‹ Vie de Mgr. Taché, archevêque de St.-BonifaceChapitre 49 sur 81 · Amour des métis et des · texte numérisé non relu

Amour des métis et des

se transporter vers les missions qui avaient été les témoins de ses premiers labeurs et de ses premières souffrances (1). "

" Il a aimé d'un amour qui ne s'est jamais démenti les enfants de la prairie, les métis qui avaient été ses compagnons de voyage durant de si nombreuses années; chaque fois qu'il lui était donné, au déclin de sa vie, de revoir quelques-uns d'entre eux, un grand élan du cœur témoignait de l'ardeur et de la constance de son affection (2). "

" Il suivit des j' eux et plus encore du cœur toutes les douleurs que leur apporta l'envahissement de leur pays par les blancs, prit hautement et constamment leur défense contre l'injustice et la dureté, s'ingénia de mille façons à leur porter secours et à les couvrir de sa protection. Il ne faut pas s'étonner après cela, si le nom de Mgr Taché possédait chez eux une influence si extraordinaire et une puissance souveraine. Il faut, dit saint Ambroise, qu'un Evêque ait deux choses toujours ouvertes, le cœur et la main : le cœur pour aimer ses frères, et la main pour les soulager et les bénir. Ces paroles ont reçu leur application entière dans la conduite de Mgr Taché pour ses chers métis. On peut bien dire, en effet, sans exagération, qu'il avait la main toujours tendue pour les secourir et le cœur plein de compassion pour les consoler et les encourager (3). "

Sans cesse Mgr Taché se disait à lui-même et disait aux e. Quelques autres : '' Confiance en Dieu ! Lui seul peut sauvegarder la épiscopaies. situation. Xous travaillons pour lui, il ne nous abandonnera 'en Dieu, pas, non plus que son œuvre (4)."

Une des plus grandes vertus du chrétien et de l'Evêque est b) se résigner " la conformité à la volonté de Dieu. " C'est le bon Dieu, écrit puissances Mgr Taché à son ami de Saint-Albert, qui nous a imposé à tous les deux le fardeau que nous portons : chacun de nous peut et doit dire: Hœc est pars hœreditatis meœ et calicis mei et

(l ) Cinq ans après, p. 7.

(2) Rév. M. Gaire, Notes sur Mgr Taché.

(3j Cinq ans après, p. 10.

(4) Lettre à Mgr Grandin, Saint- Bonif ace, 12 septembre 1881.

pour le bien.

Constance dans les œuvres entreprises.

Gravite.

Contre la chasse.

faire de son mieux, se confiant en Dieu et remettant entre les mains de sa Providence miséricordieuse nos efforts et nos impuissances pour le bien (1). "

" Vous n'êtes pas plus obligé, lui écrit-il une autre fois, de faire le bien partout que ne l'étaient vos prédécesseurs. Faites ce que vous pouvez et vous aurez certainement fait votre devoir. Le Pape ne peut pas empêcher l'erreur de pénétrer jusque sous les murs de sa captivité; force nous est bien de la tolérer dans nos déserts (2). "

Et encore : " N'eus ne sommes pas tenus au succès, malgré la consolation que le succès donne. Du moment que nous faisons notre possible, notre devoir est accompli (3). "

Mais d'autre part, il apporte une invincible constance dans toute œuvre entreprise pour la gloire de Dieu. " J'ai une telle horreur des abandons, écrit-il au R. P. Langevin, que j'ai éprouvé grande peine en voyant abandonner Saint-Lazare (J:)."

Mgr Taché n'aimait pas que les prêtres se livrassent à la chasse, même dans les déserts du Xord-Ouest, même pour subvenir à leur subsistance. Il écrit à Mgr Grandin à l'occasion de la mort du P. Hert, que l'on crut tué à la chasse : '' Le P. Hert est mort ! . . . mort à la chasse aux canards ! . . . C'est payer bien trop cher tous les canards que tous les missionnaires chasseurs pourraient tuer. Pauvre Père, quelle agonie il a dû subir ! . . . Puis, vous, cher Seigneur, qui aimez tant vos missionnaires et leur êtes si dévoué, quelle peine vous avez ressentie ! . . . C'est plus le temps que jamais d'en parler; mais je vous avoue et je crois vous l'avoir dit: J'ai vu avec grand regret les missionnaires arriver ces années dernières avec tout un attirail de chasse : je n'ai jamais aimé à voir un fusil dans les mains d'un

(1) Saint-Bonifdce, 15 octobre 1870. — Archives de l'évêché de Saint- Albert.

(2) Saint- Bonif ace, U juillet 1876. — Ibicl.

(3) Saint'Boniface, 26 avril 1880.

(4) Saint-Boniface, 6 octobre 1893. — Archives de l'archevêché de Saint-Boniface.

prêtre et je vous assure que ce dernier malheur n'est pas de nature à diminuer mes répugnances à cet égard (1). "

'' J'ai toujours vu de mauvais œil écrivait-il au Eme P. Fabre, à l'occasion de la même mort, les missionnaires faire la chasse; je ne l'ai jamais permis à ceux des nôtres qui sont sous moi (2)."

Cependant il faisait exception pour les missionnaires qui n'avaient pas d'autre moyen de se sauver la vie. " Les marchés du Xord, écrivait-il un jour, ne sont souvent qu'au bout du fusil (3)."

Les personnes consacrées à Dieu, sont, avec les prêtres, la Dé^^^o^ement ]x>rt.ion choisie du troupeau d'un évêque. Mgr Taché leur consacrée» portait à toutes un intérêt plein de sollicitude et avait à cœur ^ ^^*"' leur sanctification par la fidélité à leur vocation et à toutes leurs saintes règles.

Le Sauveur du monde avait richement doué son représentant ^'- ^'orateur, pour le grand ministère qu'il lui avait confié. Il lui avait donné le don de l'éloquence; il avait mis entre ses mains une plume pour être une vaillante épée; il avait fait de lui un administrateur remarqualile, et même, un financier très habile.

Saint Paul recommandait avec instance à son discij)le Timothée •' d'annoncer la parole de Dieu avec ardeur, à temps et à oontre-t-emps (4) ;" car "' le juste vit de la foi '(5) " et '' la foi procède de l'ouïe (6)." Mgr Taché adressait souvent la même recommandation à ses prêtres. " Ce qu'il faut aux sauvages comme aux civilisés, écrivait-il au P. Lacombe, c'est l'instruction, c'est le catéchisme, non pas un catéchisme fait pendant

(1) Ottcnva, 8 déc. 1S80. — Arcliives de l'évêché de Saint-Albert.

(2) Saint-Boniface, 5 déc. 1880. — Archives de la Maison générale.

(3) Lettre à M. G. Barnston, bourgeois de l'honorable Compagnie de la Baie d'Hudson à Norway Rouse, Mii^sion de S(iinlJt'an-Bapti><^te, Ile-àla-Crosse, 8 janvier 1856. — Archives de l'archevêché de Saint-Boniface

(4) .II TiM., IV, 2.

iô) RoM. 1, 17.

(6) Rom. X, 17.

quelques minutes, mais le catéchisme répété pendant des heures et des heures chaque jour. De grâce, faites bien comprendro cette nécessité à nos jeunes missionnaires. Qu'ils ne se lassent pas. Le divin Maître, " fatigué du chemin (1) ", se reposait en faisant le catéchisme à la pauvre Samaritaine, et il la touchait, et par elle plusieurs crurent en lui (2)."

Ce que le prélat recommandait à ses prêtres si souvent et si ardemment, il le pratiquait lui-même avec zèle. Jeune missionnaire comme vieil Evêque, "il avertissait, suppliait, reprenait en toute patience et doctrine (3) ;" " il instruisait sans cesse, corrigeait, exhortait à la piété et à la justice (4).'' Sa parole avait, à un degré extraordinaire, le don d'illuminer les esprits et de toucher les cœurs. Les vérités du salut le possédaient lui-même tout entier, et, dès qu'il ouvrait la bouche, trouvaient en lui un organe ému et émouvant.

" Comme orateur sacré, dit l'hon. juge Prud'homme,. Mgr Taché jouissait d'une grande réputation. Les foules accouraient au temple pour entendre sa parole chaude, vibrante,, débordant de vie et d'onction. Son éloquence ne s'arrêtait point à l'épi derme pour ne caresser pour ainsi dire que l'intelligence et faire sur l'âme l'effet stérile d'une mélodie agréable. " Elle pénétrait, comme le glaive de Dieu lui-même, jusqu'aux profondeurs et aux moelles du cœur, " pour y enfoncer le trait victorieux de la grâce, le germe de la conversion et du salut. Sa parole majestueuse et tendre tombait à flots précipités de sa bouche, et faisait naître de profondes émotions. Il s'élevait facilement à de hautes considérations d'un ordre supérieur, et, dan,> les circonstances solennelles, il planait comme un aigle dans les hauteurs intellectuelles, vers lesquelles il entraînait ses auditeurs avec des élans irrésistibles."

(1) Jo.\N IV, B.

(2) SainlBoniface, 27 déc. 1890.

(3) IITiM.,IV, 2.

f4) Ibid., III, 16.

" Il avait, dit un autre de ses auditeurs les plus assidus, une éloquence naturelle que bien peu d'orateurs peuvent surpasser. Ceux-là mêmes qui ne l'ont connu que dans les dernières années de sa vie, alors qu'il était continuellement souffrant, affaibli et miné par la longue et douloureuse maladie qui l'a emporté, ont souvent admiré ses magnifiques allocutions; mais ils se feraient difficilement l'idée de ce qu'était Mgr Taché comme orateur dans ses beaux jours. C'était continuellement, dans un langage riche et fleuri, de belles et grandes pensées qui se présentaient en foule et semblaient se presser pour sortir. Il n'avait qu'à les laisser prendre leur essor dans l'ordre qu'il voulait leur donner : telle une source jaillissante, épandant, sous une vive pression, son onde limpide et scintillante.

" Il employait le raisonnement qui persuade, mais plus encore il savait prendre la note sentimentale qui fait vibrer les fibres les plus intimes du cœur. Aux fêtes de la Sainte Vierge, il exaltait les sublimes vertus de Marie, et s'adressant aux femmes chrétiennes, il faisait valoir les trésors de tendresse que Dieu a mis dans le cœur des mères. En parlant de la mère, il trouvait des accents profondément touchants; on ne pouvait l'entendre sans se sentir vivement ému, et les yeux s'humectaient de larmes tendres. On sentait qu'il parlait de l'abondance de son cœur si richement doué : il avait tant aimé, en effet, sa vénérable mère !

" Dans ses instructions, quel délicatesse et quel tact pour éviter de blesser personne ! S'il avait à réprouver quelque désordre, à condamner certains abus, quelle attention pour ne froisser qui que ce fût, pour ne faire de peine au moindre de ses auditeurs ! Chacun sentait cette délicatesse, en était touché, et le résultat en était d'autant plus effectif.

" Lorsqu'il s'agissait de quelque cas particulier, au lieu de le flétrir en chaire et d'humilier le coupable, il le faisait venir, l'avertissait charitablement, le suppliait de vouloir bien, pour lui faire plaisir, éviter telle occasion, s'abstenir de tel manquement. C'était le père qui exhortait son enfant à tâcher de faire

mieux; il était rare que l'enfant n'eût pas le regret de sa faute et ne s'amendât pas (1). " 2. Le narra- Dans la conversation, -il i)eignait les choses qu'il racontait:

leur. ^ 1 o I

c'était comme si nous y avions assisté. Aussi sa conversation, non seulement dans l'intimité, mais avec tous ceux qui l'approchaient, avait toujours mi intérêt captivant ('-)•'' " C'était un plaisir de l'entendre discourir sur l'histoire des grandes prairies de l'Ouest, qu'il avait parcourues en tous sens et Cju'il connaissait aussi bien que les alentours de son palais épiscopal. En sillonnant son immense diocèse, il s'était trouvé on rapjwrt avec les vieux bourgeois des Compagnies et avec les anciens trappeurs qui lui avaient raconté leurs mille aventures chez les Indiens. Pendant les heures de récréation à l'archevêché, il redisait à ses prêtres toutes ces légendes avec un charme indicible (3)." ' I

" Mgr Taché écrivait avec une grande facilité. Il avait le style clair, vigoureux (4")."

" Dans ses ouvrages, on sent battre pour ainsi dire, à chaque ligne, son cœur ardent pour le bien et on est émerveillé en même temps des beautés littéraires qu'il sème à pleines mains...

"Les idées qu'il répand dans ses écrits ont le plus souvent pour sources, les observations qu'il a faites lui même. Son expérience et la sûreté de son jugement lui viennent du travail original et direct de ses facultés au contact des hommes et des choses, de son tact rapide et de son attention infatigalile et minutieuse." " Jamais son regard ne demeure superficiel et sommaire. Il plonge dans les angles ol>scurs et dans les derniers fonds pour bien saisir la raison ultime des choses (5)."

" Dans ses derniers écrits, on entend parfois les gémissements de son âme blessée. La vallée de la vie n'est plus illuminée des

(1) L'hon. juge Dubuc, Notea concei'nant Mgr Taché

(2) Jhid.

(4) Rév. RI. Dugas, Notes sur Mgr Taché.

(5) L'iion.juge Prud'liomme, Cinq ans après, pp. 13-14.

feiix de l'auroro. 11 la considère aux derniers rayons du soleil prêt à disparaître dans la brume, et ses yeux se voilent de larmes. Un vent de tristesse semble avoir passé sur sa lyre et sa ^•oix devient souvent pleine d'angoisse. On y retrouve des mélodies désolées sur lesquelles planent des ressouvenirs de jours jneilleurs i(l)."

Mgr Taché a écrit la plupart de ses ouvrages pour défendre *ciste"etie son peuple contre les calomnies ou les entreprises de ses enne- **" ™'* ^' mis. Xous avons mentionné en particulier ses brochures sur l'amnistie, sur la question scolaire.

" Souvent, dans des conférences publiées par la presse ou dans des articles de journaux anglais de Winnipeg, il remarquait dos assertions contraires à la vérité historique sur la population catholique du pays, ou attaquant la réputation de quelque membre du clergé : il prenait la plume et, dans des lettres appuyées de documents, réfutait les calomnies, et rétablissait les faits. Si les insulteurs revenaient à la charge. Monseigneur répliquait avec plus de vigueur encore et les écrivains ou les orateurs, coupables de ces attaques, écrasés et confus, abandonnaient bientôt la partie.

"' Un de ces auteurs téméraires, occupant une position publique importante, voulut un jour faire semblant de slndigner. Il publia une lettre dans laquelle il disait qu'il ne condescendrait plus à répondre au hishop Taché et qu'il ne voulait jAws avoir aucun rapport avec Sa Grandeur. Le prélat écrivit une seconde lettre dans laquelle il le démasquait et le châtiait si vertement que le susceptible personnage, pour ne pas demeurer sous le coup de l'écrasement, vint trouver TEvêque Taché, qu'il avait affecté de mépriser, avoua ses torts et écrivit aux journaux une lettre d'excuse, déc-larant qu'il avait mal compris certaines choses et que son adversaire avait raison.

" Un jour, im catholique d'une position élevée, fit écrire à rArchevêc[ue de Saint-Boniface que s'il ne retirait ou ne modi-

(1) L'iion. juge Prud'homme, Cukj ans après, p. 13

^{j4: VIE DE MGK TACHÉ. O. M. I..

fiait pas certaines expressions où il était visé, il allait le dénoncer à Rome. Mgr Taché lui adressa une lettre où il justifiait si parfaitement ce qu'il avait écrit et montrait si fortement combien la conduite du plaignant était répréhensible, que celuici n'eût rien à répliquer et demeura coi.

" Sa Grandeur, ajoute l'auteur auquel nous empruntons ce récit, me lut la lettre avant de l'envoyer. " En voilà un, lui dis-je, qui va se trouver guéri pour longtemps de la tentation de vous dénoncer au Pape (1). "

" Mgr Taché, ajoute le même témoin, m'a fait souvent, jusque dans les dernières années de sa vie, l'honneur de me lire ses écrits avant de les publier. Il me priait de lui indiquer ce qu'il me semblerait bon de modifier; je l'aurais fait bien franchement si j'eusse trouvé quelque chose à reprendre; mais tout me semblait si bien pensé et si bien dit que je n'avais jamais qu'à témoigner par mon silence mon approbation. Plusieurs fois ses lettres énergiques à des personnages publics me rappelaient les austères et vigoureux écrits de Tertullien (2). " 5. L'économp. " Il faisait valoir le patrimoine épiscopal avec sagesse et économie. Un père de famille aurait pu apprendre de lui bien des choses sur la manière de gouverner sa maison. Aucun détail ne lui échappait ou ne lui paraissait une quantité négligeable (3). " Comptable. ]\fgr Taché tenait avec un très grand soin ses comptes. On

peut le voir par les registres de son évêché, par sa correspondance avec Mgr de Mazenod, avec M. Cazeau, vicaire général de Québec et avec tous ceux avec lesquels il a eu à traiter d'affaires financières.

Ce n'est pas qu'il eût beaucoup de goût à s'occuper des affaires du temps; non, toutes les fois qu'il le pouvait, il se déchargeait volontiers de ce soin. Ainsi, il abandonna au P. Bermond toute l'administration du temporel de son évêché, tant que ce Père demeura à Saint-Boniface ; il laissa ensuite la plus grande

(1) L'hon. juge iHibuc, Xotis concernant Mgr Taché.

(2) Ibid.

(3) Cinq ans aprpK p. i:'>.

AKCHKVEQUE DE SAIXT-BOXIFACE <S()5

part lie cette gestion au P. Lestaiic, au 1'. Le Floch. Mais toutes les fois qu'il avait à s'occuper de questions financières ou économiques, il y apportait un esprit d'ordre et de sagesse digne d'un parfait administrateur. Toutes les dépenses, toutes les recettes étaient notées; il comparaît soucieux les unes avec les autres, pour les équilibrer.

Un jour M. Cazeau, de Québec, lui révéla qu'il avait à son avoir £313 de plus qu'il ne pensait. " Vous m'annoncez une bonne fortune, lui écrit-il, et moi je n'ose pas y croire. Ce n'est pas que je doute de votre habileté financière. . . ; mais c'est précisément parce que je serais trop heureux de l'affaire qu'il m'en coûte d'y ajouter foi (1). " Il pense que l'excédant est purement fictif et risque à cet égard une explication. S'il est réel, ajoute-t-il, " oh ! pour le coup, il nous faut crier, sinon au miracle, au moins à une de ces pieuses et généreuses niches que les bons anges seuls savent et peuvent accomplir (2). " Mais M. Cazeau croit bien à la réalité de l'excédant et il se met en devoir d'en faire l'emploi que lui a indiqué Mgr Taché. " Que le bon Dieu soit béni ! répond celui-ci, et s'il le trouve à propos, j'accepterai avec une entière résignation la récidive (3). " Mais bientôt M. Cazeau lui-même constate l'erreur. "Votre note m'a bien un peu débandé la lèvre supérieure, lui écrit Mgr Taché ... 0 caprice de la fortune ! Je m'étais cru riche de £300. Je remerciais mon bon ange du tour qu'il m'avait joué, -et voilà qu'il me faut renoncer à tous mes grands calculs et reconnaître qu'il n'est entré dans vos trésors que ce que vous y av«z mis (4). . . . Je vais tout simplement ne pas faire les dépenses que cette persuasion momentanée était à la veille de me suggérer (5)." M. Cazeau avait constaté l'erreur, mais n'en

(1) Lettre du 10 juin 1858. — Archives de l'arclievêché de Québec.

(3) Lettre du 8 septembre 1858. — Ihid.

(4) Lettre du 28 décembre 1858. — Archives de l'archevêché de Québec. <5) Ibid.

VIE DE MGR TACHï;. O. M. I.,

avait pu trouver Texplication. Mgr Taché, avec sa pénétration,, s'en rend oomi>te et la lui transmet (1).

Architecte. " Il survoilla lui-mêmc l'érection des édifices religieux de sa

ville épiscopale. Il se rendait sur les lieux des travaux tous les jours et le plus souvent, plusieurs fois par jour ; aucun détail ne lui échappait (2)." Il présidait semblablement la construction des bâtiments de ferme, jusqu'aux moindres, en faisait les plans, en arrêtait les dimensions, en fixait les matériaux, en réglait la distribution et l'emploi. Il saisissait, comme l'ouvrier le plus habile, les défauts d'un travail de charpente ou de menuiserie. Il inventa pour les fenêtres un perfectionnement destiné à rendre plus difficile l'entrée du vent, si redoutable dans l'Ouest canadien. Bans les constructions, il aimait remploi de l'épinette, si mal vue de tant (Touvriers. i-o (|ui la fit appeler au ^[anitoba " le bois de Monseigneur. ""

Fennier. "[Jne ferme était nécessaire à toutes les missions avant que le

pays fût ouvert et que les chemins de fer y fussent établis, ^fgr Taché eut constamment une ferme considérable, des chevaux, des bêtes à cornes, des ha1)illés de soie, une basse-cour. L'Evêqiu' éleva longtemps les chevaux et las bêtes à cornes. Il avait un troupeau de chevaux que surveillait un métis dévoué et qui errait à l'est de Saint-Boni l'ace, à la Pointe de Chênes.

Citons à ce propos une aiu^-dote qui oiit lieu dans un de ses voyages d'Europe.

Il était à la table de Mgr Guibert, alors archevêque de Tours. Il vint à dire qu'il avait 35 chevaux. Le vénérable Archevêque, qui toute sa vie, dit-on, jugea des missions de la lîivière- Rouge par celles de France et des évêques missionnaires par ceux des vieux pays, laissa échapper cette exclamation : " Entendez-vous? L'évêque de Saint-Boniface a 35 chevaux, alors que mi)i. Archevêque de Tours, j'en ai un!" Un des convives, mieux instruits des nécessités des missions de l'Ouest canadien.

(1) Archives de l'arclievêché <le Québec.

(2) L'hon. juge Prud'Jioinme, Ciiifj ans aprPs.

répliqua: "("05 35 clu'vaux 11e ^ont pas ])oiir la j)ronienade; c'est pour les travaux d'une ferme, c'est pour l'approvisionnenient des missions. Loin d'être un cheptel de luxe, ils sont insuffisants à des travaux nécessaires ; chaque année, l'Evêque de Saint-Boniface doit louer des brigades de charrettes, de chevaux et de bœufs pour aller chercher à Saint-Paul tous les effets des missions et les transporter ensuite dans la Saskatche- ■wan et le McKenzie. "

Xous avons vii Mgr de Mazenod envoyer à !Mgr Taché le F. Jean Glénat avec l'ordre de le garder à l'évêché, pour que Sa Grandeur ne passât pas de si longs moments dans les étables. Le F. Jean présida la ferme jusqu'à sa mort avec une vigilance et une industrie admirables, actif, soigneux d'une part, et d'autre part doux et patient comme un saint. ]\[ai5, quoique le prélat se reposât entièrement sur son fervent convers de la conduite de la ferme, il s'en occupa toute sa vie non seulement dans l'ensemble, mais dans les plus menus détails. Il connaissait tous les chevaux de trait ; il savait chaque jour à quelle be- .«ogne ils étaient employés. 11 comptait les dépenses et les revenus des champs cultivés, des jardins, de la porcherie, du poulailler, etc.

Pendant 23 ans, Mgr Taché fût archevêque et, à ce titre, fiit ^Yr(,po,^^[jj à la tête d'une province ecclésiastique. Il avait une haute idée de la communion hiérarchique qui doit exister entre le métropolitain et ses suiïragants, du concile qui est le soutien et l'exercice de cette communion, du concert qui, même en dehors du concile, doit unir dans un même esprit et une même action t-ous les évêques de la province. "' Je demande au bon Dieu, écrivait-il à son ami des Trois-Eivières avant l'érection de Saint- Boniface en métropole, que si jamais nous devons former une province, nous soyons unis de cœur et d'action (1). '"

Il veillait à Vnniformité et au maintien des traditions dans sa jeune province. Mgr Grandin consulta un jour la Congré-

(1) Lettre à Mgr Laflèche, 17 sept. 1868. — Archives de l'évêché des Trois-Rivières.

gation de la Propagande sur la pratique de ses missionnaires à l'égard des mariages des sauvages convertis. Il en reçut une réponse qui lui paraissait déranger ce qui s'était pratiqué jusqu'alors; il en fit part à Mgr Taché et aux évêques de la Province. Mgr Taché lui répondit par une lettre qui est un monument de sagesse archiépiscopale : '' Laissez-moi vous assurer, lui dit-il, que je ne perds pas de vue le droit que vous avez comme Evêque de demander pour votre diocèse telle décision que vous croyez à propos ; mais il y a une différence bien grande entre un droit absolu et l'opportunité d'en user. Puisque vous vouliez une décision qui devait affecter toute notre Province, il me semble que la chose valait la peine de nous entendre au préalable sur la rédaction de la consultation. Il est vrai que je n'ai pas encore eu le temps de bien examiner votre document; mais à première lecture, je n'ai pas remarqué que vous ayez assez dit à Rome la position des sauvages, lorsque la première fois les missionnaires sont arrivés au milieu des différentes tribus; l'impossibilité absolue de réunir les époux à leurs femmes, etc. Je n'ai pas remarqué non plus que vous ayez parlé de notre pratique uniforme et universelle sur ce sujet: tout autant de choses qui auraient eu un grand poids dans la décision elle-même. Je trouve de plus que vous donnez à cette décision une portée qu'elle n'a pas. Plusieurs passages m'ont paru ne décider que la question considérée spéculativement, laissant dans la pratique à chacun d'examiner chaque cas particulier . . . Laissez-moi vous conjurer, cher Seigneur, de ne point changer la pratique avant de nous être mieux assurés de la portée de cet important document . . . Laissez-moi vous conjurer de ne promulguer ce document que quand nous le comprendrons et j'ose affirmer que votre lettre au Cardinal est une preuve que nous ne le comprenons pas. Bien certainement, nous ne le comprenons pas de la même manière. Notre Province n'est que d'hier, ne suivons pas l'exemple donné ailleurs d'un manque d'entente toujours sf préjudiciable aux intérêts de Dieu (1). "

(1) Saint- BoTiiface, 10 déc. 1S75. — Arcliives de l'évéclu' de Saint-Albert.

Parlant à Mgr Grandin du projet de loi préparé par le gouvernement du Nord-Ouest sur les écoles en 1884, et des amendements à présenter par l'épiscopat, il dit : " Il est très important que nous agissions de concert, car une divergence dans nos demandes en affaiblirait l'effet et la portée. Eègle générale: quand nous devons agir collectivement, il est bon de connaître le texte même des sujets à traiter, autrement il vaut mieux qu'un seul agisse, tant l'unité d'action est nécessaire (1). "

Voici une autre lettre au même suffragant, sur un sujet semblable et où apparaît le même esprit.

" Une réponse de Eome, dit-il, doit être bien comprise et ensuite appliquée d'une manière uniforme au sein d'une même province. Pour cela, nous n'avons pas à la montrer d'abord à ceux qui nous environnent, novices, ecclésiastiques ou autres. Elle doit être examinée et discutée par nous, Evêques de la province de Saint-Boniface, avant que le clergé de nos diocèses et d'ailleurs l'ait entre les mains pour lui donner une portée qu'elle n'a peut-être pas et que nous seuls avons mission de connaître . . . Que ce qui regarde l'administration de nos diocèses soit d'abord discuté exclusivement par les Evêques . . . Nous formons une Province, qui naguère encore ne faisait qu'un diocèse; qu'elle ait l'uniformité par la bonne entente des Evêques : ne posons pas de cause de malentendus, comme ceux que l'on voit ailleurs. Eome est notre mère, nous l'aimons d'un amour égal, ne nous caclions pas ce qui vient d'elle; mais cachons-le aux autres avant de nous le montrer à nous mêmes, pour que nous soyons, nous Evêques, les premiers à le connaître; nous avons grâce plus que qui que ce soit pour le comprendre, et quand nous l'aurons compris et bien compris, alors il sera temps de le montrer aux autres. Bien entendu qu'il est très naturel et sage qu'un Evêque, qui reçoit un document de ce genre, le montre confidentiellement à ceux de ses prêtres qui méritent le plus sa confiance ; mais ce ne doit être qu'une confidence, jusqu'à ce que l'épiscopat de la Province s'entende, au-

(1) Lettre du 2 juin 1884. — Archives de lëvéché de Saint- Albert.

trement, il est parfaitement inutile que l'Eglise groupe les diocèses en l'rovineo (1).'"'

"En définitive, dit-il une autre fois, si jamais il se présente quelque question administrative '' entre nos diocèses, " soyez assez l)on pour m'en écrire à moi seul et prier vos conseillers de nous laisser régler la chose entre nous. Toutes ces lettres écrites à tout le monde et par tout le monde, compliquent les affaires d'une manière désagréable (2). "

Ces conseils sont d'or; heureuses les provinces où ils sont pratiqués !

L'ombre d'une division entre évoques seml)lait le mettre à l'agonie. '* Il m'eût été bien doux de voir tous les Pères du concile de Québec, écrit-il à Mgr Laflèche en 1868. Cependant je vous avoue naïvement que la division qui semble exister entre les évêques du Canada, est pour moi une source de peines bien vives, et que je redoutais de me trouver à leur assemblée. Je suis trop sauvage pour me taire en pareille rencontre, et ma voix est trop faible jwur se faire entendre (3)."

Les dissentiments qui existaient étaient sans doute légers; mais ils répugnaient singulièrement à cette âme, dans laquelle le Saint-Esprit avait développé à un si haut degré le sens de la communion épiscopale.

Il souffrait vivement (|uand un lioninie (l'I'lglise. surtout un Evêque, critiquait un autre Evêque : " Je regrette d'apprendre écrivait-il au même prélat, que quelques-uns de nos frères dans l'épiscopat blâment ouvertement ce |iréhu dans son administration. Xous aurions l)esoin d'être phis unis et l'on se divise davantage chaque jour. Si vous en avez l'occasion, je crois que vous rendriez un service immense à l'Eglise en travaillant à réunir ces vénérables seigneure (4)."

(1) Lettre du 12 mai 1876. — Archives de l'évêché de Saint-All)ert.

(2) Lettre à Mgr Grandir», Saint- Bonif ace, 3 déc. 1881.

(3) Lettre du 17 sept. 1868. — Archives de l'évêché desTrois-Rivières.

(4) Lettre ù Mgr Laflèche, 30 sept. 1867. — Ibid.

Puisse cet esprit abonder toujours parmi les princes de la hiérarchie !

Nous terminerons cette courte étude du caractère;, de l'esprit ^^''^a^j^'^cg et du cœur de Mgr Taché par un certain nombre de maximes «^e sagesse, qui lui étaient familières et inspiraient ses pensées et sa conduite.

Dans tous les pays, mais surtout dans les pays neufs, les det- *^'''deu,.s^ tes sont un fléau pire que la grêle. Mgr Taché avait riiorreur des dettes et inspirait cette horreur aux autres, particulièrement à ses prêtres. " Je voudrais, disait-il, que tout mon clergé se conformât à la pratique établie dans le pays par mon vénérable prédécesseur, de ne faire des dettes que quand on a besoin de nourriture ou de vêtements." "Les dettes sont la ruine de toutes les œuvres que l'on peut entreprendre, empoisonnent l'existence de ceux qui s'en occupent et embarrassent la conscience de ceux qui ne s'en occupent pas. Donc en définitive point de dettes (!)•"' '' Au moins pour cette année, écrit-il à son coadjuteur en 1868, faites effort pour restreindre les dépenses. Les malheureux chiffres sont d'une rigueur extrême; ils ne veulent entendre qu'une raison : " Diminuez ou nous augmenterons." " Pardon, cher Seigneur, mais je voudrais que vous pussiez ne pas ressentir ce qu'inspire une position financière inquiétante: cela paralyse tout (2)."

" Permettez-moi de vous dire, écrit-il au P. Camper, que tant que vous aurez des dettes, il ne faut nullement songer à acheter quoi que ce soit dont vous n'avez pas un besoin absolu; autrement vous ne sortirez jamais des dettes. De plus, un excellent principe en administration c'est de se procurer l'argent avant de faire les dépenses; de cette façon, on évite les embarras (3)." Il a i-éj>été les mêmes conseils à presque tous ses prêtres.

(1) Circulaire à son clergé, Saint-Bonijace, 8 déc. 1887.

(2) Lettre du 30 nov. 1868 à Mgr Grandir. — Archives aint-Albert.

(3) Ottawa, 9 déc. 1880. — Collection du E. P. Camper.

872 VIE DE yïGn TACHÉ, O. M. I.,

Cependant, ajoutait-il, en évitant de faire des dettes, il faut agir en vue du bien et non pour avoir les louanges des hommes : car le monde critique les sages comme les fous. '"' Les uns, disait-il, courent à la banqueroute en se plongeant dans les dettes, on les blâme; d'autres se saignent aux quatre membres pour éviter ce malheur tout en faisant l'œuvre qui leur est confiée, on les blâme encore (1). "

Il conseillait la réserve à ne pas s'embarrasser des affaires d'autrui. " Il est difficile de faire ses propres affaires, écrivaitil à Mgr Grandih; mais il faut être chargé de celles des autres pour savoir de quelle monnaie sont payés les sacrifices et les tracasseries qu'elles nous causent (2)."

Une entreprise, disait-il, est ordinairement mal conduite quand trop de monde s'en mêle.

"De grâce, cher Ami, écrivait-il à Mgr Grandin, ne vous arrêtez pas aux articles de journaux. N'en faites aucun cas. Autrement, il faudrait se pendre (3)."

La même proposition, émise en deux pays, peut avoir des sens différents. "Quand on parle en France de manger des lièvres, c'est de la gourmandise; quand on dit la même chose dans le Nord, de l'Amérique, c'est simplement de la misère (4)."

"Il est certain que les gouvernants ont besoin de leçons; mais il est certain aussi que les gouvernés sont peu qualifiés pour donner ce genre d'enseignement (5)."

" Je suis Evêque catholique, et, comme tel, j'ignore les différences de races ou d'origines qui peuvent tourner au détriment des intérêts catholiques (6)."

(1) Lettre au P. La combe, llochdaga, 15 août 1S79. — Collection du R. P. Lacombe.

(2) Saint- Bonif ace, 15 oct 1870.

(3) .Sain t- Bonif ace , 8 a vril 1 882,

(4 Lettre au P. Aubert, Saint- BonJf ace, 1er m'ii 1875.

(5) Lettre à Mgr Laflècbe,22 oct. 1886.

(6") Lettre à M. E. -H. Tardivel, Saint- Boni face, 21 mai 1891. —Dans le Maniloha, n" du 3 juin 1891.

" Je suis l'enfant de la Providence : peut-il être malheureux, le fils d'une aussi bonne et aussi puissante mère (1) ? "

" On ne va pas à Eome sans qu'il en coûte ; mais on n'y va pas sans qu'il en revienne un grad profit (3)."

" Une commune et très funeste disposition est la facilité d'interpréter en mauvaise part ce que l'on ne connaît pas ou que l'on connaît mal: caritas non cogitât malum (3)."

" Que Dieu nous garde contre un zèle intempestif qui abrite les prétentions derrière les dehors du zèle (4)."

" Le silence est d'or, surtout en administration (5)."

" Les voyages entrepris paj- goût et par choix exercent des influences regrettables sur les religieux qui les font (6)."

" J'aime que chacun s'occupe de son affaire, en laissant au supérieur le soin dé' se mêler de tous et de tout (7)."

" Tout ce qui vient de Dieu ne peut qu'être utile à notre chère Congrégation comme à l'Eglise (8)." '

"Le Père X. ne trouve pas dans les hommes tout ce qu'il a droit de leur demander. Hélas ! C'est la terre où tout s'enchaîne pour faire mériter le ciel (9)."

" Pourquoi faut-il qu'en maintes circonstances ou soit si industrieux à se créer des misères ou à augmenter celles qui peuvent exister et qui sont comme inséparables de notre coudition ici-bas (10)."

(1) Lettre à sa mère, Mimon de Saint- J ean-BaptiMe de Vlle-à-la-Crosse, 2 mai 1853. — Collection de M. de la Broquerie-Taché.

(2) Lettre à sa mère, Mission de Saiut-Jean-Baptistc de Vile à-la- Crosse, lerjanv. 1854. — Même collection. ^- Archives de l'évêché de Saint-Albert.

(3) Lettre'à Mgr C4randin, 'Sam^ijOTO/c/oé, 30 jm'/j 1872.

(4) Lettre au même, Saint-Boni face, 8 déc. 1812.

(5) Lettre au même, Saint-Boniface, 18 sept. 1888.

(6) Lettre au Rme P. Fabre, Saint-Boniface, 10 mars 1880.

(7) Lettre au R. P. Aubert, Saint-Boniface, 15 mars 1874.

(8) Lettre au R. P. Fabre, Saint-Boniface, 14 janvier 1878. (Ôj Lettre au même, Saint-Boniface, lier jaiivier 1879.

(10) lietlre à Mgr Gvàmlïn, Saint-Boniface; 30 jiiili 1872.

874 VIE DE MGR TACII-É, O. il. I.,

" La délicatesse de nos sentiments et la vivacité de notre \ffection nous rend extrêmement sensibles; c'est l'excès d'une (|ualité et la source de bien des misères (1).''

"Il ne faut pas se déplacer devant une contrariété ou une résistance, mais plutôt essayer de les déplacer (2)."

Personne n'est parfait. " Si Paul laisse à désirer; il ne faut pas oublier que c'est le défaut de bien des gens (3).^'

L'homme se perfectionne souvent par ses fautes. " Des écarts reconnus de celui qui les fait et qui font dire: Bonum est mi- Jii quia humUiasti me, ces écarts font du bien. Pierre n'a été vraiment apôtre qu'après la nuit de la Passion (4)."

" Il faut se tenir soigneusement en garde contre la facilité excessive qu'ont une foule de gens de parler sans réflexion, sans charité et môme sans justice (5)."

" Sovez ferme sur la question de la dîme (G)."

" Tve salut des âmes, voilà le grand objet de tout ce que nous devonis entreprendre (7)."

" Il faut faire bénéficier les populations le plus souvent possible des retraites (8)."

" Les joies d'ici-bas ne sont jamais sans mélange (9)."

"Je ne désirerais être plus riche que pour faire plus de hien (10)." '

(1 ) Lettre à Mg;r Grandin, Saint- Bonifa ce, 30 juin 1872.

(2) Lettre à Mgr Grandin, Québec, 7 juin 1878.

(3) Lettre an même, Montréal, U juin 1878.

(4) Jhid.

(5) Saitit-Boniface, 19 airil 1892.

(6) Sainl-Bomfacf ,28 juin 1892.

(7) Saint-Boniface, 12 juillet 1892.

(8) Ibid

(9) Tiettre à sa mère, Mission de Saint-Jf an-Baptiste de Vlle-à-la- Crosse 19 juillet 1854. — Collection de M. de la Broquerie-Taché.

(10) Lettre à sa mère, Sainl-Boniface, 19 déc 1854. — Ibid.

ARCIIEVKQUK DE SAINT-BONIFAOR 875

"Dion ne (ksunit ici-l)as que })our réunir éternellement (1).„

" Dieu ne frappe qu'en conj^olant (-)•'■

" La prière est le lien des âmes qui s'aiment et qui sont séparées (3)."

" La mort fait couler des larmes bien amères, mais la mort chrétienne ouvre l'horizon à des espérances bien douces et bien consolantes ((4) v"

" La séparation '" qui en est l'effet, " n'est qu'apparente, la communion des saints l'empêche d'être ïéelle (5)."

Il recommandait souvent l'union des esprits et des cœurs aux hommes appelés à travailler ensemble aux œuvres de Dieu : " Comment conduire à bonne fin, une œuvre quelconque, disaitil, si ceux qui en sont chargés ne peuvent pas se supporter pendant quelques mois i(6) ?"

Que ceux qui travaillent au salut des âmes ne se divisent pas pour des intérêts temporels. Hélas ! disait-il, " il faut avouer que les affaires d'argent sont souvent une épreuve aux sentiments (7)."

" Tous nous sommes exposés à cherclier le bonheur où il n'est pas et chacun est industrieux à se faire des plans qu'il ne voit pas ensuite déjoués sans éprouver de contrariété (8)."

Concluons ces pages.

Mgr Taché possédait tous les dons naturels et surnaturels né- conclusion.

1 , .. -,..,^.- -. Influence de

cessaires pour la grande mission que la divine Providence lui Mgr Taché.

avait donnée à l'égard de la religion catholique et de la race

française, et pour l'influence immense qu'il devait exercer dans influence immense.

(1) Lettre à la même, Saint-Boniface, Man., Canada, h janvier 1879.

(2) Lettre à la même, Saint-Boniface, Man., Canada, ?> février 1880.

(3) Ibid.

(4) Lettre au R. P. Lacombe, Saint-Boniface, 15 avril 1875. — Collection du R. P. Lacombe.

(5) Lettre au même, Hochelaga, 15 août 1879.

(6) Au même, Saint-Boniface 31 mars 1880.

(7) Lettre à Mme Diigas, de l'Isère, à l'occasion de la mort de son» mari. Saint Boniface, Frov. de Manitoba, Cayi., 25 janvier 1874.

■ (8) Lettre à la même, Saint-Boniface , Province de Manitoba, Canada 15 janv. 1878.

l'Ouest canadien. " On sait le rôle immense qu'a joué ici Mgr Taché, s'écrie M. Prendergast, même au point de vue social et politique. Comme ces premiers évêques de Eome, qui, par une espèce d'abdication tacite et graduelle de tous les pouvoirs, se trouvaient tout-à-coup investis d'une puissance suprême ; ainsi Mgr Taché, par son génie et sa sainteté, par son coup d'œil et son tact, a exercé ici pendant 30 ans une autorité souveraine entre les autres, parce qu'on la sentait nécessaire, et une suprématie qui. n'était pas plus voulue ni recherchée qu'elle n'était disputée (1). "

(1) L'hon. M. Prendertrast, M'jr Taché..

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