LE SACRIFICE SUPREME
Juin 189i Mgr Taché peut dire avec saint Paul: "J'ai combattu le bon i^approche du
° + . 1 . , , , . grand jour.
combat, j'ai gardé la foi, il me repte à recevoir la couronne de justice que le Seigneur, juste juge, me rendra en ce jour (1). " "Le temps de sa dissolution est arrivé (2)." il "est la victime prête au sacrifice (3). "
Le 2 mai 1894, se trouvant plus fatigué que de coutume, il va Dernier séjour demeurer au Pensionnat, son hôpital particulier, pour recevoir pensionnat, les soins de ses dévouées infirmières, les Sœurs Grises. C'était la veille de la fête de son patron, saint Alexandre. A 10 heures et %, il assiste à une belle et touchante séance que les élèves du Pensionnat avaient préparée en son honnevir.
Le 14 mai, il se rend à sa cathédrale pour assister au service d'une Dame de: Saiijt-Boniface, dont il avait béni le mariage et qu'il avait constamment , protégée. , Il fait lui-même l'absoute ■et revient au Pensionnat.
Le 27 mai était, le jour de la solennité de la Fête-Dieu. Le reposoir a. été dressé à la Maison Vicariale. Le défilé de la procession arrête au Pensionnat.,, Monseigneur est descendu de ses appartements et agenouillé sur un prie-Dieu placé sous le portique, y adore le Dieu d'amour et reçoit sa bénédiction.
Le dimanche 3 juin, il confirme deux enfants au Pensionnat La dernière des Sœurs Grises, où il demeure (4). C'est la dernière fois qu'il tiondu
.. ^ . ' sacrement de
administre le sacrement de confirmation. confii-mation.
(1) II TiM. IV, 7-8.
(2) "Tempus resolutionis niese instat." — r Ihid., 6.
(3) " Ego enim jam delibor." — 76id.
(4) Registre des confirmations.
'""inetnicuon "^^ iiiêmo jour, il sc fait transporter à sa cathédrale et prêche à la grand'raesse. Comme sa grande faiblesse ne lui permet pas de demeurer debout, il fait placer son fauteuil à l'entrée du sanctuaire. De là, il parle sur ce texte: "Laissez venir à moi les petits enfants (1)/' et s'étend longuement et avec émotion sur la nécessité de soutenir nos écoles catholiques et sur es moyens à prendre pour cela (2).
Ces conseils de l'époux à l'épouse, du père aux enfants sont les derniers. Sa dernière instruction est pour la cause sacrée de l'éducation qui lui a tant tenu à cœur toute sa vie.
La dernière Le 8 luin, il vcut se rendre à la cathédrale, pour assister au
visite à la . •' / ' ^
cathédrale, scrvice anniversaire de son vénérable prédécesseur. Il y fait l'absoute. C'en était trop pour ses forces. Hélas ! Il ne rentrera plus dans la modeste et glorieuse église construite par ses soins et où il a rempli tant d'années l'office de médiateur entre Dieu et son peuple.
Dcrniorp visite Après Ic servlcc, il rentre à l'archevêché et y prend le dîner.
au palais ^ ' ^■> y
archiépie- C'cst sa dernière visite à son palais. Il en sort dans 1 apres-
copal. ^
midi pour retourner au Pensionnat.
La dernière Le dimanche 10 jiDin,il offre une dernière fois le saint sacri-
mease. g^^ ^^ j^ messc, au prix des plus grandes souffrances, sur un
autel préparé dans ses appartements. En enlevant les vêtements sacrés, il s'affaisse sur un fauteuil en disant : " Ne jetez pas l'alarme; ce ne sera rien (3)." Souffrances du Toute la Semaine se passe dans de grandes et continuelles Juin" .souffrances (4). Il avoue un jour qu'il a passé trois nuits ''la
tête appuyée sur une table, sans pouvoir dormir un seul instant (5)." "On ne lui entend cependant pas exhaler une seule plainte; il s'oublie pour le penser qu'aux autres (6)."
(1) Makc, X, 14.
(2) Chronique des Sœurs Grises.
(3) Chroniqw des Sœurs Grises.
(4) Ibid.
(5) Le Manitoha, n'^ du 28 juin 1894.
(6) Chronique des Sœurs Grises.
Le 22 juin allait ainciier le 50e anuiversaire de l'arrivée des ^"'pouMesoo Sœurs Grisis à la Eivière-Eongc. Mgv Taché, qui avait tant .Z'rlrrfv^!^ d'admiration et de reconnaissance pour ces généreuses vierges, Gdst'^àTa voulait que ce jubilé fût célébré avec beaucoup de splendeur. '' '^"^*' Depuis de longs mois, il s'occupait des préparatifs et des invitations.
Le 1er juin, il ilicte lui-mênu' le programme des fêtes et en fait imprimer 200 copies à ses frais (1). Voici ce programme :
•• Le 20 JUIN, 1° A 7 heures et % p. m., séance a l'Académie Provexcher; description du voyage en canot, de Montréal à Saint-Boniface, cliants des voyageurs, etc., etc.
"Le 21 Juix, 2" A 9 heures, messe pontificale a la cathédrale ET SERMON ; 3" A 2 heures p. m., séance a l'Académie Provencher, pour les orphelines qui parleront des établissements de Charité de Saint-Bonif ace ; 4" La même séance continuée par les enfants de l'Ecole Industrielle, s'entretenant de l'ceuvre spéciale dont ils sont l'objet ; 5" A 4 heures p. m., A la Cathédrale, Te Deum Solennel et Salut du T. S. Sacrement, etc. : 6" A T heures et 14 p. m., séance au Pensionnat, au cours de laquelle 100 élèves indiqueront la fondation des différentes maisons établies dans le Manitoba et le Xord-Ouest par les filles de Mme D'Youville; 7*^ A 9 heures et y^, illumination et promenade dans les parterres du Couvent et de l'Archevêché. "
Sa Grandeur " s'occupait de tous les détails, même les plus minces. Malgré les souffrances les plus cruelles, dans la semaine dont nous venons de parler, il voulait assister aux répétitions des enfants et entendre leurs chants (2). "
La Mère Assistante Générale des Sœurs Grises arrive de Montréal le 16 juin, avec deux autres Sœurs, pour la célébration des fêtes jubilairesji Monseigneur montre 1)eaucoup de joie pour ces visites.
(1) Circulaire des Sœurs Grises.
(2) Notes des Sœurs Grises.
Hélas! Les préparatifs de la fête se poursuivent maintenant au milieu de douloureuses appréhensions; l'anniversaire se terminera sur un deuil immense.
■^M'r^Grandin ^OTS du dernier séjour de Mgr Grandin à Saint-Boniface, au mois d'avril précédent, l'Archevêque demanda à son suffragant de venir administrer le sacrement de confirmation, à sa place, dans un certain nombre de ses paroisses. 'Slgv Grandin accepta avec empressement et promit de revenir à cette fin vers le 20 juin.
Or, sur la fin de mai, il alla de Saint- Albert à Calgar}'- ^sour y recevoir le Eme P.S(»iillier,(|ui y arrivait do Saint-Boniface, et assister à la retraite annuelle des missionnaires de cette région. Après la retraite, le Supérieur Général se mit en route pour la Colombie Britannique; il devait en revenir au bout d'un mois environ; Mgr Grandin devait se trouver de nouveau, lors de son retour, à Calgary et l'emmener à Saint-Albert. Dans ces conjonctures, il se vit en quelque sorte dans la nécessité d'avancer le temps de sa visite aux paroisses de son métropolitain; c'était la Providence elle-même qui l'envoyait à Saint-Boniface juste à point pour un travail que ni lui ni son métropolitain ne prévoyaient, pour assister son ami et son père à l'autel du dernier sacrifice.
Mgr Grandin arrive à Winnipeg le 12 juin. Il est reçu à la station par M. Messier et le F. Boisramé, qui le conduisent à Saint-Boniface dans la voiture de l'Archevêque. Il se rend au Pensionnat, y trouve son vénéré métropolitain malade et au lit.
"Son état, dit-il, n'est pas dangereux pour le moment; mais tout le monde semble inquiet et je partage cette inquiétude (1)."
C'était le mardi. La nuit qui suit est "mauvaise;" l'état du malade " devient de plus en plus inquiétant. " Vn grand dîner est donné à l'Archevêché à l'occasion de l'arrivée de Mgr Grandin. Le soir, Monseigneur de Saint-Boniface continue d'être
1) Journal do ^Igr Grandin.
Le plus grand nombre des dt'tails (jui vont suivre est emprunté au même journal.
crtd), jf'udl.
ARCHEVÊQUE DE SAIXÏ-BOXIFACE 881
mal. 11 ne veut cependant pas qu'on le veille ; mais " un Père couche auprès de lui, dans la chambre voisine, sans qu'il le sache. "
La nuit suivante est mauvaise encore. Le jeudi, 1-4 juin, Mgr Grandin va dire sa messe au Couvent; mais il ne peut voir le malade. Il part pour Saint-Norbert dans la voiture de l'Archevêque, visite avec admiration l'établissement des Trappistes, y voit l'Abbé de Bellefontaine, dîne avec lui chez le vénérable M. Eitchot et revient le soir à Saint-Boniface, où il arrive à 8 heures et i/o.
Il apprend que le malade a eu une mauvaise journée, et " est bien plus mal. " Il se rend " immédiatement " auprès de lui, lui offre " de passer la nuit avec lui " ; il s'y refuse en disant que son médecin, le Docteur Lambert doit la passer auprès de lui et qu'il ne veut pas fatiguer un Evêque déjà trop fatigué. " Je lui dis, ajoute Mgr Grandin, que nous sommes fort inquiets à son sujet; un peu plus, je lui en disais davantage", lui parlant de l'administration des derniers sacrements. " Je reviens à l'Archevêché, poursuit-il, et chacun me demande avec inquiétude le résultat de ma visite. Le P. Poitras va coucher près de lui sans qu'il s'en doute (1). "
Monseigneur de Saint-Albert avertit les Sœurs que pour voir ^'*^^^^^^'' '"' Monseigneur l'Archevêque plus matin le lendemain, il ira dire dimanche. la messe au Pensionnat. Mais, le vendredi, 15 juin, dès 5 heures, le P. Poitras et le Docteur Lambert arrivent du Pensionnat à l'Archevêché, donnant des nouvelles rassurantes du malade : " le danger paraît au moins éloigné. " Mgr Grandin dit la messe au Pensionnat. " J'ai vu " ensuite, dit-il. Sa Grandeur qui se dit mieux et s'efforce de nous rassurer. "
" Sa grande préoccupation, raconte Mgr Grandin, est la fête qu'on prépare pour le 50e anniversaire de l'arrivée des Sœurs Grises; il tient à ce que cette fête soit vraiment solennelle, et il se fait en effet, par son ordre, de grands préparatifs. Lui-
il) Journal de Mjrr Grandin.
même me parle de célébrer dans \\n an ses noces d'or d'ordination sacerdotale et de profession sacerdotale; c'est Mgr Laflèche qui viendra prêcher; je lui promets dV assister. Malgré moi, je partage son illusion sur son état. Je lui parle de sa supplique pour demander un C'oadjuteur au Saint-Siège: elle est encore au même point que lorsque je l'ai signée; il ne balance nullement pour le P. J^angevin, mais il faut trois candidats, et il n'est pas absolument fixé pour le troisième. Je lui fais observer que la chose a peu d'importance, du moment qu'il est fixé pour le dignissimus. " Elle en a beaucoup, cher Seigneur, me répond-il vivement, car le Souverain Pontife peut choisir celui des trois qu'il voudra, et par suite de recommandations venant d'ailleurs, prendre le dignus aussi bien que le dignior ou le dignissimus. Je n'ose proposer, ajoutait-il. un candidat dont le mérite ne m'est pas absolmnont certain. 11 me fait connaître les sujets qu'il a en vue et comliu (|iio, comme le Père Général allait revenir Inentôt. il voulait attendre son retour. Je n'ose pas insister, poursuit Mgr Grandin. Cependant il avait pris une précaution importante : il avait écrit au Cardinal Préfet de la Pro])agande ou à quelque secrétaire pour faire connaître son grand désir d'obtenir le P. Langevin comme coadjuteur. Cette démarche, observe le même témoin, fut d'un grand poids quand il fut question de nommer son successeur (1). "
Après cette entrevue, l'Evêque fie Saint-Albert va dîner à Sainte-Marie, visite le Lieutenant-Gouverneur et d'autres personnages. Le soir, il voit do nouveau son Archevêque, qu'il trouve "beaucoup mieux. "
Le samedi, Ifi. l'état du malade est stationnai ic ]\rgr Grandin le visite dans la matinée.
Mais le dimanche, 17, Monseigneur est plus mal. Mgr Grandin donne la confirmation à Sainte-^Iarie de "Winnipeg. Il revient le soir à Saint-Boniface. " Je ne vais pas voir Mgr Taché ce soir, dit-il, le sachant très fatigué (2). "
(1) Qudgues notes aur Mgr A. Tarhr, <>. M. I.
.\iî(iii:vK(jrK 1)1-: sain i-hom i'a(m-; 8(S3
^l^'f 'J'aclu'- avait pris poiii- le soiuiici- le Docteur LainbL'rt. Celui-ci, malgré la pcrsuatiou conti'airc du nialado. soupçonnait rcxistonco (le la pierre. La ^iravité de la maladie, la nécessité d'en préciser la nature, lui firent désirer une consultation de plusieurs de ses collègues. Il proposa l'éminent chirurgien Ferguson; Mgr 'i'ac-hé e\])rinia le désir (|u"on appelât le Docteur Dame.
Les trois hommes de l'art arrivèreut au Pensionnat le lumli, Auscultation
' ("t opération,
18 juin, pour ausculter le malade. Mgr Taché avait passé la ^^^^f^{„ nuit dans d'excessives souffrances. Jamais par le passé il n'avait consenti à se laisser voir ou toucher i)ar les médecins; il se prêta cette fois-ci à leur désir sans résistance. Les Docteurs constatèrent aussitôt la présence de la pierre et conclurent à la nécessité d'une opération immédiate: d'après eux, sans l'opération, le malade n'avait plus que quelques semaines à vivre et terminerait son existence au milieu d'incroyables souffrances; l'opération donnait quelque espoir et, si elle ne sauvait pas le malade, épargnerait à ses derniers jours d'excessives douleurs. " Sa Grandeur, écrit ]\[gr Grandin, " "se soumet à notre grande satisfaction (1). "
Les trois médecins sont de nouveau auprès du malade dans la matinée. " Avant de se mettre à la disposition du Docteur Ferguson " et de ses aides, " il s'agenouille, récite le Veni sancte et VAve Maria avec ses prêtres, les Eév. Pères Langevin et Poitras, et M. Messier, curé de la cathédrale, puis se couche sur la table d'opération (2). " " Puis-je garder sur moi mes chères petites dévotions ? " demande-t-il aux médecins. Il voulait parler de statuettes du Sacré-Cœur, de saint Joseph et de sainte Anne, contenues dans un petit sachet qu'il portait toujours sur lui et qu'il baisait pieusement tous les soirs. Sur leur réponse affirmative, il les met sur sa poitrine, ainsi que son scapulaire. /
" Les médecins remarquèrent que le cœur battait fort régvilièrement, tant était grande la puissance de la volonté sur l'or-
(1) Journal de Mgr Grandin.
(2) Le Maniloba, n° du 28 juin.
884 VIK DE ilOn TACHÉ, o. ]sr. T.,
ganisme du vénérable patient. La chloroformisation fut facile, le malade s'endormit bientôt d'un sommeil fort paisible. " Deux de ses prêtres, M. Messier et M. Cherrier demeurèrent auprès de lui.
L'opération dura 3 heures, de 11 heures du matin à 2 heures de l'après-midi. " Il avait une pierre considérable et plusieurs autres plus petites, mais peu dures : toutes furent broyées facilement (1)." " On retira près de 2 onces de pierre broyée (2)." " Il y en avait, observe Mgr Grandin, au moins autant qu'à moi en 1893 (3)." '^'tiot™*'°°*^' " Quand il se réveilla, il dit qu'il souffrait moins qu'aupara- 19 juin. vant. L'espoir était au cœur de tous. Il reprit même sa jovialité ordinaire ; entendant tomber un objet sur le plancher : " Sont-ce mes pierres qui "tombent ?" demanda-t-il (4)."
" Depuis ce moment jusqu'à sa mort, ce furent des prêtres Oblats et séculiers qui se constituèrent ses gardes-malades (5)."
La nuit qui suivit l'opération fut bonne; mais le lendemain, mardi, 19, le malade fut pris de la fièvre et se sentit plus faible. Mgr Grandin donne ce jour-là la confirmation à Saint-Charles. Il se hâte de revenir, va voir aussitôt son Archevêque et le trouve pris " d'une grosse fièvre. " " Comme on me dit, ajoute-t-il. que c'est l'effet du chloroforme, je me suis efforcé de le croire pour ne pas m'inquiéter. Maiis bientôt le délire arrive (6)." " Le Docteur Ferguson était inquiet ; vers 5 heures et %, il dit à M. Messier : " Donnez-lui tout ce que vous avez à lui donner." Il voulait parler des sacrements (7)." Il craignait même "la paralysie des reins et l'empoisonnement du sang comme conséquence (8)."
(1) Ibid.
(2) T^e Manitoba, n'-' du 29, juin.
(3) Joïirnal i\e Mgr Cîrandin.
(4) Le Manitoba, n*^ du 28 juin.
(6) Journal de Mgr Grandin.
(7) Le Manitoba, n° du 28 juin.
(8) Lettre du R. P. Langevin au P. Martinet.
ARCHKYÊQUE DK SAIXT-BOXIFACE 8^5
" Il appartenait à Mgr Grandin, son collègue dans l'épis- ■copat, son frère d'armes et son frère en religion, de prévenir le bien aimé malade de sa fin prochaine (1)", et de lui donner les «ecours suprêmes de la religion. Il lui donna l'Extrême-Onction à 8 heures du soir.
" Je suis bien malheureux dans ces circonstances, écrit l'Evêque de Saint-Albert; l'émotion me permit à peine de dire les prières du rituel. C'est avec beaucoup de difficulté que j'ai dit à notre vénéré malade de faire le sacrifice de sa vie pour son troupeau et de nous bénir tous. " " J'avais écrit, ajoute-t-il, au T. E. Père Général, aux Pères de Saint- Albert et de Calgary pour leur faire part du succès de l'opération ; mes lettres étaient déjà remises au portier pour partir demain matin; j'ai dû les reprendre et y ajouter un pénible post-scri'ptum. Fatigué de ma journée, de mon travail, de la chaleur et surtout de l'émofion, conclut-il, je me suis couché tout habillé après 10 heures (2)."
Le mercredi, 20 juin, à 2 heures du matin, Mgr Grandin se ^'tfo^du*'"'*' relève et retourne près du '"cher malade." •'Les Pères de tfque.^'*' Sainte-Marie, Messieurs les prêtres, séculiers, les Sœurs Grises, chez qui tout se passe, deux Sœurs de Jésus-Marie, sans compter les Docteurs, sont là priant, parlant à voix basse, se retirant à la chapelle ou dans quelque chambre. Sa Grandeur paraît moins mal. " Mgr de Saint-Albert lui offre de dire la messe dans a chambre et de le communier; mais les Docteurs ne veulent pas qu'on dise la messe auprès de lui, par crainte de le fatiguer. Mgr Grandin va dire la messe pro infirmo dans la chapelle du Pensionnat. '' Tous ceux qui sont levés et ne sont pas nécessaires auprès du malade y assistent (3)," et prient avec ferveur pour lui. L'Evêque de Saint-Albert va prendre une seconde fois un peu de repos, et revient auprès de son illustre ami à
(1) Le Manitoha, n° du 28 juin.
(2) Journal de Mgr Grandin.
(3) Ibid.
G heures. Mgr Taché paraît un peu mieux. " Le Docteur m'a flit, écrit ^Igr Grandin, qu'il avait un peu d'espoir, mais que le danger n'était pas passé. J'ai écrit toute la matinée, poursuitil, aux Archevêques du Canada, à Mgr de Trois-Rivières, au l'ronncial des Oblats et à Messeigneure Durieu et Pasc<il pour faire connaître l'état pénible de !Mgr de Saint-Bnnifacc, nos grandes craintes et nos espérances. "'
Dans l'après-midi, "je suis allé dit-il, près de notre clicr malade, épiant le moment où je pourrais lui parler de la réception solennelle du Saint-Viatique. Je n'ai pu le trouver. Les Docteurs veillent à ce qu'on ne le fasse pas parler. C'est d'autant ])lus gênant que je ne ])ui>. par l'effet de ma surdité, saisir les ])aroles de notre cher malade (1). "
Mgr (irandin charge de cette commission le P. Allard. (jui u'a pas la même infirmité. Dès que la proposition est faite au malade, il la reçoit avec empressement. On fait les préparatifs nécessaires, ^fais quand tout est ])rêt, on ne peut trouver la ronmilc (le la. profession de foi. " i'rt'squc tout le clergé est réuni, rapporte Mgr Grandin. .le viens denuinder à Monseigneur où trouver la formule. Dans le L'ititel de Québec ou le Supplhitrnt, me dit-il. M. le Curé va vite chcrrlier le Eituel ; mais ce n'est pas l'édition voulue. Les Docteurs pressent; le malade se fatigue de ce va-et-vient (2)." ]\Ionseigneur promène son regard dans la <-liaiiil)re et ne voyant pas ses chères filles, dit: "La communauté des Sœurs Grises a-t-elle été avertie?" A ce moment suprême, il pense à celles qui ont été ses dévouées auxiliaires toute sa vie. Mgr Grandin va chercher le Saint-Sacrement à la chapelle et entre dans la chambre du malade. " Tout le clergé eii habit de chœur, nos Pères de Sainte-Marie, plusieurs Jésuites, un Père Trappiste, au nombre de trente-six, tdus un cierge à la main, accompagnent le Saint Sacrement (3).
(1 1 Journal do .Mjrr Grandin.
(2) H)id.
(,3) Chroniijut des Sœurs Grises.
Le malade reçoit d'abord l'absolution^, fait un grand signe de croix, prend sa croix d'oblation, la baise avec amour et fixe les yeux sur elle, pendant que le P. Allard lit pour lui et en son nom le Credo, et la formule d'oblation. Il la baise ensuite une seconde fois (1). "• Puis, " promenant un regard calme et inquisiteur tout autour de lui, comme pour reconnaître cliacun des prêtres, chacune des religieuses (2), " " il dit d'une voix très forte et très intelligible : " Que la sainte volonté de Dieu *"' soit faite. Je demande pardon à Dieu, à mon clergé et à mes " diocésains des scandales que j'ai pu leur donner et des peines "' que j'ai pu leur faire et me recommande aux j^rières de ^'^tous (3)." ■■ II y eut alors bien les larmes versées, lui seul ne pleurait pas (4). " Mgr Grandin voulut lui dire quelques paroles; mais sa voix se jDordit dans ses larmes. Il donna le Saint Viatique au malade. Puis la procession se forma de nouveau et retourna à la chapelle.
Mgr Grandin aurait bien voulu entretenir de nouveau son métropolitain d'une autre affaire bien importante aussi, celle de l'expédition de la supplique demandant un coadjuteur. " Je connais sa pensée et son désir, disait-il dans l'intimité au E. P. Langevin : c'est vous qu'il nous a désigné comme son successeur :
votilez-voiiis que je lud en ])arle '. — Xon, répondit le Vicaire des Oblats : de grâce, n'en faites rien : laissez tout à la Providence." Gêné par sa surdité, Mgr Grandin ne trouva pas l'occasion d'appeler de nouveau l'attention du malade sur cette grave affaire.
'- ' " Le 21 juin,
Les fêtes du oOe anniversaire de Farrivée des Sœurs Grises ^^"'^'' à la Ei^'iè^e Eouge devaient, selon le programme tracé par Monseigneur lui-même, commencer ce soir-là même par une première séance donnée à l'école primaire de Saint-Boniface que tenaient les Sœurs Grises, l'Académie Provencher.
(1) Lettre du R. P. Langevin au P. Martinet. (2 ) Le Manitoha, n" du 28 juin.
(3) Journal de Mgr Grandin. — Quelques notes sur Mgr A. Taché, O.M.I.
(4) Le Manitoha.
888 VIE DE MGR TACHÉ, O. "M. l.,
Cette séance, nous lavons dit, consistait à représenter le voyage en canot depuis le départ de Lachine jusqu'au débarquement au bas de la côte, en face de l'Evêché. Le prélat avait déterminé lui-même tous les détails de la mise en scène : la représentation était parfaite.
Quelques jours auparavant, les Sœurs lui avaient dit que le fait de le voir si souffrant leur ôtait tout courage et tout enthousiasme. " Je vous commande, leur dit-il, d'avoir de l'enthousiasme.^' Après qu'il eut reçu le Saint Viatique, il donna des ordres pour que la séance eût lieu comme s'il eût été bien portant.
Voyant auprès de son lit M. Messier et un autre de ses prêtres, il leur demanda s'ils allaient assister à la séance. " Vous ne manquerez pas, leur dit-il, de nje dire si tout s'est bien passé. " Mgr Grandin, les nombreux prêtres présents à Saint- Boniface se rendirent en effet à la séance; mais les préoccupations de tous étaient ailleurs : on abrégea les représentations ; tout était fini à 10 heures du soir. Avant de congédier l'assemblée, Mgr Grandin voulut réjouir tout le monde et se rassurer lui-même en annonçant que Mgr l'Archevêque était mieux et qu'on pouvait espérer sa guérison : cette annonce fut de toute la séance, la partie la plus goûtée.
Après la représentation, l'Evêque de Saint-x\lbert revint au Pensionnat. On lui dit que " son cher malade " reposait. " M. le Lieutenant-Gouverneur était là lui-même, pour avoir des nouvelles. '\ " Je suis venu me coucher, conclut Mgr Grandin, bien fatigué et pourtant bien content de la journée. Quoique Sa Grandeur ne soit pas hors de danger, elle est cependant moins mal. J'ai fait part de cette bonne nouvelle aux nombreux habitants présents à la séance (1). " '^^la^mort'^^ " La nult est bonne, écrit le R. P. Langevin. A 1 heure, la
2i"' uî fièvre le quitte ; il devient plus faible, mais rien de particulière-
ment alarmant; encore du danger, mais plus d'espoir
(1) Jountitl de Mj.'r Grandin.
qu'hier (1)."" ^Igr Graudiu se rend auprès de lui, vers 7 heures du matin, et le trouve " bien mieux. " Le malade s'informe " de la séance d'hier soir, " et se montre " surpris que la plus grande partie du programme ait été omise (2)."
C'était le jeudi 21 juin. On devait ce jour-là, célébrer la mémoire de l'arrivée des Sœurs de la Charité par une grand'messe pontificale dite le matin et par un salut solennel donné l'aprèsmidi. Mgr Taché s'était réservé le sermon de la messe pontificale. Cependant, dès le 17, se voyant très souffrant, et prévoyant qu'il ne pourrait pas remplir la partie que son cœur de père s'était réservée, il avait prié le R. P. Langevin de le remplacer. Mais celui-ci ne pouvait se résoudre à prendre la place du grand prélat. On dit donc au malade qu'à son défaut, personne ne prêcherait à la messe. On lui dit aussi qu'à part la grand'messe, tout le reste du programme allait être remis à plus tard,'' il en parut " très affligé." Cependant " il se consola par l'espoir de donner ensuite plus d'éclat" à cette fête qui lui était si chère. Mgr Grandin ajouta " que le voyant si bien " il
allait " prendre sa soutane violette en signe de joie et officier, dit-il plaisamment, in pompihus (sic) (3)."
Il célèbre en effet pontificalement la messe du jubilé; puis, après la messe, comme aucun orateur n'a remplacé Mgr Taché, il prend la parole, donne des nouvelles du vénéré malade et fait part de ses espérances; il exprime ensuite son admiration pour les Sœurs de la Charité, les remercie du bien qu'elles font dans son diocèse, et se considérant comme " le délégué des évêques du MacKenzie et de la Saskatchewan, " il les remercie en leur nom (4).
Durant la journée, il va voir à plusieurs reprises son vénérable métropolitain: "tout en constatant une faiblesse plus grande, " il " trouve sa figure meilleure et les docteurs nous ins-
(1) Lettre du R. P. Langevin au P. Martinet.
(2) Jourmtl de Mgr Grandin.
(3) Journal de Mgr Grandin.
(4) Ibkl.
890 VIi: DE MGR TACHÉ; O. M. T.,
pirent ime grande confiance (1)/' " La journée du 21, dit l'écrivain du Manitoba, fut tellement bonne que tous se flattent de l'espoir de voir bientôt le saint Archevêque reparaître au milieu d'eux plein de vie. Le Docteur Ferguson annonça même son dessein de quitter la -ville pour retourner à Chicago, il retardait c-e voyage depuis six jours (2)." " Ce soir, à 11 heures et i/j, écrit lo R. P. Langevin, tous les cœurs sont à l'espérance: il peut se faire que Monseigneur soit parfaitement bien quand vous rec-evrez ces mots. Fiat ! Fiat ! (3)." La mort, '•' Tout alla bien jusqu'à minuit. Il v eiit alors un change-
22 juin. ment qui prit la tournure dune faiblesse inquiétante (4). A'ers 3 heures et !/•>, ^I. Messier. le plus dévoué de ses gardemalades, voyant la faiblesse augmenter et les signes de la mort commencer, fait avertir le P. Langevin et les autre? Pères de Sainte-Marie par le téléphone, en ayant la précaution de faire téléphoner de la ^Maison Yicariale pour que le malade n'entende pas; lui-même il va donner l'alarme à l'Archevêché. Le P. Langevin arrive de Sainte-Marie à 4 heures et i^. Le P. Allard entre bientôt après, " et exhorte le malade à faire son sacrifice. Dieu, lui dit-il, est le maître de la vie et de la mort, il faut nous soumettre à sa sainte volonté s'il veut nous appeler à lui. ^lonseigneur, renouvelez vos sentiments de contrition pour toutes vos fautes, je vais vous donner la sainte absolution. " Monseigneur fait alors un signe de croix et paraît absorbé dans une prière fervente; il baise à plusieurs reprises sa croix d'Oblat et il fait le signe de la croix avec de l'eau bénite, et il dit : " Si c'est la volonté de Dieu, je veux bien mourir. Adieu ! Adieu ! au revoir au ciel (5) !"
Un grand nombre de prêtres séculiers, de religieux, de Sœurs arrivent le? un? après le? autres. '*' Le E. P. Allard commence
(1) Journal de Mgr Grandi n.
(2) Le Manitoba, n'' du 28 juin.
(3) Lettre au R. P. Martinet.
(4) Le Manitoba.
(5) Le Manitoba, n'^ du 28 juin.
ARCIIKVÊQUK DH SAIXT-UOXlFACIi: .SI) l
/a récitation dos prières des agonisants; le liien-ainié mourant répond à chaque invocation et il se frappe la poitrine à Fropitmis esta et à Agniis Del. Loi-squc le P. Allard en vient anx mots Froficiscere, anima christiana, Fartez âme chrétienne, l'Archevêque jette un regard très vif sur son Vicaire Général, comme pour lui dire : '" Je comprends, je suis prêt (l). "
Pendant ce temps, Mgr Grandin faisait sa méditation à la chapelle do l'Archevêché, ignorant l'agonie de son père et de son ami ; '' le F. Boisramé entre tout effaré et lui dit : " Monseigneur se meurt ! " L'Evêque de Saint-Albert court au Pensionnat, ,y trouve " tous les Pères de Winnipeg et de l'Archevêché et les prêtres en grand nombire récitant les prières des agonisants. Monseigneur avait sa pleine connaissance, mais sa respiration était très précipité (2). " '*' Les prières terminées, raconta Mgr Grandin, je m'approche du malade, prend sa main froide et la baise, puis je l'avertis que je vais lui donner l'absolution. Il se signe et se recueille pour la recevoir. Il se signe une seconde fois et baise sa croix d'Oblat que lui présente le P. Lange vin (3). " Pms le P. Langevin '' lui demande de bénir le clergé, les fidèles, les Sœurs Grises, les Sœurs de Jésus- Marie, sa famille, particulièrement Mlle Adèle Taché; chaque fois il fait un eft'ort pour bénir (4). "
Il est 5 heures %. On se persuade que le mourant vivra encore deux ou trois heures. Mgr Grandin lui dit en sanglotant qu'il va dire la sainte messe pour lui ; le malade le remercie (5). Le P. Allard et M. Cloutier le quittent aussi pour aller offrir le saint sacrifice. " Pourquoi partez-vous ? " leur dit-il. Mgr Grandin se rend à la chapelle des Sœurs. " Je ne puis maîtriser mon émotion, dit-il, en disant la messe pro infirma in extremis;
(1) Le Manitoba, n" du 28 juin.
(2) Journal de Mgr Grandin.
(•-i ) Le Manitoba, n° du 28 juin.
(4) Le Manitoba. — Noies des Sœurs Grises.
(5) Journal de M.sr Grandin.
^ bon nombre de religieuses assistent à ma messe et y communient (1).''
Demeuré aujjrès du mourant, le E. P. Lange vin récite le chapelet avec M. Messier, le F. Boisramé et plusieurs Sœurs Grises. Il lui fait faire les actes de foi, d'espérance et de charité; j\Ionseigneur entend et comprend, mais répète avec peine les paroles. Il lui donne une dernière absolution, lui présente encore sa croix d'Oblat, qu'il baise avec amour. '*' Durant dix minutes, le malade fait des efforts pour expectorer; "' '' ses traits se contractent légèrement; après deux ou trois mouvements, suivis de quelques spasmes, ses yeux se fixent immobiles. Mgr Alexandre Antonin Taché, Oblat de Marie Immaculée, Archevêque de Saint-Bo]iiface, venait d'expirer. Il était G heures et 10 minutes du matin, vendredi, 22 juin 1894 (2). " Il était âgé de 71 ans moins 1 mois et 1 jour.
Un des assistants court prévenir Mgr Grandin, qui venait d'achever le saint sacrifice et quittait les ornements. " Qui eût prévu hier un pareil dénouement? dit-il. Fiat, Pater, voluntas tua sempcr. Ce vénéré métropoHtain nous est enlevé au moment 011 nous semblons avoir plus besoin de lui. ^Mais Dieu nous reste (3). "
"Curieuse coïncidence ! Il meurt dans le même mois que son prédécesseur, Mgr Provencher; et tous deux presque au jour anniversaire de leur départ pour les missions. Ne dirait-on pas que le Seigneur a voulu les appeler dans leur patrie céleste au retour anniversaire du jour où tous deux ont quitté pour Dieu leur patrie terrestre (4). " j.u i.'<-uiiere Un instant après, " un premier son de cloche, puis d'autres
beffroi.' ' lui succédant lugubrement espacés, apprennent à la population consternée l'affreuse calamité qui la frappe. " Sa Grandeur
(1) Journal de Mgr Grandin.
(2) Le Manitoba, n° du 28 juin. — Lettre du K. P. Langevin.
(3) Jou)-)i(il de Mgr Grandin.
(4) Rév. M. G. Dngas, Mgr Taché, dans la Semaine Religieuse de Quehec,n° du 14 Jnilîet 1894.
Mgr Taché n'est plus (1)!"' La l'irnùbrc uoiivellu si' répand avec la rapidité de l'éclair, et, avec elle, un deuil immense. " La patrie pleure un grand citoyen. l'Eglise un fils glorieux, le troupeau un incomparable pasteur, l'Ouest canadien cehii qui était véritablement son père (2). "
Beaucoup de saints ont été avertis par une révélation d'en oeuii unjyerhaut de leur dernière heure; Mgr Taché n'a pas eu à l'avance connaissance de sa mort. Comme Judas Machabée, il n'a pensé Jusqu'à la fin qu'à couibattre pour son Dieu et pour son peuple. Comme le héros d'Israël, il est occupé à diriger un assaut contre les ennemis du temple et de sa race, quand un coup imprévu le renverse par terre. Cette mort surprend le peuple tout entier comme le héros lui-même: car Judas Machabée peut-il mourir tant que le sol d'Israël est foulé par des hordes envahissantes? Mgr Taché peut-il disparaître avant que la victoire n'ait couronné les héroïques efforts du chef et de ses ouailles? Aussi, ici comme là, le deuil est d'autant plus poignant qu'il est imprévu. " Comment es-tu tombé, ô puissant dans les combats, toi qui sauvais le peuple d'Israël (3) ? "
Cependant les Docteurs Lambert, A.-H. Ferguson et M. B. ^autopsie. Ferguson constatent que " le rein droit était radicalement vicié et incapable de toute fonction ", obstrué sans doute par les pierres dans les quinze dernières années ; que l'autre était en un moins mauvais état, mais néanmoins "durci" et fonctionnant difficilement. " La vessie était très épaissie, rétréeie et enkystée, et elle contenait, avec quelques fragments de calculs qui n'avaient pas pu se frayer une issue, ime grosse pierre d'environ deux pouces de longueur par un pouce d'épaisseur, située de telle manière que le broyeur n'avait pas pu l'atteindre au moment de l'opération, bien que cependant une douzaine de calculs avaient
(1) L'hon. M Prendergast, Mgr 'Taché) dans le Maniioba du 28 juin
(2) Ihid.
(3) "Qnocuodo cecidit potens qui salvum faciebat populum Israël?" :Mac., IX, 21.
894 vu: Di: iroi: taché, o. m. i,,
pu alors ctro brovés. Le roiu gauche était plus dur qu'à l'état normal, ot son un»tère était considérablement dilaté. Le rein droit était presque entièrement disparu, et ne pouvait plus remplir ses fonctions excrétoii-e.~. Cette disparition avait sans doute été causée par les calculs qui s'y étaient formés depuis quinze ans. Le foie était aussi affecté à un haut degré, car il s'était rétréci et était d'une consistance plus ferme qu'à l'état normal, sans compter qu'on y relevait des traces de dégénérescence graisseuse. Le cœur était i)areillement envahi par la dégénérescence graisseuse. Avec un organisme dont toutes les fonctions vitales se trouvaient troul)lées à ce point, il est réellement étonnant que la mort ne soit pas survenue plu? tôt (1). "
Les docteurs se montrent étonnés qu'il ait pu vivre si longtemps avec une telle altération des organes essentiels et parlent avec stupeur des " horribles souffrances " et " du martyre continuel (ju'il éprinna dejnus au moins quinze ans."
Puis, tout en laissant les intestins dans le corps, "' iL^ introduisent certains acides dans les veines et assurent que le corps se conservera sans odeur jusqu'au Jour fixé pour la sépulture et au-delà (2). "
(1) " Arclibisliop'.s Palace, Saint-Boniface, Jiine 22nd, 1894.
"An autops)' was lield on the body of Archhishop Taclié, Friday niorning, by Dr-i. .T.-H.O. Lamhert,A.-H.-Fergu8onand IM.-B. Fergiison.
"The bladder wae muoh thickened, contracted ami sarculated, and contained, along with soine hroken débris of falcnli that liad not yet como away, a large stone about two inches long over an inch in tliickness, and so situated that the orusher could not reach it at the tirae of opération, when however, soine iweive others were crushed. The left kidnev was barder tban normal, and its ureter considerably enlarged. The riglit kidney was dastroyed to a mare trace rendering it incapable of performing any excretory function. Its oblitération was no donbt <'anse(l by the formation ofstones in it,lor the last fifteen years. The liver was'also makedly affëcted.its size smallerand cousistenoy firmer, tlian nsual, and it exhibited changes of fatty degeneration. TÎie heart manifested similar fatty degeneration changes. Sufferiiig as he had and, with PO distnrbed an organization, it is strange that he had not died vears ago.
" J.-H.-O. l.AMBERT,M. D.,
" A. -H. FicRGisoN, M. 1)., " M.-B. Fkrg.sson, m. D."
(2) Journal de Mgr («randin.
ARClIEVÊQl'p: ]>K SAINI'-BOMFAl'K 895
L(.> soir, Mgr Grandin préside à la levée du corps. " L'Ar- ^^''dJSt'e* ""^ clievOque de Saint-Boniface, revêtu des ornements pontificaux selon le cérémonial, assis dans son cercueil, est placé sur un char funèbre. Un clergé très nouibreux et une foule considérable de catholiques et de protest<mts assistent à la ])r(>cession (1). " Le corps est porté à la cathédrale: on chante les vêpres; Mgr Grandin donne l'absoute : })uis la dé])ouille est déposée à la sacristie transformée en chamluv ardente.
Alors commence devant ces restes vénérés une lon;iTie i)ro- Procession ée
^ ^ 5 jours il
cession de cinq jours. " On voit défiler muets et consternés : à'J^'è'ifte'^''^ les vieillards vénérables qui ont partagé le poids de son lourd épiscopat, les saints missionnaires compagnons de ses souffrances, les prêtres dévoués collaborateurs de ses travaux, les admirables religieuses auxquelles il a confié une si large part de son œuvre, la masse des fidèles (ju'il a dirigés et purifiés, les flots sans cesse renouvelés de ces quinze mille frères d'une autre croyance dont la conscience étonnée vient faire acte d'hommage à cette grande vertu (2). ''
Cependant, dans cette longue et continuelle procession, "on reconnaissait facilement les catholiques des protestants. Tous étaient respectueux, mais tous ne priaient pas, et en outre, les catholiques, avant de se retirer, baisaient la main " qui s'était levée si long-temi^s sur eux pour les bénir (3).
Le mardi 26 iuin, à 7 heures du soir, le corps du vénérable oiaison f»-
, Dèbre en
Archevêque est transporté de la chambre ardente dans la cathé- angiais. drale. Le clergé récite les vêpres des morts; Mgr Grandin fait l'absoute et Mgr Duhamel, archevêque d'Ottawa, fait l'oraison funèbre en anglais.
" Il montre en Mgr Taché un grand chrétien, un grand citoyen, un grand missionnaire et un grand Evêque. En terminant, l'Archevêque d'Ottawa, successeur de ^Tgr Guignes, Oblat
(1) Journal (le Mgr Grainiin.
(2) L'hon. M. Prendergast, Mf/r Taché
(3) Jour D'il de Mirr (rran lin.
VIE DK MGK TACHE, O. M. I.,
Les iuuéraillea, 27 juin.
Oralaou funèbre vu franf.'al»
par Mgr Laflec*e.
de Marie Immaculéo, qui envoya autrefois le F. Taché avec le P. Aubert à la Rivière-Eouge, s'écria: "Mon prédécesseur " vous a envoyé sur ces plages, en vous disant : " Allez aux " brebis perdues de la maison d'Israël : allez convertir les na- '' tions assises à l'ombre de la mort. " Moi, son successeur, je "viens aussi vous donner un commandement. Mgr Guignes " vous a envoyé à la peine, au travail, aux labeurs d'un apos- " tolat pénible ; moi, je vous convie au repos, je vous commande " d'aller recevoir au ciel la récompense de vos héroïques sacri- " lîces. " Ce discours fit une grande impression sur la population anglaise, catholique et protestante, qui formait la majorité de l'auditoire; chacun s'en retourne avec un plus vif sentiment d'admiration pour le patriarche des missionnaires du Nord- Ouest (1). "
Les funérailles avaient été fixées au mercredi 27 juin. " L'enceinte de la cathédrale ne pouvait contenir les flots de peuple, qui se pressaient aux abords de l'Archevêché, pour rendre leurs derniers devoirs à leur père, à leur ami ou simplement à un citoyen illustre (2). "
Parmi les assistants, on remarquait quatre évêques NN. SS. Laflèche, Grandin, Duhamel et Pascal; les représentants des archevêques de Montréal et d'Halifax et de l'évêque de Fargo ; le Rme P. Dom Gréa, que le défunt avait vivement désiré voir et que la Providence avait amené à ses funérailles; un grand nombre d'Oblats, entre autres celui qu'il avait demandé pendant tant d'années pour son coadjuteur et qui va hériter de sa houlette pastorale et de son esprit ; la plupart des prêtres séculiers du diocèse; le Lieutenant-Gouverneur du Manitoba, les hon. Camcron et MeMillan, ^Ministres de la province, les hon. Juges Taylor, Dul)uc, Bain, etc., etc.
La messe est chantée par M.gi- Grandin; les cinq absoutes sont faites par les quatre évêques présents et par le Eme Dom Gréa, abbé de Saint-Antoine. Puis, comme une grande partie du
(1 ) T.o Miiiiitahd (lu 2>S juin 1894. (2) Ihid.
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peuple n'a pu trouver place dans l'enceinte sacrée, le corps est transporté devant le portique de la cathédrale, et là Mgr Laflèclie, l'ancien compagnon de Mgr Taché à l'Ile-à-la-Crosse, le confident de toute sa vie et son vaillant frère d'armes, fait l'oraison funèbre en français. Après avoir poussé un cri d'espérance devant cette tombe, en disant que celui qui y est couché n'est pas mort, mais sommeille seulement, il rapi>elle eu termes magnifiques les traits principaux de la vie du missionnaire et de la carrière de l'Evêque et s'appesantit sur la lutte " glorieuse et cei>endant si douloureuse qu'il a dû soutenir " les dernières années '" contre des adversaires formidables par leur nombre et leur puissance. " " Toute loi ou tout décret humain, dit-il, qui tend à gêner ou à supprimer la liberté des parents et de l'Eglise dans le contrôle qu'ils doivent exercer sur l'éducation morale et religieuse de leurs enfants, est un attentat contre la loi naturelle, contre la loi chrétienne; il y a plus, contre la constitution ", car cette liberté des parents et de l'Eglise est solennellement reconnue et garantie par l'Acte qui a donné naissance à la confédération canadienne, comme par celui qui a donné naissance à la province de Mauitoba. " Bien donc d'étonnant que le vénérable Archevêque, dont nous pleurons aujourd'hui la mort, avec cette connaissance si claire de ces droits des parents et de l'Eglise, ait trouvé tant d'énergie dans son cœur d'Evêque, de pasteur et de père, malgré son grand âge, l'épuisement de ses forces et ses souffrances, pour combattre " Terreur moderne qui enlève les enfants aux parents et à l'Eglise pour les attribuer à l'Etat, " qui n'allait à rien moins qu'à lui ravir la partie la plus faible de son troupeau, l'enfance que le Sauveur luimême a bénie avec tant de bonté et qu'il a recommandé avec tant de soin de laisser venir à lui. Je ne crains pas d'affirmer ici que dans cette lutte héroïque que vous connaissez tous comme moi, il n'ait acquis le mérite du martyre, puisque le rude labeur auquel il a dû se livrer et les souffrances morales dont il a été abreuvé dans cette lutte, ont incontestablement contribué à
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aggraver considérablement la maladie dont il était atteint et par là même à abréger ses jours. "
Après l'oraison funèbre, le vénérable défunt fut transporté au milieu des derniers chants de l'Eglise, dans le caveau des évêques, où il repose auprès de Mgr Faraud, son successeur et son héritier dans les missions du MacKenzie et auprès de Mgr Provencher, qui a donné à l'un et à l'autre, en ce même lieu, l'onction sacerdotale, attendant le jour bienheureux où il se lèvera de terre, pour briller devant Dieu comme une lampe ardente dans les siècles des siècles.
CHAPITKE LXVI