Eouge et toutes les causes qui s'y agitaient depuis l'ouverture de la première église et de la première école, surtout depuis l'annexion du pays à la Confédération canadienne, étaient l'objet d'un intérêt universel; Mgr Taché, par ses œuvres, par les riches dons de la nature et de la grâce, par ses maladies mêmes et ses souffrances, éveillait les plus ardentes sympathies.

Le Eév. M. L.-L. Boivin. curé de Bedford, organisa un convoi pour Saint-Boniface. Ce convoi comprenait Mgr Laflèche, qui voulait aller partager les joies de son ancien compagnon de l'Ileà-la-Crosse dans cette consécration solennelle des trois premières églises de la Eivière-Eouge, le P. Augier, provincial des Oblats, et treize autres prêtres de Trois-Eivières et des autres diocèses de la province de Québec.

Le convoi arriva à Saint-Boniface le 15 septembre, deux jours ^''^j'^f'^Laavant le retour de :\rgr Taché de l'Ouest. Toute la ville de Âèc^f^et ^'^ Saint-Boniface fit une splendide réception à ces distingués visiteurs, particulièrement à Mgr Laflèche, dont le souvenir, après •40 ans, était toujours vivant dans l'ancien théâtre de son héroïque apostolat.

(1) Registre des confirmations à l'archevêché de Saint-Boniface.

(2) Lettre du P. Lacombe relatant le voyage des deux archevêques. — Dans le Mamtoha, \\° du 21 septembre 1887.

convoi.

Consécration de la cathédrale de St- Bonlface.

" Les vieux voyageurs qui furent les compagnons du vénérable Evêque sont presque tous disparus, lui disait M. T.-A. Bernier; effacés aussi sont les vieux sentiers de la prairie qui l'ont peut-, être vu trébucher sous le poids de la croix, à l'instar du divin Maître. La plupart d'entre nous, nous ne sommes ici que d'hier. Cependant nous avons trouvé dans toute sa force le souvenir de Mgr Lafièche. C'est comme si quelqu'un en avait imprégné la nature, l'onde de nos rivières, l'herbe de nos prairies. Le Manitou du Grand Coteau et le confesseur de la foi vivent toujours parmi nous, par la force des bonnes œuvres, la gratitude des populations, et la fidèle affection de l'Archevêque de Saint-Boniface (1)."

Le 16, Mgr Lafièche et tous ses compagnons " allèrent jusqu'au Portage de la Prairie pour y recevoir et y saluer les deux archevêques revenant de leur lointain voyage (2). "

La consécration de la catliédrale eut lieu le dimanche 18 septembre. Elle fut faite par Mgr de Montréal avec toutes les cérémonies prescrites j)ar la sainte liturgie.

" Commencée à 8 licures du matin, elle prenait fin à 1 heure de l'après-midi. La population toute entière de Saint-Boniface, grossie do Ijon n(>ml)]'e de catholiques et de protestants de Winnipeg et des environs, était là, suivant des yeux les mouvements multiples de l'Evêque consécrateur, ses encensements, ses aspersions, les onctions qu'il répandit sur les murailles, et les rites nombreux et symboliques par lesquels il entrait en possession de l'édifice. " La cérémonie de la consécration fut suivie de la messe chantée par M. Duprat, à laquelle Mgr Taché assistait paré au trône. Mgr Fabre et Mgr Lafièche assistaient au chœur avec une trentaine de prêtres. Après l'Evangile, le P. Augier monta en chaire et décrivit avec magnificence " la maison de Dieu, ce qu'elle est, les beautés surnaturelles qui la parent, les gloires et les grandeurs qui la couronnent et les grandes œuvres

(1) La dernière excursion, reinarqiialilc articlo de M. T.-A. Bernier dans le Manitoha du 22 septembre 1887.

(2) Trrrt.s conmrationx d'égli!<ei> dans le vicariat de Saint-Boniface. — Les Missio7is de la Cong. des Mistsionnaires Oblats, t. XXVI, p. 2ô.

que Dieu et l'Eglise y accomplissent pour la sanctification des âmes et la civilisation des peuples (1) :"' admirable discours, digne complément de la plus admirable cérémonie.

Dans la soirée, le gouverneur de la province, le gouverneur de la Compagnie de la Baie d'Hudson et les autres grands personnages du pays se rendirent dans les salons du palais archiépiscopal et vinrent présenter leurs hommages aux évoques et aux prêtres : ''' c'était un hommage apporté à notre religion par le protestantisme lui-même. "

" La dédicace de notre cathédrale, concluait un témoin, fera époque dans l'histoire de notre pays, non seulement parce que c'est la première fois que se fait une telle consécration, mais parce qu'aussi elle dit la force de notre religion et la grandeur des travaux des hommes de Dieu sur ce sol depuis si peu de temps ouvert pleinement aux lumières de la foi et de la civilisation (2)."

Le 20 septembre, Mgr Laflèche se rend à Saint-François- Xavier, dont il avait été autrefois plusieurs années le missionnaire. Il y administre le sacrement de confirmation à 40 personnes (3). Toute la population lui fait une réception enthousiaste.

Mgr Fabre consacra l'église de Saint-Xorbert le jeudi 22 sep- ^°^|^i"g|is° temhre, en présence de Mgr Laflèche, d'une vingtaine de prêtres gt.Norbert. et d'un immense concours d'habitants de Saint-lSTorbert et de Saint-Boniface.

Après la cérémonie, des adresses furent présentées à Mgr de (Montréal, à Mgr des Trois-Eivières, à M. Eitchot et à tout le clergé présent. '"' L'arrivée d'un prince de l'Eglise dans une paroisse, disait M. E. Brisebois à Mgr Laflèche, est toujours un événement qui remplit de joie tout cœur chrétien. Mais lorsque cet Evêque a été le premier missionnaire qui ouvrit cette paroisse, et qu'il revient après plus de trente ans assister à la con-

(1) Le Manitoha, ii° du 22 sept. 1887.

(2) Trois consécration. 'i , t. XXVI, p. 26.

(.S) Registre des confirmations.

sécration d'une église, bâtie là même où il a jeté les premières semences de l'enseignement religieux, cet événement inspire des sentiments plus profonds de bonheur et de reconnaissance. Le grain de sénevé que vous avez jeté en terre, a été béni et a produit un arbre dont vous j)ouvez aujourd'hui admirer les bienfaisants rameaux. Le temple qui vient d'être consacré est le couronnement de l'œuvre que vous avez commencée (1). " Consécration L^ consécratiou de l'église de Sainte-Marie eut lieu le diman-

de 1 église "

deste-Marie. ^.\^Q suivant, 25 Septembre. Dans l'intervalle, étaient arrivés d'Europe Mgr D'Herbomez et le E. P. Camper, avec six Pères ou Frères destinés aux missions de la Colombie Britannique. Mgr de Montréal consacra l'église de Sainte-Marie devant Mgr d'Herbomez, lx>aucoup d'Oblats et une affluence considérable de catholiques et de protestants. L sermon fut donné, non pas le matin à la grand'messe, mais le soir aux vêpres par le E. P. Drummond, " un habitué de la chaire de Sainte-Marie, qui parla avec sa clarté et son éloquence habituelles (2)."

Le lundi, ^ïgr D'Herl)omez et ses six compagnons partaient pour la Coloml)ie, le mardi Mgr Fabre, ]\Igr Laflèche, le P. Augier et leurs compagnons, pour le Bas-Canada, " emportant dans leurs âmes, le meilleur et le plus doux souvenir de tout et de tous (3)." Administration Après le départ dos illustres visiteurs, Mgr Taché administre

de confirma-*^ Ic sacremeut de confirmation le 29 septembre dans sa cathédrale à 28 personnes, et le 2 octol)re au Pensionnat à 38 enfants. Second pas- Bientôt après, il reçoit de nouveau la visite d'un autre prélat

MfrGrandin qui lui était singulièrement cher. ]\rgr Grandin arriva à Saint-

st-Boniface. Bouifacc le 29 octobre et demeura quatre jours auprès de son ami. Tl venait le consulter sur la persécution plus ou moins ouverte que le gouvernement du Xoixl-Ouest dirigeait alors contre la langue française et les missions catholiques et sur

(1) Dans le Mnvitoha, w° du 29 sept. — Voir 7Vo?s consécrations d'' église» , p. 28.

(2) Trois consécrations , p. 30.

(3) Ihid.

les démarches qu'il se proposait de faire à Ottawa, où il se rendait, et où il devait passer im mois et demi (1). Il eut à ce sujet de longues conférences avec lui. Il le trouva bien faible, fit l'office pontifical de la messe et des vêpres, à la cathédrale, le jour de la fête de la Toussaint; Mgr de Saint-Boniface put ce jour-là se rendre à la cathédrale et assister à la messe (2). Mgr Grandin partit pour les provinces de l'Est le 2 novembre.

Mgr Laroque, ancien évêque de Saint-Hvacinthe, que nous Mort de Mgr

" ' >■ Laroque.

avons VU assister au sacre de Mgr Taché, mourut le 18 novembre et fut inhumé le 23. " Je suppose que vous avez été au service du si digne et si vénérable Mgr Laroque, écrit le prélat à son ami de Saint- Albert. Je n'ai encore aucune nouvelle de ses funérailles qui ont dû avoir lieu mercredi, 36e anniversaire du jour où il assistait à mon sacre à Viviers. Me voici donc le seul survivant des Evêques présents à ce jour (3)."

Il ajoute : " Mardi prochain sera le 28e anniversaire de votre consécration épiscopale. Eecevez mes vœux et mes souhaits pour vous et mes félicitations pour l'Eglise. Il faut bien en convenir, c'est le bon Dieu qui avait inspiré le choix qui a été fait de votre personne, choix qui a été agréé par le Souverain Pontife il y aura bientôt 30 ans. Tous les deux, nous avons été de jeunes évêques; mais après 30 ans et 37 ans. nous sommes devenus les vieux. . . Consolons-nous invicem in verhis istis et orennis pro invicem (4)."

Dans cette même lettre, ]\Igr Taché recommande à son suf- Les quêtes îragant de profiter de son séjour dans le Bas-Canada pour in- Ecoles du téresser les pasteurs et les fidèles aux écoles du Xord-Ouest. Les quêtes faites pour ces écoles dans Tannée avaient donné $503 pour chacun des trois Evêques. " Si, comme je l'espère, lui écrit Mgr de Saint-Boniface, vous. vo yez quelques-uns des véné-

(1) Journal de Mgr Grandin.

(2) Ihid.

(3) S((int-Boniface,2-inovAS87. — Archives de l'évêchéde Saint-Albert.

(4) IfAd.

rables prélats des provinces ecclésiastiques de ^Montréal, Québec

et Ottawa, vous voudrez bien les prier de réc-haulïer le zèle en

faveur de cette œuvre importante (1). '*'

Nomination cje II s'ouvrc à Mgr Graudin de son dessein de faire nommer

Bétournay Inspcctcur dcs écolcs catlioliques sauvages du Nord-Ouest un

pecteur deg fils du défuut iuge Bétournav, Albert Bétournay. " Il a fait un

écoles catho- '' ° *'' • -r. -j.

ligues do cours complct daus notre collège de Samt-Boniface, a ete gradué bachelier, maître ès-arts de notre Université de Manitoba^ sait aussi l)ien l'anglais que le français, connaît notre système d'éducation, a de plus des connaissances légales qui lui permettront de saisir facilement ce que requiert la position dont nous parlons, sobre, honnête, actif (2). "

M. Bétournay fut en effet nommé Inspecteur par le crédit de Mgr Taché. " Mais, écrivait celui-ci à Mgr Grandin le 6 mai de l'année suivante, à Eégina on le tient au bureau comme simple clerc. Il n'a aucune latitude et ne pourra inspecter que ce qu'on lui dira et quand on le lui dira. " " Il est important que vous parliez de cela à Ottawa, ajoutait-il — Mgr Grandin devait à cette époque passer dans la capitale du Canada ; — la question est difficile et délicate, mais aussi elle est importante (3). " Développement En 1887, les écoles catholiques du IManitoba reçurent dos fé-

tructionpu- licitatlous et des récompenses qui apportèrent beaucoup de con-

Manitoba. solation au cœur de l'Archevêque.

On venait de faire à Londres une grande Exhibition coloniale. La section catlin]i(|U(' du lîureau d'Education, et spécialement son distingué surintendant eut la pensée d'y envoyer une collection des devoirs journaliers de classes: on fit cette collection " de façon à donner une représentation exacte de toutes les écoles catholiques, de celles qui étaient au haut de l'échelle comme do colles qui avaient à se maintenir dans des conditions moins favorables, à raison do leur èloignement des grands centres, des jtopulations éparsos et peu foi-tunées qui les fré-

(1 ) Arcliives de l'évôché do vSaint-Albert. (2) Ihld.

(H) Ibid.

queutaient (1). " " Nous avons tenu, disait M. Bornier, à nous présenter au concours loyalement, sans chercher à surfaire la valeur de nos écoles. " Les travaux exhibés n'étaient point "des compositions préparées spécialement pour l'occasion," mais des devoirs de classe ordinaires, dont un certain nombre remontaient à l'année 1884, " époque à laquelle il n'était nullement question d'exposition, du moins dans notre province." Les tracés géographiques, présentés en grand nombre, avaient été exécutés " dans nos classes par les élèves, à main levée, sans règles ni compas, et par cœur (2). "

L'exposition scolaire des écoles catholiques du Manitoba fut universellement remarquée. Les journaux en parlèrent avec les plus grands éloges : " On croit généralement, disait le Canadian Gazette de Londres, que de toutes les provinces-sœurs, celle de Manitoba est la plus éloignée de toute civilisation. Un coup d'œil jeté sur l'excellente exposition scolaire de cette province, démontre jusqu'à quel point, en matière d'éducation surtout, cette impression est erronée ... La collection démontre qu'il existe dans l'une des provinces les plus récemment organisées de la confédération un système d'écoles qui, tout en respectant les sentiments et la foi religieuse de la population, met à la portée de tous un enseignement propre à conduire au premier rang de la société, l'enfant élevé sous ses auspices (3). "

Des diplômes et des médailles furent envoyés, par l'intermédiaire du gouvernement d'Ottawa, au Pensionnat des Sœurs Grises à Saint-Boniface, au Pensionnat des Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie et à l'Ecole des Prères Maristes à Winnipeg, aux Académies des Sœurs Grises à Saint-Norbert, Sainte-Anne, Saint-Vital, Saint-Francois-Xavier, à l'Ecole de Mme Mulaire à Sainte-Agathe.

Ces succès et ces récompenses réjouirent Mgr Taché, parce

(1) M T.-A. Bernier, J/émom's sur l' exhibition coloniale, dans le Manitoba, 11° du 17 mars 1887.

(2j Ihid.

(3) Cité dans le Manitoba, \\° du 17 mars 1887.

St-Boniface.

qu'ils apportaient un témoignage éclatant et impartial en faveur de l'œuvre qui lui tenait le plus à cœur. Reconstruction Lcs Sœurs Grises avaient soigné les malades dès leur arrivée a?u^„.*.«-. a la Kiviere-Kouge. Longtemps elles les soignèrent dans leur couvent même. En 1871, elles bâtirent, pour les malades, une maison .séparée, de petites dimensions; cette construction se trouva bientôt tout à fait insuffisante. En 1877, les Sœurs achetèrent au voisinage de leur couvent, une maison et le terrain dépendant, et y transportèrent les malades. De 1871 à 1877, elles soignèrent 53 malades, de 1877 à 1886, elles en soignèrent 85 7 (1). Or, à l'époque où nous en sommes, à cause de l'accroissement de la population, il devient urgent de reconstruire l'hôpital sur des bases plus larges.

Le 2 février 1887, Mgr Taché fit un appel à toiit son diocèse pour obtenir des aumônes qui permissent de lui donner les agrandissements nécessaires. " Xotre ville épiscopale, dit-il, a eu le privilège spécial d'être choisie par la Providence comme le berceau du christianisme dans ces vastes contrées. Cette élection lui impose la douce obligation d'être un triple foyer de religion, de science et de charité. Aussi les deux évêqucs qui se sont succédé sur le siège épiscopal de cette ville, se sont efforcésde la mettre à la hauteur de cette noble vocation. A Saint- Boniface, a été érigée la première église du pays; à Saint-Boniface, s'est ouvert le premier collège; Saint-Boniface a possédé les premiers hospices, le premier hôpital. La première église,, devenue la première cathédrale, est l'église du premier pasteur, et, par conséquent, dans une certaine mesure, l'église du diocèse. Le collège ne peut pas être réduit aux étroites proportions d'une œuvre locale. Pour compléter tout le plan que nous nous sommes tracé à nous-même, nous désirons que l'hôpital généralise aussi son action bienfaisante. . . Les constructions de l'hôpital sont bien insuffisantes pour le nombre de malades qui y demandent leur admission de toutes parts. C'est pourquoi les religieuses ont songé à un bâtiment plus considé-

(Ij Voir le Manitoha, n'^ du 18 nov. 1S87.

2e Vol. — p. 560.

-fl

^ jlIlUliliiuMMi'-

lli^ 11*

l'ieiiiii;!' iC deuxième, Impital de Saint-Boniface, sous la direction des Rdes Sœurs Grises, de Montréal.

llnpital de Saint-Boniface en 1S'.»3 (troisième Imiiital .sans ra<ldition de 1905).

rablo. La construction do cet éilificc est commencée et les Sœurs sont prêtes à s'imj^oser toute espèce de sacrifices pour en procurer raclièvenient. Il n'est pas juste qu'on leur en laisse tout le fardeau. C'est ])our(juoi je fais appel à tout le diocèse et vous prie, Xos Très C'hers Frères, de vous assurer le mérite de contribuer à une si bonne œuvre (1). "

L'appel de rArchevC'quo fut entendu : de généreuses aumônes furent données pour la reconstruction de l'hôpital; plusieurs fêtes de charité apportèrent de précieuses ressources; les Sœurs empruntèrent ce qui leur manquait.

La première pierre fut bénite par le E. P. Allard le dimanche 15 mai 1887, pendant que Mgr Taché était à Montréal. On travailla à la construction durant tout l'été; $15.955 furent dé- 2>en5ées jusqu'au 18 no^7«mbre 1887 ; mais à cette date, il était loin d'être terminé. On reprit les travaux au printemps suivant. A l'automne de 1888, l'édifice était terminé. " C'est un beau bâtiment, écrivait le rédacteur du Manitoha, qui fait l'honneur de notre ville et qui réunit toutes les conditions du confort et même de l'élégance (2). " Il fut bénit par Mgr Taché le dimanche 21 octobre 1888 après les vêpres, en présence du lieutenantgouverneur et de l'élite de la société de Saint-Boniface et de Winnipeg, à la suite d'un éloquent discours du E. P. Drummond (3). Les malades commencèrent à y être reçus au milieu de novembre suivant et la première messe y fut dite par Mgr Taché le 15 novembre (1).

Mgr Taché avait été nommé A'icaire de la Congrégation par Démission de

° . . vicaire de

Mgr de Mazenod lui-même lors de sa consécration épiscopale, la congregadès l'érection du vicariat de la Eivière-Eouge. Plusieurs fois, î^'?^ta^i"||f surtout à partir de 1880, il eut la pensée de se démettre de cette charge; il en fit la demande à plusieurs reprises au Supérieur Général.

(1) Mandement de Mgr l'archevêque de Saint-Boniface, en date du 2 février 1887, pp. 4-5.

(2) N° du 18 novembre. 1888.

(3) N° du 25 octobre 1888.

(4) N° du 22 novembre 1888,

En effet, les paroisses et les œuvres s'étaient singulièrement multipliées d'année en année: le prélat sentait le besoin de se décharger d'une partie de ses obligations.

Puis quelques-uns de ses frères en religion, nous l'avons dit, avaient des préventions contre lui et se laissaient parfois aller à des plaintes: ils trouvaient de l'opposition entre les devoirs du Vicaire et ceux de l'Evêque et disaient quelquefois que Mgr de Saint-Boniface agissait en Evêque plus qu'en Vicaire. En remettant à un autre la charge de vicaire, l'Evêque enlèverait le prétexte à ces plaintes.

D'autre part, depuis que les colons affluaient au Manitoba, Mgr Taché sentait plus vivement le besoin de coopérateurs. " Je manque de prêtres. Hélas ! Quelle position d'être Evêque et de n'avoir pas un prêtre à mettre à tous les 200 milles (1). " Ses lettres, de 1875 jusqu'à sa mort, renferment souvent des cris semblables. Il ne cesse d'adresser d'instantes prières au Supérieur Général pour obtenir des religieux. Xous avons vu combien il avait peu reçu de renfort de ce côté-là. Il s'était trouvé dans la nécessité de chercher des prêtres séculiers: la Providence l'avait favorisé dans cette recherche: il avait reçu un grand nombre de prêtres éminents, qui ont acquis pour jamais une gloire éclatante devant Dieu et devant les hommes par les fondations qu'ils ont faites : les prêtres séculiers avaient été seuls au berceau de la vie chrétienne dans les Pays d'en Haut, ils reprenaient une large place dans le développement des paroisses catholiques au sein de la nouvelle province. Mais il se trouvait des esprits mal faits qui expliquaient par des dires malveillants et mensongers la rareté des Oblats qui lui étaient envoyés.

Pour ces raisons, pour d'autres encore, Mgr Taché pria plusieurs fois le Eme P. Fabre de nommer un autre Vicaire. En 1883, Mgr Grandin, qui jusqu'alors l'avait dissuadé de le faire, l'encouragea au contraire à suivre son attrait. " Maintenant, lui disait-il, vous avez, en dehors de la charge de Vicaire, plus d'occupation qu'il ne vous en faut pour absorber votre temps:

(1) Lettre à Mgr Grandin, 17 am7 1883. —Archives de l'évêché de Saint-Albert.

priez donc notre Père Cénéral de vous décharger (1)." "Vous me conseillez, lui ré])ond l'Archevêque, ce que je désire vivement. J"ai t'ait cette (Iciiiaiuli' il y a (|uel(jiu's ainu''es, elle a été rejetée. Je Tai réitérée au mois de décembre dernier, le Supérieur Gén^-ral a encore refusé. Mais fort de votre opinion, J'ai écrit depuis à l'Administration Générale,(leii!andant avec plus d'instance encore. C^uel sera le résultat cette foivS ? Je n'en sais rien (2).''

Le Eme P. Fabre maintint son refus pendant quatre ans en- NiKnination^du core. Enfin, en 1887, après le chapitre général, pendant les dé- caS™de^iâ marches faites par rArchevêque pour obtenir un coaidjutenr con^gr^satioi Oblat, il crut qu'il pouvait lui donner un successeur dans la Tomme ^'^ charge de Vicaire. Le P. Camper était un religieux modèle et néra\'^de^ très méritant, qui avait été nommé deux fois, en 1884 et en Têque.

1886, délégué au chapitre à la presque unanimité des voix; qui avait toute la confiance de ses frères en religion. D'autre part, chacun savait de quelle singulière admiration tout ensem1)le et vénération il avait toujours entouré Mgr Taché : le nouveau Vicaire continiierait donc parfaitement l'ancien. Au mois de juin

1887, le Supérieur Général nomma le P. Camper son remplaçant auprès des Oblats dans le vicariat de Saint-Boniface (3) ; il permit peu de temps après à Mgr Taché de prendre un Oblat, le P. Allard, missionnaire de grand mérite, pour son vicaire général (4).

Cette double nomination allait avoir un même effet, soulager le prélat sans diminiier son autorité : le P. Camper, en effet, était en communion si parfaite d'esprit et de volonté avec Mgr Taché, que, tout en ayant en principe, des pouvoirs qui ne relevaient pas de l'Archevêque, il devenait en fait son vicaire général à l'égard des 01)lats, comme le P. Allard l'était à l'égard

(1) Mgr Grand in, Quelques notes concernant Mgr Taché, 0. M. I. (3) Lettre du 17 avril 1883.

(3) Les conseillers furent les Pères Allard, Baudin, Lebret et Magnan. Le P. Ouellette fut nommé procureur vicarial.

(4) Lettre du Rme P. Fabre à Mgr Taché, 25 juin 1887. — Archives de l'archevêché de Saint-Boniface.

du diocèse: Mgr Taché acquérait non pas un grand vicaire, mais deux, qui l'un comme Tautre ne pemsaient et n'agissaient que par

Le prélat apprit la nomination du \\ Camper en rentrant à lui.

Saint-Boniface au mois de juillet, par une lettre écrite de Paris le 25 juin : " Comment vous remercier, mon bien cher Père, répond-il aussitôt au Supérieur général, de ce que vous voulez bien faire pour moi ? En nommant le P. Camper comme vicaire, vous comblez une lacune vivement sentie par moi depuis longtemps. . . Je vous remercie de vous être rendu enfin à mes désirs (1)."

Il écrit le même jour au lî. P. Camper: ''Le T. P.P. Général m'a fait part d'une nouvelle qu'il vous communiquera s'il ne l'a pas déjà fait et qui m'a fait un sensible plaisir. Vous savez vous-même que je tenais beaucoup à ce qu'un Vicaire fût choisi parmi nos Pères, pour remplir des fonctions c[ue je n'ai ni le temps ni la force de remplir convenablement. Ce soulagement va prolonger mon existence. Que Dieu soit loué de cette décision de notre vénéré Père (2). "

Le P. Camper était encore en Europe. Mgr Taché convoqua les Oblats à la retraite annuelle pour le 5 octobre, peu de temps après son prochain retour: le nouveau vicaire ne pouvait commencer son administration dans une meilleure occasion. La Journée du Le P. Campcr arriva à Saint-Boniface le 22 septembre en 1887. compagnie de Mgr D'Herbomez, alla à sa chère mission de

Saint-Laurent et revint à Saint-Boniface pour l'ouverture de la retraite. La retraite eut lieu du 5 au 13 octobre. Ce dernier jour, 21 oblats se trouvaient réunis et renouvelèrent leurs vœux entre les mains du nouveau vicaire; Mgr Taché quitta sa croix épiscopale, prit sa croix d'Oblat et renouvela ses vœux, perdu dans la foule de ses frères. Laissons-le raconter lui-même cette pieuse cérémonie; ce récit est une des plus belles pages sorties de son grand cœur : " Les joies légitimes du fils, écrit-il au

(1) Saint-Boniface, 29 juill ri 1887. — Arcliives de la Maison générale.

(2) Collection du R. P. Camper.

Eme P. Fabre, sont celles du père. Aussi je ne veux pas laisser passer ce jour sans vous exprimer la satisfaction que je ressens. Il y a aujourd'hui même 42 ans que je suis Oblat, que j'ai prononcé mes vœux entre les mains du cher P. Aubert, 42 ans par conséquent que je suis lié indissolublement à notre chère famille, cette famille si heureuse de vous avoir pour Père. Ce matin se terminait la retraite des Pères et des Frères du Vicariat. J'ai été me joindre à eux à Sainte-Marie pour, avec eux, renouveler mes vœux et redire combien je suis heureux d'être Oblat. J'ai eu une consolation que je n'avais pas éprouvée encore dans le pays. J'ai pu dire: Et coram te. Révérende Pater, Superioris Generalis legato (1). Jusqu'à présent, c'était moi qui étais le délégué, je devais le taire ; aujourd'hui c'est un autre, et je suis heureux de le proclamer. Xous avons eu une belle et touchante cérémonie, nous étions 21 oblats.f Le E. P. Vicaire nous a adressé une très bonne exhortation, et je suis certain que tous éprouvaient une véritable satisfaction. Pour moi, paré de ma croix d'Oblat, j'éprouvais un bonheur bien grand (2). "

Au sortir de la cérémonie, les 21 Oblats, ayant à leur tête l'Archevêque et le nouveau A'icaire, se mirent en marche pour se rendre à la cathédrale de Saint-Boniface, afin d'y assister au service anniversaire du P. Madore. " Xous avions attendu à ce jour, raconte l'Archevêque, pour donner plus d'éclat à cet acte de notre affection fraternelle et aux nôtres la consolation d'y prendre part. Il y avait foule à la cathédrale et le service a été beau et imposant (3). "

Puis toute la troupe apostolique dîna à l'archevêché. Mgr Taché fut empêché par l'excessive fatigTie de s'asseoir à la table commune; mais, pendant la récréation qui suivit le repas, il vint au milieu de ses frères en religion. Le P. Camper lui lut alors une adresse qui exprimait les sentiments de reconnaissance, de vénération et de confiance qui avaient toujours rempli son cœur à l'égard du grand Archevêque. Ces paroles vibrantes d'é-

(1) Je renouvelle mes voeux ''devant vous, révérend Père, (iélégné dn Supérieur Général,"

(2) Saint-Boniface, 13 octobre 1887. — Archives de la Maison générale

(3) Pnd.

motion allèrent jusqu'au fond de l'âme du sensible prélat. II répondit qu'il avait eu une immense consolation de renouveler ses vœux le matin devant le représentant du Supérieur général, 23ria ses frères de ne pas l'abandonner, et de toujours se souvenir que sa maison était bien la maison des Oblats. " Son émotion se communiqua à toute l'assemblée, de douces larmes s'échappèrent de tous les yeux (1)."

Le même jour, Mgr Taché reçut du Eme Père Fabre une lettre qui lui permettait de prendre le P. Allard pour vicairegénéral. Cette nouvelle porta sa joie au eoni1)lc. " Je vous avoue, écrit le prélat le soir même au Supérieur de Paris, que ce jour est pour moi un jour de bien douce satisfaction, et cette satisfaction uTe.st procurée parce que je suis 01)lat, parce que vous êtes mon père (2)." Demande de Dcpuis la nomination du P. Camper à la charo-o de Vicaire

Pères et do j. o

Frères. dos missions, Mgr Taclié évita avec un soin poussé peut-être jus-

qu'au scrupule, tout ce qui aurait pu gêner de quelque manière la liberté du nouveau Vicaire dans l'exercice de ses fonctions. . " Après avoir été longtemps, trop longtemps Supérieur des Oblats de Saint-Boniface, écrivait-il un jour, je comprends que je dois éviter scrupuleusement ce qui pourrait entraver l'action du digne Vicaire qui a été mis à ma place; c'est pour cela que je me tiens à l'écart, lors même que mon cœur me demanderait de prendre une part plus active à tout ce que font et disent nos ohers Pères (3)." Demande de Cependant il écrivit plusieurs fois au Supérieur général,

sujets, parti- ^ ^ ^

cuiiôrement commc il l'avait fait souvent par le passé, pour lui demander «envers. (jgg pères et des Frères oblats : il regardait en effet comme un de ses principaux devoirs d'Evêque de trouver des ouvriers évangéliques pour les églises dont il était le chef et l'époux : de là ses instances multipliées pour augmenter les apôtres appelés dans les Pays d'en Haut par son prédécesseur.

(1) Lettre du R. P. Camper au Rme P. Fabre, Sawt-Laureni, 27 novembre. 1887. — Dans le.s Mis.iion.<^ de la Cong., t. XX VI, p. 22.

(2) Lettre de Mgr Taclié, 13 octobre.

(3) Lettre au Rme P. Fabre, Saint-Boniface, 16 nov. 188S. — Archives de la Maison générale.

CHAPTTlîH LIV

Mgr Taché fut malade au commencement de l'hiver. " Sa Santé. Grandeur Mgr l'Archevêque est très souffrant depuis quelques jours ". écrit le Manitoba à la date du 10 novembre. " Je suis bien plus faible depuis une dizaine de jours, écrit-il lui-même à Mgr Grandin le 13 novembre : ces affaires " du ISTord-Ouest et de la persécution officielle contre les écoles et les missions catholiques " me tracassent (1). " Cependant il put, le 23 novembre, assister à la grand'messe, chantée pour le 36e anniversaire de sa consécration épiscopale; le 4 décembre, bénir la cloche de l'Académie Provencher, et le 11 du même mois, confirmer 19 ]>ersonnes à l'Immaculée-Conception (2).

Pendant les deux semaines qui précédèrent Xoël. il garda le lit "presque continuellement (3)." Le reste de l'hiver, il fut mieux sans être bien.

Le dimanche S janvier, il causa une agréable surprise à son peuple en montant en chaire pour lui présenter ses vœux de bonne année et lui donner ses conseils. Il ne put assister au service chanté le IG février à la cathédrale pour le P. Le Floch. Mais il assista le 17 mars à la grand'messe de saint Patrice chantée à Sainte-]\[arie de Winnipeg, officia pontificalement le dimanche 18 mars à la cathédrale pour les premières vêpres de saint Joseph, et visita le lendemain, fête du collège, les maîtres et les élèves. Le jour de Pâques, il assista paré à la grand'messe dans sa cathédrale.

(1) Sai>it-Boniface, 13 novembre 1SS7. — Archives de l'évêché de Saint- Albert.

(2) Le Manitoba, n° du 15 déceiiibre 18S7.

(3) Lettre au Rme P. Fabre, Saint-Boniface, 27 déc. 18S7. — Archives de la Maison «lénérale.

VIE DE MGIl TACHE, O. M. I.,

Durant cette longue maladie qui, avec diverses alternatives, se prolongea tout l'hiver, Mlle Adèle Taché se tint au chevet de son vénérable parent, comme un ange de consolation et de dévouement, édifiant le clergé, la communauté des Sœurs Grises et toute la ville de Saint-Boniface par ses soins assidus et la délicatesse des plus pures verti^.

Avec le retour du printemps, l'auguste malade se trouva mieux. Il écrit à Mgr Grandin le 25 mars 1888 : "Je suis content de vous dire que je suis bien mieux ces jours-ci. Quoiqu'encore faible, je sens la vie me revenir, et j'espère que le retour de la belle saison me donnera les forces nécessaires pour visiter une partie de mon diocèse (1)."

En effet, il fut assez bien pendant la belle saison, demeurant faible cependant et obligé à beaucoup de ménagements. " Je voudrais pouvoir vous écrire que je suis guéri, dit-il au Eme P. Fabre le 3 juillet; je voudrais surtout aller vous le dire. ]\Iais non, je ne puis avoir cette consolation. Je suis mieux que l'année dernière, mais je ne passe pas encore un seul jour sans quelque éjDreuve. Presque tous les jours j'ai des moments où je me trouve bien et suis capable de quelque chose. D'un autre côté, tous les jours, j'ai des heures de souffrance et d'épuisement qui ne me disent que trop que le mal n'a pas disparu ou que les forces ne sont pas refaites. C'est une position ennuyeuse. Je ne pui.s pas faire ma besogne et cette pensée me fatigue beaucoup (2)."

Agir et souffrir sont les deux facteurs de la sainteté; le plus efficace est souffrir: c'est celui que Dieu accroît d'année en année dans îe grand fondateur.

Noces d'or de En 1888, il V avait encore à Saint-Boniface une des quatre

la Sœur ' ^ ^ ^ ^

st-joseph. fondatrices qui, le 21 juin 1844, avaient débarqué du canot d'écorce en face de la cathédrale pour établir le premier couvent dans les Pays d'en Haut, c'était la Révérende Sœur Gertrude Coutlée, en religion Sœur Saint-Joseph. Elle atteignait cette

(1 ) Saint-Boniface, 25 mors 1SS8. — Archives de l'évêché de Saint- Albert. (2) Saint-Boniface ,Z juillet 1888. — Archives de la Maison générale.

année-là sa 50e année de ])i-()r('ssion. Mgr Taché voulut convoquer son clergé et son peuple autour de la vénéral)le ><-]>tua<iénaire pour lui entendre renouveler son pacte d'amour avec l'Epoux du ciel, remercier Dieu dos longues années accordées à la vaillante Sœur, inais plus encore pour lui rendre grâce des ineffables bienfaits répandus sur les anciens Pays d'en Haut par le Couvent dont elle avait été une des pierres ang-ulaires.

Le mardi 29 mai 1888, à 10 heures du matin, " la cathédrale est parée et remplie comme aux jours des grandes fêtes. Sur l'autel, des lys et des chandeliers d'or; le dominant, des lauriers en fleurs. Au trône pontifical, l'Archevêque de Saint-Boniface, que la douleur, fruit de toutes ses anciennes fatigues de missionnaire, en tient presque constamment éloigné maintenant. A ses côtés, l'auxiliaire généreux, le doux ami Mgr Grandin, évêque de Saint-Albert, qui possède un rameau de l'arbre planté par Mme d'Youville. Autour d'eux, un cortège de missionnaires, de religieux, de prêtres et de lévites; les Oblats de Marie, les Jésuites et leurs élèves. Dans les galeries, les compagnes de la Sœur Saint-Joseph, accourues de toutes leurs missions et auxquelles étaient venues se joindre les Sœurs non moins dignes des Saints Noms de Jésus- Marie. Dans la nef, des magistrats, des sénateurs, des ministres, des députés, le Maire de Saint-Boniface, ancien élève de la bonne Sœur, le consul des Etats-Unis ... et enfin la foule composée d'amis et d'étrangers de tous les âges et de toutes les conditions. Puis au haut de la nef, près de la balustrade, sur des prie-Dieu simplement garni?, trois religieuses: au milieu la vénérable Sœur Saint -Joseph ; à sa gauche, la Mère Hamel, supérieure de la communauté de Saint-Boniface ; à droite, la IMère Filiatreault, supérieure générale de toutes les maisons dépendantes de Montréal.

" Sa Grandeur lit un mémoire soigneusement préparé, dans lequel sont retracés les humides et difficiles commencements de la première communauté des Sœurs Grises; les relations de famille existant entre la fondatrice et La Yérandrye, le découvreur du Xord-Ouest; les démarches de Mgr Provencher pour

doter ses missions d"un ordre religieux de femmes; l'arrivée des Sœurs Grises à Saint-Bonif ace ; le développement de l'œuvre durant le premier siècle de son existence; son développement durant ce dernier demi-siècle au loin comme à son berceau; les merveilleux- résultats obtenus par le dévouement de la charité. Cette histoire et ce spectacle arrachent au vénérable prélat un cri d'admiration : Dieu est grand dans ses œuvres (1) ! "

Mgr Taché était alors très fatigué. " Chacun fut étonné qu'il pût tenir" à une lecture d'une heure (2) ; mais son amour des Sœurs Grises augmentait ses forces et il voulait se donner à luimême et donner à tous une grande joie en faisant l'histoire de leur apostolat dans l'Amérique du Xord.

" Le vénérable Archevêque, écrivait le lendemain un des auditeurs émus, a assisté presqu'à l'éclosion de la communauté; il en a vu, il en a favorisé le merveilleux dévelo})peuient. Par science et par autorité, il lui revenait de nous mander sur la place publique des chrétiens, à l'église, et d'y appeler aussi l'humble religieuse, fondatrice survivante de cette communauté, entourée de ses compagnes, et là, d'y passer en revue, en présence de la population réunie, la naissance de l'œuvre, la vie d'abnégation, de travail, de dévouement, de prière et de civilisation de l'une, l'apostolat de toutes, lequel est l'une des plus admirables et plus suaves manifestations de la foi catholique. Ce récit, nous l'avons écouté avec tout l'intérêt qui s'attache à la vérité historique, avec toute l'émotion que fait naître le spectacle de l'héroïsme dans le sacrifice, avec touti' la gratitude et l'afPection qu'inspirent les bienfaits ; et nous avons mêlé l'accent de nos chants et de nos prières aux actions de grâces de notrs archevêque,de son digne collaborateur, l'Evêque de Saint-Albert, du clergé de tout le Xord-Omst canadi(>ii. dos diverses institu-

(1 I T.-A. Beniier, surinton<lant des écoles catlioliciues. — Dans le Mmiitolxi, n" du 01 mai 1S8S.

Le mémoire (le J\lgr Tiu;h('' sur riiistoire géiu'ialo des Sœurs Grises et leurs fondations particulières dans lo Nord-Ouest a été reproduit par le M(iinloh(t dans les n" des 7, 14 et 21 juin 1888.

(2) Journdl de Mgr Grandiii.

tions qui sont notre soutien, dos religieux et des religieuses, des orphelins, des malades, des affligés, des enfants confiés à leurs soins (1)."

Mo-r Grandin, que nous venons de nommer, était arrivé à séjour de Mgr Saint-Boniface le samedi 26 mai. 11 venait de passer cinq mois st-Boniface. dans les Etats-Unis, occupé, avec le P. Lacomhe, à des quêtes, dans lesquelles il trouva en certains lieux de la bienveillance, en d'autres de l'indifl'érence. ''J'ai appris avec grand plaisir, lui écrivait son ami de Saint-Boniface le 6 mai, votre détermination de revenir, car je vous assure que Je vous ai pris en pitié pendant toute cette course aux Etats-Unis (2)." Mgr Taché le pria d'arranger son retour de manière à assister aux noces d'or de la Sœur Saint-Joseph : " ^ous serons tous si heureux, de vous voir (3);" "ce serait surtout une grande consolation pour la seule survivante des fondiatrices du premier établissement des Sœurs Grises dans oe pays (4)."

Mgr de Saint-Albert avait fait, avant et après ces quêtes, deux séjours à Ottawa ])our voir les ministres White, Langevin, Caron, Sir John McDonald, et leur présenter un ensemble de plaintes contre les gouvernants, grands et petits, du Xord-Ouest. " Le P. Lestanc se" plaint amèrement, lui écrivait l'Archevêque le 25 mars, de la manière dont les sauvages sont traités et de ce que le fanatisme fait contre eux. Je crois qu'il ne serait pas mal à propos de rappeler à M. ^Vllite !' ministre des x\tïaires Indiennes, " ce qu'il a promis. Ses promesses n'ont pas encore eu beaucoup d'effet ni de retentissement (5)." M. White mourut peu de temps après. " Hâtez-vous, écrit le 6 mai l'Archevêque à Mgr Grandin, de vous rendre à Ottawa, M. White est mort, déjà il oubliait ses promesses et elles ont peut-être été enfouies dans la terre avec lui. Il faut que vous soyez-là avant que les

(1) T. -A. Bernier, dans le n° cité du Maniloha.

(2) Saint-Boniface, 0 mai 1888. — Archives de l'évéché de Saint-Albert.

(3) Ihid.

(4) Saint-Boniface, 25 mars 1888.

(5) Ibid.

membres du parlement ne se dispersent, pour qu'ils puissent vous appuyer (1). "

Le gouvernement d'Ottawa écouta l'Evêque de Saint-Albert avec bienveillance et décida d'envoyer dans le Nord-Ouest le P. Gendreau 0. M. T., })our faire une enquête sur les faits dont se plaignait l'Evoque. M. Eoyal venait d'être nommé lientenant-gouverneur du Xord-Ouest et eut de longues et bienveillantes conférences avec Mgr Grandin. Un autre catholique de talents, M. Amédée Forget, fut nommé sous-commissaire dans le Département Indien. Ces faits étaient rassurants.

^Igr de Saint-Albert passa 20 jours auprès de son ami. En se rendant sept mois auparavant, il avait pris les conseils de son métropolitain sur les démarches qu'il allait faire; en retournant dans son diocèse, il lui rendit compte de ses démarches à Ottawa et le consulta sur la conduite à tenir envers les administrateurs du Nord-Ouest. Il ne prenait aucune décision importante sans le consulter, à peu près comme au temps où il était son coadjuteur.

Mgr Taché trouvait de son côté d'intimes jouissances à voir et à entretenir un frère et un ami dont le cœur battait si parfaitement à l'unisson du sien. Quoique malade et retiré au Pensionnat, il voulut le recevoir à l'Archevêché le jour de son arrivée, vint le visiter plusieurs fois dans sa chambre, l'entretint longtemps et souvent au Pensionnat. Se trouvant mieux le 1er juin, if l'emmène dans sa voiture jusqu'à Saint-Norbert, pendant que les Pères Allard, Leduc et jMaisonneuve accompagnent les doux évoques dans une autre voiture. !Mais il est plus mal les jours suivants. Le 3 juin, solennité de la Fête Dieu, il ne peut que paraître un instant sur le passage de la procession pour se mettre à genoux devant 1(! Saint-Sacrement. 11 a chargé son bien aimé suffragant de porter le Dieu d'amour à sa place et d'officier pontificalemont devant son peuple. Il lui fait consacrer dix pierres d'autel le oO mai, l'envoie confirmer 74 personnes à Saint-Pierre le 5 juin et y bénir une statue du patron

(1) Saint- Bon )face,Q) mai 1888. — Arcliives do révêché de Suiut-Albert.

fie la ]niroissc. Il lui fait ordonner prêtro ^F. Cxillis à l'église Sainto-]\rarie le 11 juin 1888.

L'Evêque de Saint-Albert passe plusieurs iours à diviser et à iiaine de races emballer les effets venu» d'Europe ou du Canada pour les mis- tains

■^ ^ hommes

sions du Nord-Ouest. Pour la première fois peut-être, Mgr politiques. Taché ne l'aide point dans ce travail, empêché qu'il est par la maladie. Mais pour la première fois aussi, l'Evêque missionnaire n'a pas à organiser de caravane, ni depuis Winnipeg, ni même depuis Qu'Appelle. D'une part, la ligne ferrée va de "Winnipeg à Calgar}^; d'autre part, un bateau à vapeur réunit Winnipeg à Edmcnton par le Grand Rapide, Prince-Albert, Battleford. Les effets sont partagés entre ces deux voies. Mgr Grandin prend lui-même, le 15 juin, la voie du bateau pour visiter les missions placées le long de la Saskatchewan et arrive à Saint-All)ert le 21 juillet.

Xous aurions à raconter ici divers incidents où parut avec éclat d'une part la modération et la loyauté de Mgr Taché et de Mgr Grandin, et d'autre part le fanatisme de certains hommes publics du iSTord-Ouest. Mais il est peut-être préférable de laisser ces récits aux historiens de l'avenir, qui, grâce à un plus grand éloignement des événements, pourront parler avec plus de liberté des morts, sans offenser les vivants.

Xous nous permettrons cependant une réflexion.

Pourquoi faut-il qu'il y ait au Canada des hommes si mal disposés à l'égard de tout ce qui est catholique et français ? Pourquoi faut-il que ces esprits étroits et malveillants se rencontrent jusque dans les hautes sphères de l'administration publique? Pourquoi faut-il que le Département des Affaires Indiennes n'ait pas su échapper à l'influence néfaste des fauteurs et des exploiteurs du fanatisme religieux?

Les archives de Saint-Boniface et de Saint-Albert renferment un grand nombre de documents tristement intéressants sur ce sujet. Ceux qui, dans l'avenir, entreprendront de raconter les événements auxquels nous nous contentons de faire allusion, trouveront là une mine abondante pour des révélations de plus d'un genre. Qu'ils lisent, par exemple, une lettre de Mgr

Grandin, en date du 7 novembre 1888, et les autres lettres de^ deux prélats écrites à la même époque (1) ; ils verront jusqu'à quel degré de mauvaise foi, certains personnages politiques ont pu descendre dans la guerre hypocrite qu'ils conduisaient contre la race française et la religion catholique.

Il est vraiment regrettable que dans un pays comme le Canada, 011 les deux éléments, catholique et protestant, sont exposés à être souvent en conflit d'intérêts, les hommes publics ne s'inspirent pas davantage de l'esprit d'une justice égale pour tous et de ce fair play britannique, tant vanté, qui devrait animer tout citoyen soucieux do la paix et de la prospérité de ce jeune et grand pays.

Visite du Nous savons quelle importance Mgr Taché a toujours atta-

chée à la visite du diocèse. " C'est avec un profond regret que je vois terminer l'année 1887, écrivait-il à ses prêtres au mois de décembre précédent, sans avoir pu visiter aucune de vos paroisses pendant cette même année; je n'ai pas même eu la consolation d'aller en saluer d'autres d'entre vous que ceux qui sont à Winnipeg. L'affection que nous vous portons nous a fait sentir vivement cette privation. Puissent les prières, si nombreuses et si ferventes que vous avez adressées et fait adresser au ciel pour le recouvrement de ma santé, me permettre de me dédommager en 1888 des privations imposées en 1887 ! Comme l'état de faiblesse dans lequel je suis ne me permet pas de compter sûrement sur telle ou telle époque, je vous prie, d'iii au mois de mai, de faire les préparations nécessaires à la confirmation, et au retour de la belle saison, j'espère pouvoir aller vous visiter: la chose me sera plus facile si tout est prêt et si je puis choisir les moments plus commodes pour moi (2)."

Le prélat profita du mieux relatif qu'il éprouva do]mis Pâques

(1) Spécialement les lettres de ^Igr Taclié: Sarnt-Boniface, 17 octohre 18J^8; Saint Bonif ace, 2noveïnhre 1888; Saint -Bonif ace, 17 novembre 1888, etc. ; les lettres de Mgr Grandin: Saint- Alhert,' 1 novembre l^èS; Saint- Albert, 30 octobre 1888, etc.

(2) Circulaire de Morr rarchevêque de Saiiit-Boiiiface au clergé de .=on diocèse, 8 décembre 1887.

ARCHEVÊQUE DE SAIXT-BOXIFACE 58?

pour aee-omplir un dc^voir (]ui lui était si doux. Au milieu de mai, il se rend au Portage-du-Eat, accompagné de 'M. Messier et le 16, y confirme 26 personnes (1).

Le 19 juin, il reçoit, à Brandon, au couvent des Fidèles Compagnes de Jésus, la profession de la Sœur Plante, la première canadienne entrée dans cet Institut; il administre le sacrement de confirmation dans la paroisse à 15 personnes (2).

"■ La semaine dernière, écrit-il à Mgr Laflèche le 22 juillet, j'ai fait un voyage de cinq jours pendant lesquels j'ai parcouru 75 milles en voiture et 240 en chemin de fer. J'ai visité six paroisses : la paroisse de Saint- Alphonse (Montagne du Tigre) ; la mission de Saint-Léon (Prairie Pionde) ; les autres près de la Riviège-Eouge (3). "

En effet, le lundi 16 juillet, accompagné du P. Maisonneuve et de M. Cherrier, il se rend, par la voie ferrée à Cypress Eiver, d'où la voiture de M. Alexis Allaire le conduit à Saint-Alphonse et à " son élégante chapelle bâtie sur un joli coteau. " Le mardi, 17, il confirme 36 personnes (4) et félicite le jeune curé^ M. Campeau et les habitants d'avoir construit en si peu de temps une si belle église. Le même jour, il franchit en voiture les 25 milles qui séparent Saint- Alphonse de Saint-Léon et arrive fatigué à Saint-Léon ; mais '' une bonne nuit sous le toit hospitalier du bon Père Bitsche lui permet de continuer le programme qu'il s'était tracé à son départ. " M. Lussier le conduit, avec ses vigoureux chevaux, à ^Lmitou. où il prend le chemin de fer pour se rendre à Morris. Là, M. Fillion l'attend avec le P. Belliveau, S. J., et M. Cotton. Celui-ci le conduit dans " son magnifique équipage " à Saint-Jean-Baptiste. Le prélat y confirme, le 18 juillet, 46 personnes. " Le lendemain, jeudi. 19, Monseigneur dit la messe devant le Saint-Sacrement exposé et se trouve assez bien pour adresser la parole aux fidèles qui, pendant une ving-

(Ij Le Manitoha, n^ du 17 mai 1888.

(2) Registre des confirmations.

(3) Suint-Boniface, 22 jmllet 1%'è'è.— Xxch\\e& de l'évêché des T rois- Rivières.

(4) Registre des confirmations.

taine de ininutcs, goûtèrent le plaisir d'entendre la voix de leur aimé pasteur et de constater que les prières faites pour le recouvrement de sa santé avaient été entendues du ciel. " A 11 heures, l'Archevêque monte dans " la belle voiture de M. Pierre Parenteau " et se rend à Saint-Joseph, où il confirme 26 personnes dans la soirée. Le vendredi, 20, il est à Saint-Pie, où il confirme 17 personnes, " dont 10 sauvages de la tribu des Sauteux, " tous adultes ; " leur teint, leur costume et leur taille font un contraste tout pittoresque avec les élégantes toilettes blanches des petites canadiennes qui reçoivent en même temps le sacrement de confirmation. " Monseigneur se rend ensuite en voiture à Emerson, se repose un peu " dans l'élégant presbytère de M. Jutras. " A 2 heures 30, il reprend les chars et à 5.30 il est de retour à Saint-Bonifaco, " où tous sont heureux de le voir revenir sans fatigue apparente et après avoir rempli à la lettre le iDrogramme assez chargé qui avait été préparé i)our cette visite de cinq jours (1).^'

On venait de construire une nouvelle voie ferrée, allant de Winnipeg vers Souris et une autre allant de Winnipeg à Saint- Paul sur la rive gauche de la Rivière-Pougo. " Celle-ci traverse l'Assinil)oine à son embouchure, écrivait jMgr Taché vers cette époque, et s'arrête presque en face du couvent de Winnipeg. Un convoi de 16 chars d'excursionnistes traîné par 2 locomotives vient de passer : Je l'ai regardé sans me lever de mon siège (2). "

C'est en usant de ces nouveaux chemins de fer que IMgr Taché put visiter les deux paroisses de la Montagne de Pembina et les quatre de la Eivière-Rouge (3).

(2) Le Manitoha, n"' des 19 et 26 juillet ISSS.

(2) Cette année-là même (1S88), les lion. MM. Greonwav et ?krartin passèrent, il New-York, un traité avec la "Northern l'acilic Kailway pour la construction d'unti autre lijïne allant de Morris à lîrandon. en traversant la montajrno de Pouibina; la coinpairnie s'en<ia<fea à construire, dans le délai d'une année, toute la liirno de Morris à Brandon, dont 20 milles seraient exécutés avant le 1er décembre. Lo ponvernement provincial frarantit l'intérêt de 5 % pendant 25 ans pour les $1,400 nécessaires à la construction de chaque mille.

(3) Le Marntola, n" du IS octobre 1888.

2e Vol. — p. yS4.

Eglise de Saint-Joseph (Mail.).

Eglise et presbytère de ,Saiut-Pie à Letellier (Man.).

Le mardi suivant, 24 juillet, il monte on voiture pour se rendre à Sainte-Anne des chênes, afm d'y présider la fête de la grande patronne de la Bretagne et du Canada et d'y accomplir un pèlerinage qu'il avait promis durant l'hiver. En allant, il s'arrête à Lorette, où •'■ les habitants ont fait de grands préparatifs pour honorer leur premier pasteur et lui témoigner la joie qu'ils éprouvent de sa visite." Il y confirme 30 enfants (Ij et arrive dans la soirée à Sainte-Anne.

Les pèlerins accoururent en foule de toutes parts le mercredi et le jeudi, attirés par leur dévotion pour l'aïeule du Sauveur et par la présence de l'Archevêque, de Saint-Boniface, de Winnipeg, de Sainte-Agathe, de Saint-Xorbert, etc. " M. Dufresne, curé de Lorette, amène un groupe nombreux de fidèles montés svir 40 voitures qui se suivent en procession. Dix-sept autres voitures arrivent de Saint-Joachim de la Broquerie. Sainte- Anne n'avait jamais vu encore un pareil concours de fidèles; environ 700 personnes s'approchèrent de la sainte table. " Monseigneur donne la confirmation le 26 juillet à 44 personnes de Sainte-Anne et à 7 de Saint-Joachim et revient le soir même en voiture à Saint-Boniface (2).

Le dimanche 29 juillet, le prélat visite Saint-Xorbert et y confirme 71 enfants.

Le lundi 13 août, il se rend à Sainte-Agathe, où il confirme 29 enfants. Il en revint le mardi (3).

Le jeudi suivant, 16, il se remet en route : il va par la voie ferrée jusqr.'à la station de Qu'Appelle, et de là par la voiture jusqu'à la Mission située à 24 milles de distance, où il arrive le vendredi à midi. " Les Pères de la Mission s'étaient dispersés auparavant dans un rayon de 30 milles pour préparer les différents groupes de la population à recevoir la confirmation. Le résultat a été que 143 person-nes ont reçu ce sacrement. Sur ce nombre, une trentaine étaient païens, il y a deux ans, lors de la

(1) iïé'jfisire des confii-mations.

(2) Le Mamtoba, n"" du 16 août 1888.

(3) Md.

586 VIE DI-: MGR TACHÉ, o. :m. I.,

dernière visite de Sa Grandeur. "* Monseigneur baptise un vieux sauvage qui, après 60 années d'infidélité, a ouvert les yeux à la lumière. ^Malgré son grand âge, Kakakis, la Corneille (c'est son nom) a pu apprendre ses prières et la partie la plus imjDortante du catéchisme; il répond aux questions du baptême avec une forte voix. Monseigneur le confirme aussitôt après l'avoir baptisé. L'Archevêque visite avec amour l'Ecole Industrielle et passe de longs moments au milieu des enfants sauvages, jouissant du bonheur de voir ces enfants du désert confiés à un de ses Frères en religion et à ses chères Filles de la Charité. Il confirme 32 de ces enfants.

Il quitte ces lieux si chers, le lundi après-midi, 20 août et arrive à Saint-Boniface le mardi soir (1).

Le vendredi 7 septembre, il se rend à une autre mission qui lui est, elle aussi, singulièrement chère, celle de Saint-Laurent, sur le lac Manitoba : il fait 17 milles en voiture et le reste en chemin de fer. Il y confirme, le dimanche, 9 septembre, 45 personnes; visite avec bonheur l'école depuis longtemps si florissante, fréquentée par une soixantaine d'enfants, les beaux jardins de la mission, tout émaillés de fleurs, et remplis de fruits abondants et variés, les vastes étables, remplies en hiver de GO bêtes à cornes de races choisies. Il n'a que des éloges à adresser à ses frères en religion pour les travaux spirituels comme pour ceux de ferme, et pour les succès dans le ministère des âmes comme pour le zèle à i mit ci- saint l'aul dans le travail des mains (2).

Le IG septeml)re, il confirme 14 enfants à la cathédrale. Il avait auparavant administré le sacrement des forts; le 24 mai, à 24 élèves du Pensionnat; le 8 juin, à 27 du Collège; le 10 juin, à 21 de l'Académie Sainte-Marie. 11 avait, le 10 juin, confirmé 4G personnes dans l'église Sainte-Marie (3).

(1) Le Munitnha, n" du 23 août 1888. — liegiMre ttes confirmations.

(2) Le Munitohii, n" du 13 septembre 1888.

(3) Registre des coiifinnations.

AKCHEVÊQUE DE SAINT-BOX IFACE 587

Le 14 octobre, il est à Saint-Charles et y confirme 22 fidèles; le même jour, à Saint-François-Xavier, où il administre la confirmation à 13; le lendemain, 15 octobre, à Saint-Eustaclie, où l'on achève de construire une nouvelle église; il y confirme 23 enfants et donne les ordres moindres à MM. Turcotte et C amer on (1).

Cette année-là, Mgr Taché administre le sacrement des forts à 739 de ses ouailles, Mgr Grand in à 74 fidèles de Saint-Pierre, le P. Camper à 203 fidèles des missions sauvages du nord, et le P. Allard à 59 du fort Francis : la confirmation est administrée à 1078 catholiques de l'archidiocèse. Jamais encore un chiffre aussi élevé n'avait été atteint.

Heureux d'avoir pu porter les grâces de l'épiscopat à un si grand nombre de paroisses, Mgr de Saint-Boniface écrivait à son ami de Saint-Albert le 11 octobre 1888 : " J'ai pu visiter une vingtaine de mes paroisses, et tous les jours je puis faire un peu de travail, mais à la condition de ne point marcher (2). "

Il se rendit à Saint-Paul dans la seconde quinzaine de sep- voyage a

^ -^ St-Paul.

tembre, pour prendre part à une des plus augustes cérémonies qui puissent honorer une Eglise. Saint-Paul venait d'être érigée en métropole avec les sièges du Minnesota et du Dakota comme sulïragants ; son Evêque avait été élevé au rang d'Archevêque et comme tel, devait recevoir le pallium, insigne de sa nouvelle dignité. Le nouvel Archevêque avait non seulement de l'estime, mais de la vénération et de l'admiration pour son collègue de Saint-Boniface : il fit les plus gracieuses instances, pour que Mgr Taché consentît, malgré le mauvais état de sa santé, à honorer de sa présence la grande cérémonie.

Mgr de Saint-Boniface accéda à ses prières et se mit en route le 24 septembre, accompagné du P. Maisonneuve et de M. Messier. La remise du pallium à Mgr Ireland eut lieu le jeudi 37 septembre, en présence de 14 Archevêc[ues ou Evêques et de

(1) Le Manitoha, n^ du 18 octobre 1888. — Registre des confirniations.

(2) Saint-Boniface, 11 octobre 1888. — Archives de l'évêché de Saint- Albert.

300 prêtres. " Ce jour fut un jour de triomphe pour l'Eglise catholique. La joie la j^lus vive rayonnait sur tous les visages, et toutes les feuilles publiques exprimèrent, dans un langage enthousiaste, l'admiration inspirée par les grandes œuvres accomplies par les évêques et les prêtres de la Sainte Eglise (1). "

Mgr Taché avait passé à Saint-Paul pour la première fois en revenant de recevoir l'onction des Pontifes à Viviers; la grande cité faisait entendre alors les premiers vagissements du berceau; il la révoyait dans les splendeurs d'une jeunesse puissante qui annonçait de nouveaux développements aussi merveilleux encore. Il remercia Dieu d'appeler à l'être ce qui n'est pas et de faire surgir si rapidement dans des déserts d'hier des cités égales aux capitales antiques. Il admira surtout '' les progrès du catholicisme " et le développement de la vie et des œuvres catholiques dans la nouvelle cité, et en remercia Dieu du fond de son cœur (2).

L'Archevêque était de retour à Saint-Boniface le samedi soir. pto.i,.t de con- Chaque fois que Mgr de Saint-Boniface était mieux, il repre-

tinuGr les

" Vingt an- nait le projet de continuer les Vmqt années de missions. " Il y

nfes <le mis- ^ •" ^ t . ^^^ 1

sions." a déjà 23 ans, écrivait-il au Eme P. Fabre au mois de juillet,

que nos premières viîigt années de missions sont passées; aussi il y a la matière d'un autre livre à écrire. Ce travail, j'y songe depuis longtemps, il est même commencé depuis 1886. La maladie qui me domine depuis bientôt deux ans ne m'a pas permis de conduire ce projet à Ijonne fin ; mais je ne le perds pas de vue et veux l'exécuter pour nos Annales d'abord et ensuite pour le public, si vous en autorisez la publication. Les commotions sociales par lesquelles nous sommes passés pendant cette dernière période, donneraient un intérêt spécial à l'histoire de nos missions. D'un autre côté, ces événements ont une telle gravité qu'ils ne pourront être traités qu'avec l)eaucoup de réserve et un soin tout particulier. Je voudrais éviter les deux écueils entre

(1 ) Lo M't-,ntol,fi, n'' du 4 octobre 1888.

(2) Lettre à Mgr Grandin, Saint-Boniface, 11 octobre 1888.

nées de missions.

ak(iii:vkqi;k di: saixt-boxiface 589

lesquels nous placent les rivalités des partis politiques qui se

font la ^i^-uerre au Canada (1). '*' ' '.

Combien il est regrettable que le prélat, à l'âme de missionnaire, capable de dire et de taire selon que l'exigent les délicatesses de la plus pure charité, n'ait pu exécuter son dessein et produire un chef-d'œuvre sembla))le à celui qu'il avait donné à l'Eglise 22 ans auparavant.

Le premier ouvrage était épuisé depuis longtemps ; il était ^'•'•'^v'ingt'iufutile d'en faire une nouvelle édition. Un des hommes les plus éminents de la nouvelle province, qui avait toute la confiance de Mgr Taché dans l'administration des écoles catholiques, M. Th.- A. Bernior, fit i^araître une seconde édition des Vingt années de missions, en la faisant précéder d'une Préface remarquable, où l'écrivain exprime avec des accents pathétiques l'admiration de tous les nobles cœurs pour les œuvres des Oblats dans l'iVmérique du nord. La nouvelle édition fut tirée à 12.000 exemplaires : c'est beaucoup pour un pays qui ne compte pas deux millions de catholiques; mais l'éditeur avait le désir que l'ouvrage fût donné en prix dans les écoles, pour faire admirer de la jeunesse l'héroïsme des apôtres de la foi et susciter dans son sein de généreuses vocations (1).

Pendant que M. Bernier rééditait les Vingt années de missions ^(^^ ^^^^

^ ^ dix an

des Pères Oblats et que Mgr Taché se projDOsait d'écrire les ^ Lem°o°ro- Vingt années suivantes, le prélat faisait un tableau succinct, Sg!-*Tachê.'^^ mais fort remarquable de l'évangélisation des Pays d'en Haut depuis l'arrivée de Mgr Provencher.

" Il y a aujourd'hui, écrivait-il le 16 juillet 1888, 70 ans que M. Joseph-Norbert Provencher, premier missionnaire, et plus tard premier Evêque de Saint-Boniface débarquait sur la rive de la Eivière-Eouge, et il y a aussi aujourd'hui 35 ans que Mgr Taché apprenait, à l'Ile-à-la-Crosse, la mort de Mgr Provencher, auquel il succédait en devenant le second Evêqiie de

(1) Saint-Boniface, 3 juillet 1S8S. — Archives de la Maison gcnérale. (1) JIAfL

anteix ans de

Saint-Bonifacc. Ces deux anniversaires en un inêmc jour meparaissent un fait assez digne de remarque pour fixer l'attention, Mgr Provencher arrive pour fonder une mission à Saint-Boniface. Trente-cinq ans après, jour pour jour, son successeur apprend sa mort et aujourd'hui, 35 ans après encore, jour pour jour, ce successeur prend la liberté de vous tracer ces lignes,. qu'il espère devoir vous intéresser, puisque ce qu'il va vous dire est en partie le fruit de la générosité de l'Œuvre admirable que vous dirigez avec tant de zèle et de succès (1). "

Ces paroles sont adressées aux Directeurs de l'Œuvre de la Propagation de la Foi.

Le prélat raconte successivement les progrès de la foi pendant les 35 années de chacune des deux périodes, donnant des vues d'ensemble sur l'une et sur l'autre et fournissant les explications nécessaires pour que tous les lecteurs puissent se rendre compte des faits, " même ceux qui sont le. moins familiarisés avec la connaissance du pays. " Dans la première partie, il passe en revue les travaux de Mgr Provencher et de ses missionnaires, leurs voyages, les difficultés sans nombreque leur a])portaient la pauvreté, l'isolement, l'ignorance des langues; il décrit leur magnanimité et leur persévérance invincible dans l'œuvre de Dieu. " Mgr Provencher. conclutil, a fondé une P]glise dans les déserts au milieu d'obstacles sans nombre; il ne l'a pas dotée d'établissements nombreux, parce que le personnel à son service était très restreint,. parce que les ressources dont il disposait étaient minimes. II a suppléé à tout cela en voyageant et en faisant voyager beaucoup, pour semer partout la semence évangélique, laquelle, il le savait^ serait plus tard fécondée par la rosée des grâces célestes, pour préparer des moissons ([ue mûriraient les rayons du divin soleil (2)."

Dans la seconde partie, l'auteur résume brièvement le déve-

(1) Mgr Taché, Lettre à MM. les Directeurs de la Propagation de la Foi, 16 juillet 1888. — Archives de l'arehevûché de Saint-Boniface.

(2) Ilnd.

AECHEVÊQUE DE SAINT-BON IFACE 591

loppement des œuvres de 'Mgv Provencher après la mort du premier Evoque, durant les 35 années de l'épiscopat de son successeur, et fait ensuite l'énumération détaillée de toutes les églises et des principaux éta1)lis>enients f(in(lé> dans cotto >ocnndo période.

Ce travail est un monument ]iistori(|ue d'une haute valeur; ce sont connue les Actes des Apôtres du Xord-Ouest : jusqu'à la fin du monde, on le consultera comme la chronique abrégée, mais parfaite des Pays d'en Haut pendant les 70 premières années de leur histoire religieuse, et comme le mémorial de l'état des missions catholiques dans ces mêmes pays en 1888.

Faut-il le remarquer cependant? Ce monument d'un intérêt si élevé a passé à peu près inaperçu. Lès hommes de mérite auxquels il était adressé, malgré leur amour des missions, ne Pont i)as remarqué; c'est en vain qu'on le chercherait dans les annales où il devrait occuper une place d'honneur.

Il n'entre pas dans notre plan de citer cette lettre, même pariiellement, pas même d'en donner une analyse. Xous voulons toutefois lui emprunter quelques indications générales sur l'état ■de l'archidiocèse de Saint-Boniface et même de tout le Xord- Ouest en 1888.

Le 16 juillet 1818, arrivaient dans les Pavs d'en Haut, 2 prê- 2. TaWeau des

, . . , " missions de

très et 1 séminariste, qui allaient y établir, à peu près dès le l'ancien

-• •' 7 L L diocèse de

principe 4 stations avec ou sans édifices religieux. st-Boniface

^ ^ o eu 1S18, en

Le 16 juillet 1853, les Pays d'en Haut forment 1 diocèse uni- î|||''*^° que, le diocèse de Saint-Boniface, qui possède 1 évêque, 4 prêtres séculiers, 7 oblats prêtres et 2 oblats convers, 13 Sœurs de la Charité, 0 résidences de missionnaires, 2 résidences de religieuses, 6 églises, 1 collège classique, 4 écoles, 1 hospice, 30 stations visitées sans édifices religieux, 6 établissements abandonnés.

Le 16 juillet 1SS8, les Pays d'en Haut forment l'archidiocèse ■de Saint-Boniface, le diocèse de Saint- Albert et le vicariat apostolique d'Athabaska-MacKenzie, qui possèdent 1 archevêque, 3 évêques, 25 prêtres séculiers, 7 séminaristes, 84 oblats prêtres, 2 oblats scolastiques, 52 oblats convers, 17 jésuites prêtres, scoîastiques, frères coadjuteurs, 4 Frères de Marie, 103 Sœurs de

la Charité, et 31 aides tertiaires, 23 Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie, 32 Fidèles Compagnes de Jésus, 83 résidences de missionnaires, 20 résidences de religieuses, 98 églises ou chapelles, 1 collège classique, 107 écoles, 3 hôpitaux, 6 hospices, 112 stations visitées n'ayant pas d'édifices religieux, 8 établissements abandonnés (1).

3. Etat des En laissaut de côté le diocèse de Saint- Albert et le vicariat

missions du

cès"Jde"^*°' a^postolique d'Athabaska-MacKenzie, pour nous renfermer dans fnf853*eT*^ Ics limitcs actuelles de l'archidiocèse de Saint-Boniface, nous en 1888. comptous, dans cette partie des Pays d'en Haut qui demeure sous la houlette de Mgr Taché :

Le 16 juillet 1853, 1 évêque, 3 prêtres séculiers, 2 oblats prêtres, 13 Sœurs de la charité, 2 résidences de missionnaires, autant de résidences de religieuses, 3 églises ou chapelles, 1 collège classique, 3 écoles, 1 hospice, 12 stations visitées, mais ne possédant pas d'édifices religieux, 2 établissements abandonnés. Le 16 juillet 1S88, 1 archevêque, 23 prêtres séculiers, 7 séminaristes, 21 prêtres oblats, 3 oblats convers, 17 membres de la Compagnie de Jésus, 4 Frères de Marie, 59 Sœurs de la charité et 10 aides tertiaires, 23 Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie, 10 Fidèles Compagnes de Jésus, 42 résidences de missionnaires, 12 résidences de religieuses, 46 églises ou chapelles,

1 collège classique, 74 écoles, 1 hôpital, 2 hospices, 85 stations visitées n'ayant pas d'édifice religieux, 4 établissements abandonnés (2)

Le 16 juillet 1853, la partie des Pays den Haut qui forme l'archidiocèse actuel de Saint-Boniface, " no possédait que 2 établissements: 1° celui de Saint-Boniface même, où se trouvait l'archevêché, qui servait aussi de collège, la catliédrale, le couvent et la chapelle des religieuses, 2 écoles; il n'y avait aussi que

2 prêtres et 11 religieuses; 2* Saint-François-Xavier, ayant son

4. KnumOi-ation des établissements religieux d(r l'archldlocOse de St-Bonlface en 1888.

(1) Tableau comparatif des niissionsde la RiviL-re-Roujie à leur<lébut, au milieu de leur système et aujourd'liui. — Ihid.

(2) Talilean comparatif de l'état relijrienx du diocèse deSaiut-Bouiface dans ses limites actuelles au 10 juillet 1853 et aujourcriiui. — Il>iiJ.

curé, 2 religieuses conduisant 1 école, le presbytère, l'église et le couvent.

Le 10 juillet ISSS, l'archidiocèse de Saint-Boniface compte 36 églises particulières, ayant des édifices sacrés et des prêtres résidants (1) :

1* Saint-B&niface, église principale dont l'Archevêque porte le titre, avec 7 prêtres demeurant avec l'archevêque, le P. Allard, vicaire général, le P. Maisonneuve, procureur des missions du Nord, M. Az. Dugas, curé de la cathédrale, M. ]\Iessier, vicaire de la cathédrale, MM. G. Dugas, Clontier et Eené; avec 7 chapelles où le Saint-Sacrement est conservé et la messe dite tous les matins; avec le collège tenu par les Pères Jésuites, dont le P. Lory est recteur; avec le grand couvent des Sœurs Grises, e Pensionnat, l'Académie Provencher, l'hôpital et les hospices tenus par elles ; il y a eu à Saint-Boniface, en 1887, 1-il baptêmes dont 11 administrés à des adultes convertis, et 1395 communions pascales;

2^* Saint-François-Xavier, ayant pour curé ^I. Kavanagh, possédant un presbytère, une église, un couvent avec 3 Sœurs de la Charité et 1 autres écoles : '' l'année dernière, le curé a administré le baptême à 60 enfants et la communion pascale à 523 fidèles;"

3<* Saint-Caries, "environné de protestants, comptant seulement 330 âmes, " qui a pour curé le vénérable P. Dandurand, ancien vicaire général de Mgr Guignes, et possède " une modeste chapelle, \\n presbytère et une école fréquentée par 80 enfants;"

4" Saint-Xorhcrt, dont est curé le remarquable M. Bitchot, qui a un modeste presbytère, une belle église en briques, consacrée solennellement, un couvent des Sœurs de la Charité, 3 autres écoles; il y a eu, en 1887, 63 baptêmes et 630 communions pascales;

(1) Nous suivons l'ordre d'énnmt^ration adopté par Mgr TaoLé dans sa lettre.

0° Saint-Laurent, sur le lac Manitoba, 6° Rivière des Epinettes, sur le lac Winipigosis, qui ont remplacé les anciennes stations de Notre-Dame du Lac et de la Baie des Canards, et ont été établis pour la même population, métis et sauteux, possédant le très méritant P. Camper, Vicaire de toutes les missions des Oblats, les Pères Gascon, Dupont et Magnan, le F. Mulvihill, outre 1g P. Cahill qui y est comme convalescent; il y a à Saint- Laurent, une église, une maison pour les missionnaires, et une école '"où 90 enfants reçoivent une instruction soignée;" à la Eivière aux Epinettes, " une résidence doublée d'une chapelle et une école pour les enfants indiens. " Il y a 3 autres écoles dans trois autres régions. " Outre ces cinq stations possédant des édifices, les missionnaires en visitent plusieurs autres oii il n'y a rien de permanent, mais où ils donnent leur ministère aux pauvres indiens qu'ils appellent A la foi." C'est "un pays tout à fait encore de missions primitives, où les missionnaires ont Ijeaucoup à voyager et le font selon les anciennes méthodes, " à la raquette, en canot, etc.

T" Sainte-Anne des Chênes, ayant pour curé le digne M. Eayinund Giroux, une population de 900 habitants, un modeste presbytère, une église, un couvent avec 5 Sœurs de la Charité, 3 écoles où se pressent 200 enfants.

8° Fort Alexandre, 9° Portage du Rat situés l'un à l'embouchure de la rivière A\'innipeg, l'autre à sa source, ayant le premier une église, une maison et une école " où 41 petits indiens s'efforcent de devenir savants, " le second une résidence, une chapelle et 2 écoles fréquentées par 73 enfants blancs; le P. Lebrct (jciiii'iiiv à Fort Alexandre, le P. P)audin au Portage du Rat. A CCS deux missions se rattachent fort Francis, où il y a une ccolc fréquentée par '' une cinquantaine de petits indigènes," le Lac et la Eivière la Pluie, la Petite Eivière aux Anglais et l>eaucoup d'autres stations, visitées par le P. IMarcoux et le P. Allard.

10" Selkirk, IV Piguis, ayant le premier pour église "un ancien temple protestant " avec " une bonne résidence pour le missionnaire et une école fréquentée par 20 enfants blancs, " le

second " une chapelle construite par les sauvages eux-mêmes, dans une partie de laquelle se fait la classe pondant la semaine;" une autre école existe "à l'autre extréinité de la réserve. " Ces deux missions sont visitées ])ar le digne P. Allard et le P. Marcoux.

12" Fort Qu'Appelle, 13° Fort Ellice, 14^* Montagne des Bois, lo'^ Montagne de Tondre, 16° Lac Croche, où le ministère est exercé par les Pères Prisque ]\Iagnan, Decorby, Saint-Germain, Campeau, Page et Chaumont, qui possèdent 4 résidences, 4 chapelles, 3 écoles pour les blancs, et 5 pour les sauvages. " Outre leurs résidences de Qu'Appelle, de Saint-Lazare et de la ]\Iontagne des Bois, les Pères ont à donner leurs soins aux réserves sauvages d'Ellice et de la Pointe aux Lézards, de Pelly, du Lac Croche, de la Montagne de la Lime, de la ]\Iontagne de Tondre, de Paskowa et des Sioux, sans compter plusieurs agglomérations de fidèles qu'il faut visiter jusqu'à des distances considérables et dans des directions opposées. Ces missions comptent environ 1600 catholiques, plus ou moins dispersés au milieu des protestants et des infidèles. En 1887, 740 personnes ont fait la communion pascale et le saint l^aptême a été administré à 176 personnes dont 72 sauvages. "

17° Près de la mission de Qu'Appelle, est la seule Ecole Industrielle qui existe dans l'archidiocèse, dirigée par le P. Hugonnard depuis sa fondation en 1884, où six Sœurs de la Charité donnent leurs soins à plus de 100 enfants sauvages, où chaque année il se fait une dizaine de l^aptêmes, qui exerce une immense influence non seulement sur les petits indiens qui y jjassent, mais " bien aussi pour tous ceux qui la voient et la connaissent. "

18° Sainte-Marie, dans la capitale même de la province, possédant 3 Pères oblats, le P. Ouellette, curé, le P. MacCarthy et le P. Fox '' vénérable et aimable vieillard ", venu d'Angleterre l'automne dernier "pour mettre ses talents et son expérience au service de nos populations parlant l'anglais. "' Sainte-Marie a un presbytère spacieux, " capable de recevoir la communauté des

Oblats dans ses réunions pour les retraites, etc., " une belle église en pierre, solennellement consacrée l'année précédente, une école des garçons, tenue par les Frères de Marie et comptant une centaine d'enfants, 2 écoles de filles, tenues par les Sœurs des Saints ISToms de Jésus et de Marie, "celle dite de Sainte- Marie, pour les élèves plus avancées, enrichie d'un pensionnat et fréquentée par 150 élèves, et l'Académie des Saints Anges, qui ouvre ses classes à plus de 100 enfants. A l'Académie Sainte- Marie, les Sœurs ont " une jolie chapelle, " où la messe se dit tous les jours. Il y a eu dans cette paroisse 8-4 baptêmes en 1887 et 750 communions pascales.

19** L'Immaculée Conception, dont est curé le distingué M. Cherrier, qui a une église-presbytère, " une très bonne école " où les Sœurs de Jésus-Marie donnent l'instruction à 112 élèves; " 40 garçons vont à l'école Saint-Joseph, qui est construite dans la paroisse Sainte-Marie, mais tellement sur les limites que la majorité de ceux qui la fréquentent appartiennent à la paroisse de l'Immaculée Conception. " Tout auprès de l'église de l'Immaculée Conception se trouve la grande station du Canadien Pacifique, où " sept autres lignes de chemins de fer viennent se souder à la voie principale. " " Cette circonstance donne à l'Immaculée Conception une popiilation flottante qu'il est bien difficile d'atteindre. Ceux qui y résident habituellement ont fourni 200 communions pascales; il s'y est fait 54 baptêmes. "

Les deux paroisses que nous venons d'énumérer se sont formées dans la nouvelle ville de Winnipeg, dont les rapides développements en annoncent d'autres plus considérables encore (1).

20° Le Pénitencier, situé à 16 milles au nord-ouost de "Winnipeg, dont une des deux chapelles, dédiée au Bon Larron, est exclusivement réservée au culte catholique, qui a pour aumônier

(1) Sijïiie (le ces d(''veloppeinents : l'ancienne maison principale de Fort-Garry, où les lientenaiits><ro<iYernenrs avaient demenré les premières années après l'établissement de la {)rovince, fut vendue, cette année-là même (1888), pour $100. En même temps furent vendues pour des sommes moindres plusieurs autres bâtisses ayant fait i)artie de l'ancien Forl-Garry. — \o\y le Manitolxi^ n*^ du 29 mars 1888.

AKCIIKVÊQUE DE SAINT-I50NIFACE 507

catholique M. Cloutior, noiiinu' j)ar rAi'clu'vOquo et payé i)ar le gouvernement; les catholiques qui habitent dans le voisinage du Pénitencier ont la permission d'y aller entendre la messe et de profiter du ministère de l'aumônier.

2lo Sainte- Agathe, à 13 milles au sud de Saint-Norbert, qui a pour curé M. Samoisette, et possède une église, un presbytère et 3 écoles fréquentées par 93 enfants.

22° Saint-Jean-Baptiste, à 23 milles au sud de Sainte-Agathe, possédant une "iélégante petite église et un presbytère, oii le Kév. M. Fillion accorde toujours une hospitalité si généreuse à ceux qui visitent sa paroisse, " " une bonne école " près de l'église et 3 autres à différents endroits de la paroisse ; il y a eu l'année dernière 46 baptêmes et 450 communions pascales.

23° Saint-Joseph, 24° Saint-Pie (Letellier), ayant chacun son église et son presbytère, mais desservis par un seul prêtre, possédant 3 écoles, que fréquentent 60 enfants;

25° Emerson, qui occupe les deux rives de la Eivière-Eouge, " cité très ambitieuse à son origine, qui a vu pâlir sa gloire et diminuer ses espérances, " possédant une église et un presbytère, ayant pour curé M. Jutras, que l'Evêque voisin a chargé de Saint-Vincent et de Pembina, " deux villages des Etats-Unis qui n'ont pas de pasteur. "

26° Saint-Pierre, "paroisse prospère" que dirige avec un talent remarquable M. Jolys, qui a une église, un presbytère, un couvent des Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie et 3 autres écoles; le nombre des enfants inscrits dans ces écoles atteint le chiffre de 180; il y a eu en 1887 42 baptêmes et 382 communions pascales.

27° Saint-Joachim, sur les bords de la rivière la Seine, paroisse encore à ses débuts, comptant 300 âmes, ay^ant pour curé M. Pelletier, possédant une église, où le presbytère est en construction ;

28° Lorette, que traverse aussi la Seine, possédant une église, un presbytère et 3 écoles fréquentées par 115 enfants, ayant pour curé M. Dufresne, qui " y goûte les consolations d'un bon pasteur au milieu d'une bonne population ; "

29° Saint-Léon, dans la ^lontagne de Pembiua, ayant pour pasteur M. Bitsche, " qui a besoin du français, de l'anglais et de l'allemand pour être compris de son peuple, " ayant une églisepresbytère et 3 écoles fréquentées par 80 enfants; la paroissecompte 400 habitants; en 1887, 211 se sont approchés des sacrements et 32 enfants ont été baptisés. " Le curé de Saint-Léoit étant le seul prêtre qui parle allemand dans mon diocèse, j'ai dû recourir à son zèle pour porter les secours de la religion à. des catholiques dispersés " qui ne peuvent se confesser que dans cette langue.

30° Saint- Al plions e, situé à 30 kilomètres au nord-ouest de Saint-Léon, "au milieu des lacs, des forêts et des collines qui, là aussi, rompent la monotonie des prairies ; " son jeune curé,. M. J. Campeau, " plein de force et d'énergie, a réussi à construire une chapelle et un ]3resbytère et à éta])lir 3 écoles qui comptent (iO élèves;'* la population ne s'élevait, au 31 décembre dernier, qu'a\i cliifïre de 278 âmes, dont KiO avaient rempli leur devoir pascal et 19 avaient été baptisées dans le cours de l'année." Le curé de Saint-Alphonse "a bien voulu consacrer tout dernièrement plusieurs semaines à une tournée de mission à l'ouest de sa paroisse: conduisant lui-même son cheval, il a visité 18 localités disséminées jus(iu'à 150 kilomètres de son église, dans lesquelles il a vu 261 catholiques, dont G9 sont des jeunes hommes, 37 des enfants en âge d'aller à l'école, 35 des enfants au-dessous de 5 ans : il a fait G baptêmes, entendu 78 confessions, donné la communion à (iO fidèles. Ces chiffres disent assez ce qu'il faut de zèle et d'amour des âmes pour courir après ces enfants de l'Eglise dispersés à des distances si grandes, et comme noyés au. milieu d'une population non catholique. "

31° Saint-Enstaclie, dont est curé M. Martin, récemment arrivé dans le diocèse, ayant une église en construction, avec 3 écoles fréquentées par 88 enfants.

32" Portage de la Prairie, qui ne compte qu'une centaine de catholiques sur une population de 2.000 âmes, auxquels il faut en ajouter 150 autres dispersés dans les environs, que visite tous les mois un prêtre de Saint-Boni face.

Vol. — p. 59S.

l'iTinicivj--lisf .!,■ Sailli -Eiistaehe |M:iii.).

Deuxième église de Saint-Eustaclie.

AUCliEVÊQUE DE SAINT-BONIFACE 599

33'^ Brandon, qui possède seulement 150 catholiques dans une Tille de *-^50() habitants, auxquels il faut joindre un égal nombre de fidèles disi)orsés dans la banlieue, ayant une résidence pour le missionnaire, une eluipelle et un lieau <.-ouvont des Fidèles Compagnes de Jésus.

3-i" Lac-des-Cliênes ou Oal- Lal-e. à -10 kilomètres à l'ouest -de Brandon, comptant 300 catholiques, ayant pour curé M. T.-A. Bernier, arrivé au ^lanitoba depuis douze mois, possédant un presbytère et une église.

Mgr Taché aurait pu mentionner dans le voisinage d'Oak Lake, Grande Clairière, fondée au mois de juillet même 1888 par l'héroïque ]\I. Caire.

35" Saint-André, à l'ouest d'Oak Lake, comprenant 45 familles catholiques, " (pii ne parlent pas d'autre langue que celle des Celtes du nord de la Grande Bretagne ", venues d'Ecosse, ayant pour curé IM. Gillis, de même origine et de même langue, récemment ordonné prêtre. M. Gillis et auparavant le P. Fox donne son ministère aux catholiques disséminés le long de la Toie ferrée, principalement dans les stations, jusqu'à Bradview.

36<> Régina. " L'archidiocèse de Saint-Boniface s'étend jusqu'à 691 kilomètres à l'ouest de Bradview. Il y a, de Bradview jusqu'à cette extrémité, 48 stations, quelques-unes n'ayant que les employés indispensables, " d'autres ayant une importance d'ailleurs très variable. Il y a des catholiques disséminés sur tout ce parcours et presque à chacun de ces établissements . . . M. D. Gratton est curé de Eégina depuis deux ans qu'il est ar- TÎvé dans le pays. M. Montreuil, ordonné prêtre il n'y a que •quelques mois, est son vicaire. Ces dévoués missionnaires sont continuellement en voyage, allant partout où il y a du bien à faire. Leur résidence commune est à Eégina, d'où l'un va à l'est, s'arrêtant surtout aux stations les plus importantes, telles que Wolsely, Qu'Appelle, Balgonie, et l'autre va à l'ouest, visitant Moosejaw, Swift Current, Maple C*reek, Medicine Hat.

Il y a à Eégina " une jolie église " et un presbytère, à Medicine Hat et à Qu'Appelle, des chapelles auxquelles sont adjointes des résidences pour le missionnaire, à Balgonie et à Swift Cur-

rent des édifices réservés au culte et à l'enseignement. "En pût tenir à une lecture d'une heure (2); mais son amour des 1887, M. Gratton a fait 14 baptêmes, dont 1 d'adulte, communié 250 personnes et visité 507 catholiques."'

Tel est l'état religieux du diocèse de Saint-Boniface en 1888. Certes la race chevaleresque continue noblement ses anciens gestes: Gesta Dei per Francos.

" Il y a 43 ans, dit le généralissime qui préside à la grande œuvre d'évangélisation de l'Ouest canadien en terminant sa lettre, il y a 43 ans, Messieurs, que la pensée de ce que vous faites me soutient et m'encourage dans ce que j'ai à faire, comme il y a 43 ans que vos aumônes me nourrissent ou m'aident à nourrir ceux que je dirige. Depuis près de 2 ans, une maladie d'épuisement me tient dans un état de langueur qui ne finira peut-être qu'à ma mort; il y a quelques mois, ma fin a paru prochaine, et j'ai craint de mourir sans vous avoir assez remerciés. Aujourd'hui, je suis mieux, et j'en profite pour vous dire la reconnaissance que je dois vous exprimer avant d'aller rendre compte au Juge Suprême de l'usage que j'ai fait de vos aumônes. Que ce Dieu bon exauce ma prière, qu'il vous comble de ses faveurs les plus signalées, vous, vos familles et tous ceux qui vous sont chers, qu'il rende au centuple à votre noble patrie le bien qu'elle prodigue à toutes les missions du monde, et en particulier aux missions et aux missionnaires de la province ecclésiastique de Saint-Boniface (1). "

(1) Lottro à .MM. les Directems de i'CKuvre do la Propagation de la Foi, K) juillet 1888.

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