‹ Vie de Mgr. Taché, archevêque de St.-BonifaceChapitre 31 sur 81 · APRÈS LE CONCILE · texte numérisé non relu

APRÈS LE CONCILE

Mgr Taché sortit de la derniùre session éjjuisé; il se renferma» le reste de la journée dans sa chambre, et, ce qui était rare, même dans ses maladies, ne put recevoir personne, pas même Mgr Grandin (1),

Le lendemain, il voulut écrire au Supérieur o-énéral des Ohlats au lendemain

"^ - du concile.

malgré son état de faiblesse. Je suis heureux de vous adresser sous ce pli, lui dit-il, la lettre des Pères du Premier Concile de Saint-Bonif ace . . . Mgr Faraud, étant le plus ancien en oblation parmi nous, a été choisi par ses frères pour remplir cette douce tâche, ce consolant devoir. Nous avons terminé ce concile qui, je Tespère, aidera l'œuvre si importante que Dieu nous a confiée. Je me ferai un devoir et un plaisir de vous informer le plus tôt possible de tout ce qui s'y est fait et des projets qui se sont imposés à notre examen. Il m'est impossible de vous écrire longuement ces jours-ci. La préparation du concile et sa direction ont absorbé tout ce que j'avais de forces (2)." Le 11 septembre, le prélat remplit sa promesse et envoya an Eme Père Fabre im mémoire qui renfermait une histoire abrégée du concile et énumérait tout le détail des décisions prises par les Pères (3). i

Le P. Auoier repartit pour Montréal le iour même de la der- Derniers tra-

o i. 1 " yaus des

nière session solennelle. " Outre la part précieuse prise aux de- évêques. libérations des évêques pendant le concile, dit Mgr Taché au Supérieur général, le Pi. P. Provincial a bien voulu consentir à donner cinq instructions au clergé séculier de Saint-Boniface et

(1) Journal de Mgr Grandin.

(2) Saint-Boniface, 2ô juilld. — Archives de la Maison générale.

(3) Il est intitulé: " Actes du Premier Concile de la Province de Saint- Boniface." Il ne porte pas de date. — Archives de la maison générale.

C26 VIE iJi: :MCiu taché, o. m. i.,

faire entendre sa parole si éloquente et si persuasive dans un magnifique panégyrique de Mgr Provencher. "' La plupart des prêtres retournèrent à leurs églises ce même jour ou le lendemain.

Cependant les évêques avaient encore plusieurs questions à traiter, " peut-être les plus importantes, " puis " très délicates (1). " Ils se réunirent encore deux fois, le 25 et le 26 juillet. '' L'amour de l'Eglise, l'amour de la Congrégation, l'amour mutuel des prélats leur fit traiter avec une sainte liberté et une généreuse abnégation les sujets les plus délicats et les plus sacrés (2)." Mgr Faraud voulait se retirer à Saint-Boniface et administrer son vicariat apostolique par un coadjuteur; Mgr Grandin demandait que ce coadjuteur fût au moins vicaire religieux des missions; Mgr Taché insista pour que Mgr Faraud se démît. Dans cette question, observe l'Evêque de Saint-x\lbert, " Monseigneur le métropolitain a vraiment montré du courage (3) " et " une sainte liberté, " comme Mgr Faraud, en cédant, " une généreuse abnégation. "

Les évêques se concertèrent sur les trois noms qui devaient être présentés à Eome pour le titulaire du vicariat apostolique démembré du diocèse de Saint-Albert, sur une nouvelle délimitation de l'archidiocèse de Saint-Boniface au profit du diocèse de Saint-Albert, etc.

Mgr Durieu part le vendredi, 26, par la voie ferrée, pour retourner auprès de Mgr D'Herbomez, qu'il avait laissé malade. Mgr Clut se met en route à son tour pour se rendre en Europe.

Mgr Grandin consacre, le 27, vingt-quatre pierres d'autel, " ce qui, avec la messe, lui prend trois heures et le fatigue beaucoup (4)." Le dimanche, 28, il prêche à la cathédrale. Le soir, Mgr Taché, quoique excessivement fatigué, assiste aux vêpres et consacre la province dont il est le métropolitain, au Sacré-Cœur

(1) Jniirii'il (le M<rr Uraiuliii, :ui 'Jâ juilk-t.

(2) Mémoire cité plus liiiut au Riue P. Fa'ore.

(3) Jovnvil de Mgr Grumlin.

AltCllEVÊQUE DE SAINT-]U)X IFACE 627

de Jésus. Le luiuli, il dîni' à rarcliovêehé avec Mgr Grandin et les Pères Jésuites, qu'il a invités. Puis il fait conduire l'Evêque de Saint-Albert à la station dans sa voiture par MM. Messier et Cloutier. Mgr Grandin part pour Qu'Appelle, " bien reconnaissant, dit-i], envers Mgr Taché, Messieurs de l'Archevêché et tout le monde (1), " visite toutes les missions de l'Est, à l'exception de celle du lac Garibou et ne rentre à Saint-Albert que le 12 octobre.

La tenue du concile de Saint-Boniface marque une seconde Question du

, , . •,••,!' 1 coadjuteur,

phase pour une question qui continuait de préoccuper beaucoup 2e phase. Mgr Taché, la question d'un coadjuteur.

Dans une des premières réunions particulières des évêquies, — nous citons Mgr Grandin, — l'Archevêque déclara à ses sufïragants " que les supérieurs généraux des Oblats lui avaient refusé la permission de prendre son coadjuteur parmi ses frères en religion et que, dans cette nécessité, il avait porté ses vues sur un digne prêtre de son diocèse, qui allait remplir une charge importante pendant le concile (3). "

Nous avons vu les hésitations du Eme Père Fabre à accorder à Mgr Taché un coadjuteur pris d'entre les Oblats, puis son consentement accordé en principe, mais les difficultés pratiques dans l'exécution, pour le choix de celui qui devait être appelé à cette haute dignité. Le Eme Père proposait à la fin un religieux d'un grand mérite, qui gouverne aujourd'hui l'Eglise de Dieu avec la prudence et la charité des saints évêques; mais comme il était français et qu'il était spécialement doué pour les missions sauvages, les Oblats les plus éminents, le P. Lestanc, le P. André et le P. Lacombe firent de fortes objections contre ce choix, et Mgr Grandin le demanda pour son propre coadjuteur. Il y eut de l'hésitation dans Mgr Taché, car " les vues du Eme P. Fabre ne rencontraient pas les siennes ; " il voyait en effet, une grave objection dans la nationalité du sujet

1 ) Jourmtl (le Mgr Grandin.

(2) QxieJques votes .nir Mgr A. Taché, 0. M. /., Notef^ de INIgr Grandin concernant INFgr Taché remises à l'auteur de cette histoire.

VIE DE MGIl TACHE, O. M. I.

Demande d'un procureur de l'arche- TÊque et de ses sufifragants â Ottawa.

proposé. En voj'ant ces hésitations de l'Archevôque, à la suite aussi de quelques autres incidents, le Supérieur général, qui, dans le fond, n'avait jamais eu beaucoup d'inclination pour la nomination d'"un Oblat à la succession de Mgr Taché, écouta favorablement les conseils contraires, et reprit ses anciennes répugnances : peu de temps avant l'ouverture du concile de Saint- Boniface, il annonça à Mgr Taché qu'il ne devait plus compter sur un Oblat pour lui succéder. De là, la communication que l'Archevêque de Saint-Boniface fit à ses suffragants dans une des premières congrégations privées.

" Ce fut une raison pour moi, ajoute Mgr Grandin, d'examiner attentivement le prêtre qui nous était désigné par Mgr l'Archevêque ; et certainement, dans les circonstances, je trouvais le choix excellent, si bien qu'à la fin du concile, je comptais de l'avoir un jour, peut-être bientôt, pour notre métropolitain (1)." Xous verrons dans trois ans la reprise" de cette grave affaire. Le concile avait exprimé le vœu que les évêques de la province eussent un procureur à Ottawa pour être le défenseur autorisé des missions auprès du gouvernement fédéral.

Le 10 septembre 1889, Mgr Taché transmit cette demande au Eme P. Fabre, demandant que le P. Gendreau pût être " le représentant accrédité " des évêques de la province auprès du gouvernement, déclarant cette nomination " d'une importance considérable pour le succès des missions " confiées à leurs soins. " Ces évêques qui sont tous vos fils, conclut-il, vous supplient de les autoriser à donner cours à leur projet (2)."

Le Supérieur général donna l'autorisation demandée par une lettre du 22 octobre suivant (3).

Mgr Taché remercie son Supérieur dans une lettre du 14 novembre, et demande que le représentant des évêques " ait le temps et la facilité de s'acquitter de sa charge, " qu'il ait un appartement " où il puisse tenir ses papiers en ordre et hors de la

(1) Quelques notes

(2) Saint-Boniface, 10 sept. 1889. — Archives de la IMaison générale.

(3) Archives de l'évêché de Saint-Bonifaoe.

vue," qu'il puisse "recevoir les confidences des évoques et des gouvernants, sans que personne puisse s'y introduire et les contrôler. " " Il ne sera point soustrait pour autant, observe-t-il, à ses oblitrations de religieux ; " mais ses supérieurs devront savoir " ({u'il a un devoir spécial à remplir et qu'ils doivent lui en laisser la facilité (1)."

Ce représentant, tel que le voulaient Mgr de Saint-Boniface et se? suffragants, ne devait point être "un plénipotentiaire s'inspirant par lui-même *', mais " un commissaire chargé de présenter au gouvernement les demandes des évêques et de leur transmettre les réponses, ne prenant de décision sur un sujet donné qu'après en avoir référé à l'évêque intéressé, puisqu'en définitive les évêques étaient seuls responsables (3)-"

Mais celui ques les évêques demandaient pour les représenter, le P. Gendreau, avait des fonctions importantes à l'Université d'Ottawa. Ses confrères craignirent qu'il ne pût suffire à ses anciennes fonctions et aux nouvelles, et le sénat universitaire s'opposa à cette nomination, bien que huit de ses membres y fussent favorables.

Une autre question semblait la plus facile du monde, mais Division du

^ J^ ^ diocèse de

rencontra des oppositions inattendues et apporta au cœur de st-Aibert.

l'Archevêque de poignantes tristesses, la division du diocèse de Saint- Albert.

Mffr Grandin avait un diocèse grand comme trois fois la instances répé-

c" o tées de

France. A peine s'en était-il vu le titulaire qu'il en avait désiré ^sr Granla division. Presque chaque année, il avait fait part de son vœu à son métropolitain.

Mgr Taché lui avait répondu pendant de longues années que le moment opportun pour cette division ne lui semblait pas encore venu (3)." J'igTiore que vous eussiez écrit au Cardinal

(1) Sairit-Boniface, 14 yiov. 1889. — Archives de la Maison générale.

(2) Ibid.

(3) Saint-Boniface, 24 ao{d 1875; Saint-Boniface, 6 nor. 1875; Saint' Boniface, 6 déc. 1875; Saint-Boniface, 10 arrU 1876; Saint-Boniface, l^ juillet 1876 Ottaira, 8 déc. ISSO; Saint-Bonif a ce, 28 mars 1S81; Saint- Boniface, 23 aoîU 1881, etc. — Archives de l'évéchéde Saint-Albert.

630 VIE DE MGU ÏACIIÉ, O. M. I.,

Préfet de la l'ropagande, lui écrit-il le G novembre 18T5, pour demander la division de votre diocèse. Je dois avouer, cher Seigneur, qu'il me faudrait d'autres données pour appuyer cette demande. Car il ne peut pas y avoir autant de diocèses que de missions, et vous n'êtes certainement pas tenu de visiter toutes vos missions annuellement, ni même tous les trois ou quatre ans. Il n'y a que le lac Caribou qui soit de bien difficile accès, et il serait difficile pour tout Evêque qui ne serait pas au lac Caribou (1)." "Je ne puis pas, lui écrit-il encore six ans après, en 1881, entrer dan? votre projet autrement qu'en désirant que la chose puisse se faire, tout en la regardant comme impraticable pour le moment (2)."

Cependant Mgr Grandin mettait toujours plus d'instance à demander la division. En 1881, il fit faire un mémoire au P. Gasté pour en montrer la nécessité et l'envoya à Mgr Taché. Celui-ci finit par lui promettre son concours " à Paris et à Eome. " " Je m'occupe de la question, lui écrit-il au milieu de l'année 1881, et veux bien faire mon possible pour la faire réussir. Mais, ajoute-t-il, je manquerais de sincérité si je vous disais que j'espère réussir. Les chiffres qu'il faut donner sont un argument contre nous. Le vieux monde n'a pas l'idée de nos immenses déserts si peu peuplés (3)."

Cependant les immenses déserts recevaient de nouveaux habitants: les métis y arrivaient du Manitoba; les blancs y venaient de l'Amérique et de l'Europe. Dès 1886, la population avait pliLs que doublé dans le diocèse de Saint-Albert (4). A la fin, Mgr Taché se persuada qu'il était temps de demander la division du diocèse de son suffragant.

'1) Saiiit-Bonifaci'. G Dor. 1S75.

(2) Suint Bonifacr, 28 mars ISSl.

(3) Saint Bonifnce, 23 août 1881.

(4) Le rerensement officiel de ISSfi constata, danâ les trois territoires de rA."sinil)oia, de l'Alberta et d'> le Saskatcliewan, 23,?i44 blancs, 4,84S Métis et 20. 70 sauva<res ; total, 48,302 liabitants. — Voir le Maultnhn, 11" «les 11 et 18 mars 1886.

Aussi (iuan.l. au cciuilc' de Saint-Boniface, Mgr Grandin re- ^'^.'jj^X d°e noiivela ses instances, l'Archevêque de Saint-Boniface déclara la s'-Boniface. division urgente; les autres évêques se prononcèrent comme le métropolitain: tous les Pères décidèrent unanimement, le 19 juillet, ainsi que nous l'avons rapporté, de demander au Saint-Siège la division du diocèse de Saint-Albert, et en même temps l'érection du vicariat de la Colomloie Britannique en diocèse régulier.

Après le concile, le métropolitain rédia'ea une requête pour Démarches

'■' ' ' ^ ■ -,, • du métro-

demander au Souverain Pontite 1 érection d un nouveau vica- poutain. riat apostolique démemliré du diocèse de Saint-Albert, avec une nouvelle délimitation des deux diocèses et des deux vicariats déjà existants dans la province.

Il écrit à Mgr Grandin le 7 novembre 1889 : " J"ai écrit toutes les lettres que nous avons décidé d'envoyer, si ce n'est que je n'ai pas encore envoyé les noms proposés pour le futur évêque du vicariat projeté (1) ; " et au Rme P. Fabre, le 14 du même mois : " J'espère que Votre Paternité a reçu tous les détails que je lui lai envoyés sur notre concile, ainsi que les demandes que nous avons adressées à Eome. Si la division du diocèse de Saint-Albert est accordée, il faudra s'occuper du choix du titulaire: la demande de division est allée à Eome, mais pas de demande ni de proposition de noms (2). "

Le Saint-Siège voulut avoir plus de renseignements. Il adressa à MgT de Saint-Boniface un ensemble de questions tant sur la partie du diocèse de Saint-Albert que l'on voulait ériger en vicariat apostolique, que sur le reste du diocèse, y compris la partie de l'archidiocèse de Saint-Boniface qui devait y être réunie.

Mgr Taché envoie ce questionnaire à l'Evêque de Saint- Albert le 8 février 1890, et le prie d'y répondre (3). Mgr Grandin se hâte d'expédier ce qu'on lui demande. L'x\rchevêque transmet

(1) Saint-Boniface, 7 nov. 1889. — Archives de l'évêché de Saint-Albert

(2) Saint-Boniface, 14 nov. 18S!). — Archives de la Maison génértile.

(3) Archives de l'évêclié de Saint- Albert.

ces réponses à Rome, en insistant de nouveau pour la division. Mais la Propagande, par une lettre du 23 août 1890, demande une détermination plus précise des limites du vicariat apostolique projeté et du diocèse de Saint- Albert réduit, '* non par les degrés géographiques, mais par les limites géographiques. "' En même temps elle érigeait le vicariat apostolique de la Colombie Britannique en diocèse régulier sous le titre de New- Westminster.

Le métropolitain envoie bientôt les nouvelles indications que la Propagande lui demande pour la division du diocèse de Saint- Albert. Puis, comme tout semble toucher à la dernière conclusion, il expédie au Saint-Siège, le 21 octobre 1890, les trois noms parmi lesquels devra être choisi le titulaire du vicariat apostolique de la Saskatchewan, en les faisant passer par l'intermédiaire du Eme P. Fabre. " Les trois noms, dit-il au Supérieur général, sont ceux de trois de vos enfants. Si vous les agréez, veuillez envoyer vous-même notre demande à Eome ; " sinon, retournez-moi la pétition, pour que jo la modifie selon votre volonté (1).

'^du'*'^"**^" Mais cette lettre n'était point encore parvenue à Paris, quand

tout à coup un incident vient soulever des difficultés inattendues. Les journaux d'Amérique et d'Europe annoncent la division du diocèse de Saint- Albert comme faite; le Eme Père accepte cette nouvelle sans défiance et s'étonne d'en être informé par les feuilles publiques.

Mgr Taché savait mieux que personne que l'érection du vicariat apostolique de la Saskatchewan allait créer de nouvelles obligations pour la Congrégation des Oblats, qui seule y avait des missionnaires. " Vous comprenez, cher Seigneur, écrivait-il à Mgr Grandin quatorze ans auparavant, que la division de votre diocèse doit venir du Supérieur général, que du moins il faut obtenir son assentiment avant de la demander à Eome (2)." II

(1) Saint- Bonif ace, 21 oct. 1890. — Archives de la Maison générale.

(2) Lettre à Mgr Grandin, 6 dêc. 1890. — Archives de l'évêché de Saint-Albert.

ARCHEVÊQUE DE SAIXT-BOXIFACE 633

avait cru faire toutes les déinarehes au vu et au su cm Supérieur général et avec sa pleine approbation. Mais des malentendus surviennent nicnie entres les saints, et quelquefois les affaires que l'on croit bien expliquées se trouvent manquer d'explications. C'était le cas ici, sans la faute de personne.

Le 17 octobre 1890, le Eme Père Fabre écrit à Mgr Taché une lettre où il se plaint d'être tenu dans l'ignorance d'une affaire aussi grave et qui intéresse avant tout la Congrégation des Oblats (1).

^Igr Taché reçut cette lettre le 30 octcsijre, à 8 heures du soir. Il passa la nuit dans l'insomnie; car elle renfermait plusieurs passages qui causèrent à son cœur sensible une douleur poignante.

A minuit, il prit la plume pour- répondre et adressa à son Supérieur une lettre des plus touchantes, où il rappelait les événements et faisait voir qu'il avait agi avec une parfaite loyauté (2).

Le langage de l'Archevêque de Saint-Bonif ace était celui d'un conclusion de

® ° ^ l'affaire;

saint. Le Supérieur général était bon juge pour le reconnaître. Xous ne serions pas étonné que doué, lui aussi, d'une délicate sensibilité, il n'eût arrosé de ses larmes les pages si émues, mais si humbles, de son illustre fils. Il accepta avec reconnaissance ses explications et, le 8 décembre, il lui répondit qu'il agTéait la division du diocèse de Saint- Albert avec toutes ses conséquences pour la Congrégation, mais qu'il proposait comme premier nom le P. Pascal, qui avait blanchi dans les missions d'Athabaska- MacKenzie et qu'un ensemble de circonstances jjrovidentielles faisait alors voyager en France. Le 9 décembre, le cardinal Siméoni. Préfet de la Propagande, écrivait au métropolitain de Saint-Boniface pour lui demander les trois noms parmi lesquels le Saint-Siège devait choisir le titulaire du nouveau vicariat apostolique.

(1) Archives de l'archevêché de Saint-Boniface.

(2) Saint-Boniface, 31 oct. 1889. — Archives de la Maison générale.

<i34 VIE DE MGIt TACHÉ, O. M. I.,

Mgr Taché reçut presque en même temps la lettre du Supérieur des Oblats et celui du Préfet de la Propagande.

Le 21 janvier 1891, il envoie les trois noms par l'intermédiaire du Supérieur général des Oblats : " Je vous transmets notre supplique au cardinal, écrit-il au Kme P. Fabre: veuillez l'approuver et l'envoyer en l'appuyant (1).' L'Archevêque reçoit à Montréal, le 12 mars 1891, le bref apostolique qui divise le diocèse de Saint-Albert et érige le vicariat apostolique de la Saskatchewan.

'•' Votre bonne lettre du 22 avril, écrit Mgr Taché au Supérieur général le 14 mai, m'annonce que nos vœux sont exaucés et que le Souverain Pontife vient de choisir le cher P. Pascal comme vicaire apostolique de la Saskatchewan. Je pourrais difficilement vous exprimer U joie que j'éprouve en voyant se terminer à votre satisfaction une affaire qui a eu des phases d'autant plus pénibles qu'elle était plus importante. Merci, mon Très Eévérend Père, de vouloir bien promettre d'aider efficacement le nouvel élu. C'est une immense consolation (2)." Le nouveau vicariat a pour bornes : au sud, le Manitoba et une partie de l'Alberta; à l'ouest, le 109e degré de longitude et le vicariat apostolique d'Athabaska-MacKenzie ; au nord, la Mer Glaciale; à l'est, la Baie d'Hudson, le fleuve Xelson et la rive occidentale du lac Winnipeg jusqu'aux frontières du Manitoba (3).

Mgr Pascal, choisi par le Souverain Pontife pour premier ti-

(1) Montréal, 21 j an r. 1891. — Archives de la Maison générale.

(2) Mgr Albert Pascal est né à Saint-Genest de Beauzon (Ardèche), le 3 août 1848, fit ses études à la maîtrise de Viviers, au petit séminaire d'Anheiiiis et au grand séminaire de Viviers, partit en 1870 avec Mgr (/lut pour les missions du Canada, acheva ses études au séminaire de Montréal, commença son noviciat à Lachine en 1871, fit ses vœux d'un an en 1H72 et ses vœux perpétuels en 187,}, fut envoyé en 1874 aux missions d'Athahaska-Mackenzie, et résida, de 1874 à 1890, à Notre- Dame des Sept-lJouleurs et à la Nativité. Chargé de conduire en 1890 à Siiint-Boniface un frère convers atteint de démence, il assista Mgr Faraud dans sa dernière maladie, et fut envoyé en France, où il fut bien surpris de rencontrer une mitre.

(3j Voir Mf/r Grondin, 0. M. I., par le K. P. Jonquet, p. 20.

tulaire du nouveau vicariat apostolique le 19 avril, fut i^réconisé évêque de Mosynopolis et vicaire apostolique de la Saskatchewan le 5 juin 1891, sacré dans la cathédrale de Viviers, où Mgr Taché avait reçu l'onction des pontifes 40 ans auparavant, le 28 juin, par Mgr Bonnet, Evêque de Viviers, assisté de Mgr Robert, Evêque de ]\Iarseille et de Mgr Balaïn, Evêque de Nice. 11 prit possession dusiègie de Prince-Albert le 7 octobre 1891(1). Le vicariat apostolique de la Saskatchewan venait d'être ainsi enfanté dans la douleur par celui qui en avait été le missionnaire et FEvêque pendant plus de 25 ans.

Revenons à l'année 1889.

Le 27 août, Mgr Taché confirme 31 fidèles dans sa cathé- Administration

ni To -T ■ ■ 1 r- ■ • -1 r-i • ''^ sacre-

drale. Le 8 septembre, il visite la lionssante paroisse de Saint- ment de

. confirmation.

Jean-Baptiste et y administre le sacrement des forts à 44 personnes (2),

Cependant, les Oblats du Vicariat de Saint-Boniface se trouvaient réunis à Sainte-Marie pour les exercices de la retraite annuelle.

Il y avait Mgr Faraud, 20 Pères et 4 Frères convers. Mgr Retraite des Taché se rendit, selon sa coutume, le 11 septembre, à la céré- ste-Marie. monie du renouvellement des vœux prescrite par les règles pour la fin de la retraite, et, " avec ses frères, aux pieds du représentant du Supérieur général, " il renouvela ses vœux, " les vœux de mon olîlation, dit-il, ces vœux qui ont fait le bonheur de ma vie ( 3 ) ."

Avant la retraite, le 1er septembre, ]\Igr Faraud, qui désormais demeurait à Saint-Boniface dans une maison devenue depuis l'Hôpital Saint-Roch, visita Piguis et y administra la confirmation à 6 personnes; le 6 octobre, il confirma 34 fidèles à Sainte- Anne et 20 à Saint-Joachim de la Broquerie; le 8 décembre, 38 à Saint-Léon (4).

(1) Saint-Boniface, 14 mai 1891. — Ihid.

(2) Registre des confirmations.

(3) Lettre au Rme P. Fabre, Saint-Boniface, 11 sept. — Archives de la Maison générale.

(4) Registre des confirmations.

636 VIE DK ,MGK TACHÉ, O. M. I.,

^^ôttawa. Le Saint-Siège avait, le 15 février 1889, sur la demande de

Mgr Duhamel, érigé le Chapitre et l'Université d'Ottawa. On préparait de grandes fêtes dans la capitale du Canada pour l'installation du Chapitre et la création de l'Université. On avait élevé des statues à Mgr Guigues, premier évêque d'Ottawa, et au P. Tabaret, fondateur de l'Université de cette ville, et on devait les dévoiler à cette occasion. Mgr Taché voulut prendre part à ces fêtes, si glorieuses pour tout le Canada et spécialement pour la Congrégation des Oblats.

Le 9 octobre, il assiste, avec le cardinal Taschereau et onze autres archevêques et évêques, à la nomination et à l'installation des neuf premiers chanoines du nouveau Chapitre, au dévoilement de la statue de !Mgr Guigues et à la soutenance, deux heures durant, de la thèse du premier docteur de la nouvelle Université, le P. Antoine (1).

Le 10, il assiste à la messe d'actions de grâces chantée pontificalement au collège par Mgr Lorrain, évêque de Pembroke et au dévoilement de la statue du P. Tabaret; et il fait, sur Farrivée du P. Guigues et du P. Tabaret au Canada, sur les fondations du premier provincial des Oblats au Témiskamingue, dans le Saguenay, etc, " dans le lointain et légendaire ISTord-Ouest, " alors qu'il n'avait à sa disposition que quinze Oblats, dont deux encore novices, " sur les hardiesses et l'indomptable persévérance du P. Tabaret, il fait, dis-je, un discours qui émeut profondément toute l'assistance. " En vérité, s'écrie un des auditeurs, celui-là même qui portera un jour sa houlette, jamais le dévouement de nos Pères sur cette terre bénie du Canada n'a été . raconté, chanté, d'une façon ]ilus précise, plus dramatique et plus enthousiaste. Et quand l'orateur montra les deux héros de la fête, debout et pensifs sur le pont du navire, au moment de quitter le rivage pour mettre un océan entre eux et tout ce qu'ils avaient aimé sur la terre do France; quand il décrivit la

[l) On peut lire 1r récit do ces magnifiques fêtes qui émurent tout le Canada dans une lettre du R. P. Langevin, directeur du séminaire d'Ottawa, successeur de IMgr Taché sur le siège de Î^^aiut-Iînniface. — Dans les MissioiiK (le l'i (/oiifj. (les Mhnonnaires Ohlatft, t. XXV'II, i)p. 525-540.

gloire qui attendait par delà les mers ces religieux héroïqres, uniquement préoccupés des âmes, il y eut des larmes dans bien des yeux; on en vit même couler, silencieuses, sur les traits amaigris des vénérables prélats qui l'écoutaient, durcis cependant au spectacle des travaux apostoliques et coutumiers euxmêmes des œuvres de dévouement (1). " " Que celui qui a parlé ainsi, conclut le même témoin, reçoive l'expression de notre respectueuse et fraternelle gratitude; il a porté dans bien des cœurs joie, consolation et force. Que Dieu lui rende le bien qu'il nous a fait, en le comblant de prospérités de toutes sortes durant de longues années. Ad muîtos amnos (2) ! "

Mgr Taché devait, après les fêtes d'Ottawa, se rendre à ^'^l-^^j?Hô^tai timoré pour d'autres fêtes semblables. Mais, la gêne corporelle eeuérai. et les efforts qu'il dut faire à Ottawa, lui enlevèrent le peu de force qu'il avait : au lieu de partir pour Baltimore, il dut se rendre à l'Hôpital général; il y demeura pendant quatre semaine* '"cpnfiné" et malade. Au bout de quatre semaines, il n'était pas sensiblement mieux; mais, écrit-il au R. P, Souiller, "force m'est de m'en retourner, car ma présence est requise chez nous : je ne pourrai pas grand chose, mais enfin je serai à mon poste (3) !"' " 0 mon cher Père, ajoute-t-il douloureusement, quelle épreuve d'être toujours dans un état de langueur, lorsqu'il y a tant de choses qui langtiissent, alors qu'elles auraient besoin d'être servies par une énergie à toute épreuve ! Enfin, c'est le bon Dieu qui le veut. Que sa sainte volonté se fasse et soit bénie (4) !"

Il se mit en route le 18 novembre et arriva à Saint-Boniface le 21. " Je suis revenu à Saint-Boniface avec mes infirmités et mes souffrances continuelles, écrit-il quelques jours après au ^.me P. Fabre. Lorsque j'aurais besoin de tout mon temps, de force et d'énergie pour faire le bien et éviter le mal, je suis ré-

(1) Le R. P. Lansevin, dans les Missions de la Cotig t. XXVII

p. 53G. — An77ales de la Cong. dis Oblats.

(2) nid., p. 537.

(3) Montréal, 15 nov. ISS9. — Archives de la Maison générale. (\) Jhid.

duit à une demi-impuissance qui me peine. Je ne regrette pas de souffrir ni d'être eniermé, mais je suis peiné et je regrette vivement de ne pas pouvoir faire ce que j'ai à faire et de faire si mal le peu que je puis accomplir (1). "

Hélas ! De plus grandes souffrances se préparent pour lui : une passion douloureuse va commencer, et à d'autres Pharisiens, il peut dire comme son divin Maître : ''Hœc est hora vestra et potestas tenehrarum: Voici votre heure et la puissance des ténèbres (2). "

(1) Saint-Boiiiface, 11 déc. 1SS9. — Arcliives de la Maison générale. <?• ,rc XXII, 53.

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