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ÉPILOGUE

ÉPILOGUBJ

LA MORT

Et Vosterîa

È morte (i)

La mort, tant désirée et si lente à venir, —

c'a miser i la morte è pigra e tardi... (2) vint.

Malgré une robuste constitution, que maintint la rigueur monacale de sa vie, il n'avait pas été épargné par la maladie. Jamais il ne s'était entièrement relevé des deux fièvres pernicieuses de i544 et de i546; la pierre, (3) la goutte, (4) et des souffrances de toute sorte achevèrent de le ruiner. Dans une poésie tristement burlesque de ses dernières années, il fait la peinture de son misérable corps, rongé par les infirmités :

Je vis seul et misérable, renfermé comme la moelle dans l'écorce de l'arbre... Ma voix est comme une guêpe prison-

(I) Poésies, LXXXI.

a) « Car, pour les malheureux, la mort est paresseuse... »

Poésies, LXXIII, 3o.

(3) En mars iS^g : on lui conseilla les eaux de Viterbe, dont il se trouva bien. (Lettres à Lionardo) — Il souffrit encore de la pierre en juillet iSSg.

(4) En juillet 1555.

la çie de Michel-Ange

nière dans un sac de peau et d'os... Mes dents branlent comme les touches d'un instrument de musique... Ma face est un épouvantail... Mes oreilles ne cessent de bourdonner : dans Tune, une araignée tisse sa toile ; dans l'autre, un grillon chante toute la nuit... Mon catarrhe, qui râle, ne me laisse pas dormir... Voilà à quelle fin m'a conduit l'art, qui m'octroya la gloire. Pauvre vieux écrasé, je suis anéanti, si la mort ne vient vite à mon secours... Les fatigues m'ont écartelé, déchiré, brisé, et l'hôtellerie qui m'attend, — est la mort... (i)

« Mon cher messer Giorgio, écrivait-il à Vasari, en juin i555, vous reconnaîtrez à mon écriture que je suis arrivé à la vingt-quatrième heure... » (2)

Vasari, qui vint le voir au printemps de i56o, le trouva extrêmement afîaibK. Il sortait à peine, ne dormait presque plus; et tout faisait présumer qu'il ne vivrait plus longtemps. En devenant plus faible, il devenait plus tendre et pleurait facilement.

« Je suis allé voir mon grand Michel- Ange, écrit Vasari. Il ne s'attendait pas à ma venue, et m'a témoigné autant d'émotion qu'en éprouverait un père, en retrouvant son fils perdu. Il m'a jeté ses bras autour du cou et m'a embrassé mille fois, en pleurant de plaisir. » (lacrymando par dolcezza) (3)

Il n'avait rien perdu pourtant de sa lucidité d'esprit et de son énergie. Dans cette même visite que raconte Vasari, il causa longuement avec lui de divers sujets

(i) rraduction libre : — (Voir aux Annexes, XXVIII) (Poésies, LXXXI)

(2) Lettre à Vasari. (33 juin i555) — « Non seulement je suis vieux, écrivait-il déjà à Varchi, en i549, mais je compte parmi les morts. » (Non solo son çecchio, ma quasi nel numéro de'' morti.)

(3) Lettre de Vasari à Gosme de Médicis. (8 avril i56o)

LA MORT

artistiques, il lui donna des conseils pour ses travaux, et il l'accompagna à cheval à Saint-Pierre, (i)

Au mois d'août i56i, il eut une attaque. Il avait dessiné, trois heures de suite, les pieds nus, quand il fut pris subitement de douleurs et tomba en convulsions. Son ser\iteur Antonio le trouva sans connaissance. Gavalieri, Bandini et Galcagni accoururent. Quand ils arrivèrent, IVIichel-Ange était revenu à lui. Quelques jours après, il reconunençait à sortir à cheval, et travaillait aux dessins de la porta Pia. (2)

L'intraitable vieillard n'admettait pas, sous quelque prétexte que ce fût, qu'on s'occupât de lui. C'était un tourment continuel pour ses amis de le savoir seul, à la merci d'une nouvelle attaque, avec des domestiques négligents et peu scrupuleux.

L'héritier, Lionardo, avait reçu jadis de si rudes rebuffades, quand il avait voulu venir à Rome, pour la santé de son oncle, qu'il n'osait plus s'y risquer. En juillet i563, il lui fît demander par Daniel de Volterre s'il lui serait agréable de le voir; et, pour prévenir les soupçons que sa venue intéressée aurait pu inspirer à l'esprit défiant de Michel- Ange, il fit ajouter que ses affaires allaient bien, qu'il était riche, et qu'il n'avait plus besoin de rien. Le malin vieux lui fit répondre que, puisqu'il en était ainsi, il en était enchanté, et qu'il donnerait le peu qu'il possédait aux pauvres.

Un mois plus tard, Lionardo, très peu satisfait de la

(i) n avait quatre-vingt-cinq ans.

(a) Ce fut alors qu'il se souvint du contrat conclu, soixante ans avant, avec les héritiers de Pie III, pour l'autel Piccolomini de Sienne, et qu'il voulut l'exécuter.

la i>ie de Michel- Ange

réponse, revint à la charge, et lui fit exprimer les inquiétudes qu'il éprouvait au sujet de sa santé et de son entourage. Cette fois, Michel-Ange lui expédia une lettre furibonde, qui montre l'étonnante vitalité de cet homme, à quatre-AÔngt-huit ans, — six mois avant sa mort :

Je vois d'après ta lettre que tu ajoutes foi à certains envieux coquins, qui, parce qu'ils ne peuvent pas me voler, ni faire de moi ce qu'ils veulent, t'écrivent un tas de mensonges. C'est un ramassis de gredins ; et tu es si bête que tu as foi en eux au sujet de mes affaires, comme si j'étais un enfant. Envoie-les promener : ce sont des gens qui n'apportent avec eux que des ennuis, qui ne font qu'envier, et qui mènent une vie de gueux. Tu m'écris que je souffre sous le rapport du service; et moi, je te dis qn'en ce qui concerne le service, je ne pourrais pas être plus fidèlement servi, ni mieux traité à tous égards. Et quant aux craintes de vol auxquelles tu fais allusion, je te dis que les gens qui sont dans ma maison sont tels que je puis être en paix là dessus et avoir confiance en eux. Donc, pense à toi-même, et ne pense pas à mes affaires; car je sais me défendre en cas de besoin, et je ne suis pas un enfant. Porte-toi bien ! (i)

Lionardo n'était pas seul à s'inquiéter pour l'héritage. L'Italie tout entière était l'héritière de Michel- Ange, — surtout le duc de Toscane et le pape, qui tenaient à ne point perdre les dessins et les plans relatifs aux constructions de Saint-Laurent et de Saint-Pierre. En juin i563, sur l'instigation de Vasari, le duc Cosme chargea son ambassadeur, Averardo Serristori, d'agir secrètement auprès du pape pour que, vu l'affaiblissement physique de Michel-Ange, on exer-

(i) Lettre à Lionardo. (ai août i563)

LA MORT

çât une surveillance attentive sur sa domesticité et sur tous ceux qui fréquentaient sa maison. En cas de mort subite, on devait aussitôt dresser l'inventaire de tous ses biens : dessins, cartons, papiers, argent, et veiller à ce que rien ne fût emporté, dans le premier désordre Des mesures fiirent prises, à cet effet. Il va sans dire qu'on se garda bien d'en rien laisser savoir à Michel- Ange. (I)

Ces précautions ne furent pas inutiles. L'heure était venue.

La dernière lettre de Michel- Ange est du 28 décembre i563. Depuis un an, il n'écrivait presque plus lui-même; il dictait et signait; Daniel de Volterre tenait sa correspondance.

Il travaillait toujours. Le 12 février i564, il passa tout le jour, debout, à sa Pietà. (2) Le 14, il fut pris de fièvre. Tiberio Calcagni, prévenu, accourut, et ne le trouva pas chez lui. Malgré la pluie, il était allé se promener à pied, dans la Campagne. Quand il revint, Calcagni lui dit que ce n'était pas raisonnable, qu'il n'eût pas dû sortir par un temps pareil.

— « Que voulez-vous? — répondit Michel- Ange. — Je suis malade, et je ne puis nulle part trouver de repos. »

L'incertitude de sa parole, son regard, la couleur de son visage, rendirent Calcagni très inquiet. « La fin peut ne pas venir tout de suite, écrivit-il aussitôt à Lionardo ; mais je crains fort qu'elle ne soit pas loin. » (3)

(i) Vasari.

(2) Il s'agit de la Pietà inachevée du palais Rondanini. — (Lettre de Daniel de Volterre à Lionardo, 11 juin i564.)

(3) Lettre de Tiberio Calcagni à Lionardo, 14 février i564.

la çie de Michel- Ange

Le même jour, Michel-Ange fit prier Daniel de Volterre de venir et de rester auprès de lui. Daniel manda le médecin, Federigo Donati; et, le i5 février, il écrivit à Lionardo, sur la demande de Michel- Ange, qu'il pouvait venir le voir, « mais en prenant toutes ses précautions ; car les chemins étaient mauvais ». (i)

Je viens de le laisser,

ajoute-t-il,

un peu après huit heures, en pleine possession de ses facultés, et paisible d'esprit, mais accablé par une torpeur obstinée. II en était si incom-" mode qu'entre trois et quatre heures, cet après-midi, il essaya de sortir à cheval, comme il a l'habitude de le faire, chaque soir, quand il fait beau. Le temps froid et la faiblesse de sa tête et de ses jambes l'en empêchèrent : il rebroussa chemin et s'assit dans un fauteuil, près de la cheminée, qu'il préfère de beaucoup à son lit.

Il avait auprès de lui le fidèle Cavalier!.

Ce ne fut que l'avant-veille de sa mort qu'il consentit à se mettre au lit. Il dicta son testament, en pleine conscience, au milieu de ses amis et de ses gens. Il fit don de « son âme à Dieu et de son corps à la terre ». Il demanda à «revenir au moins mort» dans sa chère Florence. — Puis, il passa

da Vorribil procella in dolce calma, (2)

de l'horrible tempête dans le calme très doux.

C'était un vendredi de février, vers cinq heures du

(i) Lettre de Daniel de Volterre à Vasari. (17 mars i564) (a) Poésies, CLII.

LA MORT

soir, (i) Le jûur tombait... « Dernier jour de sa vie, U premier dans le royaume de la paix !... » (2)

Il reposait enfin. Il avait atteint le but de ses désirs : il était sorti du temps

Beata l'aima, ove non corre tempo I (3)

(1) Le vendredi 18 février 1064. ~ Tommaso deî Cavalier!, Daniel de Volterre, Diomede Leoni, les deux médecins Federigo Donati et Gherardo Fidelissimi, et le serviteur Antonio del Franzese, assistaient à sa mort. — Lionardo n'arriva à Rome que trois jours après.

(a) De giorni mie',

L'ultimo primo in pin tranquilla corte...

(Poésies, GIX, 41) (3) « Heureuse Tàme, où ne court plus le temps! »

(Poésies, LEK)

ibi

Telle fut cette vie de divine douleur.

Fuss' io pur lui! c' a ial forUina nato, Per Vaspro esilio suo cou la virtute Dure' del mondo il piafelice stato! (i)

(I) Poésies, GIX, 37.

Au terme de cette histoire tragique, je me sens tourmenté d'un scrupule. Je me demande si, en ^'oulanl donner à ceux qui souffrent des compagnons de douleur qui les soutiennent, je n'ai pas fait qu ajouter la douleur de ceux-ci à la douleur de ceux-là. Aurais-je donc dû plutôt, comme tant d'autres, ne montrer des héros que Vhéroïsme et jeter un voile sur Vahime de tristesse qui est en eux?

— Mais non! la vérité! Je n'ai pas promis à mes amis le bonheur au prix du mensonge, le bonheur quand même, à tout prix. Je leur ai promis la vérité, fût-ce au prix du bonheur, la vérité virile, qui sculpte les âmes éternelles. Son souffle est dur, mais il est pur : baignons-y nos cœurs anémiques.

Les grandes âmes sont comme de hautes cimes. Le vent les bat, les nuages les enveloppent; mais on y respire mieux et plus fort qu'ailleurs. L'air y a une pureté qui lave le cœur de ses souillures ; et quand les nuées s'écartent^ on domine le genre humain.

Telle fut cette montagne colossale, qui s'élevait au-dessus de l'Italie de la Renaissance, et dont nous voyons au loin se perdre dans le ciel le profil tourmenté,

la çie de Michel-Ange

Je ne prétends point que le commun des hommes puissent vivre sur ces sommets. Mais qu'un jour par année ils y montent en pèlerinage. Ils y renouvelleront le souffle de leurs poumons et le sang de leurs veines. Là-haut^ ils se sentiront plus près de VÉternel. Ensuite, ils redescendrcnt vers la plaine de la vie, le cœur trempé pour le comlat journalier.

ANNEXES

AISNEXES

Poésies de Michel-Anç©

Voir page 5a

Sigiior, se vero è alcun proverbio antico

Questo è ben quel, che chi puo mai non vuolj.

Tu ai creduto à favole e parole

E premialo chi è del ver nimico.

r sono e fui gia tuo buon servo antico,

A te son dato corne e raggi al sole,

E del mie tempo non ti in cr es ce o dole,

E men ti piaccio, se piu m' afalico.

Gia sperai ascender per la ua alteza,

E '1 gusto peso e la potente spada

Fussi al bixognio e non la voce d'echo.

Ma '1 cielo è quel cli' ogni vii'tu dispreza

Locarla al mondo, se vuol, c' altri vada

A prender fructo d'un arbor, ch' secho.

(Poésies, édiiion Frey^ III)

Voir pages 65-66

r o gia facto un gozo in questo stento, Corne fa l'aqua a gacti in Lombardia Over d' altro paese che si sia, Gh' a forza '1 ventre apicha socto '1 mento.

la vie de Michel- Ange

La barba al cielo e la memoria sento In sullo scrignio e '1 pecto fo d'arpia, E '1 pennel sopra '1 viso tuctavia Mel fa gocciando un richo pavimento.

E lombi entrati mi son nella peccia, E fo del cul per chontrapeso groppa, E passi senza gli ochi muovo invano.

Dinanzi mi s' allunga la chorteccia E per piegarsi adietro si ragroppa, E tendomi com' archo soriano.

Pero fallace e strano Surgie il iuditio, che la mente porta, Ghe mal si tra' per cerboctana torta.

La mia pictura morta Difendi orma', Giovanni, e '1 mio onore, Non sendo in ioco bon ne io pictore.

(Poésies, IX)

Voir page 67

Grato e felice, c' a tuo feroci mali Istare e vincer mi fu gia conciesso ; Or lasso, il pecto vo bagniando si^esso Chontra mie voglie e so, quante tu vali. E se i dannosi e preteriti strali Al segnio del mie cor non fur ma' presse, Or puoi a cholpi vendichar te stesso Di que begli ochi, e fien tucti mortali. Da quanti lacci ancor, da quante rete Vagho uccellecto per malignia sorte Champa molti anni per morire jdo' peggio, Tal di me, Donne, amor, chôme vedete, Per darnii in questa eta piu crudei morte ChaiDpato m' a gran tempo, chôme veggio.

(Poésies, U)

ANNEXES

Voir page 68

Quanto si gode, lieta e ben contesta

Di fior, sopra crin d' or d' una, grillanda,

Ghe r altro inanzi 1' uno ail' altro manda,

Chôme ch' il primo sia a baciar la testa!

Contenta è tucto il giorno qnella vesta

Che serra '1 pecto e poi par che si spanda,

E quel c' oro filato si demanda

Le guanci' e '1 collo di tochar non resta.

Ma piu lieto (juel nastro par che goda,

Dorato im punta, con si facte tempre,

Che preme e tocha il pecto, che gli allaccia.

E la schiecta cintura, che s'annoda.

Mi par dir seco : qui vo' stringier sempre. —

Or che farebon dunche le mie braccia I

(Poésies, Vil)

Voir page 68

Quando un di sto, che veder non ti posso. Non posso trovar pace in luogo ignuno ; Se po' ti veggo, mi s'appicca adosso, Corne suole il mangiar fa al digiuno.

Com' altri il ventre di votar si muore,

Ch' è piu '1 conforto, po' che pri' è '1 dolore,

S' avien che la mi rida pure um poco

O mi saluti in mezzo délia via.

Mi levo come polvere dal foco

O di bombarda o d' altra artiglieria.

Se mi demanda, subito m' affîoco.

la çie de Michel- Ange

Perdo la voce e la riposta mia, E subito s'arrende il gran desio.

Tu m'entrasti per gli ochi, ond' io mi spargo Corne grappol d'agresto in un' ampolla, Ghe doppo '1 collo crescie, ov' è piu largo. Gosi l'inmagin tua, che fuor m' inmolla, Dentro per gli ochi crescie, ond' io m' allargo, Gome pelle ove gonfia la midolla.

Entrando in me per si strecto viaggio, Ghe tu mai n' esca, ardir creder non aggio.

(Poésies, XXXVI)

Voir page 69, note l

Com' aro dunque ardire

Senza vo' ma', mio ben, tenermi 'n vîta,

S' io non posso al partir chiedervi aita?

Que' singulti e que' pianti e que' sospiri

Ghe '1 miser core voi accompagnorno,

Madonna, duramente dimostrorno

La mia propinqua morte, e' raiei martiri.

Ma se ver è, che per assenzia mai

Mia fedel servitu vadia in obblio.

Il cor lasso con voi. che non è mie.

(Poésies, XI)

Voir page 96

Per molti, Donna, anzi per mille amanti

Creata fusti e d'angelica forma ;

Or i)ar. che '1 ciel si dorma,

S' un sol s'apropria quel ch' è dato a tantt.

Ritorna a nostri pianti

n bel degli ochi tuo, che par che schivi

iq4

ANNEXES

Chi del suo dono in tal miseria è nato. — De, non turbate i vostri désir santi, Ghe chi di me par che vi spogli e privi Col gran limor non gode il gran pechato ; Che degii amanti è men felice stato Quello ove '1 gran désir gran copia affrena C una miseria, di speranza piena.

(Poésies, aX, 48)

vm

Voir page 97

S'alcun se stesso al mondo ancider lice, Po' che per morte al ciel tornar si crede, Sarie ben giusto a chi con tanta fede Vive servendo miser' e 'nfelice.

(Poésies, XXXVm)

Voir page loi

Or, che nostra miseria el ciel 11 toile, Increscati di me, che morte vivo.

Tu se' del morir morto e facto divo Ne tem' or piu cangiar vita ne voglia, Che quasi senza invidia non lo scrivo.

Fortuna e '1 tempo dentro a vostra soglia Non tenta trapassar, per chui s'adduce Fra no' dubbia letitia e cierta doglia. Nube non è che scuri vostra luce, L'ore distinte a voi non fanno forza, Gaso o nécessita non vi conduce.

Vostro splendor per nocte non s'ammorza Ne crescie ma' per giorno, benche chiaro.

la QÎe de Michel-Ange

Nel tuo morire el mio morire imparo,

Padre mie caro

Xon è, com' alcun crede, morte il peggio A chi l'ultimo di trasciende al primo Per gratia ecterno appresso al divin seggio; Dove, Die gratia, ti prossummo e stimo E spero di veder, se '1 freddo core Mie ragion traggie dal terrestre limo.

E se tra '1 padre e '1 figlio oetimo amore Grescie nel ciel, cresciendo ogni virtute.

(Poésies, LVIII)

Voir page loa

Oilme, Oilme, ch' i' son tradito

Da giorni mie fugaci e dallo spechio,

Che '1 ver dice a ciascun, che fiso '1 guarda!

Gosi n'avien, chi troppo al fin ritarda,

Gom' o fact' io, che '1 tempo m' è fuggito,

Si trova come me 'n un giorno vechio.

Ne mi posso pentir ne m'apparechio

Ne mi consiglio con la morte appresso.

Nemico di me stesso,

Inutilmente i pianti e sospir verso,

Ghe non è danno pari al tempo perso.

Oilme, oilme, pur reiterando

Vo '1 mio passato tempo e non ritruovo

In tucto un giorno che sie stato mio !

Le fallaci speranze e '1 van desio,

Piangendo, amando, ardendo e sospirando —

Gh' affetto alcun mortal non mi è piu nuovo —

M' anno tenuto, ond' il conosco e pruovo :

Lontan certo dal vero,

Or com periglio pero ;

Che '1 brève temx)o m' è venuto manco,

ANNEXES

Ne sarie ancor, se s'allungassi, stanco.

F vo lasso, o'ime, ne so ben dove ;

Anzi temo, ch' il veggio, e '1 tempo andato

Me 'l mostra, ne mi val, che gli ochi chiuda.

Or che '1 tempo la scorza cangia e muda,

La morte e l'aima insieme ognior fan pruove.

La prima e la seconda, del mie stato.

E s' io non sono errato, —

Che Dio '1 voglia, ch' io sia ! —

L'etterna pena mia

Nei mal libero inteso oprato vero

Veggio, Signior, ne so quel ch' io mi spcro.

(Poésies, XLIX)

xn

Voir page to8, note i

Oltre qui fu, dove '1 mie amor mi toise, Suo merce, il core e vi è piu la vita. Qui co' begli ochi mi T:)romisse aita E co' medesmi qui tor me la volse.

Quinci oltre mi lego, quivi mi sciolse. Per me qui piansi e con doglia inllnita Da questo sasso vidi far partita Colui, c' a me mi toise e non mi volse.

(Poésies, XXXV)

Xffl

Voir page io8, note a

Per sempre a morte e prima a voi fu' dato Sol per un ora e con dilecto tanto Porta' bellezza e po' lasciai tal pianto, Che '1 me' sarebbe non esser ma' nato. (i)

(LXXm, 29)

(i) « Moi qui vous ai été donné seulement pour une heure, je suis donné pour toujours à la mort. Plus ma beauté a charmé, plus de larmes elle laisse : — mieux eût valu que je ne fusse jamais né. »

la çie de Michel-Ange

S' i' fil' gia vivo, tu sol; picîra, il sai,

Che qui mi scrri, c s'alcun mi ricorda,

Gii par sogniar : &ï morle è presta e 'ngorda,

Che quel che è stato non par fusse mai. (i)

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