SS
pations ramenèrent une recrudescence de ses infirmités. " Je ne suis pas bien depuis la Toussaint, écrit-il à Mgr Grandin le 9 novembre, ce qui, ajoute-t-il plaisamment, ne m'aide pas à être Jiomnie de lettres, mais ne m'empêclie pas d'être ami sincère (1). "
Le 27 novembre, il subit " une nouvelle attaque " de sa maladie, tomba dans un " grand état de faiblesse " et pendant 15 jours ne put ni dire la sainte messe ni réciter l'office (2). " Me voilà encore à l'envers, écrit-il à son ami de Saint-Albert, le 15 décembre. C'est le 27 novembre que le vieux tic-tac a sonné de nouveau et m'a rejeté dans l'état de faiblesse oii vous m'avez vu il y a deux ans. L'attaque a été pourtant moins violente, ce qui me fait espérer que les conséquences seront moins longues (3). " " Je ne puis rien sans pourtant soufl^rir beaucoup (4)." ^danJ^M^^^ Malgré son état de faiblesse, l'Archevêque fit deux voyages de°r^T* dans les provinces de l'Est. Nous parlerons de ces voyages plus loin. Un souffle de fanatisme se faisait sentir dans le Manitoba et les Territoires, attaquant les institutions catholiques et la race française. Les écoles catholiques du ^Manitoba étaient menacées par le fanatisme; celles des réserves sauvages étaient en butte à mille tracasseries dans tout le Xord-Ouest. " Je suis décidé, écrivait-il à Mgr Grandin avant son second voyage, je suis décidé à aller à Montréal d'abord, puis à Ottawa, pour y travailler, de concert avec le P. Gendreauj à l'œuvre de nos écoles sauvages. Aidez-moi de vos conseils, priez et faites prier pour le succès de mes démarches auprès du gouvernement. Nous connaissons assez le but qui se poursuit, pour qu'il soit temps de combattre les plans qui finiraient par triompher entièrement en ruinant toutes nos missions (5)."
(1) Lettiedu !t noveinlire 1888. — Archives de l'évéclié deSaint-Albert.
(2) Lettre au Rnif P. Fabre, S'iint-Bonifao', lô <lér. 18S8. — Archives de la Maison gén<''rale. — Le Munitoba, iv* des 6 et V.\ décemhre 1888.
(3) Saint-Bonifuce, 15 déc. 1888. — Arcliives de l'évêché de Saint-Albert.
(4) Lettre précit'e du même jour au Krue P. Fabre.
(5) Lettre du 15 décembre 1888 à Mgr Grandin.
xVKCIIEVÊQLK DE SAI NT-1U)M FACE 003
Il éi-rit, le 8 janvier, de Moutival au Supérieur (iénéral des Oblats : *' Malgré le faible état de ma santé, il me fallait me mettre en route pour mon diocèse, pour nos missions menacées par le fanatisme. Je me suis rendu assez heureusement, 'et, la semaine prochaine, je me traînerai à Ottawa pour la plus désagréable des besognes, celle de lutter avec les membres du gouvernement, afin de leur dire à l'oreille ce qu'ils n'aiment pas qu'on leur dise (1). "
Comme dans presque tous ses voyages, il chercha à obtenir des ^°^"'^*/^^'t*'g°® Pères* Oblats, des Frères Oblats, des prêtres séculiers ; car, dit-il, fj^^^^.^ '" si notre personnel était plus nombreux, si nous avions des Pères et des Frères, nous aurions beaucoup plus de chances de succès (2)." Mais, ajoutait-il tristement, "je cherc-he à rencontrer des sujel^s et la chose n'est pas facile (3).'^
X'en trouvant pas dans le Canada, il en demande en France. ^' J'ai eu la pensée, mon Très Eévérend Père, dit-il au Eme P. Fabre, de vous demander des étrennes. Un jeune Père parlant lin peu l'allemand nous aiderait à empêcher des colons qui ne parlent que cette langue, à devenir la proie de l'hérésie. Xous avons plusieurs petits groupes de catholiques allemands, et je n'ai personne pour les visiter (4)."
Il se trouva mieux dans le mois de février (5). Mais dans les
derniers jours de février et durant tout le mois de mars il fut
plus mal. Il lui fut impossible de dire la sainte messe, " depuis
lei "26 février jusqu'au 31 mars, (6) même le jour de la fête de
saint Joseph (7)."
Mgr Taché partit de Montréal le 27 mars, encore malade. Retour à
St-Boniface.
(1) Montréal, S janvier 1889. — Archives de la Maison générale.
(2) Lettre du 8 janvier au Rme P. Fabre.
(3) Ihid.
(5j Lettre au Eme P. Fabre, Saint-Boniface, 31 juillet 1889. — Archives de la Maison générale.
(6) Lettre à Mgr Grandin, Saint-Boniface, 6 avril. — Archives de l'évêché de Saint-Albert.
(7) Lettre citée du 31 juillet 1889 au Rme P. Fabre.
Dévotion de Mgr Taché pour les conciles.
Mais il se trouva mieux dans le voyage. 11 arriva à Saint-Boniface le samedi 30 mars. Le mieux continua les jours suivants.
Huit jours ajDrès son retour, il fit l'un des actes les plus importants de son pontificat, il signa les lettres de convocation du premier concile de Saint-Boniface.
L'Eglise est essentiellement la communion des saints; Fépiscopat est un dans son indivisibilité, magistrature spirituelle " dont une partie est solidairement possédée par chacun de^ évêques (1). " Les fidèles se réunissent chaque dimanche pour exercer la communion fondée sur le baptême; les évêques doivent se réunir de temps en temps afin d'exercer la communion de leur ordre, afin de prier ensemble, se faire part de leurs difficultés et de leurs doutes, concerter leur action, prendre ensemble des mesures communes pour combattre l'erreur, réformer les abus, promouvoir les entreprises saintes.
Les anciens canons ont ordonné aux évêques de la même province de se réunir tous les ans, et même en certains pays et à certaines époques, deux fois dans Tannée. Depuis le séjour des Papes à Avignon et le grand schisme d'Occident, les conciles provinciaux n'ont plus été tenus aussi régulièrement; mais le concile de Trente en a ordonné de nouveau la célébration dans toute l'Eglise au moins tous les trois ans. A toutes les époques, la tenue des conciles a été un des mo3'ens les plus efficaces ]3our établir une parfaite unité de vue et d'action parmi les évêques, fortifier leur autorité sur leurs prêtres et leurs fidèles, faire fleurir la foi et la piété dans leurs Eglises.
M^uT Taché, tout rempli du plus pur esprit de l'antiquité ecclésiastique, avait pensé à réunir le concile de sa province depuis le jour où il avait vu Saint-Boniface élevé au rang de métropole ; mais le grand éloignement de ses suiïragants, leurs longs voyages et leurs travaux pénibles parmi des églises qui étaient toutes dans les vagissements de la première enfance, les révolutions survenues à la Rivière-Eouge et les sollicitudes de toutes sortes
(Il Ciijun paru in soUdiim ah iino^junrjne tcnrinr. (S. C\'pr., De unitate Ecclesix. )
ARCHEVÉQUK DE SA I N l-lloM 1 ACH 005
qui en avaient été la conséquence, ses iioiuhreuses maladies, lui avaient fait dill'érer d'année en année ce qu'il regardait comme l'accomplissement d'un grand devoir. Cependant, à mesure que les années s'écoulaient, il désirait plus vivement se réunir avec ses sufïragants dans les grâces d'une assemblée conciliaire. Au cours de l'année 1888, il les avait consultés sur la date, les questions à traiter et les autres circonstances. De retour à Saint- Bonii'ace, au printemps de 1889, il envoya les lettres de convocation. Elles sont datées du dimanche de la Passion, 7 avril.
Après avoir rappelé l'érection du siè2:e de Saint-Boniface en Lettres de ««a-
^ . "" vocation da
métropole, les prescriptions du concile de Trente relativement concile. à la tenue des conciles provinciaux, les conditions nouvelles de la province de Saint-Boniface, spécialement l'affluence des colons et rétablissement des voies ferrées, il poursuit ainsi : " Nous donc, voulant satisfaire autant que possible au devoir de notre charge, après mûre délibération, ayant invoqué le nom de la très sainte et indivisible Trinité et de la Bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, pour la plus grande gloire de Dieu et Futilité de la foi catholique, nous avons résolu de convoquer et par les présentes nous convoquons le premier synode provincial pour le 16 juillet de la présente année, 71e anniversaire de l'arrivée de Mgr Provencher et de M. Dumoulin à la Eivière-Eouge (1).
Les lettres de com^ocation sont adressées à Mgr Grand in, évoque de Saint-Albert, Mgr Faraud, vicaire apostolique d'Athabaska-MacKenzie, Mgr Clut, auxiliaire de Mgr Faraud, Mgr d'Herl)omez, vicaire apostolique de la Colombie Britannique et ^[gr Durieu, auxiliaire de Mgr d'Herbomez.
Lorsque le concile provincial se tenait toutes les années ou ^''^^^H^^^ même deux fois dans l'année, il ne fallait pas beaucoup de peine ™»t«pour en préparer les travaux. Chaque évêque arrivait au concile avec les questions qu'il désirait soumettre à l'examen et au Jugement de ses frères. Le métropolitain n'avait pas besoin de longues études pour savoir les affaires d'un intérêt général qu'il était utile de traiter conciliairement. Le plus souvent les évê-
(I ) Ada et Decrcia Prinii Concilii Provincix Snncii Boriifdcii, pp. 53-55.
VIE DE ilGE TACHÉ, O. M. I.,
ques réunis n'avaient aucun nouveau décret à faire; ils se retrempaient ensemble dans la i)rière et dans les encouragements mutuels qu'ils se donnaient pour conil)attre les bons combats.
Mais la province de Saint-Boni face n'a jamais eu encore de concile : quoiqu'elle soit jeune, ou plutôt, parce qu'elle est jeune, il est nécessaire qu'elle se crée de fortes et saines traditions et avise aux mesures les plus aptes à accroître la puissance de la religion dans ses églises qui naissent de toutes parts.
C'est pourquoi Mgr Taché a voulu (ju"un travail préparatoire précédât la réunion et la tenue du concile. Ce travail, il l'a conçu et mûri lui-même, en s'éclairant des conseils des hommes les plus éminents de son diocèse et de sa province. Il l'a rédigé ■de sa 2iiain et l'envoie à ses sufïragants en les convoquant au concile. Xous n'avons pas à nous appesantir sur ce travail : il renferme les décrets futurs du concile dans toute leur substance et, le plus souvent, dans les termes mêmes, '^'cîergé'^*^ "" ^^ tenue des anciens conciles était autrefois une grande fête, une fête oii tout le clergé réuni autour de ses chefs et tout le peuple chrétien se renouvelaient dans la foi et la piété. Mgr Taché publia, le 30 mai, une lettre pastorale jDour convoquer au premier concile de Saint-Boniface tous ses prêtres, et leur annoncer qu'ils feraient leur retraite annuelle précisément en assistant aux cérémonies conciliaires. " La vie que nous devons mener pendant les saints exercices auxquels vous êtes conviés, leur dit-il, étant une vie de prière, toute de recueillement et de méditation des choses saintes, nous avons décidé que ces saints exercices remplaceront, cette année, ceux de la retraite annuelle. Nous avons même la consolation de pouvoir vous dire que nous nous sommes assuré les services d'un prêtre de grande expérience dans la prédication des retraites pastorales. Ses instructions et les sermons que nous entendrons aux sessions générales, nous aideront ]niis>aninient à répondre aux desseins que Dieu a sur tous (!)•"
(1) Lettre pastorale de S. G .Mirr Taché annonçant à son clergé le premier concile de la province ecclt'siastique de Saint Boniface, p. '>•
Le i-lerué de rarrliidioeèse eoniprenait alors 50 prêtres, dont 23 Oblats: les UR. IT. J. Allard. Vicaire Général, Camper, Vicaire des missions, Dandurand, Maisonneuve, Fox, Gascon, Lebret, Baudin, Ouelette, Déeorby, McCartliy, Hngonnard, Marconx, Saint-Germain, Dupcmt. Cahill. Prisqiie, J.-V. Magnan. Page, Campoau. Josepb ^la^nan, Adélard Chaïunont, Favreau, Dorais ;
8 Pères de la Compagnie de Jésns : les EE. PP. Lory, recteur du collège, Bobert, Frencli, McDonald, Drummond, Sclimidt, Donovan, Proulx;
29 prêtres séculiers : les EE. ]\ni. Eitchot, Bitche, Dabandès, G. Duga^s, KaYanagh, E. Giroux, Fillion, Cherrier, Samoisette, Jolys, Gaire, Dufresne, X. Pelletier, Cloutier, Gratton, Bernier, Martin, Jutras, Eené, Messier, P. Pelletier, Campeau, Defoy, Eoy, 3Iontreuil, Gillis, Dubois, Cameron, Turcotte.
Il y avait en outre 4 sous-diacres : MM. La Eivière, Eocan, Bourdeau et Giroux et 2 acolythes MM. Aylward et Lavigne (1).
Les curés étaient invités à annonc-er le concile aux fidèles et à multiplier les prières et les bonnes œuvres pour la sainte assemblée. "■' Comme le dit le Cérémonial des Evêques, observet-il, pendant les trois dimanches quien ])récéderont ronvei-ture, il est convenable que dans toutes les églises on dise et répète que le saint synode s'ouvrira tel jour et que les fidèles soient exhortés à la dévotion, à la prière, aux jeûnes, à la réception des sacrements de j)énitence et d'eucharistie et autres œuvres pies, afin que cette sainte action, avec l'aide de Dieu, commence saintementj se continue et s'achève avec bonheur et fruit (2)."
L'Archevêque qui sollicitait avec tant d'instances pour le pre- Lettre au mier concile de sa province les prières des plus humbles, ne pou- pontife et vait manquer d'implorer sur lui les bénédictions de Celui qui deiaPro-
^ ^ . , . pagande.
représente Jésus-Christ lui-même au sommet de la hiérarchie sacrée. Aussi, le 28 juin 1889, il écrit au Souverain Pontife
(1 ) L'ordre suivi dans l'énumération précédente est celui de l'ordination, excepté ]ioiir les dignitaires que nous avons inscrits en tête.
(2) Lettre, pasfornle
VIE DE MGR TACirlE, O. M. I.,
Visite do diocèse.
Fondation de .tr«is nouvelles paroisses :
a) de Fannvst<'lle.
Léon XIII pour le4)rier ardemment de bénir les travaux du concile et la personne de tous ceux qui y prendront part (1).
Comme les évêques du Canada relèvent spécialement de la Propagande, il informe le 29 juin, le cardinal Siméoni, Préfet de la Propagande, de la tenue prochaine du concile, en attirant son attention sur le fait que les six évêques qui cojnposeront cette sainte assemblée sont tous des missionnaires de la Congrégation des Oblats de Marie Immaculée.
En attendant l'ouverture du concile, le prélat emploie le peu de forces qu'il a à visiter ses églises et à y administrer le saci-ement des forts.
Le 2 juin, il est dans sa chère mission de Qu'Appelle et y confirme 1 9 fidèles. Le lendemain, en revenant de la mission, il en confirme -1 à la station de Qu'Appelle. Le 16 juin, il visite Selkirk et y confirme 17 personnes. Il donne la confirmation à 27 élèves du Pensionnat de Saint-Boniface le 5 juin, à 13 du collège deux jours après, à 19 de l'Académie Sainte-Marie le 20 juin. Le 23 juin, il confirme 20 personnes dans la paroisse Sainte !Marie (2).
L'année 1889. qui allait devenir à jamais mémorable dans l'histoire de Saint-Boniface par la tenue de son premier concile ])rovincial, apportera à l'Archevêque d'autres consolations dont il était peut-être jdIus avide encore, celles de la fondation de nouvelles paroisses.
Chacun connaît le vif et religieux intérêt que les âmes les plus chevaleresques de la vieille France, témoignèrent au XVIIe siècle, pour l'évangélisation et la colonisation de la Nouvelle- France. Depuis lors, il y eut constamment, dans la patrie de Champlain et de Maisonneuve, de Marie de l'Incarnation et de Madame -de la Peltrie, des cœurs que le seul nom du Canada émouvait, qui lui croyaient de hautes destinées dans l'avenir de l'Eglise, saintciiient enthousiastes de son développement catholique et français. La Comtesse d'Albufèra avait hérité de cette
(1) Acta et Dcarta pp. 63-64.
(2) Registre des confirmations.
Vol. ,,. ,;oo.
Eglise lie Faiiy.stello (Mail.), bâtie par Mailaiiic la comtesse d'Albnféra.
Eglise (le GraiiiU;-(.:l-urii:re (Mail.).
Piesbvlére, couvent et église de (iraiule-Clairiere.
Eglise de l.asalii- nu >aiiil-l l>aeiiitlie du Manitoba.
AIU'11K\K(,)IK 1)K SAINT-BOXIFACE 609
iiiai;n;iniino charité i)our la France d'zYmérique. De son château, où elle menait la vie des chanoinesses du XVIIIe siècle, elle s'intéressait à ces immenses pays où avait flotté si longtemps le drapeau de la France et où il y aurait un jour un peuple qui aiderait la fille ainée de l'Eglise à exécuter dans le monde " les gestes de Dieu.'' Elle voulait contribuer elle-même pour une part, si petite qu'elle fût, à l'avancement du règne de Dieu dans ces contrées lointaines " de grand avenir " : db quelle manière ? Elle ne le savait pas.
Le Surintendant des Ecoles catholiques au Manitoha. ^L T.- A. Bernier, eut connaissance, par un ensemble de circonstances providentielles, des généreuses aspirations de la Comtesse d"Albuféra. Il lui écrivit pour lui proposer " une œuvre éminemment charitable, catholique et i]]:ançai5ie,"la fondation d'une paroisse "en un lieu absolument vierge de toute haljitation."" 11 traçait à grands traits le plan général de l'entreprise; acheter une dizaine de mille acres de terre, afin d'être maître de la place et d'empêcher les protestants de s'introduire trop vite dans la colonie ; commencer par bâtir l'église, le presbytère, et l'école ; établir une exploitation agrieolie ; puis attendre les colons qui viendraient se gTOuper autour d,e ce premier centre. Ce projet répondait parfaitement aux secrets désirs de la comtesse d'Albuféra. Elle accueillit les propositions de ^l. Bernier non seulement avec empressement, mais avec enthousiasme. Les courriers ordinaires lui parurent trop lents pour exprimer son adhésion ; elle fit expédier aussitôt le câblegramme suivant : " Comtesse enchantée : marchez ! "
Ces négociations si fécondes avaient lieu en 1888. M. Bernier.^ avec la hauteur de vues qui b distinguait, appelait de ses vœux depuis longtemps la fondation d'une ligne de paroisses reliant les l^ords de la rivière-Eouge à la frontière occidentale de ila province, paissant par La Salle. Starl>uck,le- Ilets de Bois, la Montagne de Pembina, la Grande Clairière, composant une sorte d'épine dorsale sur laquelle viendraient s'appuyer des rameaux jetés des deux côtés. Il choisit, en 1888, l'emplacement pour la paroisse projetée entre Starbuck et les
llets de Bois; c'était ascurcr à l'Eglise c-atholique et à la race française un point stratégique. Il y fit construire, au cours de l'été de 1889, une belle église, que ]\Igr Taché, à la demande des fondateurs, plaça sous le vocable du Sacré-Cœur de Jésus. L'église fut solennellement ]>énite par Mgr Faraud à l'automne de la même année, et la propriété en fut gratuitement transférée à la corporation arcliiépiscopale avec le terrain où elle était bâtie, ainsi qu'une terre voisine. La même année, le presbytère et l'école furent construits. Madame d'Albuféra fournit intégralement les fonds pour ces trois édifices. Quelques colons arrivèrent bientôt, le plus grand nombre français, Laf on, ancien zouave pontifical, fils du peintre de ce nom, Pierre Eosemberg, Louis Allard, Berlioz., etc. ayant les qualités de -leur race, mais plusieurs légers et extravagants ; quelques-uns canadiens-français. Adolphe Yéronncau, qui acheta la terre située en face de l'église et que "SI. Fred ]\Iollet racheta plus tard, Joseph Bernier, frère du Surintendant etc. L"ne station fut étal)]io. .-^ur la demande de M. T.- A. Bernier, à l'automne de 1890, {jar la coiiqiagnie du Canadien-Pacifique en face de l'église.
La nouvelle colonie fut desservie, à l'automne de 1889. par j\L le chanoine Eosemberg, aumônier de la comtesse d'Albuféra, qui y séjourna doux mois. Au printemps de 1890. le Eév. M. Perquis se mit à la visiter de Saint-Boniface ; puis pendant l'été' il y passa à plusieurs reprises des semaines entières ; à l'automne de la même année, il y établit sa résidence et en devint le premier curé.
La comtesse d'Albuféra donna à la paroisse nouvelle le nom de FanmjsieUe Etoile de Fanny en l'honneur d'une intime amie,i Fanny Eives, dont elle vénérait la mémoire.
Elle avait .stipulé à l'origine que la direction serait exerc-ée en tout par ^[. T. -A. Bernier ; nul homme en eiïet, n'était mieux capable d'exécuter ce qu'il avait conçu et proposé. ]\[a]heureusemeut, nn vit arriver de France, tous les six mois, quelquefois plus Miuvciii ciu'ore. de jeunes prétentieux qui se présentaient avec le titre de directeurs, voulaient ilminfr des ordres et faire
AKCIIKVÊQIjE de SAIXT-BOXIFACE 611
des dépenses au nom de l;i LoiiitL'.~&L' ; leur iiK'X]M'i'i('iiee et leui-s. extravagances répandirent sur la colonie des préjugés défavorables dont elle souffrît longtemps.
En 1887, un ienne prêtre fort distingué du diocèse de Saint- bjcréaUon de
' d L o i^ paroisse ds
Hyacinthe, le Eév. Charles-Agapit Beaudr}- avait accepté de Hyf^nieT' l'Archevêque de Saint-Bonifaec la chargé de missionnaire colonisateur pour le Manitoba. 11 se mit à parcourir les paroisses du Bas-Canada et à y recruter des colons qui, aujourd'bui établis dans l'Ouest, bénissent celui qui les y a dirigés.
M. Beaudry avait son domicile à la Présentation, chez M. Bourque, curé de cette paroissQ. M. Bourque et M. Beaudry étaient tous les deux, comme Mgr Taché, d'anciens élèves du collège de Saint-Hyacinthe.
Ils le visitaient souvent. C'est dans leurs entretiens avec le vénérable ]\I. Dumesnil, Supérieur du Séminaire, et M. Chartier, Procureur, que s'ouvrit et se développa le dessein d'établir une paroisse canadienne-française dans le Manitoba, près de la station La Salle.
Mgr Taché tressaillit de joie à l'annonce de ce plan si généreux. " Je vous invite à venir comme curé campant, écrit-il à M. Beaudry le 17 janvier 1888, en attendant l'église de la nouvelle paroisse, que vous appellerez la Présentation, ou de tout autre nom que vous voudrez, comme qui dirait Saint-IIyacintlie. Je possède et tiens en réserve un lot de 160 acres qui sera mis à la disposition du curé pour y établir et fonder son village. "
Il n'y avait alors dans le territoire en question que deux colons catholiques, Amable Gaudry, métis et H.- A. Bertrand, canadien-français. Au printemps de 1889, M. Arthur Mercier achète auprès de la station de La Salle, ou plutôt tout alentour, plus de mille acres de terre propres à la culture, et y commence deux belles maisons, l'une pour sa famille, l'autre pour son beaufrère, M. Painchaud. Au mois de juin 1889, le collège de Saint- Hyacinthe achète de son côté 840 acres à trois milles à il'ouest de La Salle, auprès du lot de 160 acres destiné à la mission pa:' Mgr Taché. Le Eév. M. Dun:esnil visite lui-même les lieux au mois de juillet, y fait commencer les constructions, et y établit
un fermier, Adôlard A' oiseux, do Belœil. L'amiée suivante, 1890, le Eév. J. Primeau, curé de Boueherville, achète à La Salle, à l'est de la station, plus de mille acres de terre et y établit son frère, Louis Priuieau, avec sa famille, et un neveu, Josaphat Faubert, qui ouvre le premier magasin. Le IG août 1890, fête de saint Hyacinthe, Mgr Taché érige canoniquement la nouvelle paroisse, sous le nom de Saint-Hyacinthe du j\Ianitoba, avec un territoire de 144 milles carrés.
M. Beaudry, ainsi que MM. Chartier et Gendron, prêtres du collège de Saint-Hyacinthe, séjournent à diverses reprises à La Salle et y font les offices, d'abord dans différentes maisons particulières, ensuite dans la partie supérieure de la maison de ]\L Faul)ert. A partir du 28 juin 1891, le service est fait régulièrement tous le? 15 jours dans cette dernière. De nouvelles familles dirigées ])ar M. I-)caulry. vicnnoiit augnientoi- la eolonio. entre autres A.-B. Théroux, C. Conieau, A. J^agassé, N. Vigcant, etc. Une école est ouverte à Saint-Hyacinthe au mois de septembre 1891. L'année suivante, M. Beaudry élève une l)elle construction, de 50 X 30, avec des fondations en pierre, à deux étages, l'étage ininférieur servant de presbytère et d'école, l'étage supérieur servant d"égli:^e. Lï'difieo coûte ])lus de $5.000. M. Beaudry le paie avec les aumônes qu'il recueille en répandant la dévotion à X.-D. du Bon Conseil. Le digne prêtre dessert la nouvelle paroisse ju.<([u'en 1893. H a pour successeur d'abord M. Elie "Rocan. puis M. (londron (1).
(1) Le Révérend M. Piorre-Saûl Geiidron ost, île tons les messieurs de Saint-Hyacinthe, cehii qui a le plus concouru à la formation de Saint- Hyacinthe de La Salle. M. Gendron est né le 1er décembre LS52 ; il est entré (îornme élève au collège do Saint-Hyacinthe en septembre KS65 ; il a reçu la tonsure 1« 12 octobre 1872, les ordres moindres le 13 oct. 1873, le sons-rliaconat le 2)! janvier IS76, le diaconat le (i février sni vaut, la prêtrise le 2(1 juillet de hi même année. 11 fut airréjzé à la corporation du séminaire de SaintII\'acinthe en juin LS7S, enseigna les sciences naturelles de 187(5 à LSSO, "fnt directeur des élèves de 1880 à 1882, économe pondant don/.e ans, (le 1SS2 à 1894, prociu-enr de 1894 à 1901. Ayant reçu un congé illimité à cause du mauvais état de sa santé, il est venu se dévouer à l'avancement de la paroisse de Saint-Hyacinthe de La Salle, et en a été nommé curé an mois d'août 1901.
La création de la paroisse de Saint-Hyacinthe de La Salle ^''^^a**|i°e'' *'* apporta les plus douces joies au cœur de Mgr Taché et attes- Clairière, tera à jamais les grandes vues et les généreux sentiments des prêtres du collège où s'était formé le grand Archevêque.
La France avait envoyé Tannée précédente au diocèse de Saint-Boniface un de ses prêtres qui jjersonnifient son esprit généreux et chevaleresque dans toute sa perfection, le Eév. j\I. Gaire, éclairé, on peut le dire, par des illuminations d'en haut sur l'importance pour l'Eglise et pour la race française de créer des colonies catholiques dans l'immense Ouest canadien.
Arrivé à Saint-Boniface pendant l'été de 1888, accueilli par Mgr Taché avec une reconnaissance chaleureuse, l'ardent colonisateur veut acquérir à l'Eglise catholique une région qui semblait définitivement la proie de l'hérésie. Entre Brandon et la limite occidentale du Manitoba, il n'existait qu'un centre catholique, la petite paroisse du Lac-des-Chênes ou Oah Lake, perdue au milieu de populations protestantes et condamnée, semblait-il, à périr. " C'est ce danger, c'est cette faiblesse des nôtres, raconte le fondateur, qui m'inspira la résolution de porter mes efforts vers l'ouest de la province (1). " Au mois de juillet 1888, il alla planter sa tente à 20 milles au sud de la station la plus proche, commença à prendre possession de ces vastes solitudes par l'offrande du saint sacrifice et la construction d'une première chapelle.
Grande Clairière était née. L'hiver vint et tourmenta terriblement de ses rigueurs inattendues le vaillant missionnaire, mais pour redoubler son courage et étendre son ambition. Chaque année, il appellera de généreux colons de la vieille France et les jettera au sud et à l'ouest, par delà les limites mêmes du ^lanitoba : il conquerra les stations de Findlay, Deleau. etc., établira Saint-Michel, Saint-Maurice. Saint-Eaphaël, etc. "" J'ai denumdé à MgT Taché, écrit le courageux fondateur, la permission de venir travailler sur le théâtre oii je suis; il m'a laissé partir avec un bon sourire paternel oii il y
(1) Lettre du Rév. M. Gaire à l'auteur de cette lùstoire.
VIE DE MGll TACHE, O. M. I.,
Arrivée des évoques et da clergé.
Télégrammes échangés avec Rome, Parla et Québec.
avait peut-être un peu de scepticisme à l'endroit de ma stratégie,"— car un français arrivant d'Europe était-il capable de l'héroïsme que demandaient des fondations si hardies ? — "mais plus encore de confiance, de souhait et de bénédiction (1). " Honneur à ce prêtre tout rempli de l'amour de l'Eglise et de sa race, tout trempé d'héroïsme comme ^on Archevêque !
Revenons à l'année 1889 et à la réunion du premier concile de Saint-Boniface.
Dès le samedi 13 juillet, NN. SS. Grandin, Faraud, Durieu et Clut sont réunis autour de leur métropolitain; Mgr D'Herbomez n'a pu venir, gravement malade de la maladie dont il mourut quelque temps après; il s'est fait représenter au concile par le K. P. Célestin Augier, Provincial du Canada. Un certain nombre de prêtres sont arrivés; les autres arriveront le lundi suivant.
L'Archevêque loge avec deux de ses prêtres au Pensionnat, dont les élèves sont en vacances. Il a donné sa chambre de l'Archevêché à l'Evêque de Saint-Albert ; les autres Evêques occupent les chambres principales du palais; les prêtres logent au collège, dont les élèves sont aussi en vacances.
Sur la proposition de l'Archevêque, et du consentement de tous les Pères du concile, un télégramme est envoyé au Saint- Père pour demander de nouvau sa bénédiction. Le Souverain Pontife répond aussitôt favorablement par un autre télégramme.
" Un sentiment de profonde reconnaissance et de vive affection leur inspira la consolante pensée de saluer, dans une circonstance si solennelle, le T. E. P. Général de la Congrégation à laquelle ils appartenaient tous," et de solliciter ses prières (2) Le Eme P. Fabre les remercia en disant qu'il priait pour le concile. De là un second échange de télégramme entre Saint-Boniface et Paris.
L'Archevêque de Québec eut la délicate attention d'envoyer une dépêche au premier concile de Saint-Boniface pour lui offrir ses vœux. Les Pères répondirent par un télégramme de remerciements au Pasteur de l'Eglise mère et maîtresse de toutes les Eglises de l'Amérique du Xorcl.
(1 ) Lettro citée.
(2) Actes (hi pre ni ii-r Concilede Saint-Boniface.
Ce sont les évêqucs (lui sont proprement le concile. 11 y ^'^embîées.^" avait quatre évêques en titre, le métropolitain, l'Evêque de Saint- i^^s ofûcurs. Albert et les vicaires apostoliques (:1'Athabaska-]\TaeKenzie et de la Colombie Britannique, et deux coiidjuteurs. ^ïgr Clut et Mgr Durieu. D'après une direction donnée par le Saint-Siège aux évêques de la province de Québec en ISô^, les coadjuteurs ont seulement voix consultative. Comme il répugnait au métropolitain et à ses suflfragants de reconnaître la voix délibérative à un simple prêtre, le P. Augier, député de Mgr D'Herbomez et de n'accorder que voix consultative aux deux coadjuteurs, ils concédèrent à ceux-ci comme à ceux-là la voix délibérative : en sorte que les Pères ayant voix délibérative étaient au nombre de sept (1).
Les Pères du concile peuvent ou bien se réunir sans témoins pour délibérer entre eux : ces réunions ont reçu le nom de congrégations imrticulières ou privées; ou bien admettre auprès d'eux des théologiens et des canonistes qui examinent et discutent devant eux les questions; ces assemblées s'appellent congrégations générales; ou enfin tenir leur conseil devant "l'église plénière, " devant le clergé et le peuple fidèle : cette troisième classe d'assemblées se nomment sessions solennelles ou simplement sessions.
Puis, quand les questions soumises au concile sont nombreuses et exigent une étude un peu longue, on constitue un certain nombre de commissions ou députations, entre" lesquelles on répartit les questions à traiter, qui en font un premier examen et élaborent des projets ou scliemata, soumis ensuite aux congrégations générales. Quatre députations furent instituées : la 1ère sous la présidence de Mgr Grandin, la 2e sous la présidence de Mgr Faraud, la 3e sous la présidence de Mgr Clut et la 4e sous la présidence de Mgr Durieu; chacune comprenait de 9 à 11
(1) Mcrr Taclié rapporta ensuite an Pivfetde la Propagando que le conrile avait admis les coadjuteurs avec voix délibérative. Lo cardinal Préfet lui répondit, par une lettre du 25 avril 1890, qn'il aurait fallu s'en tenir à la direction donnée aux évêques de la province de Québec en 1852." — ]Mgr Grandin, Quelques notes sur Mgr A. Taché, O. M. T.
membres, avec un secrétaire, qui faisait les fonctions de rapporteur.
MM. Cherrier et Cloutier furent nommés secrétaires généraux du concile, MM. Bitche et Dabandès, notaires, MM. Messier et Gillis maîtres des cérémonies, les Pères Allard et Lacombe promoteurs.
Les 4 députations eurent chacune 8- séances. Il y eut 10 coU' grégations privées, 8 congrégations générales, 9 sessions publiques.
" Pendant les 9 jours que dura le concile, il y eut chaque jour au moins un office auquel les fidèles furent invités, soit pour les sessions solennelles, soit pour l'audition du saint -sacrifice de la messe (1)."
L'Archevêque voulait en effet, que tout son peuple j)articipât chaque jour au torrent de grâces que Dieu fait couler dans lei> conciles et par eux.
Xous ne pouvons raconter le détail de ces réunions. Ce récit appartient sans doute à l'histoire de Mgr Taché; car, malgré son état de fatigue, il a été la tête et le cœur du concile, de toutes ses réunions, de quelque nature qu'elles aient été; mais nous serions entraîné au-delà des bornes que nous nous sommes tracées. Qu'il nous suffise de noter quelques faits principaux. Premiers tra- ;Mgr Taclié réuuit Ics évêqucs en congrégation privée aussitôt concile. après leur arrivée, le samedi à 1 heure de l'après-midi, et régla avec eux l'admission des coadjuteurs et du procureur de Mgv d'IIerbomez avec voix décisive, l'ordre à tenir dans les assemblées, dans la discussion et le vote des questions, l'ordre de pré' séance entre les prêtres, etc.
Le dimanche, 14, tous les évêques assistent à la grand'messe dans la cathédrale. Le E. P. Augier prêche.
Le soir, le jardin et le palais épiscopal sont ouverts à toute la population de Saint-Boniface qui s'y presse pour saluer et vénérer les Pères du concile.
(1) Acta et Décréta Primi ConcUii ProHnci.r Sondi Bon{focii,]\ 89.
Le luiuli, 15 juillet, les évoques ont une lon^e congrégation privée pour lixer la l'orniule des [)reniiers décrets et régler de nombreux détails concernant les sessions solennelles ou les autres assemblées.
Le soir, a lieu la ])reiiiière congrégation générale, dans la sacristie de la catliédrale. Le livre des Saintes Ecritures est placé au milieu de la salle sur un trône; la croix archiépiscopale est auprès de ce trône. Un chante le Veni Creator, qui est suivi de l'invocation Adsumus, prescrite par le Pontifical. Puis le métropolitain donne lecture du règlement à suivre pendant le concile concernant les assemblées ou les officiers.
Le mardi, 16 juillet, fête de JVotre-Dame du Mont-Carmel, se tient la première session solennelle, dans la cathédrale.
Mgr Grandin commence par célébrer la messe au fauteuil; puis il prend son rang parmi les autres Evêques, et le métropolitain passe du trône à l'autel pour y accomplir les prescriptions du Pontifical, les terminant par l'allocution que le Pontife adresse au Concile. Après cette allocution, a lieu le sermon qui est prêché par le E. P. Drummond. Ensuite, à la suggestion des promoteurs et après le vote des Pères, le métropolitain publie les deux décrets: De Vouverture du synode, et de la manière de vivre pendant le concile. Enfin il fait, ainsi que ses sufîragants, la profession de foi de Pie lA" avec les additions prescrites par Pie IX concernant la primauté et rinfaillibilité du Pontife romain.
Tous les prêtres du diocèse à peu près, les deux lieutenantsgouverneurs du Manitoba et du Xord-Ouest, une multitude de fidèles assistent à la première session. La cérémonie se prolonge jusqu'à 1 heure et V^.
" 0 vous, nos vénérables Frères dans l'épiscopat, disait plus tard Mgr Taché, ô vous, dignes collaborateurs dans notre saint ministère, et vous, pieux fidèles qui étiez dans la métropole de Saint-Boniface au 16 juillet 1889, il vous souvient de l'émotion qui nous saisit tous pendant la lecture de cette formule de notre foi, bonheur de notre vie, gage de nos espérances. Cette émotion s'augmenta encore lorsque les vénérables prélats, descen-
(JLS
Travaux du concile le mercredi, le jeudi, le vendredi et le samedi.
dant de leurs sièges, vinrent s'agenouiller devant le livre des Saints Evangiles, et plaçant leurs mains sur ce code sacré, promirent, vouèrent et jurèrent foi et adhésion à l'enseignement de la Sainte Eglise Catholique, Apostolique et Eomaine (1). "
Dans l'après-midi, les quatre députations sont réunies pendant 2 heures. Le soir, les évêques ont une longue congrégation privée, dans laquelle ils traitent de diverses questions à soumettre à l'étude des députations et décident d'envoyer au Souverain Pontife une supplique pour demander la canonisation de Christophe Colomb. " Aujourd'hui, écrit Mgr Grandin dans son journal, c'est à peine si j'ai pu dire mon bréviaire. ''
Le mercredi, 17 juillet, Mgr Taché dit la messe conciliaire, à laquelle assistent tous les Pères et un grand nombre de fidèles. Il se sert alors pour la première fois d'une magnifique chasuble que lui a récemment envo3"ée Léon XIII en souvenir de son jubilé sacerdotal.
Les évêques, réunis en congrégation privée, décident que le concile enverra les lettres suivantes signées par tous les Pères :
Lettre au Souverain Pontife, rédigée par le P. Augier ;
Lettre aux archevêques et évêques de la province de Québec, rédigée par Mgr Grandin;
Lettre au T. R. P. Général des Oblats, rédigée par ^Igr Faraud ;
Lettre au Gouverneur du Canada, rédigée par l'Archevêque;
Lettre aux conseils centraux de la Propagation de la Foi, à Paris et à Lyon, par Mgr Durieu;
Lettre au conseil central de la Sainte Enfance, rédigée par :\rgr Clut :
Lettre à l'Œuvre des Tabernacles à Paris et à Lyon, rédigée par Mgr Clut;
Lettre à la Compagnie de la Baie d'Hudson, rédigée par l'Archevêque ;
Lettre à la Compagnie du Canadien Pacifique, rédigée par FArcliovêquo.
(1) Lettre pastorale de Mgr Alex. Taché annonçant les Décrets du PreniiiT Co!)cile de Saint-Boniface, 16 juillet 1S02, pp. 4-5.
Los Pères tcnak'ut vn cU'et ;i exprimer uu Souverain i'uiitiL'e leur filiale dévotion, aux prélats de la province de Québec leur fraternelle communion, au Supérieur général leur soumission religieuse, à tous les autres leur reconnaissance pour la bienveillance et les services accordés aux missions et aux missionnaires de la province de Saint-Boniface.
La grande figure de Mgr Provencher domine toute l'histoire de l'Eglise au Nord-Ouest; la province de Saint-Boniface est son ancien diocèse; les cinq évêques qui siègent au concile lui succèdent chacun dans une partie du territoire où il est venu le premier planter la croix, le vénèrent comme leur père et leur modèle. Aussi ils veulent exercer la communion avec le premier Evêque de la Eivière-Eouge en priant solennellement pour lui.
Le jeudi, 18 juillet, un service est célébré pour lui à la cathédrale de Saint-Boniface; Mgr Faraud chante la messe; tous les évêques y assistent en chappe noire et mitre blanche. Le E. P. Augier fait l'oraison funèbre du vénérable fondateur. Le métropolitain fait l'absoute.
L'après-midi est remplie par deux réunions des évêques et par une congrégation générale " bien fatigante à cause de la chaleur (1).""
Le vendredi, 19, Mgr Grandin dit la messe du concile en présence de tous les Pères, de la plupart des prêtres et d'un grand nombre de fidèles.
La journée se passe dans " un travail assidu. " Les Pères ont une longue congrégation privée. Ils décident de demander au Saint-Siège de vouloir bien ériger le Vicariat apostolique de la Colombie Britannique en diocèse régulier, avec le vicaire apostolique actuel comme titulaire du nouveau siège. Ils reconnaissent la nécessité de diviser le diocèse de Saint- Albert et demandent qu'on sollicite du Saint-Siège d'ériger en vicariat apostolique la partie du diocèse située à l'est du 109° de longitude. Ils reconnaissent aussi l'opportunité d'avoir un représentant à Ottawa pour protéger les missions sauvages de la province et dé-
(I) Journal de ]Mgr Grandin.
Session dn dimanche, 21 Juillet.
Travaux du concile le lundi et le mardi. 22 et 23 Juillet.
cident qu'on demande au Supérieur général des Oblats la nomination d'un Père pour cette importante fonction.
Ces trois décisions sont prises à l'unanimité, comme toutes les autres du concile. " Le P. Augier rédige le procès-verbal de la séance et M. Kocan le transcrit dans le registre du concile (1)."
Le samedi, 20 juillet, Mgr Faraud dit la messe du concile, devant les Pères, les théologiens et de nomljreux fidèles.
La journée est remplie par la tenue des congrégations privées et des congrégations générales.
Le dimanche, 21 juillet, a lieu la 2e session du concile, divisée en 2 parties, la première, dans la matinée, pour la population de langue française, la seconde, le soir, pour la population de langue anglaise.
Dans la matinée, Mgr Clut célèbre la messe au fauteuil. Puis, le concile, après le vote favorable des Pères, promulgue ses décrets 1° sur l'indépendance du Souverain Pontife, 2" sur l'honnêteté et la vie des clercs.
Le soir, le métropolitain préside les vêpres; le P. Fox prêche en langue anglaise, et le concile publie ses décrets 1** sur la foi, 2* sur le zèle des âmes et 3° sur le culte divin.
Il est plus de 9 heures du soir quand la session se termine.
Le lundi, 22, Mgr Clut dit la messe conciliaire.
Les Pères ont une congrégation privée et une congrégation publique. Ils visitent, après le dîner, Fexpositionr de l'Œuvre apostolique naissante de Saint-Boniface et sont enchantés des beaux ouvrages qu'ils y voient (2). Un photographe tire les Pères du concile et tout le clergé réuni à Saint-Boniface.
" Il y a eu hier 30 ans, remarque ]\Igr Grandin dans son journal, j'arrivais ici de l'Ile-à-la-Crosse me rendant en Europe pour mon sacre; et il y a aujourd'hui 35 ans, j'étais dans les immenses prairies du Minnesota venant ici pour la première fois. Que les voies du Seigneur sont impénétrables! Misericordias Domini in œternum cantaho. "
(1) Jjtittre (le Mj^r Taclié à -\I<rr Grandin, Montréal, 3 féirier 1S91. Archive.'^ de révêclu' de Saint-Albert.
(2) Jovrrifil de Mgr Grandin.
ARCHEVKQIE DE SA 1 NT-BOXIFACE <i'21
Le lendemain, c'étaient pour Mgr Taché d'autres anniversaires, l'anniversaire de sa naissance et celui de la mort de sa mère. Après la congrégation générale, Mgr Grandin, au nom de toute l'assemblée, adressa la parole au métropolitain au sujet de ces deux anniversaires. "Sa Grandeur paraissait bien émue (T).'" Et en effet, comme nous l'avons raconté en son temps. '' c'est îe 23 juillet 1823, à 7 heures, a. m., que Madame Taché avait donné naissance à son fils Alexandre; et c'est le 23 juillet 1871, a. m., que cette pieuse mère s'endormit dans le Seigneur (2)." Aussi, le 23 juillet 1889, Mgr Taché voulut dire la messe conciliaire; il dit une messe de Requiem, assisté de MM. Cherrier et ^lessier : il la dit " pour le repos de l'âme de sa mère, priant «n même temps pour les âmes des parents défunts de tous les membres du concile (3)."
Le reste de la journée se passe presque tout entier en séance, ■''soit séance publique, soit séance particulière des évêques (4)."
Le soir, il y a illumination de tout Saint-Boniface et feu d'artifice. " C'est vraiment magnifique, observe Mgr Grandin ; je ne crois pas qu'on ait vu jamais chose pareille dans le pays (5)."
Les Pères du concile avaient encore à traiter plusieurs ques- clôture du tions; mais un certain nombre de prêtres devaient retourner à jnniet.' leurs églises; Mgr Taché tombait de fatigue; "nous sommes même surpris, ajoutait Mgr de Saint- Albert, en remarquant le fait, qu'il ait pu résister jusqu'à présent (6)." C'est pourquoi le mercredi, 2-1 juillet, a lieu une dernière session publique qui, pour employer le langage moderne, sert de clôture officielle au concile.
" Tout se fait conformément aux prescriptions du Pontifical romain et du Cérémonial des Evêques (7)." Mgr Duricu cé-
(1) Ibid.
(2) Acta et Décréta , p. 98.
<4) Journal de Mgr Grandin.
(5) Ibid.
(6) Ihid.
(7) Acta et Décréta , p. 99.
lèbre la iue?<i' au fauteuil. Après la messe, le métropolitain se rend aii pied de l'autel, y récite les prières d'usage et y prend son siège. Le sermon est donné par il. Jolys, curé de Saint- Pierre. Puis a lieu la promulgation de 8 décrets conciliaires l*' sur les sacrements, 2° l'éducation des enfants, 3** les missions parmi les sauvages, 4" la sanctification du dimanche, 5" la juridiction épiscopale, 6^ les hiens ecclésiastiques, 7** les sociétés secrètes, 8° la mortification chrétienne.
Xotons en passant quelques-unes de ces prescriptions, où l'âme de ilgr Taché se révèle davantage.
Dans le décret concernant V éducation des enfants, le concile rappelle aux parents '"' l'obligation où ils sont de commencer à enseigner les prières et la doctrine chrétienne à leurs enfants dès le plus bas âge; " il les avertit " d'établir et de perfectionner les écoles catholiques, jouisque ce sont les seules que leurs enfants puissent fréquenter '' ; il leur recommande de faire des efforts " pour qu'un grand nombre de jeunes gens fréquentent les collèges catholiques et soient formés aux lettres et à la philosophie. " " Lorsque notre Premier concile passa ce décret, dira plus tard Mgr Taché, nous ne pensions guère à l'orage qui a éclaté depuis au milieu de nous et dont le but pervers est de priver l'enfance de l'enseignement chrétien à l'école (1). " Xous allons, dans un instant, raconter l'explosion de cette terrible tempête.
Dans le décret conternant les biens ecclésiastiques, le concile insiste pour que les prêtres fassent souvenir les fidèles de l'obligation où ils sont de pourvoir à l'entretien du clergé et aux frais du culte. Dans certains pays de mission, dit-il, on s'accoutume trop facilement à croire que ce support doit venir d'ailleurs. C'est un très mauvais service à rendre aux populations que de ne pas insister sur l'obligation où elles sont de donner généreusement })our l'Eglise et ses ministres; on n'apprécie généralement les choses qu'à proportion de ce qu'elles coûtent, et l'expé-
(1) Lettre pastorale de ^I''r Alex Tadit' , p. 10.
AKCHEVÊQL'K DE SAI Nl-IÎOXIFACE G23'
rience ])r(>uvi' (nic criix (jiii ne donnent l'icn à leurs prêtres ou à leurs églises, oublient bientôt les avantages <ju"ils en reçoivent (1). "
Dans le décret concernant la morti/icatioii clirétienne, le concile recommande aux prêtres d' " exhorter les fidèles à garder le jeûne et l'abstinence selon les lois et l'esprit de l'Eglise, et à ne pas accorder de dispenses sans des raisons suffisantes, " à s'abstenir, " même entièrement, de vin et de liqueur; " il " loue hautement la pratique de notre clergé qui bannit de sa table le vin et les liqueurs fermentées (2). "
Mgr Taché désirait que le concile provincial se réunît désormais tous les trois ans régulièrement, comme le prescrit le concile de Trente. C'est pourquoi, il promulgue un dernier décret, " d'après l'avis et le consentement des Révérendissimes Evêcpes, ses co-provinciau:c, pour annoncer et fixer la célébration du prochain concile provincial de Saint-Boniface à l'année 1892. "
Enfin l'Archevêque et les autres Pères du concile apposent solennellement leurs signatures aux décrets conciliaires, jDOur bien marquer qu'ils les reçoivent, les édictent et les promulguent tels qu'ils les ont formulés et votés. Le métropolitain entonne le Te Deum, qui est chanté par toute l'assemblée. La séance se termine par les acclamations d'usage, à "la sainte et indivisible Trinité, " au Sacré-Cœur de Jésus, "• talx'rnacle du Très Haut et porte du ciel, " à la Bienheureuse Vierge Immaculée, "■' reine des cieux et maîtresse de l'univers, '' '' gloire de Jérusalem, joie d'Israël, honneur du peuple chrétien, " à Sa Sainteté Léon XIII, à Mgr l'Archevêque, président du concile, à ses évêques suffragants, aux prêtres et aux missionnaires de l'Ouest, à la cité de Saint-Boniface, au gouvernement civil, etc.
Une dernière acclamation retentit : " Le Premier concile de Saint-Boniface est fini : retirons-nous, en rendant grâces au Dieu N'être- Seigneur, dans l'unité de la foi et la charité de la
(1) Lettre pastorale de INIgr Alex. Taclu', p. IL'.
(2) Ihid., p. 13.
paix, et persévérons-y à jamais. Fiat! Fiat! Amenî Amen ! (1)."
" Sublime spectacle ! s'écria un historien. T.,*Eglise s'est donc emparée de l'Ouest tout entier jusqu'à l'océan ! C'est comme un grand air de victoire, une indicible acclamation de sainte réjouissance courant de la Rivière-Rouge au Pa<»ifique, de l'Assiniboine au MacKenzie, tous représentés dans ces grands assises de la religion ( 2 ).''
(1) Acta et Décréta , pp. 100-101.
(2) L'hon, M. Prendergast, Mgr Taché, dans le Munitoba, n° du"23 juin 1894.
CITAPITRE LVI.