‹ Vie de Mgr. Taché, archevêque de St.-BonifaceChapitre 48 sur 81 · Amour de ses prêtres · texte numérisé non relu

Amour de ses prêtres

Pendant le long séjour que Mgr Taché fit en 1873 dans les- Provinces de l'Est pour la cause de l'amnistie, un prélat, Mgr Faraud hasarda la conjecture que l'Evêque de Saint-Boniface songeait à quitter définitivement son église et à ne plus y retourner. Le P. Lacombe fit part à Mgr Taché de la rumeur qui courait : " Xon, mon cher ami, lui répond l'Archevêque, de pareilles dispositions ne sont pas les miennes. Volontiers sans doute je renoncerais à la dure responsabilité de conduire le diocèse, mais toujours je réclamerai d'y travailler au salut de& âmes. J'aime mon peuple, aussi je veux vivre et mourir au milieu de lui. Je ne tiens pas au palais, mais je tiens aux âmes, et quand je pourrai laisser le palais, ce sera pour me retirer dans un coin du diocèse où je pourrai toujours, j'espère,. rendre quelque service, et si je deviens tout à fait impotent^ mon désir sera encore de rester, en prenant des mesures pour être le moins à charge possible (1). "

Xous avons eu souvent l'occasion de voir combien Mgr Taché aimait ses prêtres. •

Il aurait affronté la mort pour secourir un de ses prêtres ou seulement lui faire plaisir. Voici deux faits qui remontent aux premières années de son épiscopat. " Par une nuit des plussombres, on vient l'avertir que le P. P. Mestre, qui desservait Saint-Norbert, était bien malade. Il pleuvait à verse. L'Evêque monte à cheval, traverse la Rivière-Eouge sur un bateau plat que deux hommes dirigent en ramant de toutes leursforces, arrive à Saint-Xorbert mouillé et couvert de boue. Soa grand cœur oublie toutes ses fatigues en voyant la joie que son,cher malade éprouve de sa visite. Une autre fois, c'est en traversant la Rivière-Rouge sur des glaçons flottants que le prélat va porter des consolations à un autre prêtre malade i(2)."

" Il était pour nous, dit l'un d'eux, non pas un maître, mais un père. Il nous portait le plus tendre intérêt, suivant avec une sympathie constante toutes nos entreprises, nos succès et

(1) Lettre du 10 sept. 1873. — Collection du R. P. Lacombe.

(2) Notes des Sœurs Grises sur Mgr 'l'aclL*''.

nos revers, nous consolait et nous encourageait avec une charité inépuisable (1). "

Les prêtres de leur côté, avaient la plus grande affection pour leur Evêque. " J'ai aimé Mgr Taché d'un amour sans bornes, -écrit le vénérable curé de Sainte-Anne des Chênes, à cause de toutes les belles qualités de son cœur et de son esprit, à cause spécialement de son invincible dévouement dans la défense de l'Eglise (3)."

Tous les prêtres de l'arcliidiocèse auraient tenu le même langage. Les prêtres du monde entier donnent en général l'heu- Teux spectacle d'un grand attachement à leurs évêques ; mais au XIXe siècle, il n'est peut-être aucun clergé qui ait été autant .attaché à son Chef que celui de Saint-Boniface.

La plupart de ses prêtres le visitaient plusieurs fois par année; plusieurs ne passaient guère de mois sans aller le voir et trouver auprès de lui des lumières et des encouragements. Tous savaient qu'ils étaient toujours les bienvenus, qu'il avait toujours du temps et du cœur pour eux. Ils arrivaient à l'archevêché avec empressement et s'en retournaient réconfortés et satisfaits.

" C'était un bonheur pour lui de voir ses prêtres, raconte le témoin que nous venons de citer. Dès qu'il savait que l'un de nous était à l'archevêché, il l'invitait à venir dans sa chambre, même dans ses maladies; il voulait l'entendre; il voulait savoir de sa bouche tout ce qui concernait sa paroisse, tout ce qui le regardait lui-même. Il aimait de son côté à le mettre au courant des affaires du diocèse, des entreprises saintes, des progrès des œuvres de Dieu. Et lorsqu'après être demeuré longtemps avec lui, nous nous excusions de lui prendre tant de temps : " Non, non, répondait-il, ma grande consolation " est de conserver avec mes prêtres (3)." Ces paroles n'étaient pas

(1) Rév. M. Gaire, curé de Grande Clairière.

(2) Rév. M. R. Giroux.

(3) Rév. M. K. Giroux, curé de Sainte- Anne.

une formule de politesse sur ses lèvres, mais l'expression des vrais sentiments de son âme."

"Un soir — c'était, je crois, en 1873, — nous nous trouvions réunis plusieurs prêtres dans la chambre qui était audessus de la sienne : nous riions et nous nous amusions commede vrais écoliers. Tout à coup l'un de nous se ravise : " Il est tard, dit-il, nous faisons le charivari au-dessus de la tête de notre Archevêque ; nous l'empêchons de dormir. " Cette remarque fait sur tous l'effet d'une douche d'eau sur un essaim d'abeilles. Mais au même instant, nous entendons des pas dan& l'escalier, on frappe à la porte: c'était Monseigneur; il nous dit avec son aimable sourire : " Quel vacarme font ces petits canadiens ! " Je lui dis : '' Votre Grandeur nous pardonnera cet enfantillage : il y a si longtemps que nous ne nous sommes vus f Pour moi, je n'ai ri ni parlé depuis un mois. " Au lieu d'une réprimande, il s'assied et nous entretient pendant deux heuresavec ce charme dont lui seul avait le secret (1). "

L'Evêque est chef : à ce titre, il a la responsabilité de ses décisions. Mais son Eglise particulière, dans la personne de ses prêtres est, comme Eve auprès d'Adam, comme l'épouse et la mère auprès de l'époux et du père, un aide semblable à luimême, adjutorium simile sibi. C'est pourquoi les saints canons avertissent souvent l'Evêque de prendre en tout le conseil de son sénat.

" Mgr Taché aimait à consulter ses prêtres sur tout ce qui concernait son diocèse. Il prenait spécialement l'avis des plusanciens. Il avait tout particulièrement confiance dans le jugement éclairé, l'extrême prudence et le sens pratique de M. Eitchot, le vénérable curé de Saint-Norbert (2). "

Mgr Taché conserva toute sa vie une tendresse privilégiée^ sauvages. ^^^^ ^^ populatiou métissc et les sauvages. " Son âme s'échappait souvent des occupations dévorantes de son épiscopat pour

(1) Rév. M. Giroux, Noies sur M(jr Taché.

(2) L'hon. juge Dubuc, Notes concernant Mgr Taché.

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